Chapitre IV

Tasses de thé et chaleureuse logeuse


POV Sherlock

Le moldu s'effondra brusquement sur le sol. Il avait perdu connaissance ce qui m'attira un regard exaspéré de Mycroft. Je vérifiai son pouls. Les pulsations résonnaient contre mon pouce. Il battait régulièrement.

« Ne me regardes pas comme ça, My. Il va bien. Il n'a pas tenu le choc c'est tout. »

« Et nous pourrions nous demander le pourquoi de la chose ? » Je grognai. « Tu es trop impulsif, petit frère. Mais je vais t'aider à mieux contrôler ce trait de ton caractère. Tu vas peut-être même apprécier ce pauvre John qui sait ? »

J'avais peur de comprendre.

« Il va loger chez toi jusqu'à ce que la Fleur de Feu soit localisée. Peut-être seras-tu plus conciliant avec tes semblables. »

Le hurlement de protestation que je poussai ne réveilla pas le moldu. Dommage.


J'ouvris d'un coup de pied rageur la porte du 221 B Baker Street, John Watson dans les bras. J'allais devoir me le coltiner pendant une période indéterminée. Mais pourquoi avais-je sauté dans cette fichue cheminée ? Pourquoi ?

En plus il commençait à peser. Je le posai sans le moindre ménagement sur le canapé. Il avait l'évanouissement lourd. Mais tant mieux. Moins il parlerait mieux je me porterais. Tiens, je lui ferai peut-être avaler une potion de sommeil s'il devenait trop encombrant.

Une voix grinça dans le silence. « Hé bien hé bien que nous ramènes-tu là, Sherlock ? Encore un cadavre de la morgue de Saint Mangouste ? »

« Allons, tu vois bien qu'il n'est pas bleu et qu'il ne présente aucune rigidité cadavérique. »

« Et il respire en plus ! Tu as rapporté quelqu'un de vivant ? C'est presque une première. »

« Oh la ferme Phil. »

« Et pourquoi il est là ? Tu l'as assommé ? »

« On peut dire ça oui. C'est un moldu. »

« Oh oui je vois alors, norm- C'est un quoi ? »

Je grimaçai.

« Un moldu. »

Phil ricana, ses dents claquaient les unes avec les autres dans son fou rire. « Un moldu...Sherlock amène un moldu sur son canapé ! Ah non c'est trop ! C'est un canular c'est ça ?! Dis-moi la vérité... je suis devenu fou ? »

Je lui adressai un regard lourd de menace. « Ta folie ne fait aucune certitude et ce même de ton vivant, face de mort. »

« Hé je suis peut-être mort mais pas sourd, gamin !»

« D'où la pertinence de ce qualificatif. »

« Sérieusement Sherlock...tu comptes faire quoi avec ton moldu ? » Phil sourit d'un air crapuleux avant de reprendre :« Et si on le dépouillait ? »

Je levai les yeux au ciel pour répondre d'une voix tranchante. « Ce n'est pas mon moldu ! Vous êtes fatiguants à tous dire ça. J'aurais adoré l'abandonner dans une ruelle sombre mais il est là à cause de Mycroft. » Je mis un point final à la conversation en m'installant sur un fauteuil, avec un grimoire traitant de l'utilisation de contre maléfices sur les genoux.

Je n'avais lu que deux pages et demi que John Watson se mit à gémir faiblement. Je n'y prêtai pas attention. Il se tortillait. Se tordait. Une expression paniquée sur le visage. Il marmonnait des propos inintelligibles.

Phil chuchota d'une voix sifflante « Sherlyyyy... »

Le moldu gémit plus fort. « Sherloooock …. »

Agacé par les deux perturbateurs, j'allai réveiller l'homme dans les vapes. Je le secouai brutalement. Il ouvrit de grands yeux étourdis, encore hantés par l'angoisse de son cauchemar. Il eut un mouvement de recule en me voyant. « Vous...encore vous...Où sommes-nous ? »

« Chez moi. »

Il passa une main lasse sur son visage, chassant les derniers lambeaux de noirceur de ses yeux. « C'est bien la dernière chose que je demanderai sur mon lit de mort. »

« Si vous continuez à jacasser, il se pourrait que votre souhait soit exaucé et que cette demeure devienne votre lit de mort. »

Il se redressa sur ses coudes. « Je vous demande pardon ? »

Je soupirai d'agacement. Mais qui m'avait foutu un type aussi bouché ? Qu'il se dénonce dans la seconde et je le ferai taire à jamais. « Laissez tomber. »

« Alors ramenez-moi chez moi. »

« Impossible. »

« Pardon ? »

« Et arrêtez de me demander pardon toutes les deux secondes, lavez-vous les oreilles, comme le moldu décent que vous êtes censé être. Vous n'avez pas le choix. Et moi non plus. C'est Mycroft qui a voulu me donner une « bonne leçon » en vous collant dans mes pattes. Ce qui ressemble plus à une punition très sadique de sa part, d'ailleurs... »

« Et alors ce n'est que votre frère. J'ai pu voir que vous ne lui obéissiez pas tellement...et puis zut. Je ne resterai pas ici une seconde de plus. »

Je le repoussai brutalement sur le canapé alors qu'il se levait. « Vous n'irez nul part. C'est aussi, plus ou moins, mon supérieur hiérarchique et la deuxième personne la plus importante du pays. Donc, ça ne me réjouit pas le moins du monde mais je vais devoir vous supporter, jusqu'à ce qu'on retrouve cette satanée plante en pot. »

« C'est une catastrophe ! »

« Je ne vous le fais pas dire. Pour une fois, nous sommes d'accord. »

Son visage se ferma, il serra les lèvres en une expression butée. Je sifflai avec agacement. « Ne faîtes pas cette tête. C'est moi qui suis le plus à plaindre dans l'histoire. Obligé de supporter un ignare impotent pendant une période indéterminée. »

« Et un moldu en plus ! Ohhh tu détestes ça Sherlock. »

Le moldu se figea. Jetant un coup d'œil dans l'appartement. « Qui a parlé ? »

« Moi ! Moi ! » S'égosilla Phil.

