Bonsoir voici donc le cinquième chapitre, en espérant qu'il vous plaise, nous vous souhaitons une bonne lecture !
Chapitre V
Attrape-rêve et concurrence féminine
POV John
Même si je n'approuvais pas vraiment la compagnie de Sherlock Holmes, je n'étais pas contre un bon restaurant italien. Rien ne me valait un bon plat de pâtes fraîches accompagné d'un ténor bien orchestré. Sherlock me guida dans la rue, sans un mot, ni même dans le taxi. Et ce silence, me mettait terriblement mal à l'aise. Et j'étais obligé de parler, après tout il m'avait autorisé à la parole. « Et votre double meurtre ? »
« Ennuyeux, crime passionnel, commun. »
« Vous avez souvent affaire à des enquêtes? »
« C'est mon travail. Je suis un sorcier détective consultant.»
« Oh ! Fascinant ! » Le sorcier haussa un sourcil surpris, et tourna la tête vers la vitre. « Et vous ? Quel genre de métier sans intérêt exercez-vous ? »
« Je suis vendeur immobilier. »
« Sans intérêt. »
« Mais j'ai un diplôme de médecin. »
« Vous remontez un minimum dans mon estime. »
J'allais lui demander s'il disait vraiment la vérité, mais il s'était déjà volatilisé hors de la voiture. Mais depuis quand étions-nous à l'arrêt ? Je retrouvai la grande silhouette, debout au milieu d'une arrière-cour, plantée devant un mur couvert de lierre.
La nature avait repris ses droits sur la pierre. Le vert de la plante sauvage contrastait joliment avec le mur gris vieilli. Cela aurait pu être un beau paysage à peindre. Mais je n'étais pas venu ici pour découvrir ce tableau. Je désignai le mur d'une main à Sherlock Holmes. Ce dernier haussa les épaules avec désinvolture et je pus distinctement entendre (même si je présumai que je ne devais pas) un « Stupide moldu ! »
J'étais prêt à riposter à la remarque peu fondée, quand il sortit sa baguette, ses longs doigts fins la tenant fermement contre son poignet et d'un mouvement gracieux il envoya un sort sur le mur. Les étincelles de magie s'engorgèrent dans la plante, et rapidement, les brindilles de celle-ci, qui étaient fermement entrelacées se séparèrent pour dévoiler le mur de brique.
Je fixai la scène, avec de gros yeux. La pierre de nouveau nue, elle se mit à trembler, faisant trembler le sol aussi. Que se passait-il ? Puis, une porte qui n'était pas là au départ, sortit de nul part. Sherlock, qui s'était avancé, la poussa d'un geste sûr. Ah oui, lui il avait sûrement l'habitude de voir des portes jaillir dans un mur !
« Vous venez ? »
Je le suivis, entrant dans un petit hall. Un présentoir en bois ancien trônait dans un coin. C'était ça son restaurant italien ?
Un homme en costard se présenta à nous. « Messieurs, vous aviez réservé ? »
« Non, mais cela n'a pas d'importance, une table pour deux. »
« Enfin ? Monsieur ! »
« Vous désirez peut-être que je prévienne mon frère, Mycroft Holmes- C'était mon impression où il avait insisté sur les mots? - Il pourrait fermer votre restaurent sans lever le petit doigt. »
Le serveur s'abaissa, et s'excusa. « Veuillez me pardonner Monsieur Holmes, puis-je cependant prendre vos manteaux ? »
Le brun lui tendit aussitôt le sien, raillant qu'il ne fallait pas le froisser, ce dernier étant un vêtement de luxe.
Par contre, pour le mien, le serveur - ou plutôt le portier ?- ne prit pas la peine de le soigner et c'était à peine s'il ne le roula pas en boule pour le jeter comme une balle dans le vestiaire.
« Veuillez me suivre dans l'antichambre je vous prie. »
Ah parce qu'il fallait passer par des antichambres pour entrer dans les restaurants maintenant ! C'était bien un truc de sorciers ça ! Je les suivis tout de même, pour entrer dans une pièce dont les murs étaient couverts de chaussures surmontées de paires d'ailes. De toutes les tailles. Petites, moyennes, grandes, très grandes. Mais pourquoi des ailes ?
