Bonsoir et très bonne année 2013 !

Nous voilà avec le deuxième chapitre, nous espérons qu'il vous plaira tout autant que le premier. Ryokushokumaru a beaucoup souffert pour celui-là ^^ La pauvre a du faire un lonnng POV de John (coupé en deux mais très long quand même) avec plein de descriptions, j'ai été impitoyable jusqu'au bout (mouhaha) mais elle a survécu même si elle l'a terminé le 31 au soir XD (paix à son âme torturée)

-La Salle Botanique évoquée dans le Département des Mystères et les Vif-Espions n'existent , il s'agit de purs ajouts de notre part -

Bonne lecture !

MAC: Merci beaucoup pour ta review ! Voici donc la suite et nous espérons que tu seras toujours aussi enthousiaste après l'avoir lu !


Chapitre II

Disparitions et course poursuite


POV Lucifère

J'avais faim. Et Mycroft ne m'écoutait pas. Je miaulais, lui mordillais la manche, faisais le dos rond. Rien n'y faisait. Il était dans une conversation qui le mettait dans un état de surexcitation avancé semblait-il. Il en trépignait sur place, comme un chaton devant sa première pelote de laine. Un peu de dignité je vous en prie.

Je caressai sa joue avec ma queue pour attirer son attention. Il la poussa d'un revers de main. Je miaulai à plein poumons : « J'ai faaaaaim » Pas de réaction. Ceci était honteux, monsieur ! Honteux ! La liste des manquements s'allongeait... Il me laisserait mourir de faim !

Il partit de son bureau sans un regard pour moi. Je pourrais faire la java dans la pièce mais mes griffes étaient fraîchement nettoyées et puis je n'étais pas comme ces chats de campagne, ces péquenauds des gouttières. J'étais civilisée, moi. En tant que représentante de l'aristocratie féline, je ne pouvais m'abaisser à ce genre d'activités de basse extraction.

Et puis j'avais faim.

Je suivais les deux jambes de mon humain hors de bureau. Il ne marchait pas trop vite puisqu'il parlait avec d'autres sorciers ce qui était bien, je n'avais pas à allonger la foulée et ma fourrure impeccable resterait aussi parfaite qu'après mon toilettage.

Je me réfugiai dans un coin de l'ascenseur avant la montée des bipèdes. L'air fut saturé d'un mélange d'odeurs pas toujours très flatteuses quand les portes se refermèrent. Je fronçai le museau. Diantre ! Que d'horribles tortures faisait-on subir à mon auguste narine ! Je plaquai ma truffe entre mes pattes en éternuant.

J'attendais que Mycroft ne se décide enfin à sortir. Je bondis dehors quand il bougea enfin et le suivais dans un long couloir uniformément noir. Un noir pas naturel. Un noir qui dévorait la lumière. Je reconnaissais l'endroit, j'y étais déjà venu. Je n'aimais pas. Mes moustaches frémissaient d'inquiétude, j'étais sur mes gardes. Je me collais dans les jambes de Mycroft, celui-ci râla et finalement il me souleva dans ses bras.

Nous passâmes dans une pièce dont les murs étaient envahis de ces objets bizarres dont se servaient les humains pour on ne savait quoi. Tous ces objets produisaient un infernal tic tac à l'unisson. Mes oreilles agressées étaient inclinées en arrière. Évidemment les humains avec leurs sens ridiculement atrophiés n'entendaient pas aussi bien que moi.

Un gigantesque cœur battait dans mes oreilles.

Je tapotais le rythme régulier avec ma patte sur le bras de Mycroft sans m'en rendre compte. La pièce en question était aussi claire que le couloir était sombre. Des volutes étincelantes ondulaient sur les murs. Tellement lumineuses qu'elles en semblaient presque matérielles. La clarté ondoyante provenait d'une grande cloche brillante.

Les humains savaient enfermer la lumière ? Sacrilège. Comme si on pouvait. Quels prétentieux ceux-là.

Au centre de la cloche mes yeux perçants repérèrent un œuf minuscule bercé de droite à gauche. Un œuf ? Mmmmm intéressant. Je pourrais le garder avec moi tranquillement jusqu'à ce qu'un oiseau naisse et là, le festin serait servi. Un bon investissement. Mycroft remarqua mon air gourmand.

« Il n'est pas pour toi. »

Il ne s'attarda pas mais juste avant de passer la porte je remarquai que le coquille se fendillait. J'en miaulai de frustration, enfonçant mes griffes dans ses manches. Trop tard. La porte se ferma. Adieu mes rêves d'oiseau à la coque. Ou la croque aussi.

Je boudais tout le reste du chemin en calant ma tête dans son épaule. J'étais morte de faim. Au bout d'un moment, Mycroft me posa sur un coin de table. J'ignorai avec superbe sa grimace quand il se dégourdit les bras. Humpf ! Goujat !

Ce nouvel endroit était rempli de plantes. Des plantes partout. Il y en a une en particulier qui retint mon attention. Je n'étais pas la seule. Mycroft et les autres se rassemblèrent autour et discutèrent très longtemps. Finalement Mycroft fut entraîné un peu plus loin par un autre humain et tout le groupe les accompagna.

J'en profitais pour m'avancer vers la fleur pendant qu'ils étaient ailleurs. Elle était magnifique. Je me rapprochai, sautai sur le bureau où elle était posée. Je me postai devant, approchant mon museau avec curiosité des pétales. Des pétales, ou plutôt des flammes bleues et dorées parcourues d'étincelles. Mon regard se perdit dans les chatoyances mouvantes où l'or et le bleu dansaient. Les couleurs étaient vivantes.

Je le sentais, mon instinct le disait. Cette fleur n'était pas vraiment une fleur. Des particules électriques parcouraient ma fourrure. Il y avait quelque chose. Une puissance qui pulsait jusqu'au plus profond de mon essence de chat. Qui m'appelait. Une odeur sucrée se dégageait de la corolle de feu mais aucune chaleur.

Je m'approchai encore. Encore. La pointe de ma truffe effleura une flammèche. Agréablement tiède. Comme hypnotisée par les flammes je frottai ma tête contre la tige. Un des sorciers non loin, poussa une exclamation et je bondis au bas du bureau et couru à perdre haleine de frayeur. Et voilà, maintenant j'avais perdu Mycroft. Je feulai de mécontentement.