J'eus un sourire moqueur, le laissant chercher.

« Mais...nous ne sommes que deux ici, non ? Vous voulez me rendre fou c'est ça ? » m'accusa-t-il.

Phil râla. « Mais il est bigleux ma parole en plus d'être inutile ! Hé ho hé ho ! Le débile ! Par ici ! »

Il ne trouvait pas de troisième personne malgré ses coups d'œils frénétiques en tout sens. J'intervins. « Que veux-tu Phil, il ne sait pas regarder comme presque tout le monde. Il est stupide. Aveugle et stupide. Vous ne le voyez vraiment pas ? » demandai-je à John Watson.

« Non ! Encore un de vos petits tours vicieux ? »

« Oui Sherlock est très vicieux ! » cria Phil.

Je me levai sans tenir compte du commentaire et me dirigeai vers la cheminée, camouflant mon sourire diabolique. J'allais lui faire la peur de sa vie. J'attrapai Phil entre mes deux mains et revins vers Watson. Ce dernier haussa un sourcil. « C'est un …..crâne que vous avez là. Et vous allez me faire croire que c'est lui qui parle ? »

« Évidemment que je parle ! Moldu idiot et ignorant !» cliqueta Phil.

Trois...Deux...Un...Choc !

Le blond ouvrit la bouche en grand. Ses yeux faillirent bondir de leurs orbites. Jésus dans son linceul serait descendu sur terre pour l'heure du thé, il n'aurait pas affiché une expression différente. Son visage prit une intéressante couleur crayeuse, nuancée de vert sur les pommettes. Je jubilai. Une vraie tête d'ahuri.

« Alors on a perdu sa langue ? On est tout pantois ? Je sais, je suis un spécimen unique. Pour les autographes, la file d'attente est à droite.» ricana le crâne.

Le moldu bégayait. Apparemment plongé dans un profond effarement métaphysique. Il articulait dans le vide. Ses mains s'agrippaient à ses genoux tremblotants.

Je me moquai « Quelle éloquence. C'est fascinant.»

Quelques paroles réussirent enfin à franchir la barrière de ses lèvres après une longue et parfaite imitation du poisson rouge (sauf en ce qui concernait la couleur.) « C'est...c'est ….un crâne humain qui parle ! Je parle à un crâne qui parle ! Un crâne qui me parle ! Mais qu'est-ce que je dis ? Je...Je... »

Il se leva brusquement en me foudroyant des yeux, élevant la voix dans son emportement. « C'est votre faute tout ça ! D'abord les cheminées, les baguettes et maintenant ça ! Ça ! Il devrait être mort ! »

Je répliquai ironiquement : « Oh mais il l'est. Et depuis des lustres. »

« Quoooi ? Mais mais comment fait-il ? »

« Trop compliqué pour vous. Sachez juste que ce n'est pas une illusion de la misérable éponge trouée, malade et malmenée que vous considérez comme votre cerveau. Vous vous remettez ou je dois vous éventer ? Je vous présente Phil. »

Phil protesta en entrechoquant ses mâchoires d'un air réprobateur. « Héééé laisse-moi me présenter. Ce n'est pas tous les jours que quelqu'un est à la maison. » Je soupirai. Et voilà, nous allions avoir droit à son petit numéro complet.

Le crâne sourit largement. Un sourire inquiétant.

Ses dents luisaient d'une lueur nacrée. Le morceau de squelette blanchâtre dévoilait toute la morbide solitude des os dépossédés de leur chair. Les ombres surlignaient avec force tous les contours anguleux et raides de cette parodie de visage aux arcs tranchants, arquant la perte de l'arrondi et de la douceur de ce qui faisait son identité autrefois.

Il ne restait plus qu'une métonymie de carcasse. Livide et pâle. Sans chair et sans substance. De loin, semblable à tous, mais au fond semblable à personne. Anonyme fragment d'ivoire d'une vie passée. Vestige d'une personne oubliée depuis longtemps, perdue dans les brumes du passé et qui ne trouvera plus jamais le chemin du présent. Car la mort avait attrapé sa vie entre ses griffes. Le sang était venu en premier. Puis l'âme. Puis le corps. Elle avait extirpé cette vie encore et encore. Jusqu'à ce qu'il ne reste plus que cela. Des os.

Un semblant d'humanité qui ricanait mécaniquement. Un masque. Pauvre pantin sans âme qui se donnait des airs terrifiants de mort vivant. Qui riait avant de tomber en poussière. Car les vivants et les morts sont fragiles comme de la craie.

Les ténèbres qui habitaient le cœur de ses yeux caves en semblaient plus profondes encore. Plus envahissantes. Emprisonnant l'interlocuteur téméraire dans ses tentacules occultes. De l'encre salissant le blanc. Du sang noir imbibant la neige. Le vide abyssal des orbites contenait tous les cauchemars des vivants. Toutes leurs peurs. La peur du néant. Du noir. De l'oubli. De la solitude.

Et ces cavités creuses semblaient répéter en boucle « voilà ce que tu seras plus plus tard. Peu importe qui tu es, qui tu as été. Voilà ce que tu seras. Et ce que tu as toujours été, sous la surface. Parce que les vivants naissent tous avec le visage de la mort sous la peau. Parce qu'elle fait partie de nous depuis toujours. Et parce que nous faisons tous partie d'elle. »

Je souris. Un crâne parmi des milliers d'autres. Oui certes. Mais ce crâne-là avait le sens du spectacle.

