Chapitre III
Capture et interrogatoire
POV Sherlock
Ce crétin de Wilson me tapait sur le système avec ces dix chaudrons ! Ils avaient tous fondu depuis longtemps de toute façon, n'ayant pas bien supporté un cocktail de mon invention qui les avait littéralement dissous dans de grands bouillons rouges. La recette de la potion demandait encore quelques mises au point de toute évidence... Problème de dosage.
Je persuadai Wilson de mettre les chaudrons sur la note de mon frère. Ce n'était pas quelques marmites qui allaient ruiner le capital familial. Une fois la conversation grandement écourtée par mes soins (c'est à dire que je l'avais houspillé jusqu'à ce qu'il cède ), le moldu avait disparu.
Je ne le cherchai pas dans le magasin, il ne faisait aucun doute qu'il était sorti, essayant de mettre la plus grande distance entre lui et moi. Il voulait me faire courir ? Et bien soit. Je l'attraperai et lui ferai lourdement regretter le jour où il avait posé le pied au Ministère. Je lançai un sortilège de détection. Hum pas de pics magiques particuliers mais en revanche, quelques traces d'énergie résiduelle sortant de l'ordinaire du Chemin de Tarverse. Traces qui disparaîtraient vite.
Je me lançais dans la direction indiquée par ma baguette et soudain entre tous les chapeaux pointus et les coiffures plus ou moins extravagantes, je le vis. Je me faufilai dans la foule, j'allais le perdre à ce rythme ! Je n'arrivai pas me stabiliser assez pour lancer un sort sans toucher quelqu'un d'autre. L'avenue était noire de monde. Bon sang !
Je brandis ma baguette en l'air, créant une détonation sonore. « Brigade magique ! Empêchez l'homme blond en pull beige de passer ! C'est un dangereux criminel en fuite ! » Ce qui était un mensonge. Il y eut un instant de flottement...puis tout le monde s'écarta d'un même geste, me laissant la voie libre jusqu'au moldu.
Bande de trouillards !
Le moldu en question, sentant qu'il se passait quelque chose dans son dos, se retourna. Comme il n'y avait plus aucun obstacle, son regard rencontra directement le mien. Je lui souris d'un air narquois, tendant ma baguette en avant mais il se jeta sur le côté, de nouveau englouti par la masse grouillante des magiciens venus faire des emplettes. Rapides les réflexes finalement. Sauf que cette fois j'étais plus près.
Il repartait vers le magasin de chaudrons. Et il commençait vraiment à m'énerver ce petit blond, à me filer entre les doigts avec impudence ! Et Mycroft qui ne voulait pas que je l'abîme quel dommage. L'affaire aurait été vite réglée sinon.
« Brigade magique ! Bougez vous » grondai-je. On s'écarta sur mon passage et enfin j'avais un autre visuel qu'un bout de pull ou de cheveux. Il était coincé devant la boutique il ne pouvait pas m'échapper. Je me dirigeais vers lui à grands pas mais un sorcier minuscule me percuta le bras et le sort paralysant que je venais de lancer dévia de sa trajectoire. L'homme blond s'était néanmoins jeté derrière un énorme chaudron. Et il l'emportait discrètement avec lui, s'en servant comme d'un bouclier.
Oui c'était d'une discrétion totale...
S'il croyait qu'un chaudron allait m'arrêter ! Le naïf ! Je bombardai le chaudron de divers sorts. A ma grande surprise ils ricochèrent dessus et je fus obligé de sauter de côté pour ne pas me faire stupéfixier par ma propre baguette.
Je remarquai alors l'écriteau : « Innovation pour vos potions et pour votre plancher ! Le premier chaudron totalement impassible à la magie et à vos préparations les plus ...agressives. Avec ChaudronStop, dîtes stop ! » (Le slogan était très recherché et le prix, absolument exorbitant) Il avait fallu qu'il choisisse ce chaudron là évidemment !
Le moldu se mit à courir, portant son bouclier de fonte improvisé comme la tortue sa carapace. Non non et non ! Tu ne m'échapperas pas ! Je perdais mon sang froid. Inadmissible qu'un miteux moldu me fasse perdre mon temps de la sorte !
Je me mettais à sa poursuite, tentant encore quelques sorts que le chaudron renvoya. Pas sur moi heureusement. Une jeune fille et un gobelin en firent les frais. Mais peu importe.
