Hello ! Me revoilà avec le chapitre 2 !
Merci beaucoup des vues, des alertes et des favs. A vrai dire, c'est la première fois qu'une de mes fics a autant de succès sur ce site. XD
N'oubliez pas que la partie review vous est également ouverte ! Et pensez à venir nous faire un petit coucou sur le fofo ou le site, on ne mord pas ! (les liens sont sur mon profil~) Et non, je n'ai aucun remord à nous faire de la pub. :'D
Sur ce, bonne lecture !
« Attends… déglutit Keira. Ça veut dire qu'on va être…séparées ? »
Elin ne put qu'acquiescer en silence. Ses yeux relisaient sans cesse la même ligne sur sa feuille.
« Alors, vous êtes qui ? sourit Lou. C'est vrai qu'au fond je me sens un peu différente…Ça ne me dépaysera pas trop, personnellement : je suis Provence !
- Ohhh, tu vas atterrir chez ton chéri ! Écoute, Iggy a bien fait les choses, parce que moi aussi : je vais aller chez Allemagne et surtout Prusse~
- Ah, t'es qui ? T'es qui ? répéta Louise, avec des étoiles plein les yeux.
- Je suis Saxe, huhuhu. Ça promet d'être absolument génial.
- Et toi, Elin ? On ne t'entend plus, ça fait bizarre, toi qui ne fais que piailler d'habitude, s'enquit avec inquiétude celle au carré plongeant.
- Je vais mourir…
- Hein ?
- Dites…Les îles Féroé, ça appartient bien au Danemark ?
- Oh, toi. Toi. TOI. Iggy a fait le choix pour toi ! Et je vois où tu veux en venir ! »
Sur ces mots, Keira se jeta sur elle pour l'étouffer dans un énorme câlin.
« Maiiiis, j'ai encore rien diiiit ! se plaignit la brunette.
- Oui mais je ne vois pas pourquoi tu nous poserais cette question si ce n'était pas toi…Féroé.
- Ah, je ne m'y ferai jamais, Provence.
- Moi non plus…J'imagine que Saxe aura du mal aussi. » soupira Lou en passant une main dans ses cheveux.
Les trois amies éclatèrent de rire. Ça promettait d'être drôle…
Elles déchantèrent bien vite lorsqu'elles constatèrent que la salle de réunion n'avait que très peu désempli. D'ailleurs, Kirkland avait apparemment tenu sa promesse ; les Nations devant les accueillir semblaient encore plus loquaces que les autres.
« On est dans la meeeeerde.
- Jusqu'au cou, confirma Lou à l'attention de son amie aux yeux verts.
- Ah, c'était ça cette odeur ?
- Oui, d'ailleurs, Elin, ton humour est toujours aussi merdique, répondit Keira du tac au tac.
- Allez, on arrête, on a l'air de scatophiles.
- Lou a raison. Ah, et, Keira ?
- Oui ?
- On ne saute pas sur les gens. On fait en sorte qu'ils nous sautent dessus. Clair ? »
La susnommée tira la langue à la plus petite d'entre elles et elles s'avancèrent respectivement vers ceux qui devaient les prendre sous leur aile.
Elin marchait d'un pas hésitant. Elle souffla un bon coup, et se dit qu'elle devait rester la plus naturelle possible. Oui, voilà. Ils étaient juste ses personnages préférés, ses idoles, c'est tout.
"…Espèce de bouleeeeeeeeet. Tu te mets le stress toute seule ! Allez, tu crains dégun, tu sais faire de la magie, et tu peux invoquer le truc vert ! Corben et Popode sont dans le sac...Ahhh ! Le sac ! Il faut qu'elle me le rende ! Oh, et si y'en a qui étaient télépathes ? Je suis foutue ! Foutue ! "
« Ahem…Bonjour ! salua-t-elle en anglais – elle n'était pas sûre qu'ils comprennent le français, et puis, elle ne parlait pas un mot de leurs langues. Angleterre vous a parlé de moi…Non ?
- Oui, tu es Elin Winstol, l'une des pauvres filles qu'il a retenues dans sa cave ! s'exclama Finlande avec sympathie.
- Hmm, confirma Suède en dardant son regard sur elle.
- Err…On peut voir ça comme ça…
- Il m'a dit que tu pouvais faire de la magie. D'ailleurs, c'était pas mal tout à l'heure. C'était un tube vert ? s'enquit Norvège d'un ton plat.