Il savait à la perfection utiliser l'angle de la lumière et jouer discrètement de ses effets. Il adorait ça. Il sortait le grand jeu au pauvre moldu et apparemment cela marchait pas mal. Le pouvoir de l'imagination sur un bête bout d'os moyennant un petit éclairage adéquat. Extraordinaire.

Satisfait de voir son spectateur complètement absorbé, le crâne prit la parole avec emphase, d'une voix tonitruante aux accents tourbillonnants de solennité :

« Je me nomme Théophilibus Hildebrand Landolphe Bertinias Ranulfe Arcand, de la maison du Joyeux pruneau-riant-qui-court-en-cercle, décoré par l'Ordre de Merlin Première Classe. Fils d'Eugénie Hermensende Mariotte Géralde Arcand, la célèbre faiseuse de pantalon croqueur de postérieurs, elle même issue de la Maison du Sanglant-Chapeau-à-boutons-fleuris, Hewdge de son nom de jeune fille. Je fus un temps professeur de Potions à l'École de Sorcellerie Poudelard, membre éminent du Magenmagot et élu troisième sorcier le plus sexy de l'an de grâce 1458 par l'ancêtre de Sorcière Hebdo. »

Je pouffai. Watson était perdu sous ce déluge d'informations, la bouche légèrement entrouverte. Enseveli dessous tout ce qu'il ne comprenait pas. Et sous toutes ces vraies abracadabrantesqueries. Lancé, Théophilibus continua sous mon œil fortement amusé.

« Je fus également le crâne qui a soufflé sa réplique à ce bon vieux pote Shakespeare. « Être ou ne pas être, telle est la question »... et cetera. Oui Monsieur. Je fus ce crâne là ! Et tu n'es que de condition moldue, mon cher. Par ce fait, te voilà propulsé au bas de la pyramide hiérarchique de cet appartement. Tu devras donc me vouvoyer, obéir à mes moindres désirs et surtout m'appeler par mon nom complet. Vas-y répètes mon nom. Complet. »

« Euhhhh...Théophilius ? »

« Non ! Théophilibus Hildebrand Landolphe Bertinias Ranulfe Arcand, de la maison du Joyeux pruneau-riant-qui-court-en-cercle ! Répète ! »

Watson déglutit avec désespoir, cherchant de mon côté un soutien que je ne lui donnerai certainement pas.

« Théophilibus-le crâne l'encouragea - Jouflus Bertinus ? De la maison du euhh... du joyeux-fruit-sec-gambadant ? »

« Tu ne t'en sors pas si mal. Recommence ! » ordonna le crâne en grognant.

Les autres essais ne furent pas tellement plus heureux.

« Théophilibus ...Hi...Hilebrand ….Pantouflus ? De la maison de...je sais plus. De la babouche..euh dansante ?»

Je riai sous cape, me gardant bien de l'aider.

« Théophil Bilius Île...Île de branches...Landau ….Landau russe ? Landau fusse ? »

« Théophilibus Hildebrand Landolphe ! Oui Landolphe...ensuite euh...Bertiflet? »

« La maison du Joyeux-pruneau-chantant ? »

« La maison du Gentil-pruneau-joyeux-en-cercle? Non ça ne veut rien dire. »

« La maison du gai …. ?

Le crâne explosa de rire. Jouant sur la polyphonie du mot. « Sherlock aussi. Méfies-toi quand tu dormiras sur le canapé il va venir te violer sauvagement jusqu'à ce que tu cries grâce, salissant avec obscénité tous les coussins et- » J'attrapai ce crétin d'os d'une main et me dirigeai vers la cuisine.

« Non. Sherlock ! Pas l'évier ! Pas l'évier ! Tu sais bien que je déteste être mouillé ! Je vais mettre des heures à sécher ! Pas l'évier pitié !»

« Justement. Des heures de paix en perspective. Et tu peux dire adieu à ta crème au calcium pour garder tes petits os solides et bien blancs. »

« Nooooon pas ma crèèème. »

« Tu n'as qu'à fermer ton clapet et te contenter de n'être qu'un résidu d'être humain. »

Phil hurla : « Et encore j'ai été soft je n'ai rien décris du tout, attends un peu que je dise avec quelle fougue dévergondée tu - »

Paf !

Je le posai sèchement dans l'évier et allumai l'eau sous les hurlements d'agonie du crâne et ses imprécations sataniques à mon encontre. Je revins tranquillement dans le salon, concluant les essais infructueux de Watson. « Appellez-le Phil. Ces sorciers moyenâgeux avec leurs noms imagés à rallonge ! »

Une voix glougloutante protesta : « Non ! C'est Théophilibus Hilde- »

« La ferme Phil ! Tu veux plus d'eau ? »

Je l'entendis grommeler mais il ne dit plus rien. Je rajoutai « Phil est un peu bipolaire. Soit il parle de manière très pédante et maniérée, soit il est salace comme un nain des marais ivre. Et c'est un pervers casse-pieds de premier ordre. »

« J'ai entendu ! » siffla l'intéressé.

Watson ne dit rien et se rallongea sur le canapé. Fermant étroitement les yeux. Espérant que tout cela ne soit qu'un étrange mauvais rêve sans doute. Il articulait silencieusement le mot « Fou » plusieurs fois de suite.

Un toc toc interrompit le début de dispute avec Phil (que j'aurais gagné de toute façon). Une chouette hulotte tapotait à la fenêtre de son bec. Je l'ouvris et décrochai le parchemin à sa patte qui me délivrait une adresse et surtout la mention terriblement excitante de « Double meurtre ».