Mais c'était qu'il courrait vite avec son chargement. La peur donnait des ailes. Je ne me décourageai pas. Je visai la tête, les oreilles, bref tout ce qui dépassait un tant soit peu. La fonte était parcourue d'étincelles multicolores sous les explosions répétées de mes sortilèges mais le champs d'action protecteur de la marmite semblait légèrement plus étendu que sa seule surface métallique. J'étais convaincu de lui avoir touché une oreille, un talon et le sommet de son crâne une bonne demi-douzaine de fois. Au bas mot.
Changement de stratégie. Hummm raté aussi. Sortilèges d'attraction et de lévitation inefficaces... Et je le voyais là, qui se dandinait avec sa marmite sur le dos. Qui me narguait. Saleté. J'avais du mal à le rattraper à cause du monde. Je n'allais pas me faire avoir ! Je refusais d'être battu et distancé par un minable dans son genre. Refus épidermique. Jamais !
En désespoir de cause j'expédiai un Confrigo rageur, et ce, malgré les avertissements de Mycroft mais je n'avais qu'une envie : faire exploser ce foutu chaudron et ce foutu moldu par la même occasion. Et qu'ils grillent bien avant de se faire démembrer par l'explosion. Enfin pour le moldu.
Le trait rouge rebondit avec un clang sonore. Il ricocha sur la vitrine d' « Eelyops, Au royaume du hibou » avant de réduire en cendres une valise dont la propriétaire poussa un hurlement strident, la poignée calcinée toujours dans la main, la valise n'étant plus de ce monde. Voilà qui me donnait une idée.
Je lançai un petit sort de lévitation sur les gens qui sortaient des divers magasins. Enfin par sur les gens, mais sur les objets qu'ils portaient. Ils n'eurent pas le temps de réagir et de sortir leurs baguettes. Il faut dire que les vols à l'arrachée étaient plutôt rares de ce côté de Londres. Je me retrouvai donc avec une grande poche pleine de livres, un assortiment de cinq glaces et un hibou... bof...mais mieux que rien.
Les propriétaires des biens me foncèrent dessus, baguettes magiques en main. Aussitôt j'expédiai mon butin avec force sur l'homme au chaudron. Le hibou dans sa cage ulula plaintivement en s'envolant vers le chaudron, au dernier moment je le déviai tout de même et le laissais flotter quelques mètres plus loin.
Il continua de ululer à tout va, les yeux exorbités comme s'il avait vu sa dernière heure arriver à grande vitesse. Ce qui était le cas. Le reste des projectiles percuta le chaudron. Le moldu vacilla mais ne tomba pas. Mais comment n'y avais-je pas pensé plutôt ! Je devenais stupide...
Un léger Defodio et hop, il trébucha dans le trou que je venais de creuser avec le sort de terrassement. Il s'écrasa lamentablement sur le sol, incapable de se relever à cause du poids de la fonte sur son dos. Bref. Fait comme un rat et servi sur un plateau d'argent. J'accélérai ma course pour arriver jusqu'à lui. Nos yeux se croisèrent encore.
Si je pouvais le faire mourir dans d'atroces souffrances sous le feu colérique de mon regard noir ….Mais bien sûr, cela n'arriverait pas. Je me contentai donc de le trucider de mes iris arctiques en disant sombrement : « Je te tiens enfin, tu vas regretter de m'avoir fait courir... »
Il était cloué sous le chaudron, incapable de s'en défaire malgré ses efforts. Je m'approchai plus lentement, savourant le goût délicieux de ma victoire. Des étincelles bleues et dorées se mirent soudain à courir sur sa peau, formant une aura étincelante. Comme tout à l'heure.
« Non ! Pas cette fois ! Je t'interdis de disparaître ! » Je tendis la main vers lui, me précipitant en avant.
Je réitérai l'injonction : « Bouge pas ! » Mes iris aimantant les siennes. Leurs interdisant de bouger. Tentant de les retenir. Pendant un instant. Allez allez quelques centimètres... Sa bouche s'entrouvrit, comme s'il voulait dire quelque chose. Ma main à un cheveux de son épaule...
Trop tard.
Il disparut. Mes doigts se refermèrent sur du vide. De l'air. Je hurlai de colère. Sur le sol il n'y avait plus que la carcasse du chaudron. Dégoulinante de crème glacée en train de fondre. Fondre comme ma patience. A toute vitesse.
Je me sentais en rage contre le monde entier. Anderson. Mycroft. Tous. Et surtout le moldu. J'allais bien finir par l'avoir ce blond ridicule. La course-poursuite ne m'amusait plus. Je voulais l'attraper. Le coincer. Et le livrer à Mycroft pour ne plus jamais entendre parler de cette histoire.