J'aurais du mal à le retrouver au milieu de tous ces parfums capiteux de plantes et de terre. L'odeur végétale était lourde et me tournait un peu la tête.

Je trottinais néanmoins à la recherche de mon sorcier dans cette petite forêt où surnageaient quelques éléments de la civilisation humaine. Une table ici. Un fauteuil là. Comme perdus, déposés là par hasard dans tout ce fatras vert chlorophylle. Et certaines plantes étaient agressives en plus. Je faillis perdre quelques poils dans la bouche de l'une d'entre elles. Je déchirai sa gueule hérissée d'épines de mes griffes et elle battit en retraite. Non mais.

Je voulais ma fleur. Ma belle fleur rien qu'à moi. Ou était-elle ? Si j'arrivais à convaincre Mycroft de me donner quelques-uns de ses pétales, je serais encore plus merveilleuse.

Un éclat attira soudain mon attention sur un bureau. Je grimpais dessus. J'aimais les choses brillantes. Et il y avait justement tout un tas de petits machins brillants sous mes yeux. Des petits objets à formes géométriques et de couleurs différentes. J'en avais déjà vu quelque part...mais je ne me souvenais plus où. Ce devaient être des bijoux. Sûrement. Certainement. J'en voulais.

Ma fourrure ainsi agrémentée ferait gronder de jalousie toutes les minettes, qui verraient une fois de plus à quel point je les surpassais dans tous les domaines. Aussi bien en élégance qu'en beauté. Que disais-je ? En magnificence ! Il y avait aussi des petits boutons à côté mais je ne m'en préoccupai pas, ils n'étaient pas brillants.

Je me roulais dans les bijoux géométriques pour qu'ils s'accrochent dans ma fourrure. Oui ils étaient froids, en métal. C'étaient des bijoux, j'en étais sûre maintenant. Ravie de ma nouvelle parure, je cherchais encore plus activement Mycroft, pour lui montrer à quel point j'étais jolie.

Mais...non. Pourquoi le chercher ? Il ne voulait pas me donner à manger, j'avais trop faim. Je lui montrerai plus tard. Autant croquer le petit œuf de tout à l'heure pendant qu'il n'était pas là. Il serait furieux s'il savait que je voulais le manger. Mais il ne saura pas que c'était moi la responsable.

Niark. Niark.

L'œuf était dans une autre salle, je devais donc sortir de celle-ci. Je trouvai une porte entrouverte et m'y coulai. Me voilà de retour dans le couloir noir. Mais les bijoux tombaient les uns après les autres, ils étaient mal accrochés et ils n'avaient pas aimé la porte. Je marchais le long du couloir, semant mes bijoux, la mort dans l'âme. Il n'en restait plus qu'un seul à la base de mon cou.

Des pas claquaient dans le couloir. Un humain arriva à ma hauteur. Assez petit selon les critères de son espèce d'ailleurs, je me devais de faire bonne impression cependant. Je levai ma tête et ma queue en un port altier et fier, trottinant avec élégance.

Il s'arrêta et caressa un instant ma fourrure soyeuse. Je le laissais faire dans ma grande bonté. Je n'aurai jamais du. Il voulut enlever mon dernier bijou ! Pas question ! Je crachai et lui administrai un coup de griffe vengeur mais il avait quand même volé mon bijou ! Voleur ! Détrousseur de dames sans défense !

Je partis en conservant ma dignité mais dès qu'il fut hors de vue je miaulais à plein poumons : « Mycrooooft ! On m'a lâchement volé ! Au secouuuuurs ! Sauve-moiiii ! On veut ma mort ! » Je courus me réfugier dans la salle aux plantes, les larmes aux yeux.

POV John

C'était impossible, inimaginable, irréaliste !

Je ne venais quand même pas de me faire aspirer par une cheminée, qui plus est avalé par un feu vert, sans être brûlé, et je venais de ressortir d'une autre cheminée. Plus impressionnante que la précédente, mais ça n'avait aucun sens ! J'avais voyagé en empruntant des cheminées.

Seigneur je regarderai moins bêtement les pères noël du centre commercial, on peut voyager en cheminée... Woow... Mais qu'est-ce que je racontais ! J'étais en train de rêver, voilà c'était un cauchemar bien trop réaliste. J'essuyai vigoureusement la poussière déposée sur mon pull de laine marron. Je fis volte-face pour observer aux alentours, quel choc quand j'aperçus des rangées de cheminées identiques construites les unes à côté des autres. Je me frottai l'arrière de la tête, incrédule.

Jamais auparavant je n'avais vu une chose pareille. Je me tentai à faire un pas, ma chaussure en cuir couina sur le parquet. J'observai les planches de bois assemblées au sol, elles semblaient briller et j'y vis mon reflet. Puis celui d'un autre homme, un peu plus grand que moi, qui me fixait silencieusement.

Je frôlai l'attaque panique, posant la main sur mon cœur en reprenant mon souffle. L'inconnu avait le nez un peu tordu, une raie de cheveux en plein milieu du crâne, un grand front froncé. Il me toisa, un rictus accroché aux lèvres. « Tout va bien ? » me demanda l'homme les mains dans les poches.

J'ouvris la bouche incapable de prononcer quoique ce soit. Je préférai garder le silence face à l'inconnu.

« Ne restez pas ici, les Cheminettes sont en panne. Qui sait où vous pourriez être envoyé. » déclara t-il en emboîtant le pas dans le chemin opposé.

Je levai la tête vers le plafond en cristal observant le ciel sans nuages. Mon regard s'abaissa, observant maintenant les grandes cheminées sculptées dans la pierre rougeâtre, les bords de ces dernières ornées de motifs d'or. J'allai reprendre mon chemin pour trouver de l'aide, ou une échappatoire pour sortir de cette bizarrerie au plus vite, quand l'inconnu ajouta : « Vous devriez garder votre baguette sur vous » conseilla-t-il.

Je restai immobile un moment. Ma baguette ? Mais quelle baguette ? Ce n'était certainement pas la baguette de pain que je pouvais acheter chez mon boulanger français.

De dos, j'entendis ses talons de chaussures en cuir claquer sur le parquet, et le son s'éloigna en passant devant deux statues en or massif, placées en plein centre de la pièce. Je pus identifier l'une des deux, elle représentait un centaure. J'observais admiratif les infimes détails, quand quelqu'un me fonça dedans.