Un vrai sourire éclaira mon visage. Le premier depuis que ce parasite blond était entré dans ma vie. Je péchai Phil dans son évier et tournoyais avec lui dans l'appartement. Projetant des gouttes d'eau en tous sens, la voix saturée et brillante d'enthousiasme. « Ohhh Phil enfin un peu d'action ! Un double meurtre ! C'est un double meurtre -comme d'autres diraient « C'est un garçon ! C'est un garçon ! »- C'est génial ! Enfin un truc intéressant ! Ah comme j'aime ces meurtriers et avec un peu de chance il y en aura un troisième et j'aurais droit à un tueur en série ! »

J'enfilai manteau et écharpe, jetant un coup d'œil à John. Il semblait dormir mais je ne m'attardai pas, trop réjouis à l'idée de ce qui m'attendait. Je lui posai tout de même un traceur magique, au cas où. Mais à peine dix minutes plus tard je compris que j'aurais dû vérifier s'il dormait vraiment. Le traceur m'indiqua qu'il était hors de l'appartement.

Le sale petit !

POV John

Haha le petit rigolo. Il était peut-être le plus grand génie du monde, mais j'avais feint un sommeil si parfait, qu'il ne s'était pas douté une seconde de quoique ce soit. J'étais fier de moi. Quelle idée de rester bloqué dans un appartement d'un sorcier fou, cohabitant avec un crâne égocentrique.

Je saurai retrouver le chemin de la maison. je n'avais qu'à tourner dans les rues Et suivre mon instinct. De toute façon je trouverai. Il devait bien exister un passage entre le monde magique et le mien. Comme dans les films. Un mur qui pivotait, une cabine téléphonique qui se téléportait. Je refermai délicatement la porte de l'appartement, regardant une dernière fois les lettres d'or. « 221B »

Je grimaçai, pourquoi avais-je subitement mal au ventre. Ce sentiment de culpabilité qui me broyait les intestins. Cette même impression que je ressentais, en laissant un ami sur le champ de bataille. Mais Sherlock n'était pas mon ami. Ni même mon ennemi. Il avait tout de même accepter de m'héberger. Non, son frère l'avait obligé. Lui m'aurait laissé mourir dans une ruelle. Alors pourquoi mon cœur se serrait, alors que lui n'en avait pas. Je poussai un grognement. De toute façon, je n'avais rien à faire ici. Fleur ou pas.

Les mains dans les poches de mon jean poussiéreux, tripotant encore le petit trombone de ce matin. Ce matin. Je commençais à avoir terriblement faim. Des crampes attaquèrent mon estomac. Je voulais être chez moi, à dévorer des biscuits accompagnés d'une bonne tasse de thé. Les aventures comme ça, ce n'était pas pour moi.

Je dévalai la rue à grandes enjambées. Ma jambe me faisant légèrement mal. Mais la douleur était supportable. Je tournai au premier carrefour. Me pressant. J'avais un bon pressentiment. J'allais m'en sortir. J'avais confiance en moi.

Mais c'était sans compter sur le nuage noir de poussière qui apparut soudain devant moi.

Me piquant les yeux et les narines. De quoi pouvait-t-il s'agir ? Quand je reconnus les cheveux bruns bouclés, l'écharpe bleue et le long manteau noir, je compris aussitôt. Je soupirai en levant les yeux au ciel, espérant que le sort qu'il m'enverrait ne serait pas trop douloureux.

Curieusement il ne m'envoya aucun sort en guise de punition. Se pinçant juste l'arrête du nez et serrant les lèvres. Cherchait-il quelque chose de blessant à dire ? De toute façon il n'avait pas raté son coup au ministère. « Watson » débuta-t-il, le visage inexpressif. « Savez vous... Bien sûr que non vous êtes d'une intelligence inférieure. Tout de même, considérez que je viens de revenir sur mes pas, alors qu'un double meurtre m'attend impatiemment. »

J'allais m'interposer quand il me coupa la parole d'un geste de main. « Je n'ai pas terminé, donc nous constatons tous les deux que je suis ici, dans la rue, en face de vous. Vous qui avait tenté de vous échapper. Alors que vous savez pertinemment que je vous l'avais interdit. »

« Mais- »

« Silence. Je reprends et cessez de me couper, c'est agaçant. Maintenant que je suis venu vous récupérer, malgré l'envie irrésistible de vous ramener chez moi en vous traînant par terre, nous allons retourner au 221B comme des gens civilisés, et je retournai sur les lieux du crime. Tout en sachant que vous m'attendrez sagement à l'appartement. »

« Plutôt mourir que de rester là-bas une minute de plus ! Je ne suis pas un chien qui attend sagement son maître. J'ai trente-cinq ans et je sais parfaitement ce que je fais. »

« Au moins, j'aurai essayé la diplomatie ...» parla pour lui-même le sorcier, changeant brutalement de ton. Il pointa sa baguette dans mon front.

« Demi-tour, tout de suite. »

Je refusai, croisant les bras, restant statique. Il fronça les sourcils, essayant de me faire peur. Mais je ne bougeai pas d'un cil. « Vous n'utilisez pas de sort Monsieur le Magicien » me moquai-je en grinçant des dents.

Il poussa un grognement, et me chopa férocement le poignet. Ses longs doigts glacés me tenant fermement, enfonçant ses ongles dans ma peau. Il me tira en avant, me traînant à sa suite. J'essayais de le ralentir, mais il forçait la marche.

Rapidement nous nous retrouvions dans le hall de l'immeuble. En bas des escaliers. Il se retourna vers moi, le regard noir de colère, me menaçant avec les étincelles de sa baguette. « Vous... » Je reculai, commençant à avoir peur. Il était tout de même dangereux comme garçon. Et je sentais que j'avais récupéré assez de force pour utiliser le pouvoir. Du moins, un pouvoir assez bizarre.

La lueur bleue commença à recouvrir ma peau. Je n'avais qu'à forcer pour disparaître mais Holmes me plaqua violemment au mur, beuglant « Ne bouge pas ! » Son bras écrasant mes clavicules. Je grimaçai sous la douleur. Le mur tremblait encore sous la secousse.