La fureur qui m'habitait tourbillonnait comme une tornade. Une tornade noire. Cette rage dévastatrice je la sentais suinter de tous les pores de ma peau et rouler dans mes yeux comme grondait l'orage. Une aura nébuleuse et glaciale. Lourde et pesante. Écrasante.
Oui, ce moldu sans intérêt je voulais l'écraser. Le broyer entre les anneaux impitoyable de ma colère.
Je transplanai à l'endroit où je détectais une grande concentration magique, semblable à celle qui m'avait conduit au Chemin de Traverse. Je l'aurai cette fois. Ou je ne m'appelais pas Sherlock Holmes. Quand le monde cessa de tourner et que l'habituelle sensation de passer sous un rouleau compresseur disparut, je me retrouvai dans une salle de bains.
Vide.
Je tirai avec brusquerie le rideau de douche. Au cas où. Mais personne. Je marmonnai un Homenum revelio. Il y avait bien des gens dans la maison, dans le salon. Trois personnes. Mais je fouillai quand même l'étage, la Fleur pouvait avoir des effets inattendus. Les deux chambres étaient meublées dans un style vieillot, la deuxième était une chambre d'amis de toute évidence. C'était un couple qui vivait là, 60- 65 ans environ. Pas des sorciers.
Je vérifiai même les toilettes, histoire de ne rien laisser au hasard. Bon, premier étage, fait. A priori le moldu était donc bien au salon. Je descendis souplement les marches de l'escalier. Sans un bruit et me coulai discrètement derrière l'embrasure de la porte du salon. J'entendais des sons de conversation à travers la vitre. Mais le verre était déformant, je ne voyais rien.
J'entrouvris le battant de quelques centimètres.
Les occupants des lieux étaient sur deux fauteuils. Tétanisés. Je ne voyais que le dos du moldu qui m'intéressait. Il était lancé dans un grand discours bafouillant, visant à rassurer le couple au bord de la crise cardiaque.
« Je vous jure, cela peut vous sembler dur à croire, mais je me téléporte partout depuis des heures et je suis poursuivi par un sorcier psychopathe. …..Allons madame arrêtez de me regarder comme ça, je suis aussi terrifié que vous. …..C'est dingue je sais, complètement fou. Oh et à propos je vous promets, je ne suis pas échappé d'un hôpital psychiatrique. Je ne sais pas comment mais j'ai atterri dans un monde magique avec des baguettes et des chapeaux pointus partout. Et des hiboux. Des tonnes de hiboux. Et je ne sais pas pourquoi mais un sorcier fou furieux est à mes trousses et …..monsieur je pense que votre femme va tomber dans les pommes. Mais enfin vous avez vu non, je viens d'apparaître sous vous yeux. Vous n'êtes pas fous. Et moi non plus alors – Monsieur ?...qu'est ce que vous …. ? Monsieur ! Monsieur ! Rangez ce fusil ! Je ne suis pas un voleur ou - »
Le mari brandit le dit fusil sous le nez de l'homme blond qui n'ajouta rien. Bizarrement. « Margaret ! Appelle la police ! Je tiens ce petit voyou en respect ! Alors il veut quoi hein ? L'argenterie de tata Yvonne ? L'écran plat ? Ou pire encore ! Il veut nous voler Kiki » Il chargea fusil d'un air menaçant.
Sa femme intervint, en pleine hystérie : « Noooon pas Kiki ! Prenez tout. Touuut ! Mais pas mon Kiki d'amour ! »
« Mais je vous dis que je ne suis pas un vol- »
« Pas un mot ou je vous colle du plomb entre les deux yeux. Vous ne toucherez pas à Kiki avec vos sales pattes.»