- Truc vert, corrigea-t-elle. Et merci. »
Elle cligna plusieurs fois des yeux. Oui, c'était définitivement le plus beau jour de sa vie. Leurs accents – tous un peu différents, et bien marqués, pour ceux qu'elle avait entendus – étaient à tomber et ils étaient encore plus beaux en vrai. Elle se sentait comme éblouie. Elle espérait que le passage en animé pouvait la faire rivaliser avec ça…
Elle ne put empêcher un sourire béat de s'installer sur ses lèvres. À quoi bon lutter ?
« …Et donc, qui es-tu ?
- Pardon ? »
Islande leva les yeux au ciel, comprenant son erreur, tandis qu'elle le regardait d'un air perdu. Finlande ne venait-il pas le dire à l'instant ?
« Je me suis mal exprimé. Quel territoire représentes-tu ?
- Oh ! Je suis…Féroé. »
Forcément, cela faisait partie de son identité à présent ; un second nom, une seconde peau. Cela sonnait toujours étrange, pour l'instant, après tout, elle ne l'avait appris que quelques minutes auparavant. Eux étaient nés avec – à cause de cette identité-là, même – donc cela leur paraissait être la chose la plus naturelle au monde.
Le sourire de Finlande s'agrandit et il joignit ses mains.
« Ah, Danemark va être content en revenant ! Ça nous change, tu n'as pas du tout le physique de là-bas…
- J'imagine, pouffa-t-elle. Il ne doit pas y avoir beaucoup de brunes aux yeux noirs… »
"Même si mes cheveux tirent sur l'acajou. Et puis, c'est normal que je n'ai pas le physique ; j'ai été liée récemment, je ne suis pas née en tant que telle !"
Un silence gênant pour Elin s'installa. Elle se demandait comment ses amies s'en sortaient, et si Danemark allait revenir bientôt. Après tout, c'est chez lui qu'elle allait devoir vivre…
Elle en frissonna d'avance. Et s'ils vivaient tous ensemble dans un grand manoir ? Oh, comme dans les fanfictions ! Ce serait drôle, aussi.
…Mais elle n'y croyait pas trop. Ils ne se supporteraient plus, au bout d'un moment. Et c'était compréhensible…
Louise, quant à elle, avait rapidement sympathisé avec France. Il s'était montré galant et attentif à son égard, avait limité son rentre-dedans à quelques clins d'œil et légers sous-entendus, et n'avait posé que très peu de questions.
Lou s'était dite que soit il les gardait pour plus tard, soit Angleterre lui en avait dit plus qu'il ne le laissait entendre. Elle fronça les sourcils. Elle mènerait sa petite enquête.
« Ahh, ma petite Louise Dubois… Une aussi jolie demoiselle ne devrait pas laisser ce genre d'expression déformer son visage, susurra-t-il en enroulant l'une des mèches du carré plongeant de Lou autour de son doigt. Qu'est-ce qui te contrarie ? Tu veux aller te reposer ?
- A-ah, non, rien, je…j'ai du mal à m'habituer à tout ça, c'est tout.
- "Tout ça" ?
- Tout ça, reprit-elle en désignant la salle d'un geste ample. Et puis…ça. »
Elle se pointa elle-même du doigt.
« Je suis sûr que tu t'en sortiras très bien, Provence. Et puis, les régions n'ont pas à venir à autant de réunions que les pays, si c'est ce qui t'inquiète.
- Non, pas seulement…Je…Ça va me faire bizarre d'être séparée de mes amies. Pire, d'être dans des pays différents ! »
Les larmes lui montèrent aux yeux. Ne pas pleurer, ne pas pleurer, ne le remarque pas, ne pas pleurer…
Francis vit les yeux de sa nouvelle protégée s'humidifier, et déposa un baiser sur son front.
"…Ah. Il l'a vu."
Elle rougit d'une couleur qu'elle ne pensait même pas possible alors que le blond éclatait de rire. La vie avec France promettait de mettre ses nerfs à rude épreuve…
Taquine, Keira s'était plantée devant Gilbert et lui avait offert son plus beau sourire.
« Je crois que vous allez devoir prendre soin de moi pour quelques temps, chantonna-t-elle. Je suis Keira Boger – mais Angleterre a déjà dû vous le dire ? »
Prusse la déshabilla littéralement du regard, avant de lâcher, non sans un sourire appréciateur :
« …Ouais. Il nous a parlé de toi. Attends-toi au pire avec West…Ça risque vite d'être l'armée à la maison. Tu survivras, Saxe ?
- J'essaierai. T'as bien survécu, toi. Je devrais pas trop mal m'en sortir.
- Toi ! »
Keira se retourna pour faire face à un Allemagne en colère et un Italie terrifié.
« Présente-lui tes excuses ! Tout de suite ! Tu l'as humilié publiquement !