Je tombai à la renverse vu la boule de viande qui venait de me rentrer dans le lard. Je me relevai avec difficulté, ma tête me tournait. C'était une femme ronde et bien en chair, toute habillée de violet qui venait de me percuter. La petite boule violette m'observa scrupuleusement en fronçant les sourcils. Elle huma fortement mon odeur, se pinça l'arête du nez et postillonna « puant ».

Elle sortit un bout de bois long, fin et légèrement tordu, et le fit tourner en rond en prononçant quelque chose d'inaudible. Soudain un nuage épais violet l'entoura et moi aussi par la même occasion. Cela sentait très fort la violette, j'éternuai bruyamment. Je regardais curieusement ce qu'elle fit et elle aboya : « Hé bien quoi ? Tu n'as jamais vu une baguette de ta vie ? »

Je restais bouche bée. Elle se retira, son nuage violet la suivant comme un chien qui suivait son maître. J'ouvris de grands yeux, la bouche en forme de « o ».

J'étais en plein rêve ! C'était ça un rêve ! Je me pinçai violemment le bras à m'en faire mal. Mais il ne se passa rien, absolument rien. J'étais toujours debout devant cette immense statue, observant les alentours. Il me semblait alors qu'il avait soudainement plus de monde. Je pouvais passer discrètement entre les gens pour essayer de me sortir de là. Mais je n'étais pas au bout de mes peines.

Un jeune garçon courait dans les couloirs donnant ses journaux aux nouvelles toutes fraîches. J'en saisis un au passage, pensant pouvoir me repérer dans ce monde de fous.

Sauf que lorsque je vis les images bouger sur la papier, je crus défaillir. Le papier était censé rester immobile non ? Je lisais en première page « Holmes a encore détourné la grève », l'image en dessous représentait un homme de grande taille dans un long manteau, qui lançait de la poudre sur un feu et disparaissait.

Maintenant, en y regardant de plus près, je supposai qu'il s'agissait de l'homme que j'avais aperçu dans l'appartement de mes clients. Je posai donc l'hypothèse que nous avions peut-être échangé de monde, après tout ce que j'avais vu ici plus rien ne pouvait m'étonner.

Il fallait donc que je le retrouve ce Holmes pour retourner à ma vie normale.

Je me dirigeais vers un couloir plus étroit, cherchant quelqu'un d'assez normal pour me guider quand soudain, je me permis d'écouter la conversation de deux hommes, élégants et sobres. L'un d'eux tenait le journal, le même que celui que j'avais lu plus tôt. Pensant qu'il s'agissait sûrement de Monsieur Holmes, je m'approchai à pas de loup.

« Je me demande bien ce que Holmes trafique au Département des Mystères. »

« Deux jours entiers qu'il y traîne, il doit cacher quelque chose »

« Comme toujours nous serons au courant après la guerre, ou trop tard »

La discussion dévia sur une autre affaire, sur un certain Moran. Ne me préoccupant déjà plus, je m'éloignai du point de mon arrivée, cherchant maintenant le Département des Mystères. Une femme en tailleur noir, se précipitait un dossier énorme dans les bras, je voulus lui demander mon chemin.

Elle semblait si stressée qu'elle ne me remarqua presque pas, sauf quand mon épaule tapa la sienne et que toutes ses feuilles s'envolèrent. Elle poussa un cri désespéré et avant même que les imprimés ne touchent le sol, elle sortit sa baguette. Je savais les reconnaître maintenant, j'apprenais bien et vite. Elle lança un sort et toutes les feuilles s'empilèrent avant de se poser sur ses mains tendues, elle se tourna vers moi, ses cheveux cuivré et lisses retombant sur la moitié de son visage.

« Je peux vous aider ? » proposa t-elle en me reluquant de la tête aux pieds.

Je la regardais, tout hébété, je la trouvai très jolie et ravissante. Je ne sus quoi répondre et elle se retira aussitôt, ses talons claquant au sol.

Toujours tel un vaillant guerrier voulant rejoindre le château de sa belle, je cherchais la solution à mon problème. Si les gens ici arrivaient à se parfumer ou ramasser des papiers juste en agitant une baguette magique, je pouvais bien retourner chez moi sans bobos. En bout de couloir je trouvais ce qui semblait être un ascenseur. Je levai la tête, sur une enseigne une inscription indiquait « Ascenseurs de l'Atrium ».

Je devais tenter ma chance, et j'entrai dans la cabine mouvante, à côté de chaque étage était écrit le nom de lieux. Le numéro 9 correspondait au Département des Mystères.

J'appuyai sur le bouton orange, très angoissé de m'égarer dans ces lieux, je me tenais à la barre, mes mains moites glissaient dessus. J'ouvris le col de ma chemise, complètement débrayé, respirant un bon coup alors que l'ascenseur se stoppa et que la porte s'ouvrit sur un grand couloir simple, dénudé de toutes décorations.

Il n'y avait qu'une seule porte au fond, j'avançai vers celle-ci, et la poussai dans un léger couinement. Quel silence, plus aucun bruit. Trop calme, bien trop calme...

La porte s'ouvrit sur une pièce circulaire composée de douze portes identiques, quand celle que je venais d'emprunter se referma. Le mur tourna sur lui-même, je crus m'évanouir : il m'était maintenant impossible de savoir quelle porte m'avait permis d'entrer.

J'étais bel et bien coincé et je devais forcément aller de l'avant. J'essayai la première porte sur ma gauche.

Dans la grande salle peu éclairée se trouvait une grand fosse très profonde. Des gradins en pierres permettaient de rejoindre un socle au centre, lui-même en pierre, sur lequel reposait une antique arcade. L'atmosphère était glaciale, morte... Pourtant le rideau noir en lambeaux qui drapait l'arcade ondulait comme si je venais de l'effleurer. Alors que ce n'était bien sûr pas le cas.

Curieux, et intrigué par un bruit je descendis les marches, me postant devant le rideau ; magique c'était certain. Il dégageait quelque chose de désagréable, quelque chose d'atrocement difficile à supporter, mais aussi quelque chose de mystérieux et d'envoûtant. Je n'osais pas le toucher et préférais faire le tour, savoir si quelque chose ou quelqu'un se cachait derrière.