Je me décidai à intervenir et ouvris la porte, le moldu blond se retourna et pâlit instantanément. Je braquai ma baguette sur lui. « Cette conversation est très amusante, je m'en veux presque d'intervenir. Mais je ne peux pas vous laissez appeler qui que ce soit. »
Je stupéfixiai le couple en un tour de main puis je me rapprochai de l'objet de mes malheurs qui n'osait pas bouger devant la menace de ma baguette pointée sur lui. Je m'arrêtai à quelques enjambées avant de lâcher d'un ton polaire : « Vous êtes lamentable en discours rassurants vous. »
Il était mort de peur mais il me répondit, ce que j'admirais un tout petit peu, dans une minuscule parcelle au fin fond de mon cerveau. « Vous auriez fait comment à ma place ? »
« Assommés. Plus rapide et moins ennuyant. Si vous vous transplanez encore je vous torture lentement jusqu'à ce que la mort devienne une délivrance. Et je suis très inventif. »
Je positionnai ma baguette tout près de sa gorge. « Au moindre faux pas... » Je laissai ma phrase en suspens, les étincelles que crachait ma baguette étaient assez explicites. « Assez parler pour ne rien dire. »
Je le plaquai contre le mur. « Pourquoi avez-vous volé cette fleur magique au Ministère ? Pour le compte de qui ? Où l'avez-vous mise ? Répondez ! »
Il m'adressa un regard ahuri. « Mais je...je...vous êtes fatiguant avec ça ! Combien de fois faudra-t-il vous dire que je n'ai rien volé ! »
« Vous pouvez le dire tant que vous voulez. J'ai des preuves. Vous avouez ? »
« Avouer quoi ? »
Je soupirai d'agacement. Les traits rigides et froids comme ceux d'une statue. « Si vous bougez le moindre muscle, je vous fais fusionner avec Kiki. Vu ? » Pur bluff. Il me faudrait une potion pour ça (dont les effets avaient beaucoup de chance d'être permanents mais détail que tout ceci). Mais il ne pouvait pas le savoir.
A ce moment un petit jappement nous parvint de la porte d'entrée. Il ouvrit la bouche, je devançai la question :
« C'est un caniche. Vous voulez passer le restant votre vie dans le corps d'un caniche souffrant d'arthrite, de surpoids et d'une perte de poils ? ! Alors pas un geste ! » Je me rapprochai encore de lui, le coinçant fermement entre le mur et moi. Je posai ma main sur l'une de ses épaules pour le maintenir en place et de mon autre main j'ouvris son manteau.
« Mais qu'est ce que vous - ? »
« La ferme. Fouille. »
Je palpai son torse avec minutie, remarquant que le pull hideux qui le recouvrait ne rendait pas justice au corps qui se trouvait dessous. La respiration du blondinet caressait ma nuque. Il ne cessait de gigoter, mal à l'aise. J'appuyai mon bras en travers de ses clavicules et le plaquai brusquement au mur pour qu'il cesse de se tortiller.
Je tâtonnai le torse, suivant la ligne des côtes. Ma main souligna la cambrure du dos, coulant sur le ventre ferme. Je passai à l'exploration de sa taille et glissai ensuite mes doigts sur les courbes de ses hanches avant de m'interrompre en grondant avec agacement.
« Vous voulez bien arrêter deux minutes de me souffler dans le cou ? Et arrêtez de bouger pour l'amour du ciel !»
Il serra les lèvres. Je descendais encore ma main, passant ses reins. Mon objectif : les poches sur l'arrière de son jean. Il remuait de plus en plus, je commençai à avoir de mal à le maîtriser. Je vérifiai néanmoins si le galbe arrondi de ses fesses n'était pas altéré.
Il me releva brusquement en m'attrapant par le col et m'expédia son poing dans le nez. Des éclats de lumière dansèrent devant mes yeux, la douleur explosa aussitôt. Je portai une main à mon nez. Du sang coulait sur mes doigts. Le moldu voulut profiter de la distraction pour se défaire mais je l'en empêchai avec colère.
Je l'écrasai durement contre le mur et m'écartai ensuite, la baguette de nouveau pointée sur sa poitrine. Il le paierait cher. Je le dominais de toute ma hauteur. La colère pulsait de sa démoniaque noirceur dans mon corps. Je le foudroyais de mon regard le plus tranchant et le plus sombre. Une lame nocturne.
Mais Mycroft ne voulait pas que je l'abîme. Mon nez douloureux en rêverait pourtant. Je me contenais tant bien que mal. Mal surtout mais je ne lui jetai aucun maléfice. Une lueur bleue filtra autour du moldu mais mourut aussitôt. Je le raillais ironiquement : « Oh on a plus de jus. Quel dommage. Vous êtes un crétin, comme si j'allais vous violer. C'était une fouille. Déshabillez-vous. »
Il s'étrangla. « Pardon ? »
Je répétai, menaçant, en articulant soigneusement. « J'ai dis. Déshabillez-vous. Sinon je vous déshabille moi-même. » Il s'exécuta sous la menace des étincelles qui s'échappaient toujours de ma baguette magique. Pendant ce temps je fouillais les poches de son manteau. Deux boutons, un bonbon, un élastique, un stylo, un trombone et un paquet de mouchoirs. Rien d'intéressant.