-…Je suis désolée. »
"Oh, pitié. J'en pleurerai presque. 'Fais pas genre il en a pas l'habitude…Oh, regarde, j'écrase une larme tellement j'ai de remords !"
« Il vaudrait mieux, fit Allemagne en hochant la tête. Ne t'amuse plus jamais à crier sur lui comme ça, est-ce clair ?
- Non mais t'es vraiment gay ou quoi ? grogna-t-elle sous son souffle. Lâche-moi avec ce mec. Okay, Ita-chan est mignon, point à la ligne. T'as pas autre chose à faire, sérieusement ?
- Pardon ?
- Rien. Je parlais seule.
- J'aime mieux ça. »
Elle s'empressa de lever son majeur dans la direction du blond dès qu'il eut le dos tourné, et Prusse ricana.
« C'est mon frère tu sais ?
- Je sais. Il aurait mieux fait de plus te ressembler.
- Tu me dragues ?
- Tu me draguerais en retour si c'était le cas ? »
Cela sembla clouer le bec au pseudo albinos, qui se gratta le menton d'un air pensif tandis que Gilbird se posait sur sa tête.
« …T'es marrante. »
La salle ayant eu son quota de ragots, il ne resta finalement plus que les nordiques – sans Danemark, qui manquait toujours à l'appel – France, Allemagne, Prusse et les trois amies nouvellement régions.
Elin s'était assoupie dans un coin de la salle, une fois que Keira lui eut rendu Corben et Popode, elle était ainsi affalée sur l'éléphant, gardien du baladeur. Lou l'avait vite rejointe et Keira profitait de sa majorité acquise le matin même grâce à Angleterre en buvant une bière avec les deux germaniques. D'un accord tacite, toutes les Nations avaient décidé de partir en même temps pour ne pas séparer les trois amies trop abruptement ; le danois, par sa disparition hasardeuse, avait involontairement retardé le moment fatidique.
La brunette, encore étourdie et à peine éveillée, écoutait d'une oreille discrète ce qu'elle saisissait de la conversation autour d'elle, continuant de simuler le sommeil.
« …Vraiment la laisser vivre avec ce débile ? Qu'il se tue, peu importe, mais s'il tue une innocente…
- J'aurai pas la conscience tranquille non plus. »
Elin reconnut la voix de Norvège puis d'Islande, leurs mots étaient aussi durs que devaient l'être leurs expressions.
« Regardez-la, tellement innocente et adorable…une poupée…Elle est petite en plus…On a envie de la protéger…Vous croyez qu'elle survivra à Danemark ? » s'inquiéta le finlandais.
"Okay, j'ai la côté avec Finny. Bon à savoir. Et les frères icebergs se soucient un minimum de mon bien-être. Je m'en sors pas trop mal !"
« …Est-ce qu'elle a le choix ? soupira Suède avec son très fort accent.
- Hey, au pire, au lieu de décider du sort de mon amie tous seuls, vous pouvez lui demander, non ? » lança Keira.
Elin entendit le claquement des talons de celle aux yeux verts et en conclut qu'elle se rapprochait.
« Oh, remarquez, non. Elle était incapable de décider quel était son personnage préféré dans un groupe de cinq personnes, alors choisir avec qui vivre…C'est même pas la peine. »
Elin ne put s'empêcher de rougir, ainsi que de maudire et remercier son amie à la fois. Keira faisait référence aux nordiques eux-mêmes ; la brunette avait toujours adoré ce groupe et ne pouvait pas en choisir qu'un seul parmi les beaux blonds, ce qui lui valait d'être souvent charriée en tant que "polygame". Elle avait cependant eu le tact de ne pas les citer, préservant ainsi celles aux cheveux bouclés de moqueries futures.
« Elle dort, de toute manière. Je n'ai pas envie de la réveiller, remarqua Finlande.
- Oh, pitié. Elle est très bonne actrice, mais j'arrive à différencier un vrai sommeil de son mode ninja. Elin, je sais que tu es réveillée depuis dix bonnes minutes. Allez, on émerge ! » termina la méchée en secouant doucement son amie par l'épaule, délogeant Lou – réellement endormie – qui s'écrasa sur le sol pavé.
Cette dernière poussa un petit cri de surprise, massant avec une grimace l'endroit précis où sa tête avait heurté le carrelage.
Elin grogna et se recroquevilla contre Corben, entrouvrant un œil.
« Certes, je ne dors pas, je tire ma flemme, nuance.
- Ce n'est pas poli de faire attendre ces messieurs.~ Allez, tu auras tout le temps de dormir dans l'avion !
- Non, si je vais au Danemark, en partant de chez Iggy, ce sera un vol plutôt court…j'aurai à peine le temps de m'endormir qu'on aura atterri !