« Votre pointure Monsieur ? »
« Je vous demande pardon ? » demandai-je par certain d'avoir bien compris.
« Votre pointure de chaussures. »
Je me tournai vers Sherlock enfilant une paire de chaussures en cuir, au bout desquelles se déployait une paire d'ailes.
« Vu sa petite taille, il devrait chausser un petit 40. »
Je me brusquai aussitôt, c'était impoli de jouer de mon complexe. C'était comme demander son poids à une fille. L'homme arriva avec une autre paire.
« Je peux savoir pourquoi nous devons mettre des chaussures ailées ? »
« Pour voler évidemment ! »
« Et vous dites ça comme une évidence... »
« Puisque ça l'est, je ne m'étais donc pas trompé. »
« Pour quoi ? »
« La pointure. Et d'ailleurs je ne trompe jamais.» Je fixai mes pieds, c'était juste, je faisais un « petit » 40, et alors des tas d'hommes chaussaient cette pointure. Un sourire victorieux s'afficha sur ses lèvres. Je préférai ne pas y faire attention. Nous entrions ENFIN dans la salle de restaurant.
Qui dépassait toutes mes attentes.
La salle était immense, et le plafond ouvert, si s'en était un, donnait l'impression qu'elle s'étendait sur des kilomètres. On voyait le ciel en travers les murs. Je cherchai les tables des yeux, et les trouvai en lévitation, à deux bons mètres du sol. Des lanternes de papier colorées dérivaient tranquillement entre les tables, déversant une douce lumière tamisée. Mais pourquoi faire voler des tables ?!
Un homme barbu se dirigea vers nous, il salua cordialement Sherlock. Il avait l'air heureux de le voir. Au moins un, il devait être fou. Ou masochiste.
« Sherlock ! Cela fait si longtemps que tu n'es pas venu. Et tu as ramené ton rencard avec toi ! »
QUOI ?! Je n'étais pas le rencard de ce fou ! Il avait essayé de me tuer, à maintes reprises et je ne comptais plus ses remarques très désobligeantes sur ma personne « moldue ».
« Euh je crois qu'il y a erreur, je ne- »
« Ta meilleure table Angelo. »
Mais bon sang, personne ne m'écoutait dans cette ville. Le détective sorcier décolla, suivant le patron. Je les fixai, cloué au sol.
« Vous venez ? » me demanda-t-il.
« Mais je ne sais pas comment. »
« Prenez de l'élan, ce n'est pas compliqué même un gosse pourrait le faire. »
« Je voudrais bien vous y voir. » bougonnai-je en m'élançant en avant.
Je réussis à me détacher du sol, mais faillis retomber par terre si la main de mon nouveau colocataire ne m'avait pas tiré en arrière. « Tenez-vous droit bon sang ! »
« Pardonnez-moi, mais ce n'est pas coutume de voler par les pieds chez moi. »
Il soupira, agacé de me supporter. J'avançai lentement, ayant cette impression de tomber dans le vide à chaque pas. Finalement le sorcier me tenait fermement par le col jusqu'à la table.
Assis (toujours dans les airs) il grogna : « Vous êtes insortable... »
« Et vous complètement fou, vous n'auriez pas pu trouver plus simple ? »
« Si j'aurais pu vous amener dans une grotte, où les trolls vous aurez servi des plats à base d'insectes. Au plutôt vous serez la base du plat et vous serez agrémenté d'insectes. »
« Vous êtes toujours aussi insolent avec les gens ? »
« Vous êtes toujours aussi pointu sur les manières que vous a inculqué la société ? »
« Je suis un homme civilisé. »
« Aveuglé par des foutus principes inutiles. »
« Si vous avez un problème avec la société allez vous plaindre à la reine, je ne suis pas là pour ça .» concluai-je en grinçant les dents.
Ce ne fut plus un homme mais un espèce de nain- moine habillé d'une tenue rouge à l'air grincheux qui s'adressa à nous, avec un ton très agressif : « Qu'est-ce que ça sera ? »
« Rien pour moi, prenez pour cet homme.»