Je regardais le moldu maintenant en boxer. Il avait la peau bronzé et était effectivement plus musclé qu'il n'y paraissait sous cette horreur en laine. C'était un ancien soldat selon moi, donc pas surprenant.
« Vous voyez, je n'ai aucune fleur sur moi. »
« Vos vêtement sont recouverts de pollen bleu. » Je les lui jetais et il se revêtit. Dès qu'il fut prêt je le ligotai avec un Incarcerem. Puis comme j'étais mesquin et que j'avais mal au nez, j'ensorcelai le tapis pour qu'il s'enroule autour de lui. Très serré. J'avais une petite vengeance. « Paaarfait. Comme ça vous ne pouvez plus vous enfuir. »
Coincé dans son emballage à motifs, il m'adressa un regard noir que j'ignorais superbement. Je contemplais mon œuvre avec satisfaction et transplanai pour aller livrer à Mycroft le moldu soigneusement enroulé dans son tapis tel un rouleau de printemps.
Dans le hall du Ministère de la Magie, je le fis flotter jusqu'à l'ascenseur. Une sorcière m'adressa la parole à l'intérieur de l'habitacle. « Vous avez enroulé ce pauvre homme dans un tapis ? »
Je répliquai acidement. « Oui c'est un criminel. »
« Mais...c'est un peu... »
« Un peu quoi ? C'est un personnage douteux. »
Le personnage douteux en question protesta mais l'étoffe étouffait ses paroles. Dieu merci. J'ouvris à la volée la porte du bureau de mon frère dans l'intention de me plaindre à grands cris rageurs mais il n'y était pas. Je râlai : « Et voilà ! Je ramène enfin son moldu qui est d'une importance capitale pour le Ministère et blabla ...Je n'ai même pas pu me passer les nerfs sur ce crétin de blond et lui il n'est même pas là. Je vais le tuer. Je vais le tuer. »
Je claquai la porte, agressant Anthéa qui passait par là en aboyant férocement à son encontre : « Mycroft est parti promener ses poignées d'amour dans quel secteur encore ? Pour une fois qu'il fait de l'exercice il avait fallu que ce soit aujourd'hui. »
POV John
Encore surélevé dans les airs, enroulé comme une crêpe dans ce tapis immonde, j'essayai de me défaire de mes liens, en gigotant dans tout les sens. Je poussai des grognements de mécontentement qui étaient étouffés dans l'épaisseur du tapis, ce qui fit sourire mon kidnappeur, qui laissa me dépatouiller tant bien que mal.
Au bout d'un moment il commençait à s'ennuyer, et décida de me dérouler sauf que j'étais en lévitation, et lorsque qu'il me libéra je m'écrasai lamentablement au sol. Je tombai à plat ventre, le nez endolori et écrasé contre le parquet. Je tâtonnai mes doigts le sol, hors de moi. Un monstre ce type, un dragon dangereux pour toute une civilisation, même pour le monde magique.
« Je vous déteste » crachai-je en tournant la tête vers lui, croisant ses chaussures dans mon champ de vision.
« Quelle joie ! Moi aussi rassurez-vous. Maintenant levez-vous. » J'obéis en rechignant, je m'époussetai rapidement essayant de récupérer un semblant d'allure. « Ça ne sert à rien, vous êtes toujours aussi crasseux. Maintenant ramenez-vous et en silence cette fois-ci. »
Me remémorant les tortures qu'il m'avait fait subir, j'acquiesçai en le suivant dans les grands couloirs du Ministère. J'étais épuisé, à bout de souffle. Et il avait de grandes jambes et avançait à vive allure. Il semblait sûr de lui dans les couloirs, connaissant l'endroit comme sa poche. Il ne fit pas attention aux remarques que certains sorciers lui adressaient quand il les bousculaient sans s'excuser.
Quel sale type.
Nous entrions dans une salle, une sorte de laboratoire du futur, où fioles et béchers volaient dans les airs. Des louches en bois mélangeaient seules des mixtures aux couleurs étranges, verdâtres comme dans les films de sorcières. Des bocaux exposés sur de grandes étagères en bois, dedans on y trouvait des choses vraiment bizarres... Des yeux, des doigts, des animaux desséchés, des herbes aux couleurs étranges. Des frissons me parcoururent tout le corps, j'en avais la chair de poule. J'eus même des nausées, me sentant étrangement mal.