Il allait parler, quand il fut coupé par une voix douce, rassurante et féminine. « Sherlock mon garçon que faites-vous donc avec ce beau jeune homme dans le couloir ? Vous avez fait vibrer les murs de tout l'immeuble. »

Le visage de mon agresseur se détendit et un sourire étrangement gentil y apparut. « Madame Hudson, heureux de vous revoir parmi nous, mais je vous pensais en voyage loin d'ici. » déclara le brun en se tournant vers elle, le bras toujours plaqué contre ma poitrine.

« J'ai dû revenir plus tôt que prévu mon garçon, une vilaine grippe a attaqué ma cousine, et à mon âge il est déconseillé d'approcher les personnes malades. Mais vous avez invité un beau jeune homme chez vous, vous avez enfin trouvé quelqu'un, moi qui commençais à désespérer... »
J'ouvris de grands yeux ébahis, essayant de me défaire de son emprise. Je n'allais pas faire croire à cette pauvre dame que j'étais l'amant de ce fou furieux. Je protestai rageusement, mais Sherlock me bloqua encore un peu plus au mur, me soufflant à l'oreille « Vous pourriez être plus délicat, c'est une vielle dame. »

J'aurais voulu répliquer quelque chose, n'importe quoi, j'étais affreusement et malheureusement concentré sur la main qui tenait ma taille. Cette main froide. Froideur qui traversait les mailles de mon pull. Mon visage prit des couleurs cramoisies. Le salaud il le faisait exprès. « La ferme » crachai-je en me dégageant, mais il revint à l'attaque, ce pauvre mur commençant à prendre la forme de mon dos.

La vieille dame poussa un soupir et déclara agacée : « Sherlock mon garçon, vous être si brutal avec ce jeune homme, ôtez vos pattes et filez. »

« Je vous préviens, il mord. »

« N'importe quoi! »

La femme attrapa ma manche alors que le cinglé relâchait la pression. « N'hésitez pas à l'ensorceler s'il devient brutal, surtout. » Je levai les yeux au ciel, il me considérait comme un gosse chez sa nounou. Pas le temps de se plaindre, il avait disparu se coulant derrière la porte.

Elle me tira jusque chez elle. « Allons mon garçon, entrez il fait plus chaud que dans le hall. » Après tout j'étais plus en sécurité avec elle, qu'avec l'autre fou.

Elle me fit pénétrer dans son appartement, celui juste au dessous. Une douce odeur de sucre, de café, de biscuits encore chauds m'enivra les narines. Un retour en enfance instantané. L'envie de dévorer ses gâteaux et son chocolat avec délice et de repartir jouer dans les champs. J'avais l'impression d'avoir de nouveau huit ans.

« Madame... ce n'est pas ce que vous croyez avec Sherlock. »

« Appelez-moi Madame Hudson. »

« Madame Hudson, je ne suis pas en couple avec lui. »

« Vous savez les gens font ce qu'ils veulent de nos jours. »

« Mais je- »

« Un biscuit ? »

Je soupirai, il n'y avait rien à faire, elle devait y croire dur comme fer. De plus je mentais très mal, et cette fichue main sur ma taille m'avait fait rougir ! Je souris à la femme, en saisissant un biscuit. Il était encore chaud et fondait dans la bouche. Il aurait pu être délicieux, s'il n'avait pas été à la citrouille. Grimaçant, je l'avalai d'une traite.

« Vous, vous n'aimez pas la citrouille. »

« Disons que je n'en mange pas couramment. »

« J'ai quelque chose du monde moldu, si vous voulez. » Elle m'apporta une boite pleine de macarons. De toutes les couleurs, roses, verts, bleus. J'en picorai quelques-uns le sourire aux lèvres. Une serviette dans sa main droite, elle s'avança pour me la tendre. Honteux j'essuyai les miettes coincées dans mes commissures. « Vous deviez mourir de faim. »

« Oh oui depuis mon arrivée, je n'ai rien avalé. »

« Votre monde vous manque ? »

« Comment savez-vous que je suis un moldu et puis qu'est-ce que c'est au juste? »

Elle prit une grande inspiration, prenant place dans le fauteuil, croisant élégamment ses jambes habillées d'un collant en laine. « Vous n'avez pas la carrure d'un sorcier... un moldu est un être qui ne connaît rien du monde magique, qui ne possède aucun pouvoir magique. »

« Quelqu'un de normal alors. »

« Selon votre définition du normal. »

Je me penchai en avant pour saisir une cuillère pour mélanger mon café, quand celle-ci déploya deux petites ailes et s'envola dans les airs. Elle plongea dans le café de madame Hudson. J'avais observé la scène bouche bée ce qui fit sourire la vieille dame. « Ceci est ma cuillère... monsieur... je ne connais même pas votre nom »

« John Watson, madame » répondis-je, observant une autre cuillère s'envoler dans ma tasse.

Le café terminé, ce fut au tour de la cafetière de décoller, et verser son contenu dans ma tasse. Une magie différente. Plus douce. Aussi rose que la pièce.
« Mon mari était un moldu, ces macarons sont les seules choses qu'il m'ait apporté de votre monde avant de venir vivre ici. »

« Comment est-il ? »

« Mort. Un cancer l'a emporté, et aucun sort ne peut vaincre la mort. Le plus dur était certainement de le regarder périr vivant, faner et perdre toute sa joie de vie. Sa mort l'a apaisé. »

« La mort... même ici elle reste mystérieuse et indomptable. »

« Non John, il y a un pouvoir encore plus fort. »

« La vie ? »

« L'amour. »

J'eus un sourire, non ça ne pouvait pas être ça. Pas l'amour. J'avais été de nombreuses fois amoureux, et jamais je n'avais senti ce sentiment dépasser celui de la mort. Elle avait toujours été plus forte. Plus présente, plus oppressante. Le véritable amour, il n'existait pas, ou seulement dans les contes. « Je ne suis pas sûr... »