-…T'as sérieusement pensé à tout ça ?
- Le sommeil est une chose sacrée.
- Surtout ne vous souciez pas de moi, hein, je viens de m'exploser le crâne par terre par ta faute, Keira, mais sinon, je vais bien ! chouina Louise.
- Pourquoi tu nous embêtes avec ça si tu vas bien ? Sérieux… »
Celle au carré plongeant gonfla les joues et commença à profaner toutes sortes d'insanités envers Keira – lesquelles la laissaient indifférente – et Elin se désintéressa de leurs chamailleries. Elle s'étira, replaça rapidement ses cheveux avec les doigts, assit Corben de façon à ce qu'il soit confortable – elle adorait vraiment cette peluche – et se releva. Les nordiques débattaient encore de son sort et ne semblaient pas avoir remarqué son éveil, elle décida alors de sortir en douce de la salle pour explorer un peu les environs.
À gauche, couloir ; à droite, couloir puis toilettes.
Bien, le choix était vite fait, elle tourna à droite. Elle pénétra dans la pièce réservée aux dames et observa son reflet dans le miroir prenant tout le mur.
Elle ne s'y faisait toujours pas ; si tout cela était un rêve, le réveil serait bien dur. Elle ouvrit l'eau et passa les doigts sous le liquide glacé. La sensation était bien présente.
« …C'est la réalité. »
Quelque chose clochait néanmoins avec son apparence. À force de chercher, elle comprit avec une pointe d'effroi : ses cheveux, qui possédaient déjà des reflets roux, prenaient de plus en plus une teinte acajou, et ses yeux d'ordinaire noirs viraient vers le gris. Sa peau, bien que peu hâlée lorsqu'elle était encore dans l'autre monde, s'apparentait à présent à du lait.
« Je m'éclaircis. Seigneur, je m'éclaircis. Je prends le physique de là-bas ! » s'exclama-t-elle avec surprise.
Dans le fond, c'est sensé. Elle était Féroé. Tous les autres pays étaient des stéréotypes ambulants ; sa personnalité était ce qu'elle était, mais il était évident que son physique s'adapterait. Et si elle ressentait les souffrances qu'endurait son territoire à travers son propre corps ? La même chose arriverait-elle à ses amies ?
Prise de panique rien qu'à cette idée, la nouvellement rouquine quitta précipitamment les toilettes pour fuir son reflet et la réalité. C'était trop à assimiler en quelques heures…
Elle essuya quelques larmes de frustration qui avaient décidé de tremper ses joues et commença à courir le plus loin possible de la salle de réunion. Alors que les pensées et les portes défilaient, elle continuait à sangloter comme une enfant. Tout lui était imposé, et tout ça lui faisait peur ! Elle serait bientôt séparée de ses amies pour aller vivre avec ce qui était en fait un inconnu, dans une maison froide où la seule chose qui la reliait à sa vie d'avant serait Corben – et son tout aussi fidèle Popode. À quoi bon faire de la magie lorsque le cœur n'y est pas ?
Et…quand rentrerait-elle, quand reverrait-elle sa famille ? Ils devaient être morts d'inquiétude. Rentrerait-elle un jour ? Iggy lui-même n'avait aucune idée sur la question, il avait avoué être incapable de les renvoyer et le fait même qu'elles soient liées à un territoire rendait la chose encore plus impossible qu'elle ne l'était déjà.
Elin se laissa glisser contre un mur, dans un virage du couloir qui semblait interminable et où l'ampoule menaçait de griller à tout instant. Submergée par l'appréhension et le chagrin, elle se recroquevilla sur elle-même et pleura de plus belle.
Toujours dans la salle de réunion du Sommet Mondial, Keira et Lou finirent par se rendre compte de l'absence de la plus petite d'entre elles.
« Elle s'est volatilisée ! C'est humainement impossible ! grogna Keira.
- Et si elle s'était téléportée grâce à la magie ? supposa Lou.
- Non, c'est pour l'instant impossible pour elle d'utiliser une magie aussi avancée et surtout sans grimoire, les informa Norvège en croisant les bras.
- Elle a quitté les lieux sans qu'on ne s'en rende compte, constata platement Islande.
- Non, tu crois ? railla Prusse.
- Elle ne peut pas avoir quitté le bâtiment, raisonna Finlande. Elle aurait eu besoin d'argent pour appeler un taxi, or, tout l'argent que vous avez vol… »
Keira lui lança un regard entendu et le blondinet se reprit aussitôt d'un air amusé.
« ..Que vous avez emprunté à Angleterre est resté dans le sac.