« Mycroft » beugla Sherlock Holmes en se dirigeant vers un homme en combinaison orange atrocement moulante, tel un astronaute. Il se tourna vers nous, son casque énorme avait l'allure d'un aquarium. Le reflet donnait l'impression qu'il avait des joues de hamster obèse et ses yeux ressemblaient à ceux d'un hareng frit. Il retira son masque, le posant sur la table.
« Mais quel accoutrement grotesque Mycroft, je t'ai ramené le moldu. »
« Ah oui ton moldu exactement. »
« Quoi comment ça ? Je n'appartiens à personne » m'exclamai-je en serrant les poings
« Taisez-vous. » siffla le brun en me foudroyant du regard. Je me fis encore plus petit, enfonçant ma tête dans mes épaules. Il me faisait peur en fait. « Je l'ai fouillé, ce qui m'a valut un coup de poing dans le nez, mais il n'a rien sur lui, sauf du pollen bleu. »
« C'est étrange, tu es sûr de bien avoir regardé ? »
« Oui je me suis retrouvé en caleçon chez de pauvres vieux accros à leur caniche ! »
« Silence !» s'étrangla mon kidnappeur.
Je poussai un grognement.
« Sherlock tu pourrais être plus poli. »
« Pas besoin de l'être avec des êtres inutiles. Et puis on se fiche de la politesse. Elle ne sert qu'à enchaîner les mots. »
Le dit Mycroft fronça les sourcils, en poussant un long soupir de mécontentement. « Tu es sûr qu'il ne sait rien ? »
« Nous n'avons qu'à le torturer, il parlera. »
« Sherlock je n'ai pas le temps de m'amuser avec tes bêtises, devrais-je te rappeler que Moriarty représente une réelle menace pour le Ministère et tu as aussi laissé un criminel dans la nature ? »
Je coupai la parole au brun en m'interposant : « Qui est ce Moriarty, est-ce que je risque quelque chose ? »
Les deux hommes se tournèrent vers moi, surpris et furieux : « On ne vous a pas sonné, crétin. »
« Arrêtez avec vos propos grossiers Monsieur Holmes, si je suis ici c'est par votre faute ! »
« Ha ! J'aurais tout entendu ! Mycroft tu vois bien qu'il ne regarde pas plus loin que le bout de son nez, je vais lui effacer la mémoire et le renvoyer chez lui. »
« Non j'ai une meilleure idée, efface-lui les éléments peu importants qui ont dû le marquer en arrivant ici. Le souvenir de la Fleur lui reviendra. »
« Mais je ne suis pas un rat de laboratoire. »
« Tss tss silence » railla Sherlock en grinçant des dents.
Des salauds (surtout un). Des fous. Pire que dans mes rêves les plus déments. Je marchai à reculons jusqu'à me retrouver coincé contre un mur de pierre. Mon kidnappeur s'approcha avec un sourire carnassier, me pointa avec sa baguette. Il posa une main à côté de ma tête, l'autre tenant fermement sa baguette appuyée sur mon front. « Oubliettes ! »
Le sort était puissant, mes yeux se retournèrent, des nausées affreuses me prirent. Je m'agrippai involontairement au bras du sorcier. Je me sentais vide. Vide comme jamais.
Je me revoyais dans le loft de la matinée. Mes clients qui discutaient avec moi. La brique cassée. Puis plus rien. Le vide total. Comme si j'avais tout oublié.
Puis je sentis une chaleur intense en moi. Je vis une douce lueur bleue. Mais j'étais le seul à la voir, comme une illusion de mon pauvre cerveau surmené. Les yeux dans le vide. Puis je revis la scène de la cheminée qui nous avait avalé. Mon arrivée ici. La femme en violet. Les hommes en costard. Les journaux vivants. Je haletais, souffrant mentalement. Je tenais ma tête entre mes mains, voulant hurler.
« Mycroft ça ne marche pas. »
Il recommença encore et encore. Ses sorts étaient incessants car dès que j'oubliais, la lueur bleue scintillait dans mes pupilles et je me souvenais de plus en plus. De chaque détail. Des traits de visages. Des formes sur les murs. D'odeurs.
Sherlock Holmes m'envoya un énième sort. Je remontai plus loin dans le temps. A l'armée. A l'école. Des souvenirs que j'avais terré au fond de moi refaisaient surface. J'avais envie de hurler. Et Sherlock Holmes ne cessait pas ses tours de magie, sans aucune pause.