Soudain, alors que je passais j'entendis une voix familière m'appeler « John ! John Watson ! » Je me retournai, cherchant dans toutes les directions possibles et inimaginables, mais il n'y avait que moi.

Les murmures ne se stoppèrent pas, m'alarmant de plus en plus. « Je me présente Andrew ». Mon sang ne fit qu'un tour, je n'avais connu qu'un seul Andrew à l'époque. Un chic type à l'armée, mais il avait été tué devant mes yeux. La voix ne cessa pas pour autant, cette fois je me remémorais les scènes traumatisantes qui se nouaient aux flot des paroles.

« John ! Fais attention ! » Je revoyais mon ami se jeter sur moi, la balle qui devait m'être destinée se loger dans sa poitrine. Je me souvenais de son corps inerte, froid, et lourd sur le mien. Son dernier souffle s'échappant dans mes cheveux, et son sourire joueur et radieux s'immobilisant à jamais.

Je choppai ma tête entre les mains, j'avais envie de hurler, de crier, de faire sortir cette haine par tous les moyens. Je me laissai tomber à genoux sur la pierre. Des années, j'avais mis des années à oublier tout ça, et voilà qu'en un rien de temps, je me souvenais de tout.

Les odeurs âcres du sang, les yeux blancs et vides, et la mort qui me tournait sans arrêt autour. J'avais l'impression qu'elle était là tout près, traînant sa cape noire derrière, prête à me tendre sa main squelettique et à m'emporter avec elle.

Une des portes de la salle s'ouvrit, j'eus à peine le temps de me relever pour prendre une autre porte à tout hasard, mais certainement pas celle que j'avais prise en entrant. Je voulais rentrer à la maison.

En fermant les yeux, je me posai contre un mur, en soufflant. J'essuyai les larmes naissantes au coin de mes yeux, en reniflant bruyamment. Des tics tacs incessants résonnaient de toutes parts, j'ouvris les yeux et remarquai qu'il y avait des montres, des horloges partout, des vieilles en bois, d'autres avec des petits coucous, des plus récentes numériques. Elles étaient partout, accrochées au mur, sur les étagères, sur les tables.

Je voyais les aiguilles cliqueter en rythme devant mes yeux. Je dus cligner des yeux plusieurs fois pour me ressaisir et découvris dans le fond de la pièce une cloche en cristal, c'était d'elle qu'émanait la clarté de la pièce. Contrairement à la précédente, il y faisait si clair, c'en était presque reposant. En m'approchant de la cloche, je distinguai un petit colibri au sommet de cette dernière.

Je voulus l'aider quand il redescendit verticalement vers la base de la cloche, rapetissant de plus en plus jusqu'à redevenir un petit oisillon et entrer dans sa coquille. Je restai surpris mais aussi émerveillé devant cette magie là. L'œuf se referma comme au premier jour.

J'attendais la suite, incertain, oubliant presque ma venue ici. Et tout à coup la coquille de l'œuf se craquela et le petit oisillon de tout à l'heure sortit de sa cellule naturelle et grandit en reprenant sa taille d'adulte. S'envolant vers le sommet de la cloche. Je souris bêtement, bercé par les horloges.

Un gargouillis me ramena à la réalité, et je réalisais que je devais bien traîner ici depuis des heures déjà. Je n'avais toujours pas trouvé Monsieur Holmes, et je me demandais si je n'allais pas errer ici jusqu'à mourir de faim, ou de soif. Je quittai le petit colibri immortel et sortis par la bonne porte cette fois-ci.

En chemin, alors que je traversais le couloir, une adorable boule de poils croisa ma route. Le chat gris au pelage bouffi se rapprocha de moi, je m'abaissais pour l'appeler. Je voulus passer ma main dans son poil qui semblait être doux et bien brossé. Je crus apercevoir quelque chose briller au niveau de sa tête, je le saisis, cependant l'animal sortit ses griffes les plus acérées et pointues pour les planter dans le dos de ma main.

Je grimaçai, secouant ma main meurtrie pour calmer la douleur, et laissai tomber un petit objet brillant par terre. Je tâtonnai de ma main gauche la plaie sur mon autre main, étalant du sang sur mes doigts sans le vouloir. Je soupirai en sifflant un « vilain chat » au félin qui partit fièrement la queue relevée. Je ramassai le trombone que j'avais trouvé dans son pelage, mon sang encore frais se répandit sur le métal qui changea de couleur.

Je rangeai le petit objet dans ma poche, le tripotant un peu pour me calmer, je le garderai en souvenir de cette journée inoubliable.

Je marchais dans les couloirs à la recherche d'une autre échappatoire mais toutes les portes se ressemblaient, tous les couloirs étaient bâtis de la même manière. Un monde de fous.

Dans moins de deux heures je serai chez moi à siroter un café, un vieux livre sur mes genoux. Je tentai une porte au hasard, la poussant de toutes mes forces. Quand j'entrai je sus que j'étais dans une salle botanique: des dizaines de variétés de plantes se dressaient devant moi, des plus grandes aux plus petites, des plus colorées aux plus pâles. Certaines étaient recouvertes de feuilles, d'autres de ronces.

Je ne devais pas connaître le quart des espèces qui étaient rassemblées ici. Et pour cause. J'étais convaincu que la plupart n'étaient même pas répertoriées. Les senteurs douces amères du pollen m'emplirent vivement le nez.

Un bruit attira mon attention, et je me retournai vers un homme en combinaison blanche qui me tendit un pot de fleur « Posez-moi ça dans la section huit ». J'arquai les sourcils, étonné, et m'occupai de ma nouvelle tâche. Arrivé dans la section huit, je ne fis pas tout de suite attention aux mesures de prudence et je m'aventurai à observer les plantes inconnues que j'avais devant les yeux. Une belle plante blanche et attrayante attira ma curiosité, voulant sentir son doux parfum je me penchai en avant pour humer son nectar sucré.

Quand soudain la plante remua, ses pétales s'écartèrent et une gueule pleine de dents se présenta à moi. Par réflexe je bondis en arrière, je crus faire un deuxième arrêt cardiaque, mon cœur battait fort dans tout mon être. Il se passa alors quelque chose de très étrange, suspect, inquiétant. De nouveau je sentis mes pieds quitter le sol, et mon corps devenir aussi léger qu'une plume. Tout sombra dans le noir complet et je perdis le nord.