-…Hm. Le sac est toujours là », murmura Suède en le désignant d'un coup de menton, aux côtés de Corben.
Allemagne se racla la gorge.
« Très bien, on sait au moins où est-ce qu'on doit la chercher.
- Elle a peut-être juste voulu aller faire un tour ? Ou aller aux toilettes ? suggéra France avec un sourire.
- Ce serait un peu long pour les toilettes, objecta la méchée.
- Elle n'a jamais eu un très bon sens de l'orientation, remarqua celle aux yeux noisette. C'était pas faute d'essayer, pourtant, mais à moins-ce qu'il y ait des panneaux partout, elle finissait toujours pas se perdre, souviens-toi… »
Keira frappa la paume de sa main de son autre poing, une expression d'éclairée sur le visage.
« Mais oui ! Tu as raison ! Elle a voulu découvrir un peu les lieux parce qu'elle s'ennuyait, et elle n'a pas su retrouver son chemin. Fastoche. Qu'est-ce qu'on attend pour aller la chercher, du coup ? »
Elle se dirigea vers la sortie mais Allemagne la retînt par le col de sa robe.
« Attends. Déjà, les lieux vous sont aussi inconnus, alors vous devriez rester ici avec d'autres personnes – au-cas-où elle reviendrait avant qu'on la trouve.
- Il a raison, acquiesça Norvège. Allemagne, France et Prusse partiront d'un côté, Suède et Finlande d'un autre, et Islande et moi…nous resterons avec les filles.
- Ça me va, ricana Prusse. Gilbird, on y va ! On a une demoiselle en détresse à retrouver. Ah, et comme ça, au passage, vous pourrez intercepter Danemark ! »
Tous approuvèrent à leur tour, et quittèrent la pièce, laissant les quatre autres dans un silence pesant.
« Pourvu qu'elle aille bien », murmura Lou.
Le blond marchait d'un pas enthousiaste, traînant derrière lui un petit chariot où étaient posés plusieurs packs de bière. Prusse lui avait appris qu'il y avait une grande réduction à la supérette du coin, juste avant la réunion, et il avait réussi à s'éclipser dès que la séance avait été levée. Angleterre avait bien tenté de l'arrêter en chemin, mais Danemark avait protesté en faveur "d'une opportunité qui ne se présentait qu'une fois le siècle" et avait ignoré que ce que Kirkland pouvait avoir de si important à lui dire.
« I'm your drama queen tonight~ » chantonna-t-il en prenant l'angle d'un couloir un peu plus sombre que les autres.
Son chariot heurta quelque chose et le fit piler dans un bruit de verre s'entrechoquant. Il pesta dans sa langue, et une fois qu'il eut constaté que ses boissons étaient intactes, il s'attarda sur ce qui avait bien pu casser sa bonne humeur.
Un pied.
D'accord, ça, ce n'était pas prévu.
L'ampoule clignota d'une lumière un peu plus vive, et il lâcha le manche du chariot pour se pencher vers la petite personne recroquevillée contre le mur – et à qui le pied en question appartenait, au passage.
Le peu qu'il distinguait de son visage ne lui disait rien ; tout ce qu'il arrivait à voir, c'était ses cheveux acajou et bouclés, sa peau blanche et le nœud noir coincé entre deux mèches, ce qui ne l'avançait pas plus.
« Une micronation, peut-être ? »
Il haussa les épaules. Aucune chaîne de télé n'avait parlé d'un nouvel état. Elle lui était inconnue, elle semblait dormir paisiblement dans un coin de couloir, pourquoi la déranger ?
Il allait continuer son chemin lorsqu'il tiqua.
La réflexion profonde n'était certes pas son fort – comme le lui faisait souvent remarquer Norvège – mais il n'était pas non plus un idiot fini, ainsi, il se rappela de la conversation qu'il avait eue avec Angleterre un peu plus tôt.
"Ah, Danemark, tu tombes bien. Je dois te parler de quelque chose d'important. Vois-tu, avec ma magie, j'ai…
- Désolé mon vieux, mais je suis pressé, tu me raconteras ça à mon retour, d'accord ?
- Mais si jamais tu la croises...
- Allez, salut !"
Son regard tomba sur la jeune femme assoupie.
« Si jamais tu la croises… »
Il passa sa langue sur ses lèvres sèches.
« Qu'est-ce qu'il voulait dire ? Il parlait d'elle ? »
Il pesa le pour et le contre, cette demoiselle pourrait très bien avoir besoin d'aide, et au fond, jouer les chevaliers lui avait toujours plu. La curiosité l'emporta, et il s'accroupit à nouveau à ses côtés, notant au passage leur différence de taille.