Je hurlais à pleins poumons. « Stop ! Stop ! Arrêtez ! Pitié stop ! » Je tremblotai, mon cœur allait imploser, mes muscles tressautaient. Ma gorge se resserra, mon estomac se noua, ma respiration était saccadée et j'avais le souffle court. « Sherlock ! Qu'est-ce que tu as fais ! » s'inquiéta l'autre homme.
« Je n'ai fait que lui envoyer des sorts d'amnésie. Rien de bien méchant. »
« Non mais regarde-le. Tu lui as envoyé tant de sorts qu'il a dû en oublier jusqu'à son nom ! Quand accepteras-tu tes échecs ? »
« Il va bien Mycroft, il semblerait d'une force magique l'empêche d'oublier. La Fleur sans doute. Mais je ne l'ai pas trouvé pourtant. Et cesse de me parler de mes échecs ! »
L'homme en combinaison horriblement près du corps s'avança vers moi, tapotant gentiment mes joues, pour me garder parmi eux. En effet je commençais à m'évanouir.
« Comment vous appelez-vous ? »
« John...John Hamish Watson. »
« John... Regardez-moi. » Je dus me faire violence pour l'observer. Et pas seulement à cause du orange criard de son costume. « Comment vous sentez-vous ? »
« Mal... très mal »
Il grimaça et m'aida à me tenir debout correctement. Je me sentais affreusement faible. « Sherlock je vais lui préparer une potion, ramène-le dans mon bureau. »
« Comment ça ? »
« Sherlock, je suis ton grand frère avant d'être ton supérieur alors obéis-moi. »
« Mais il n'a rien. »
« Sherlock ! »
Il râla, et me tira par le bras pour me faire sortir du laboratoire. Je bougonnai, en essayant de ralentir la marche. « Sherlock s'il vous plait... »
« Oh la ferme ! »
Je m'écroulai à genoux en plein milieu du couloir. Je respirai difficilement, me tenant le ventre, j'avais un point douloureux.
« Debout. »
« Peux pas. » me plaignais-je, endoloris de partout.
« Debout j'ai dit ! »
« Non ! »
Il me tira par la manche craquant les mailles de mon pull et il me remit sur pied, me forçant à avancer. La baguette pointée dans le dos. En guise de menace. Je ne fis que quelques pas avant de m'effondrer de nouveau.
« Mais vous le faites exprès, levez-vous. »
« Ne voyez-vous pas qu'il n'a plus de force » brailla une sorcière en passant dans le couloir.
Sherlock lui envoya son regard le plus noir. Et moi un appel au secours. Il me fixa longuement, je pus scruter distinctement ses pupilles claires. Il plaça une main dans mon dos et l'autre derrière mes genoux, me soulevant délicatement. Il ne fit aucun commentaire, et son regard furieux me fit comprendre que je n'avais rien à ajouter non plus.
Le sorcier fou était en train de me porter, et ne semblait pas s'en plaindre. Moi non plus à vrai dire. Je pouvais me reposer un peu. Mais il me menaça des pires tortures dès que je fermais les yeux.
« Ne vous endormez pas, on ne sait pas ce qui pourrait vous arriver. »
Il sembla bien-veillant malgré la pointe de méchanceté de sa phrase, j'essayai donc de rester éveillé observant mon agresseur. Son cou était dévoilé par sa chemise. Et il avait une peau très pâle.
« J'ai dis de ne pas fermer les yeux, pas de me reluquer comme ça. » grogna Sherlock en sentant mon regard sur sa gorge. Je rougis, embarrassé, détournant la tête.
Il me reposa à terre quand nous arrivions dans le bureau de ce Mycroft, c'était donc son grand frère. Les choses étaient assez compliquées en fait. Son grand frère arriva deux minutes plus tard, un boisson bleuâtre dans les mains qu'il me tendit. « Buvez ça »
J'observais sceptiquement le liquide, et le gouttai du bout des lèvres. C'était amer, quelle horreur. Je grimaçai en avalant ma salive. « Vous devez tout boire. » J'obéis me pinçant le nez pour ne pas sentir l'odeur nauséabonde.
Les deux frère me fixèrent bizarrement. « Attitudes étranges de moldu » commenta Sherlock en prenant place sur le bureau.
« Sherlock retire ton postérieur de mon bureau, je te prie. »
« Oh je ne vais pas l'abîmer ton bureau chéri. »
« Tu as fais assez de bêtises pour aujourd'hui alors évites de me provoquer. » Le plus jeune sourit et prit son air le plus hautain en s'asseyant plus confortablement encore sur le meuble. « Sherlock ! »
« Bon commençons l'interrogatoire, il va bien finir par avouer.»