« Vous n'êtes pas vraiment tomber amoureux John. Je disais la même chose avant de rencontrer mon défunt mari. »

« Et admettons que l'amour soit la force de magie la plus puissante, qu'est-ce que j'en tire ? »

« Ne cherchez pas le bénéfice John, vous le saurez en temps voulu. »

Je m'enfonçai dans mon fauteuil, les bras sur les accoudoirs, presque chez moi. Chez moi, je pourrais tomber amoureux si j'étais dans mon monde, au lieu de stagner ici à cause d'un cactus invisible. « Il faudrait que je rentre pour trouver le véritable amour. »

« Le destin ne fait rien au hasard. »

« Madame Hudson, je ne crois pas aux choses mythologiques ou à l'astrologie. »

« Croyiez-vous en la magie avant d'atterrir ici ? »

« Non pas vraiment, et je suis toujours aussi choqué. »

Je ne pouvais pas voir le monde de la même façon. J'aimais bien ce monde magique malgré tout. Il avait quelque chose d'intrigant. Ce qui devait plaire à Sherlock. Pourquoi penser à lui ?

« Vous vous y ferrez, vous pouvez apprendre des sorts. »

« Oh non ce n'est pas pour moi tout ça. » m'exclamai-je en levant les mains au ciel.

« Qu'est-ce qui est pour vous Monsieur Watson ? »

« Ma vie normale, mon travail, mes aventures, mes longues soirées devant la cheminée à siroter un thé. »

« Sans imprévus. Vous êtes pourtant jeune. »

« Il ne se passe rien d'intéressant... sauf peut-être aujourd'hui, c'est vrai. »

Je ne puis masquer mon sourire en repensant à la surprise que j'avais eu en voyant les cheminées, les baguettes, les sortilèges et la rencontre avec Sherlock qui avait dérapé en course-poursuite. Mon sourire se fana sur ce dernier point. Sherlock Holmes ….. un vrai monstre. Mais au moins il ne me prenait pas en pitié. D'ailleurs prenait-il qui que ce soit en pitié ?

Il était naturel. Quoique il avait la baguette vraiment facile. Et puis il n'avait aucun tact. Il était brusque. Froid. Il se fichait de l'impact de ce qu'il disait. Ouais c'était ça. Il se fichait de tout. De tout et de tous. Sauf de sa petite personne. Putain d'égoïste.

« Vous savez que Sherlock n'avait jamais ramené personne ici, avant vous. »

« Pas étonnant vu son caractère et avec le crâne excentrique. Et puis c'était une obligation de son frère. »

« Il a l'air plutôt heureux. »

« Heureux ? Il a failli m'encastrer dans le mur !» m'étonnai-je, pas vraiment sûr de parler de la même personne.

« Il est bien plus violent avec les criminels qu'il traque vous savez. »

« Je ne suis pas un criminel ! »

« Votre présence lui change. »

« Ah oui c'est sûr ! Il a une victime à torturer à chaque heure de la journée. »

J'ironisai sur la situation, j'étais devenu un jouet vivant à détruire. Je me demandais si je ne finirais pas en nounours en peluche, et qu'il m'éventrerait me retirant toutes les plumes qui me bourraient le ventre. Ce devait être un de ses gosses fous, toujours des ciseaux à la main, prêt à tuer.

« Il ne sait pas exprimer les choses. »

« J'avais pourtant bien compris qu'il ne m'aimait pas. »

« Il a vécu des moments difficiles. »

« Moi aussi, j'ai fait la guerre. »

« Alors vous devriez comprendre ses douleurs. »

« Ce mec est insensible, et sans cœur, je suis bien trop humain à côté de lui. »

« Son violon lui permet de l'être un peu. »

« Il joue ? »

« Très souvent, au cours de la nuit, cela lui permet d'exprimer tout ce qu'il ressent, et ce violon est magique. En l'écoutant on peut ressentir sa peine et même voir des illusions. »

« Un sort ? »

« Pas exactement, plutôt un enchantement. »

« Je vois... Et donc cela le change ? »

« Si on veut. »

« Il devrait se le faire greffer à la main. » conclus-je en fermant les yeux, imaginant le sorcier un violon en main, jouer de toute son âme. L'image me fit sourire. Après tout, pourquoi pas, j'étais préparé au pire maintenant.

« Il a aussi sauvé des vies, de plus il arrête des tueurs. »

« Ah oui ? »

« Il a déjà risqué sa vie, il adore ça. Frôler la mort, l'adrénaline, le danger, et il a tout essayé même le pire. »

« Vous entendez quoi par même le pire ? »

« Vous n'avez qu'à lui poser la question. »

« Je ne crois pas que nous soyons assez proches pour ce genre de choses. »

« Et si vous désirez le devenir ? »

« Non. Et puis ça ne sert à rien. Bientôt je repartirai, je ne suis qu'un fardeau pour lui. Et ce n'est pas comme si j'avais très envie de le connaître non plus. »

Elle ne répondit pas, se levant, elle partit chercher quelque chose dans la cuisine. Car il eut un fracas énorme dans celle-ci. Une assiette tomba au sol, je l'entendis jurer gentiment. Enfin elle revient avec une boite en métal. « Voici un thé moldu, Sherlock en était friand quand mon mari lui en faisait, vous devez vous y connaître vous. Essayez de lui en préparer. Il sera moins brutal avec vous après ça. Vous y gagnerez beaucoup, vous verrez.»

Je pris la boîte dans mes mains, observant les gravures latines au-dessus. Madame Hudson me fit un grand sourire d'encouragement. Je soupirai et abandonnai. « D'accord, mais s'il n'aime pas je ne pourrais rien faire d'autre. »

« Allez-y mon garçon. »

Un grand sourire inconnu glissa sur mes lèvres, je montai quatre à quatre les marches de l'appartement. Oui, j'aillais faire ce thé pour m'excuser d'avoir voulu mettre les voiles. Cela semblait la meilleure solution pour qu'il soit moins désagréable. La seule que j'avais, aussi. J'espérais vraiment qu'il soit plus supportable après ça. Sinon je n'étais pas certain qu'il me laisserait en vie jusqu'au petit matin.