« M'ssieur ? »
« Euh.. Des pâtes carbonara.»
« Quelle originalité c'est proprement renversant. Tellement visionnaire... » se moqua le sorcier.
« Rien ne vaut la simplicité. »
En fait je ne savais tout bonnement pas quoi commander d'autre. Le moine gribouilla quelque chose sur son calepin et se retira en volant disgracieusement vers les cuisines. Je le pointai du doigt au loin : « C'est... ? »
« C'est un Monaciello, dit aussi petit moine, c'est un nain du folklore napolitain. Ils sont bons vivants et très factieux, quoique parfois très irresponsables. Ils surveillaient autrefois les trésors des fées et des nains, mais depuis l'ouverture de la banque Gringotts, les voilà à faire des petits boulots ingrats. »
« Oh. »
« C'est tout ? »
« Disons que chez moi, les moines ne pratiquent que la religion. »
« Mon monde est différent »
« Trop... »
« Mangez ça va être froid. »
« Quoi depuis quand mon plat est là ? »
« Depuis deux minutes exactement »
« Mais je... »
« Vous ne savez pas regarder John …. »
POV Sherlock
Le dîner se termina plutôt agréablement, le retour en taxi se fit dans un silence confortable. Un silence qui se suffisait à lui même. Qui remplissait l'espace. John commençait sa digestion et je regardais tranquillement par la fenêtre.
La ville déroulait ses lumières dont les éclats perçaient la nuit grise de lames poudreuses en forme d'étoile. Et les personnes qui se pressaient sur les trottoirs. Silhouettes anonymes et mouvantes, brièvement éclairées avant de retourner dans l'ombre. Des vies qui se croisaient sans jamais se rencontrer.
Tous ces gens qui ne faisaient que se donner l'impression de vivre. L'impression d'exister. L'impression d'aimer la vie qu'ils menaient. Mais le fait était, que tous avec le même ennui viscéralement gravé dans les yeux et qu'aucun artifice ne parvenait à en dissimuler la criante vérité. Ni le rire. Ni l'alcool. Ni rien.
Les cœurs aspiraient à quelque chose de plus. Quelque chose d'autre. De plus grand. Quelque chose qui aurait le pouvoir résonner dans l'évidence absolue. Mais qui la trouverait jamais ? Alors ils s'amusaient. Se complaisaient dans les fêtes et les divertissements en tous genres dont Londres foisonnait. Ils s'en gorgeaient pour combler le manque, pour oublier que l'évidence tant recherchée ne résonnerait nulle part.
Sinon dans le tambour implacable du vide.
Et là-haut, la lune observait la vie nocturne londonienne qui fourmillait de vie. Reine de glace. Impératrice de cristal dans son palais d'ombreuses et de vent. Si Distante et lointaine. Froide et belle. Et pourtant, elle aussi se faisait lentement dévorer par les nuages.
Le silence dans l'habitacle de la voiture ne se rompit pas une seule fois durant la course.
Je montai quatre à quatre les marches menant jusqu'à mon île qui surnageait dans tout le chaos de ce monde affadi. Tout le monde possédait un lieu comme cela, même moi. Mais mon espace personnel était depuis peu envahi. L'envahisseur en question se rappela à mon souvenir en baillant largement.
Le dîner n'avait pas été si désagréable que cela je devais l'avouer, je m'étais retenu de sourire deux ou trois fois. Mais je ne m'amadouerais pas.
« Je dors comment ? Il y a une seconde chambre ? » demanda l'envahisseur.
« Il y a une seconde chambre oui, mais elle est quelque peu occupée. Vous dormirez sur le canapé. » Comme si j'allais ranger la chambre pour son simple petit confort.
« Oh mais ce n'est pas grave s'il a juste un peu bazar. »
Un peu ? Il allait vite préférer le canapé. Je haussai les épaules, après tout c'était son problème. « A votre guise. Je vais vous montrer. »
J'ouvris la porte de la pièce qui avait en un temps très lointain dut servir effectivement de seconde chambre mais ce n'était plus le cas depuis mon emménagement. Je l'avais reconverti pour y entreposer tout mon nécessaire à potions.