« Hey…Mademoiselle ? hésita-t-il en lui pressant l'épaule. Tout va bien ? »
Elle marmonna quelques mots incompréhensibles et finit par émerger. Ses boucles suivirent le mouvement de sa tête alors qu'elle relevait le nez, et Danemark nota ses yeux rougis.
« Ah, tu pleurais ? » s'étonna-t-il.
Elin fut d'abord surprise de se retrouver si proche de ces grands yeux bleus et de ces mèches blondes qui défiaient toutes les lois de la gravité, rougissant légèrement du panorama plus qu'agréable qu'ils offraient. La magie s'était néanmoins brisée dès que celui qu'elle avait reconnu comme Danemark – et celui qui allait devoir prendre soin d'elle pour une durée indéterminée – avait ouvert la bouche, démontrant que son manque de tact légendaire était, justement, tout sauf une légende.
«…Ce ne sont pas tes affaires, souffla-t-elle en détournant le regard.
- D'accord, d'accord. Je tombe mal. Je vais me faire étrangler par Norvège en arrivant parce que je me suis enfui, donc j'aimerai éviter de me faire rembarrer par une étrangère. Je m'en vais… »
Il se releva, contrarié, et saisit son chariot. Avec un peu de chance, elle n'avait rien à voir avec Angleterre, elle se serait juste perdue et il n'entendrait plus jamais parler d'elle. Il pourrait boire sa bière sans aucun remord de l'avoir abandonnée en plein milieu du couloir…
Il commença à avancer et Elin paniqua. Elle ne voulait pas rester seule ! Certainement pas dans un moment comme ça ! Et puis, elle était bel et bien perdue, maintenant qu'elle y pensait…
Elle se leva à son tour et un cri lui échappa :
« A-attends ! »
Elle avait attrapé un bout de sa chemise pour le stopper. Il la fixait d'un air étonné.
« Ne me laisse pas seule ici…Je…Je ne sais pas comment rejoindre la salle de réunion, bégaya-t-elle, gênée d'avoir haussé le ton.
- Celle du Sommet Mondial ? fit-il, surpris, en se tournant vers elle et en lâchant le manche du chariot.
- Oui. Est-ce qu'Angleterre…a eu le temps de te parler de moi ? »
Ses yeux s'agrandirent. C'était bien d'elle dont l'anglais voulait lui parler ! Elle n'avait pas l'air méchant, peut-être était-elle simplement timide autour des étrangers, ce qui expliquerait sa réaction lorsqu'il avait remarqué ses yeux rougis.
Il lui offrit un grand sourire.
« Non, mais tu peux m'expliquer tout ça en chemin. On va au même endroit, je crois ?
- Il y a des chances, pouffa-t-elle. Je ne sais pas où j'irai sinon… »
Il décida volontairement d'ignorer le tremblement de sa voix sur les derniers mots et changea de sujet.
« Ah, je ne me suis pas présenté ! Je suis Danemark, le roi de l'Europe du Nord ! Et toi ? »
Elle sourit à son tour, une lueur espiègle dans le regard.
« Oh, moi ? Je suis Elin Winstol…Mais tu peux m'appeler Féroé. »
Cette fois, les bières explosèrent en mille morceaux lorsque le chariot pila.
« Bien, mesdemoiselles, je ne pense pas avoir besoin de vous rappeler les règles…En position… »
Norvège posa les deux boulettes de pâte à fixer au sol, une pour chacune des jeunes filles dans la pièce. Lou et Keira échangèrent un regard plein d'animosité, avant que la méchée ne déclare :
« Ne pleure pas trop quand tu auras perdu, d'accord ?
- Si j'étais toi, je serais celle qui préparerait des mouchoirs », rétorqua Lou, tout aussi venimeuse.
Le blond à la barrette leva les yeux au ciel, et commença son décompte. Lorsqu'il fut arrivé à zéro, les deux amies se laissèrent tomber sur les boulettes, tentant de les écraser avec leur arrière-train. Environ trois secondes s'écoulèrent avant qu'Islande n'interviennent à son tour :
« Stop ! On se lève ! »
Elles s'exécutèrent, gloussant comme des oies, et le jeune homme vînt inspecter la pâte à fixer maintenant aplatie. Il s'accroupit pour mieux observer, prenant son menton entre ses doigts tandis qu'il réfléchissait. Il finit par relever le nez et hocha la tête en direction de Louise.
« Elle a gagné.
- Tieeeeens ! Dans ta face ! Des mois et des mois d'entraînement en cours de latin ! Pour une fois que ça me sert à quelque chose ! »
Elle commença une danse de la joie – qui consistait surtout à sautiller dans tous les sens et à se déhancher comme une demeurée – alors que Keira allait pour bouder dans son coin, lançant un regard noir à l'arbitre islandais.