J'arrivai dans ce qui ressemblait le plus à une cuisine. J'essayai de faire de la place entre les fioles, les marmites et les bocaux contenant des choses très... bizarres. Quel genre de cuisine avait-il ?

J'attrapai une casserole, vérifiant qu'il n'y ai rien dedans. Je retirai au préalable les vers multicolores collés au fond. Très bizarre. M'approchant du lavabo, je crus défaillir en entendre l'autre tête se plaindre. Je la sortis pour la poser plus loin. « Tu ne vas quand même pas me laisser sur cette table, entre toutes ces expériences ?! Je te rappelle que tu es en bas de la pyramide hiérarchique. »

« Il me faut de l'eau. »

« Pour faire quoi ? »

« Un thé. »

« Pour toi ? »

« Accessoirement, mais aussi pour Sherlock. »

Je l'entendis dire que cela ne servait à rien et qu'il me l'enverrait à la tête. Je l'ignorai, mais j'avais peur que cela ce produise tout de même. Il était assez imprévisible. Et puis qui ne tente rien n'a rien. Je n'avais rien à perdre. L'eau devenue chaude, je commençai la préparation, veillant à respecter les doses. Enfin prêt je déposai le tout sur la table basse du salon. Et pour m'occuper je n'avais qu'à faire le tour de la maison et m'installer dans ma nouvelle chambre.

POV Sherlock

Je rentrai à l'appartement, quittant manteau et écharpe que j'abandonnai négligemment sur une chaise. Le crâne m'aborda dès que je passai devant lui. « Alors ce double meurtre ? »

Je grimaçai. « Horriblement décevant. Rien de plus qu'une banale histoire d'amant. Une histoire passionnelle et horriblement stupide comme on en voit tout le temps. Je n'ai pas mis une heure à résoudre cette affaire et encore en comptant la demi-heure de transport. Vraiment n'y a-t-il rien d'intéressant à faire dans cette ville ? »

« Ohh te voilà tout déprimé. »

Je foudroyai Phil de regard et demandai narquoisement : « Tu as bien séché ? »

« Non ! Tu veux bien m'aider un peu ? Les cavités des yeux surtout. »

« Crève ! »

« Très spirituel. Vraiment. » Il siffla avec désapprobation.

Je lui tournai l'esquisse d'un sourire sardonique et me laissai tomber sur un fauteuil avec toute la lassitude du monde. « Je m'ennuie. Pas la plus petite goutte d'originalité dans tout Londres. Il ne se passe rien. Pourquoi ne se passe-t-il jamais rien ? » Je soupirai à m'en fendre l'âme et entendis des bruits de pas.

Le moldu arriva dans le salon. Il ne fit pas de commentaire sur mon air sombre. « Le thé c'est vous ? » Question idiote. Bien sur que c'était lui. Qui d'autre. Sur la table basse, une théière pleine de liquide ambré fumait doucement.

« Prenez en si vous voulez. » Je hochais la tête. Il nous en servit.

L'odeur embaumait l'atmosphère. Du thé façon moldue. Le meilleur. (Pour une fois.) Je saisis la tasse chaude entre mes mains. Les légères fumerolles dansantes voyageaient la douce fragrance du liquide jusqu'à mes narines. Des ballerines en filet de brume si fragiles que le seul souffle de ma respiration en perturbait les élégantes arabesques.

Les effluves tièdes et parfumés me donnaient envie de goûter immédiatement. J'allais la porter la tasse à ma bouche mais me figeai. Ça cachait forcément quelque chose de louche.

Je la reposai, observant avec attention le visage de Watson. « Vous voulez que je boive cette tasse n'est ce pas ? »

« Bien sûr, c'est fait pour être bu non ? »

« Oh mais je n'en doute pas. Alors c'est quoi ? Belladone ? »

« Quoi ?! »

« Aconit ? »

« Mais qu'est ce que - ! »

« Cyanure de potassium ? Mort aux rats ? »

« Mais vous n'y êtes pas du tout ! » Il se leva à demi.

Je me tapotai la lèvre. « Ah non ? Hum peut être pas en effet. Vous êtes plutôt du genre somnifères j'imagine. »

« Mais- »

« Barbituriques ? Anxiolytiques ? Benzodiazépines ? »

« Mais pas du tout enfin ! Je voulais juste faire un thé. » Il s'énervait mais inspirait profondément et se calma. Ou se maîtrisa. Il attrapa ma tasse et avala une gorgée bien visiblement. « Voilà. Satisfait ? »

Il reposa sèchement le récipient sur la table. Quelques minutes filèrent. « Vous voyez, je vais bien. »

« Oui. Je vois. »

Je regardai avec suspicion le liquide fauve parcouru de chatoyances dorées. D'ambrures marbrées. C'était grâce à la lumière. La lumière qui l'habillait de lignes et de formes. La lumière qui l'habillait d'obscurité aussi. Par là même. Qui tigrait la boisson d'éclats ondoyants de topaze. Et tissait le réseau caramel des ombres.

J'avalais timidement une gorgée et fermais les yeux un instant. Un sourire involontaire aux lèvres.

Le thé était délicieux. Très chaud mais pas brûlant. Comme je l'aimais. Suave. Délectable. Balance parfaite entre les arômes. Mariage des saveurs. Juste une valse parfaite. Équilibre sur le fil. Douceur. Délicatesse.

« Il est bon. »

Le moldu semblait surprit de cet aveu. Il devait s'attendre à ce que je lui dise une insanité supplémentaire ou n'importe quoi d'autre. Sans doute pas un compliment. Depuis la mort du mari de Mrs Hudson je n'avais avais pas bu de thé semblable à le terminai avec une gourmandise non dissimulée.