Quand je repris mes esprits, je savais tout de suite que ça n'allait pas. Ma tête tournait dans tous les sens, mon cœur faisait des bons de cent mètres, mon estomac se compressait sur lui-même. Je dus me tenir à ce qui me paraissait être un mur de pierre noire avant de rendre mon petit-déjeuner.

Ma gorge me brûlait et il me fallut plus de cinq minutes pour me ressentir à peu près bien. Je m'observai me demandant si je n'avais pas perdu un membre dans l'affaire. Je ne trouvai qu'un peu de poussière bleue sur mon haut, que je retirai aussitôt en éternuant.

Mais qu'est-ce c'était que tout ce bordel ?

L'endroit dans lequel j'avais atterri était bien différent du premier. Je n'étais plus dans une grand bâtiment rempli de monde et bien illuminé mais dans une ruelle solitaire, sombre et peu rassurante. L'obscurité pesait sur moi, il faisait pourtant jour quand j'avais été transmuté par la cheminée ?

Je cherchai un point de repère autour de moi et distinguai au dessus de ma tête, une pancarte en forme de bras dont la main indiquait un chemin à prendre. Sur ce morceau de bois était écrit en lettres gothiques « Knockturn Alley » Quel nom étrange pour une rue. J'empruntai d'un pas prudent le chemin signalé, cela me rappelait les anciens villages moyenâgeux où mes grands parents habitaient.

La route était recouverte de dalles anciennes, certaines avaient même disparu laissant des trous sur le chemin. C'était assez étroit, et j'avais l'impression que les vieilles bâtisses se rapprochaient sans cesse de moi pour m'écraser. Je m'arrêtai devant ce qui sembler être une boutique, de quoi je ne saurai dire, son nom était « Borgin & Burke ». Je déglutis le nom me donnant déjà la chair de poule.

Quelque chose toucha mon épaule, je bondis faisant volte-face, étrangement ma jambe ne me faisait pas vraiment mal. Peut-être était ce l'adrénaline de cette situation plus qu'étrange qui me redonnait mes vingt ans. En face de moi, il y avait une vieille dame au nez crochu, le stéréotype parfait de la sorcière. Okay, je n'avais pas changé de monde.

Tant de magie, je devais me trouver dans une sorte de monde parallèle, peut-être que j'étais tombé dans le coma dans l'appartement de mes clients et que j'avais tout imaginé. Si, par chance je présumais bien, je devrais bientôt me retourner dans un lit d'hôpital et j'aurais tout oublié. Sauf que je me souvins que je n'étais pas rentré chez moi !

La sorcière me parla d'une voix rauque et terrifiante : « Qu'est-ce qu'un moldu fait là ? Les meilleurs sorciers n'osent pas s'égarer ici » constata-t-elle en plissant les yeux.

« Je...je suis apparu ici...par pure magie. »

« Ho ! Un Portoloin ! Ce doit être une magie très puissante pour qu'un sombre moldu puisse l'utiliser ! »

Je me raidis ne comprenant pas vraiment de quoi cette vieille dame en noir me parlait, mais ce qui m'apeura encore plus fut les autres hommes et femmes qui débarquèrent de nul part. Ils commencèrent à tous m'entourer, me touchant les bras de partout. J'essayai de me retirer en vain, des gouttes de sueur glissaient le long de la colonne vertébrale. Je sentis des mains s'agripper à ma gorge, des baguettes m'inspecter, et subitement je ressentis quelque chose m'envelopper comme dans la salle botanique, tout redevint noir, j'étais de nouveau seul.

POV Sherlock

J'entrai dans le bureau de Mycroft en sachant que ma dernière heure était peut-être arrivée. Je décidai de ne pas tourner autour du pot. Inutile de retarder l'inévitable et Mycroft ne s'embarrassa pas non plus de fioritures.

« J'espère que tu es fier de toi. »

Je haussai les épaules, il serait bien moins stoïque dans quelques minutes. Devant mon manque de réplique, il enchaîna en soupirant, ses mains croisées sur le bureau : « Utiliser le réseau défectueux...Alors que le responsable t'as prévenu en personne. Évidemment tu n'en as fais qu'à ta tête. Tu n'en fais toujours qu'à ta tête. »

A ce moment, la porte s'ouvrit et ce poisson terreux d'Anderson entra, le doigt pointé sur moi. « Je confirme ! Il s'est jeté dans la cheminée malgré mes avertissements ! »

« Mais je ne le nie pas. »

« Je l'espère bien, pas avec cette photo qui a fait la une ! » s'exclama Mycroft en brandissant le journal.

Je désignas Anderson : « Je suis sûr que c'est cette raclure de déchet toxique qui a prit la photo. »

« Exact. » sourit l'intéressé, un air de profonde satisfaction sur le visage.

Mon frère coupa court au débat, ce qui ne m'empêcha pas de décapiter Anderson du regard. « Tu m'as ramené Rodney Foxter ? »

« Non. »

Mycroft me regardait d'un air alarmé. « Comment ça non ? »

Je répliquai avec l'acidité d'un citron bien vert. « Quelle est la partie que tu ne comprends pas dans le mot « non » ? Non c'est non. Mais c'est la faute du bouseux consanguin que tu as nommé responsable des Cheminettes. J'ai été expédié chez un moldu. »

« Hé ho le bouseux consanguin t'enmer- »

« Ça ira comme cela Monsieur Anderson. »

Anderson ferma son clapet. Ou plutôt son vomitoire. Ce qui me permit de parler à toute vitesse :

« Le moldu et moi avons été aspirés par la cheminée et j'ai atterri dans un autre endroit que lui, je n'ai donc pas pu lui lancer de sortilège d'amnésie. »

Mycroft avait les yeux exorbités. Sa voix était dangereusement calme. « Sherlock...es-tu en train de me dire que tu as laissé un moldu et un criminel se promener en liberté ? Le moldu est peut-être dans le monde magique en ce moment même ! »

« C'est fort possible. »

« Tu es complètement...irresponsable ! Qu'est-ce que je vais bien faire de toi , Sherlock je me le demande, j'ai été obligé de te placer en partie sous ma responsabilité mais là... »

Anderson intervint d'un air conspirateur : « Placez-le à Saint Mangouste, Monsieur Holmes, je pense que ce serait une excellente idée. »

J'éclatai de rire, même si objectivement cela ressemblait plus à un aboiement. « Depuis quand « penses-tu » mon pauvre Anderson ? C'est déjà tout juste si tu es capable d'aligner deux mots l'un après l'autre. Laisse parler les grands et va jouer avec ta balayette. Tu n'as pas une cheminée à déboucher ? »

Mycroft soupira pour la énième fois depuis mon entrée. J'agitai la main avec agacement.