« Il a un nom » Protestai-je.
« John » Railla-t-il en sortant sa baguette « Maintenant vous allez nous expliquer ce que vous avez fait depuis votre arrivée. »
Je roulai des yeux en inspirant pour commencer mon long récit : « Je suis arrivé dans une grande allée pleine de cheminées, un homme au nez crochu m'a averti de ne pas les utiliser. »
« Anderson ! Le salaud il vous avait vu ! Il va m'entendre ce sorcier de - »
« Sherlock! Un peu de tenue je te prie ! Continuez John. »
Je me tournai vers le plus jeune. « J'ai croisé plusieurs personnes, je vous ai vu dans le journal j'ai pensé que si je vous trouvai, vous seriez la solution à mes problèmes. Mais je vous ai confondu avec votre frère aîné, je me suis donc dirigé vers le Département des Mystères »
« Bravo My, quelle surveillance efficace. Moriarty a raison, on entre comme dans un moulin dans ce fichu Ministère. »
« Laisse-le finir Sherly. » Le brun se brusqua mais son frère le menaça de sa baguette. « Continuez. »
« Je suis passé dans une grande salle ronde, j'ai pris une porte au hasard, je suis rentré dans une salle très sombre avec un rideaux mouvant. »
« La salle de la Mort. »
Je ne m'attardais pas sur les détails de mes visions, ne trouvant pas ça très important. « Et ensuite une salle avec des horloges et un oiseau qui montait en grandissant »
« La salle du temps. »
« Et finalement la salle botanique, où quelqu'un m'ordonna de déposer un pot de fleur dans la section huit. »
« ...Mycroft tu as un personnel absolument magnifique ! Tous des incompétents ! »
« Ne prêtez pas attention aux remarques désobligeantes de mon petit frère obtus, poursuivez s'il vous plait. »
« J'ai croisé un chat, oh celui là ! » dis-je en pointant le tas de poil roulé en boule sur le canapé.
« Ah oui le paillasson graisseux ... »
« Et il m'a griffé... »
Je ne parlai pas non plus du trombone, un détail trivial parmi tant d'autres. « Et quand je suis arrivé dans la salle, j'ai vu une plante carnivore, j'ai eu peur et je me suis téléporté jusque dans l'Allée des Embrumes, et vous m'avez pourchassé. »
« C'est tout ? »
« Et récemment vous avez utilisé des sorts d'oubli sur moi qui n'ont pas semblé marcher. »
« Perspicace le moldu sans cervelle. »
Je soupirai en levant les yeux au ciel. « Et vous m'avez porté jusqu'ici » J'aurai dû me taire, car par pur réflexe il m'envoya un nouveau sort d'Oubliettes. Il venait du cœur celui-là car il me propulsa par terre. Comme tout à l'heure j'oubliai puis me souvins de nouveau de chaque sensation. Je me relevai difficilement, me tenant le ventre. Ce coup-là avait été fatal.
Je les entendais se disputer mais les bruits de la conversation étaient assourdis.
Je percevais d'une oreille les menaces de Sherlock. « Je vais lui faire avaler un peu de cette nouvelle potion qui liquéfie la chair. Goutte par goutte. Et quand il sera à l'agonie je l'achèverai avec plaisir. »
« Sherlock, voyons il ne voulait pas faire mal, tu ne sais vraiment pas te comporter avec les gens. »
Je me pliai en deux. Sous mes yeux se déroulait une scène de guerre. Je sentais la douleur s'emparer de ma poitrine. Les nausées revinrent. Je sentais l'odeur du sang m'accaparer les narines. La douleur d'une balle dans la jambe. Du sang, de la cervelle qui explosait devant mes yeux.
Le ciel était rouge. Il n'y avait ni nuit, ni jour. Jamais je ne pensais pouvoir m'en souvenir aussi bien.
« John vous allez bien ? » me demanda Mycroft « Je pense que vous allez rester dans le monde magique quelque temps, vous vous en sentez capable ? Je ne peux pas vous renvoyer chez vous, vous êtes un danger pour toute la communauté magique. »
Mon dieu, je voulais rentrer chez moi. Je me tenais la poitrine, perdant l'équilibre, je m'évanouissais. Me souvenant juste que mon corps était tombé sur le côté.
Qu'en pensez-vous ? Un commentaire peut-être ? ;P