Les murs étaient tapissés d'étagères surchargées d'ingrédients en tout genre : aussi bien du venin d'acromantule, des racines d'asphodèle, de l'ellébore, du gingembre, des orties, de la mandragore, des racines de marguerites, des sangsues, des scarabées, des yeux de salamandre, des œufs de doxys séchés, des œufs de serpencendre, de la bile de tatou, de l'essence de murlap, des racines de mandragore, de la peau de serpent du cap , des bézoards classés par tailles, de l'armoise etc...Bref à peu près tous ce dont l'on pouvait avoir besoin.
Sur les étagères adjacentes des fioles en verre exposaient les étranges couleurs de leurs contenus. Des venins, des contre poisons, deux ou trois élixirs mineurs et bien sûr quelques échantillons de potions qui pouvaient s'avérer utile en cas de besoin.
Quant au lit, il était noyé sous une marée de traités et de grimoires épais aux couvertures colorées. D'autres piles de livres s'entassaient ça et là sur le sol, modestes répliques de la tour de Pise, penchantes sous l'attraction qui les enchaînait au centre de la terre.
Derrière le lit j'avais posé une dizaine de chaudrons certains en fonte d'autres en étain. Il valait mieux avoir du renfort en cas d'accidents intempestifs. Mrs Hudson n'apprécierait vraiment pas de voir un énorme trou dans le plancher surtout si le locataire du dessous passait malchanceusement à cet endroit là, se faisant bêtement liquéfier par une potion expérimentale.
Une petite balance en cuivre abandonnée sur la table de chevet jetait des reflets changeants sur les bocaux. J'observais la mâchoire de John se décrocher tandis que ses yeux entamaient un divorce avec ses orbites devant mon capharnaüm. La pièce n'était pas spécialement grande et cet entassement plus ou moins aléatoire la réduisait encore. « Effectivement elle est euuuh ….. quelque peu encombrée. Après mûre réflexion, et je pèse mes mots, le canapé me semble une excellente solution. Il y a quoi dans ces bocaux ? »
« Allez donc voir au lieu de poser inutilement la question. »
Il glapit : « Cafards...Limaces à cornes ….Cervelles de crapauds ? Doigts et ailes de fées ? C'est une blague ? »
« Et encore vous n'avez pas vu le sang de Bicorne en poudre et le foie déshydraté de troll. »
« Mais...mais….mais vous êtes un grand malade ! »
« Bien sûr bien sûr. En attendant si vous allez tout raconter aux autorités moldues, croyez-moi ce n'est pas moi qu'ils traiteront de grand malade. Je suis persuadé que le ravissant pyjama dont les manches s'attachent dans le dos vous ira à merveille. Allez vous coucher si vous êtes si fatigué. Il y a un coussin sur le canapé et vous n'avez qu'à récupérer une couverture dans le tiroir de la table basse. » Je lui lançai un regard qui lui fit comprendre que non je n'irai pas chercher cette couverture moi-même. Et puis quoi encore ?
Ma plume ripa sur le parchemin, une tache d'encre coula. Je grognai.
Le moldu était d'une telle discrétion. Il gémissait si fort que je l'entendais depuis ma propre chambre. Il ne pouvait pas dormir en silence ? Il était quatre heures du matin.
J'avais enfermé le crâne dans la salle de bains pour qu'il cesse de me répéter d'aller réveiller John. Un bon quart d'heure que le concert durait et les choses allaient en s'amplifiant. Cela ne passait pas, contrairement à ce que j'avais pensé, et il ne se réveillait pas tout seul.
Quand il commença à hurler, je ne tins plus et descendis au salon en marmonnant des insultes contre ce parasite fauteur de troubles. J'allumai la lumière, espérant que cela suffirait à le réveiller. Mais il était engourdi trop loin dans les profondeurs de son cauchemar. Son front et ses tempes étaient emperlés de sueur. Ses traits étaient tendus sous la peur et l'angoisse. Il serrait les dents à s'en faire éclater la mâchoire quand il ne criait et ne gémissait pas.