« Vraiment bon. »

« Pourquoi vouliez-vous que je vous empoisonne ? »

« Je ne le voulais pas. C'était juste la plus forte probabilité vue votre posture et vos motivations. »

« Ma posture et mes motivations ? »

« Oui. Votre posture dans l'expectative m'a indiqué que vous vouliez avidement me voir boire ce thé. Les plis de votre front, vos lèvres ouvertes de quelques millimètres, vos sourcils légèrement relevés et votre dos incliné vers l'avant m'ont dit votre attente. Quant à vos motivations...rien d'extraordinaire. Vous êtes terrifié dans ce monde inconnu. Vous voulez rentrer chez vous et pour cela vous devez vous débarrasser de moi. Donc poison ou somnifères. »

« Oh. »

Ne sachant pas comme interpréter le « oh » je tournai mon regard vers la fenêtre. Le ciel était devenu sombre, recouvert du velours de la nuit.

Watson grommela. « Vous voyez le mal partout. »

Je haussai les épaules avec désinvolture. « Chinois ou italien ? »

Pour toute réponse je n'eus qu'un regard interrogateur.

« Vous avez faim non ? Vu la quantité de petits gâteaux que vous vous êtes enfilés. Donc chinois ou italien ? »

POV Externe

La fin de la journée s'annonçait à grands pas. Tous les sorciers et sorcières essayaient d'achever rapidement leurs dernières tâches. Autant le dire, c'était le désordre au Ministère de la Magie. On voulait vite rentrer, vite se coucher pour recommencer demain, jusqu'aux vacances.

Quand soudain, dans la grande allée des cheminettes, une d'entre elles implosa. Une épaisse fumée noire s'échappa de l'âtre en débris. Tout le monde se retourna curieusement.

Anderson qui pensait pourtant avoir prévenu qu'on ne devait pas utiliser les Cheminettes, arriva sur les lieux en hurlant : « Holmes ! C'est possible d'être aussi tê- » Il ne put finir sa phrase qu'un Expelliarmus l'envoya voler trois mètres plus loin.

Un cri de panique retentit dans le hall.

Un homme châtain drapé dans sa cape noire s'avança d'un pas déterminé dans l'allée. Comme si de rien n'était. Il regarda le monde attroupé autour de lui. « Oh que de monde pour mon arrivée ! Je ne me savais pas attendu. Je suis si célèbre ! » s'exclama l'homme.

Anderson encore sonné, se releva et braya : « Qui êtes vous ? L'accès aux cheminettes est interdit depuis ce ma- »

Deuxième sort d'Expelliarmus, qui l'envoya encore plus loin. « Mais vous êtes fou ! »

« Moi ? Oui je le sais. Bref poussez-vous je n'ai que faire de vos petites têtes d'écervelés. Le cadeau du Ministre m'attend ! »

Il se retira excité comme un enfant vers le Département des Mystères et quelques courageux voulurent le suivre pour l'en empêcher, mais des charmes explosifs se matérialisèrent et éclatèrent à leurs visages, laissant libre accès à l'inconnu. Il traversa sans peine le long couloir noir, ne prit pas le temps de choisir une porte dans la salle circulaire, et trouva très vite la pièce tant convoitée. La salle Botanique.

Un homme en blouse blanche l'arrêta. « Qui êtes-vous et que voulez-vous ? »

« Je me nomme James Moriarty, mais vous pouvez m'appelez Jim. Et je viens chercher mon cadeau. » déclara-t-il un grand sourire taquin aux lèvres.

Le magicien le regarda incrédule « Personne n'est autorisé à entrer ici, sortez. » Il fut expédié au loin comme Anderson, son poids sur des pots les brisa dans un grand fracas. D'autres hommes de sciences arrivèrent. Des sorts explosifs firent sauter tout ce qui se trouvait à l'entrée.

Jim s'avança, rejoignant la dernière section « Ma jolie petite plante. Papa est venu te chercher. »

Arrivé devant l'emplacement, il ne trouva rien.

Si juste un pot de terre, vide. Il regarda autour, se disant qu'il devait s'agir d'une bonne blague de Mycroft. Le petit conseiller à son Ministre. Mais au bout de quelques minutes de recherche, il n'y avait aucune Fleur de Feu dans les parages.

Moriarty hors de lui, attrapa le premier scientifique qu'il trouva au sol. Le hissant brutalement par le col, il pointa sa baguette dans son cou. « Attention je ne le répéterai pas, ouvres bien tes feuilles de chou imbéciles. Où se trouve ma belle et rayonnante Fleur de Feu ? » Le scientifique grimaça ayant très mal à la tête. Jim força un peu plus sa baguette. « Où ? »

« Volée ... » cracha l'autre.

Le blond le lâcha par terre en rageant. « Quoi volée ! Vous appelez ça un département surveillé. Le Département des Mystère porte bien son nom. Le mystère de son fonctionnement oui ! Quelqu'un l'a volé avant moi ! AVANT MOI !»

Ses veines gonflaient à vu d'œil. Ses yeux sortaient de leur orbites. « Des incapables ! » Et soudainement il reprit son calme. Sourit à pleines dents tel le chat de Cheshire.

Il tapota sa lèvre de son index, semblant réfléchir. « Volée vous me dites ? Hum je crois que Mademoiselle Adler va m'être enfin utile. Oh désolé mon ami mais vous ne pourrez pas rentrer chez vous ce soir. En fait? je crois que votre femme va devoir définitivement se passer de vous.»

« Pitié ! J'ai une fille de six ans, pitié. Je vous en prie. »

Jim ricana. « Pitié moi ? Jamais. » Un éclair vert fusa de sa baguette et l'homme tombe raide mort avant d'avoir touché le sol.


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