« Oh ça va ! Ne monte pas sur tes dragons ! Envoie deux ou trois sorciers les récupérer et on en parle plus alors cesse de jouer à la mégère éplorée. »

« Je te demande pardon ? Tu penses vraiment que je vais dépenser du temps et de l'argent supplémentaire pour récupérer ton moldu ? » Il sourit largement. Son air satanique ne me disait vraiment vraiment rien de bon. « Je me charge du criminel, mais c'est entièrement ta faute si ce moldu se retrouve dans la nature. C'est ton erreur. Ton problème. Ton moldu. Ta responsabilité. »

Je tapai un poing sur son bureau. « Je refuse de perdre mon temps pour ces futilités ! J'ai des choses bien plus intéressantes à faire que de disperser mes talents avec ce déchet de la civilisation ! Hors de question que je m'en charge, tu m'entends ! Hors. De. Question ! »

« Oh mais tu n'as pas le choix. »

Au moment précis où j'ouvrais la bouche pour l'insulter de manière délicate et fleurie, la porte s'ouvrit à la volée sur Anthéa et un sorcier paniqué. « Monsieur Holmes nous avons un énorme problème. »

« Je vous écoute ? » demanda mon frère comme si on venait lui demander son avis sur la couleur d'une cravate.

Le sorcier déposa une petite forme sur le grand bureau en marqueterie. Je reconnus la chose sans peine. Un Vif-Espion. Une invention du Ministère pour surveiller les locaux. Il s'agissait d'un mélange entre un Vif d'Or et une caméra moldue. (Pour une fois qu'ils servaient à quelque chose ceux-là. ) La bestiole était en fait constituée d'un énorme œil et de petites ailes qui s'agitaient en tous sens, elle n'était pas dorée mais grise.

Mycroft utilisait les Vif-Espions dans tous les recoins du Ministère, sauf bien entendu dans le Département des Mystères où il n'y en avait que dans le couloir, pas dans les pièces elles-mêmes. Sinon le Département des Mystères perdrait tous ses mystères et ce n'était pas le but de la manœuvre. Mon frère s'adressa au sorcier qui semblait sur le point de manger son chapeau de colère et de frustration. Le sorcier lança un regard soupçonneux à Anthéa avant de prendre la parole. « C'est très grave Monsieur le Conseiller. L'objet que nous détenons au Département des Mystères a disparu. »

Il parlait certainement de la Fleur de Feu. Un frisson d 'excitation dévala mon dos. Intéressant. Mycroft pâlit brutalement et congédia Anthéa et Anderson, faisant comprendre à son interlocuteur que je restais. Sans blague. Comme s'ils pouvaient se débrouiller sans moi.

Le sorcier- le responsable du Département précédemment nommé, cela me revenait maintenant -agita sa baguette au dessus du Vif-Espion. Une image se forma au dessus de la créature, nous montrant ce qu'elle avait enregistré avec son œil unique. Il passa en avance rapide jusqu'au passage qui l'intéressait. « Nous savons que la Fleur était encore là il y a quarante minutes quand nous sommes passés la voir avec vous, Monsieur. »

« C'est exact, elle était bien là, mais nous sommes partis examiner une autre de vos trouvailles ensuite et quand nous avons quitté l'étage, nous ne sommes pas repassés par la section Huit. La Fleur a donc disparu à ce moment là. »

« Oui, et c'est là que le Vif-Espion nous aide, Monsieur. Celui-ci patrouillait dans le couloir noir pendant ce temps. »

Il trouva enfin le moment qu'il cherchait. « Voilà c'est ici. » La section du couloir semblait vide. Le Vif-Espion changea alors d'angle de vue et suivit un chat qui se dandinait. Le chat grassouillet de Mycroft. Je fis un commentaire sarcastique. « Ce gros plan sur l'arrière-train de ton monstre femelle de compagnie est absolument ignoble. J'espère qu'il s'agit d'un élément pertinent et que personne n'osera dire que c'est le chat qui a fait le coup. »

Le responsable s'efforça de conserver un air poli. « Je vous assure Monsieur Sherlock Holmes. Attendez un peu. Il y a quelqu'un. Et comme c'est la seule personne qui sort et qui entre... »

Je grondai. Je détestais attendre. La caméra volante suivit l'immonde tas de gras pendant quelques mètres. J'ignorai l'air attendrit de Mycroft quand il vit les petits trombones en métal dans la fourrure de Lucifère qui se pavanait.

« Ton chat est d'une stupidité confondante. »

Soudain deux pieds (humains) se placèrent dans le champ de vision du Vif-Espion. Le responsable s'exclama :

« Voilà ! Regardez cet homme ! Il va entrer dans la Salle de Botanique et on ne le voit pas sortir. J'ai vérifié. Il ne sort pas. Et nous avons fouillé les locaux de fond en comble, il n'y est pas. C'est donc lui qui a volé la Fleur et la Fleur l'a téléporté ailleurs. »

L'oeil redressa l'angle pour nous dévoiler le visage d'un homme. Blond. Yeux marrons. Non ! Je bondis sur place. « C'est lui ! »

« Tu le connais ? »

« C'est le moldu de la cheminée ! C'est lui ! » Je n'en revenais pas. Comment avait-il fait pour venir jusqu'au cœur du Ministère ?

Mycroft paraissait un brin abasourdi, mais il reprit vite contenance. « Sherlock, tu sais ce qu'il te reste à faire. Tu le trouves, tu me le ramènes. Je veux cette Fleur c'est clair ? »

« Non. Débrouille-toi. »

« Sherlock ! C'est de ta faute s'il a pu voler la Fleur, dois-je te rappeler que cet objet est de la plus haute importance ? » Je levai les yeux ciel. « Tu t'occupes de ce moldu, nous ne savons pas comment la Fleur peut réagir au contact d'un être sans magie. Cela peut être dangereux pour lui. »

« Mais je n'en ai rien à faire de ce fichu moldu ! »

Le ton de Mycroft se fit sombre et menaçant. « Il est sous ta responsabilité, je ne le répéterai pas. Même si tu dois le loger chez toi jusqu'à ce qu'il avoue où il a caché la Fleur ! Ce moldu est désormais ton problème. » Il répéta ce qu'il avait dit plus tôt. « C'est ton erreur. Ton problème. Ton moldu. Je te souhaite bien du plaisir. Et que cela te serve de leçon. » J'eus beau tempêter de toutes mes forces, fulminer à en épuiser presque mes cordes vocales, hurler pendant un heure et détruire les décorations de son bureau, rien n'y fit. Je sortis dans le couloir dans un état de rage avancé.