Il se tortillait dans tous les sens, se tapant contre l'accoudoir. La couverture avait chu par terre depuis longtemps. Il semblait vraiment sous l'emprise d'une hideuse terreur. Quelque chose d'horrible le poursuivait sans doute dans sa tête. C'était le genre de rêves que l'on recommençait à faire plusieurs fois.
Inutile de le réveiller, il le referait ce cauchemar de toute façon, encore et encore, troublant avec une constance aussi inlassable que profondément irritante mes nuits d'études. Je connaissais un sortilège pour éviter cela, le moldu me laisserait en paix au moins pendant la nuit.
Je péchai ma baguette dans la poche de mon peignoir bleu. J'accomplis le mouvement rotatif essentiel du poignet au dessus de front de John et prononçai le commencement de la longue et complexe formule du sortilège d'Attrape-rêves. *
Une lumière dorée tourbillonna de la pointe de ma baguette et vint se déposer sur le moldu endormi. Un voile de lumière intense scintilla au dessus de sa silhouette entière. Je murmurai la suite et le voile brilla plus fort encore. Il se déposa ensuite sur la peau de John avec la légèreté de l'immatériel et entra dans son corps. Pendant quelques instants le moldu resplendit de l'intérieur. Véritablement habité de lumière.
Il semblait avoir fusionné avec un soleil. Incandescent et flamboyant par la magie. Je scellai les derniers mots de charme en appliquant un léger baiser sur son front comme l'exigeait la procédure. Le rayonnement magnifique décrut progressivement et s'éteignit.
Seule demeura la marque éclatante de mes lèvres pendant quelques instants. Talisman d'or et de feu. Puis elle mourut à son tour. Le visage de John était maintenant détendu. Un lac de paix.
Je ramassai la couverture qui gisait et la posai en vrac sur lui. Pas trop m'en demander non plus. Je remontai dans ma chambre, essayant de me convaincre que la petite pointe de culpabilité ô combien minuscule et minime que je ressentais éventuellement n'avait rien à voir dans ma décision de lui lancer ce sortilège. Non certainement pas.
Il m'empêchait de me concentrer. Et s'il ne dormait pas, physiquement il ne tiendrait jamais la distance et il ne dirait jamais où était la Fleur. C'était uniquement pour ça. J'allai m'allonger sur mon lit pour dormir deux ou trois heures. Je n'avais pas vraiment besoin de plus.
Dès que mes yeux s'ouvrirent je me levai et allai au salon sans me préoccuper de faire moins de bruits que d'habitude. Tiens le moldu dormait encore. Pas étonnant. Feignant. Je faisais chauffer le thé qu'il restait de la veille quand John se réveilla, une belle marque de coussin imprimée sur la joue droite.
Je m'assis à table, me ménageant une petite place pour poser mes coudes et mon mug. Je me versai une tasse et reposai la théière.
« Bonjour. Il n'y a que du thé ? »
« Mmmm non il doit y avoir des biscottes dans un placard et il y a de la confiture pas loin. Ceci dit la date de péremption n'est pas garantie. »
Il manquait quelque chose...Phil ! Je l'avais oublié dans la salle de bain hier soir. Il allait être d'une humeur exécrable. J'ouvris la porte de la salle d'eau, me prenant aussitôt un torrent hurlant d'insultes qui manqua de me rendre sourd.
…...
…...
…...
Je refermai la porte. Autant attendre un peu finalement.
Je retournai au salon où le moldu avait trouvé les aliments précédemment évoqués. Il étalait consciencieusement une couche de confiture à la fraise sur sa biscotte. Sans la casser. « Vous ne mangez pas ? »
« Pas très faim. »
« Même pas une biscotte ? Vous n'avez rien mangé non plus hier soir. »
« …... »
Il n'insista pas devant mon regard blasé. J'avalai quelques gorgées, pensivement quand un tapotement brusque fit sursauter John qui cassa sa biscotte. Il lécha ses doigts pleins de confiture en râlant. Je me précipitai à la fenêtre et l'ouvris pour faire entrer le hibou qui attendait en claquant son bec d'un air grognon.