Des pas en provenance de l'entrée de la salle les firent se retourner, pleins d'espoir. Finlande et Suède étaient de retour et leur recherche n'avait pas dû être fructueuse puisqu'ils étaient seuls. Le finlandais secoua la tête, inquiet.
« Aucune trace d'elle. J'espère que les autres auront plus de chance, parce que sinon, on pourra vraiment commencer à se faire du souci…
- Merci d'avoir cherché, sourit tristement Keira. Si on avait eu nos portables, j'aurai pu l'appeler et évider tout ce ramdam… »
Elle soupira, frustrée, et s'assit aux côtés de Lou, qui avait récupéré la pâte à fixer. La méchée loucha dessus quelques instants avant de lâcher :
« Je suis même pas d'humeur pour faire la belle…
- …Mauvaise perdante », pouffa son amie aux cheveux courts.
De l'autre côté du bâtiment, Prusse, Allemagne et France s'affairaient toujours dans la recherche de la petite Féroé. Ils s'apprêtaient à faire demi-tour, lorsqu'un énorme fracas de verre brisé fit vibrer les murs, au-delà de l'endroit où le couloir s'assombrissait.
Ils se regardèrent, et d'un accord tacite, pressèrent le pas dans cette direction. Les trois hommes craignaient le pire ; hélas, ce qui les attendait dépassait de loin tout ce qu'ils auraient pu imaginer…
Danemark et Elin se trouvaient en plein milieu d'une immense flaque de bière et de copeaux de verre. Les deux étaient assis à même le sol, trempés, mais ce qui attirait tout de suite le regard, c'était l'expression de choc dans laquelle le visage du blond s'était figé.
« T-tu viens de dire…Qu-quoi ? Que…tu…Tu es…Je…j'ai mal compris…c'est pas possible », bégayait-il en pointant d'un index fébrile la jeune femme, qui semblait, quant à elle, plus concernée par l'état de ses vêtements et la façon de faire disparaître l'odeur de l'alcool – même après lavage.
Elle soupira, tenta de se relever puis glapit de surprise et de douleur ; des morceaux de verres s'étaient plantés dans sa cuisse et dans ses mains.
Allemagne fut le plus rapide à réagir et se précipita aux côtés d'Elin pour la relever et faire un rapide constat quant aux dégâts. Prusse aida son ami aux cheveux en bataille à se relever. Danemark semblait toujours aussi décontenancé et ne lâchait pas la rouquine du regard, ignorant ses propres blessures – elles aussi minimes, comme celles de la région, mais tout de même bien présentes.
« …Est-ce que quelqu'un pourrait m'expliquer ce qui se passe, à la fin ? finit-il par lâcher.
- Ah ah, mon vieux, t'es encore plus lent à la détente que moi ! s'exclama le prussien en tapant dans le dos du blond. Cette demoiselle n'est pas un cas isolé. Laisse-nous vous raccompagner jusqu'à la salle de réunion, qu'on en discute tranquillement, hum ? »
L'albinos promena un regard désolé sur le carnage qu'était devenu le couloir.
« …Tant de bière gâchée… » soupira-t-il en frappant une nouvelle fois son ami.
Le groupe déboula en catastrophe dans la pièce en question, faisant sursauter tous ses occupants. Allemagne ordonna à Elin de s'asseoir pour réduire le saignement de sa plaie au niveau de la cuisse – qui s'était révélée un peu plus profonde que prévu – et courut chercher, dans son empressement habituel, la trousse de secours qu'il savait entreposée dans l'annexe de la salle.
« Mon dieu, mais qu'est-ce que t'as foutu ? grogna Keira en s'approchant.
- Rien de particulier. Je me suis présentée à Danemark et…regarde-le, il est toujours sous le choc de la nouvelle, je crois… expliqua celle aux yeux gris à demi voix.
- J'imagine qu'il fallait bien que ça en choque un…Ç'aurait été trop beau pour être vrai, sinon… » compatit Lou en posant une main sur l'épaule d'Elin.
Les blessés soignés et la situation une fois de plus expliquée, un silence gênant s'installa. Les trois amies savaient qu'elles allaient bientôt être séparées ; les autres Nations n'osaient pas les brusquer, mais l'heure continuait de tourner et l'avion n'allait pas les attendre indéfiniment.
La mort dans l'âme, elles rassemblèrent le peu d'affaires qu'elles possédaient – c'est-à-dire Corben et Popode pour Elin, elles avaient décidé d'un commun accord de laisser le sac là et ce qu'il contenait à l'intention d'Angleterre – et quittèrent l'édifice avec un dernier regard nostalgique vers les drapeaux, escortées par les Nations qui devraient les accueillir.