Anderson m'attendait à la sortie avec un sourire sardonique. Il se moqua bien sûr. « Alooors Sherlock ? On se retrouve avec un crétin de moldu dans les pattes ? Je t'ai entendu brailler jusqu'ici malgré les sorts antibruits. Ça ne te fait pas plaisir ? » Je le plaquai contre un mur, crachant une insulte entre mes dents.

« Ohoho Holmes va devoir supporter un moldu, je te plaindrai presque...en fait non c'est surtout lui que je plains en fait.»

« Ta gueule ! »

« Sois poli ! Tu vas devoir faire le larbin d'un moldu, tu ferai bien de t'entraîner tout de suite. »

Je lui lançai un Petrificus totalus. Rien de méchant mais il l'avait cherché. Et il serait furieux une fois délivré. Ô douce vengeance.

La Fleur de Feu avait la capacité d'un Portoloin presque illimité mais elle brûlait une phénoménale quantité d'énergie, aisément reconnaissable. (Pour moi comme pour d'autres d'ailleurs.) Je le localisai sans trop de difficultés et me transplanai.

Il était dans l'allée des Embrumes...quel imbécile. J'avais hâte d'attraper ce crétin de blond par le col, et de le réexpédier chez lui en quatrième vitesse, la mémoire bien vide, vite fait bien fait. Et le plus rapidement possible. Mycroft cesserait alors de jouer au grand inquisiteur et me foutrait enfin la paix ! Le blond avait de l'avance mais je l'aurai. Même si je devais l'écorcher vif.

POV John

Quand je me rendis compte pour la deuxième fois que je m'étais téléporté, je ne me sentais pas aussi mal. Peut-être que mon organisme s'habituait à ces changements assez...radicaux. Pourtant si j'avais changé de place, mais je ne m'étais pas tellement éloigné des fous qui m'encerclaient. J'avais atterri dans une boutique toujours située dans cette même ruelle sombre, que je renommerai l'allée de cinglés.

J'étais recroquevillé derrière un comptoir, fixant les sorciers derrière la vitre du magasin. Mes genoux me faisaient atrocement mal, mes muscles de cuisses me tiraient, mes jambes me semblaient lourdes et fatiguées. « Mais comment je vais me sortir de ce pétrin... »

« Moi je le sais. »

Je bondis aussitôt, effleurant de justesse une étagère pleine de babioles. Je scrutai scrupuleusement les environs, il n'y avait personne ici. Mais j'étais sûr d'avoir entendu quelqu'un me parler, au hasard je tentai : « Il y a quelqu'un ? »

« Oui moi. »

« Moi ? »

« Non pas Toi, triple idiot : MOI ! » Je levai la tête vers le plafond, d'où provenait le bruit.

« A ta droite »

« Mais qui êtes-vous ? »

Je tournai ma tête vers la droite, ne voyant que des têtes miniatures, des poupées vaudou, des vieux torchons de sorcières comme dans les contes. Une des têtes en particulier m'intrigua, c'était la seule a ne pas avoir la bouche cousue. Sa vieille bouche cotonneuse s'ouvrit et elle parla. « Qu'est-ce qu'il t'arrive petit ? On dirait que tu viens de manger un hibou. »

« Mon Dieu vous parlez ! » m'écriai-je, horrifié par ce spectacle. Reculant je tombai dans un tas de bricoles, trébuchant sur quelque chose de non identifiable qui roula sous un vieux meuble.

« Bien sûr que je parle idiot, et toi tu ne sais pas tenir debout, en même temps qu'est-ce qu'un moldu est capable de faire de nos jours » soupira t-elle.

Pourquoi tout le monde me traitait de moldu ? Et qu'est-ce que c'était ? Pourquoi les sorciers utilisaient un langage si compliqué ? « Et qu'est-ce qu'un moldu ? »

« Ah mais tu es vraiment stupide en fait. »

« Je viens d'atterrir ici involontairement, je précise. »

« Ohh et comment ? »

« Par une cheminée. »

« Seigneur...Anderson a encore bidouillé les Cheminettes. »

« Cheminettes ? Et qui est Anderson ? »

« Tu en sais déjà trop gamin. Tu voulais sortir non ? »

« Oui bien sûr, alors vous avez une idée ? » Mon Dieu je parlais à une tête miniature.

« Regarde au-delà de ce que tu vois... »

« Au-delà de ce que je vois ? »

« Bon? Regarde gamin... »

J'obéis, pas certain de savoir ce que je faisais. Je regardai derrière la vitrine. Plus aucun sorcier. Sur mes pointes de pieds, j'observai plus loin. La boutique de « Borgin & Burke » en face, celle que j'avais aperçue plus tôt. « Et je suis censé voir quoi ? »

« Quelqu'un ou quelque chose. »

« Il n'y a rien. »

« Ne sois pas pressé, la course ne fait que commencer. »

« Quelle course ? »

Soudain, dans un nuage de fumée surgit le type qui était apparu dans l'appartement de mes voisins, le même dans son grand manteau noir que j'avais vu dans les journaux. Holmes... Peut-être que la petite pagaille que j'avais laissée au Département des mystères avait fait bruit jusqu'à lui.

Il me vit aussitôt.

J'étais terrifié face à son regard noir. Il entra plus que déterminé dans la boutique. La sonnette de la porte cingla. Il se posta face à moi.

« Monsieur Holmes. »

« Je vous trouve enfin, suivez-moi sans discuter.»

« Mais enfin où allons-nous ? Chez moi ? »

« Non, taisez-vous. J'avais dit sans discuter. Et ne vous avisez pas de vous sauver. J'ai déjà assez de corvées comme ça. Vous n'êtes qu'un sombre petit moldu minable et insignifiant – je ne fis pas attention au sous-entendu sur ma petitesse – qui fourre son nez là où il ne devrait pas. »

« J'essaie juste de rentrer chez moi » me brusquai-je en me défendant.