Elin serra sa peluche contre elle durant tout le trajet qui les mènerait à l'aéroport. Ils voyageaient dans une sorte de minibus, Keira et Lou étaient assises derrière elle, et elle occupait de ses jambes le siège vide à ses côtés. Ses amies n'en menaient pas large non plus ; elles avaient bien tenté de discuter mais la séparation prochaine pesait sur leurs cœurs et gardait leurs gorges nouées.
Les Nations, quant à elles, contemplaient ce triste spectacle avec une pointe au cœur. Les réconforter leur paraissait impossible, et leurs paroles n'auraient servi qu'à brasser de l'air. Le dénouement resterait le même.
Alors que le bruit du moteur la berçait doucement – et qu'elle entendait Keira ronfler et Lou gémir dans son sommeil – elle sentit que ses jambes étaient dégagées de leur place initiale, pour être aussitôt reposées, mais sur une autre paire, cette fois.
Curieuse, elle ouvrit les yeux.
« Ne fais pas attention à moi. Norvège m'a viré parce que je faisais trop de bruit, et personne d'autre ne veut de moi…
- Au pire, il te reste toujours la soute, le taquina-t-elle.
- Ah non, les bagages risqueraient d'abîmer ma sublime figure ! reprit-il sur le même ton, avec un clin d'œil. D'ailleurs, j'ai remarqué un truc, Elin… »
Elle nota qu'il avait préféré employer son nom humain. Attention délicate pour lui laisser le temps de s'adapter, ou était-ce parce qu'il vivait mal son identité de région ? Il ne lui laissa pas le temps de cogiter et continua avec un sourire qui lui faisait trois fois le tour du visage :
« À chaque fois que je te vois, tu dors.
- Tu ne m'as vue que deux fois.
- Jamais deux sans trois. Et puis, pas besoin de renier ta nature de feignasse, hein. Je peux comprendre. Ça m'arrive aussi.
- Ça, je n'ai aucun mal à y croire, pouffa-t-elle. Je t'assure que je suis plus énergique d'ordinaire. C'est juste que… »
Elle fronça les sourcils et resserra son étreinte sur Corben.
« …Je ne sais pas. Beaucoup de choses se sont enchaînées et…maintenant que j'y pense, je n'ai pas fermé l'œil depuis qu'Iggy nous a projetées ici… »
Il rit, et posa un regard bienveillant sur elle.
« Profite du trajet pour te reposer, alors. Dès que tu peux dormir, dors ! La première chose que je ferai lorsqu'on arrivera chez moi, c'est te montrer ta chambre. »
Elle laissa échapper quelques éclats de rire à son tour.
"Il est adorable. Un peu bêbête, mais tellement gentil…Comme on pouvait s'y attendre."
Il saisit Popode et fit en sorte d'avoir l'air suppliant.
« Puisque tu m'abandonnes pendant la route, est-ce que je peux… ?
-…Je ne veux pas une rayure », soupira-t-elle en fermant les yeux, pour ne plus les ré-ouvrir avant d'être à l'aéroport.
Allemagne, le plus organisé d'eux tous, acheta les billets pour les jeunes femmes en quelques minutes seulement.
« Il est doué, constata Keira lorsqu'elle reçut son bout de papier.
- On ne peut pas lui enlever ça. Mais je préfère France, commença Louise.
- Et moi Prusse.
- France.
- Prusse !
- J'ai dit France !
- Pruuuusseuh !
- FRANCE !
- PRUSSE !
- LA FERME ! »
La méchée et celle aux yeux noisette se firent aussitôt toutes petites, et Elin ne put s'empêcher de sourire à leur réaction.
« Allez, je ne suis pas si terrifiante.
- Que tu crois…
- Maintenant que tu peux faire de la magie, on ne sait plus sur quel pied danser », se confia Lou.
Le temps passa très vite. Les embarquements se faisaient presque tous en même temps, et Louise, bien qu'elle ne soit pas la seule, sentit ses yeux s'humidifier de nouveau. Sans prévenir, Keira se jeta sur ses deux amies dans un câlin monumental, sans les lâcher pendant presque dix minutes. Elle était la première à décoller.
« Je veux des nouvelles de vous dès que vous serez arrivées, est-ce que c'est clair ? avait-elle crié alors que Prusse la traînait de force jusqu'à la porte d'embarquement.
- Sinon quoi ? avait répondu Elin entre le rire et les larmes.
- Je vous arrache la tête ! »
Et elle avait décollé pour l'Allemagne.