« Il ne fallait pas utiliser cette cheminée alors. Ça vous arrive de réfléchir deux secondes ? Mais non, bien sûr que non. Vous n'êtes qu'un...moldu.» dit-il avec dégoût.

« Mais je n'ai rien fait ! Je me suis fait aspirer ! Comme vous qui plus est ! »

« Et vous en avez profité pour vous balader au Ministère. Savez-vous combien de personnes vous ont aperçu, ne serait-ce qu'une seconde, là-bas ? Des tas. Vous n'imaginez pas tout ce qui va me retomber dessus par votre faute ! »

« Alors c'est ma faute si je suis un « moldu »- je mimai les guillemets avec mes doigts- et que je veux juste rentrer chez moi ? »

« Oui ! Comme si c'était la mienne, je rêve ! Vous auriez pu attendre sagement mon arrivée au lieu de gambader dans tous les sens comme l'être bassement sous-développé que vous êtes. »

« Parce que vous croyez que je savais que quelqu'un viendrait. »

« Mais en plus d'être petit vous êtes stupide. »

« Cessez donc les remarques sur ma taille. »

« Je ne fais qu'énoncer la stricte vérité, vos complexes je m'en fiche comme de mon premier sort explosif. Mais vous avez raison, bientôt vous aurez tout oublié. Suivez-moi. »

« Et si je refuse ? J'ai su me débrouiller tout seul jusqu'à présent. »

« Et vous avez atterri dans l'allée des Embrumes. Mais bravo, bravo ! je vous félicite, du grand art vraiment. Je suis follement impressionné. »

« Pourquoi ce ton ironique ? »

« Les sorciers qui vous ont accosté ne vous faisiez donc pas peur ? »

« Si... Mais- »

Il me saisit le poignet, me le brisant presque dans ses grandes mains glaciales. Nous sortons de la boutique, nous dirigeant vers une plus grande avenue. Il me traîna derrière lui sur plusieurs mètres.

« Lâchez-moi ! »

« Vous êtes trop lent ! Grouillez-vous un peu, gastéropode impotent ! »

« Où allons-nous ? »

« Quelque part, cessez donc de poser des questions, vous êtes agaçant à vouloir faire des phrases complètes. »

« Alors répondez-y. »

« Économisez votre salive ça me fera des vacances et vous arrêterez de faire une magistrale démonstration de votre abyssale ignorance. »

« Et vous, arrêtez avec votre air prétentieux et hautain. »

Ses yeux bleus se tournèrent furieusement vers moi. « Prétentieux et hautain ? » Sa colère ne décrut pas, une noire aura imaginaire apparu autour de lui et ses pupilles se dilataient.

« Oui » eus-je l'audace de répondre en levant fièrement le menton comme j'avais habitude de le faire à l'armée. Il me poussa de son index. Il était fort, il ne le semblait pas au premier abord.

« Je suis Sherlock Holmes, le plus grand génie sorcier du monde magique. Et du monde tout entier, d'ailleurs. J'ai résolu moult affaires complexes dont vous n'auriez même pas idée avec votre petite tête vide. Et vous osez me dire que je suis hautain ? Je pourrais vous retournez le « compliment » vous qui ne savez pas faire deux pas sans vous casser quelque chose. »

« Vous êtes insupportable comme mec. »

« Vous de même, maintenant la ferme par pitié ! Le concentré de votre stupidité pourrait faire fondre un chaudron. » Il voulut reprendre possession de mon poignet, malheureusement pour lui je réussis à l'esquiver et à me faufiler plus loin. J'arrivai en face d'un bâtiment nommé « Banque des Sorciers de Gringotts ».

Je ne me risquais pas à entrer dans un lieu aussi grand. Il y avait du monde, une vague humaine. Je pouvais m'intégrer facilement à la foule. J'entendais déjà la voix du sorcier hautain-au-grand-manteau-mains-glaciales-sans tact-e -terrifiant derrière moi. Je galopai dans l'allée, cherchant à faire diversion. Première échappatoire quelque chose comme une animalerie revisitée. « Eeylops, Au Royaume du Hibou » d'après l'enseigne.

Les oiseaux me fixaient avec leurs grands yeux peu rassurants. Je me cachai derrière de grandes cages. Mais les hiboux me trahirent et Holmes qui n'était jamais loin, me trouva facilement. Il était plutôt calme au début. Parlant juste, même s'il manquait cruellement de tact, me donnant encore moins envie de le suivre.

Puis il devint plus...brutal. Il avait la baguette facile à mon avis. Et il envoya des sorts, que je réussis à esquiver sans peine. Il me menaça de mort. Pétrifia les autres clients. Vraiment très effrayant. Miraculeusement je réussis à sortir de la boutique sans dessus-dessous avant qu'il ne m'attrape.

Ma deuxième cachette me convenait déjà mieux, un magasin de chaudrons. Il était plus simple de marcher à quatre pattes entre les marmites de fer énormes, que de zigzaguer entre des cages à piafs. Sherlock – d'après ce qu'il m'avait dit- toujours déterminé à me capturer, avait rangé sa baguette.

Et je fis la grosse bêtise de baisser ma garde. Très vite, je me retrouvai les bras bloqués dans le dos. Mais d'où sortait-t-il ? « On perd ses réflexes de jeunesse. » railla-t-il. Je grognai en guise de réponses, lui marchant sur le pied. Il gémit de douleur, et planta le bout de sa baguette magique dans mon cou.

« A votre place je me tiendrais tranquille, je pourrais vous tuez ou même vous tor- »

« SHERLOCK HOLMES ! Vous êtes venu pour rembourser les dix chaudrons que vous m'avez emprunté la semaine dernière j'espère ! » intervint le commerçant.

Surpris, le sorcier complètement taré me lâcha. « Vous n'avez qu'à mettre ceci sur le compte de mon frère »

« Monsieur Holmes... »

Je n'écoutai pas la suite de la conversation, détalant déjà comme un lièvre en pleine nature pourchassé par un chien de chasse affamé. C'était donc ça la course que me prédisait la petite tête ?


Et voilà le chapitre 2 est terminé ! Vos impressions, vos critiques ? Laissez-nous un petit commentaire ;)