Il voleta dans la pièce et largua sur le sol le journal qu'il tenait dans ses serres. « Il pourrait dresser un peu mieux leurs volatiles à la Gazette. Franchement, pas fichu de viser la table. Mais au moins il ne pince pas celui-là. » Le hibou agita ses ailes devant mon nez avec insistance en ululant avec force.
« John, passez-moi le petit sac en cuir sur la table. »
Il regarda la table. Temps d'arrêt. « Bien sûr mais...il est où sur la table exactement ? »
« A côté du mini souafle et des parchemins sur l'anatomie du corps humain soumis aux sortilèges de séparation. »
« A côté du quoi ? »
« C'est une réplique miniature de...Oh et puis laissez tomber. »
Je farfouillai dans le désordre qui envahissait le bois craquelé de taches de brûlé et ressortis victorieux, le petit sac en cuir contenant mon argent. Je comptai sept Noises. Le rapace se posa sur mon avant-bras tandis que je glissai les pièces dans la bourse attachée à ses pattes. Il s'envola sans demander son reste.
« Ces pièces ne ressemblaient pas à des Livres. C'était quoi ? »
« Des Noises, elles sont en bronze. »
« Vraiment en bronze ? »
« Oui vraiment en bronze. Pourquoi l'aurais-je précisé sinon, pauvre petite cervelle que vous avez là. C'est affligeant. Après les Noises viennent les Mornilles en argent et les Gallions en or. Sachant qu'un gallion équivaut à dix sept Mornilles qui valent elles-mêmes quatre cents quatre vingt-treize Noises. La somme d'un Gallion est d'environ cinq Livres moldues pour vous donner une idée.»
Il n'ajouta rien. J'avais réussi à le faire taire. Merci Seigneur. Je me resservis de ce délicieux thé et me levai ensuite pour aller ramasser le journal qui gisait sur le parquet.
C'est à ce moment qu'il se racla la gorge.
« Sherlock, je dois vous dire...cette nuit j'ai fais un cauchemar horrible sauf que ce n'était pas un cauchemar comme les autres. Je crois que ...- »
Je l'interrompis en plaquant le journal sur la table avec force. Je ne l'écoutais plus. A la Une de la Gazette bougeait une grande photo de Moriarty lançant des sortilèges avec pour titre « Intrusion fâcheuse au Ministère ! ». Je parcouru l'article à toute vitesse.
« Sherlock ? Vous m'écoutez ? Je disais que ...»
« Sherlock ? »
« Que se passe-t-il ? »
Comme je me prenais pas la peine de répondre John se pencha par dessus mon épaule pour lire.
'Intrusion fâcheuse au Ministère !
Ou comment le Gouvernement est devenu la risée de toute la Grande Bretagne !
« Le célèbre James Moriarty, considéré comme le plus grand cerveau criminel depuis la chute du Seigneur des Ténèbres a encore frappé un grand coup.
Hier soir juste avant la fermeture des bureaux, il s'est introduit au sein même du Ministère de la Magie au nez et à la barbe de la sécurité. Existe-il personnes plus dramatiquement incompétentes que les sorciers chargés de la sécurité du saint des saints du Gouvernement ?
Cet événement confirme sans aucun doute ce que vous, lecteurs, pensez tous. Leur profonde incompétence semble aussi abyssale que le gouffre des caisses de l'état. Comment expliquer sinon que Moriarty ait pu aller aussi loin sans n'être arrêté par personne ? Comment expliquer sinon qu'il ait pu repartir aussi tranquillement qu'il était venu ? Ou pourrait-on se demander : pourquoi n'est-il pas reparti avec un cocktail de jus de citrouille gracieusement offert par le Ministre en personne tant qu'ils y étaient ?
Si aucun mystère ne plane plus sur la grossière inaptitude pathologique des employés, nous ne savons toujours pas ce que le sémillant Moriarty venait faire là-bas outre jeter une honte magistrale sur le Ministère qui restera dans les mémoires... »'
Je ne lisais pas plus. L'article était évidemment signé Amélia Skeeter qui marchait dans les traces de sa grand mère à ce que l'on disait. Je repoussai sèchement le journal. « Mycroft ne va pas aimer du tout. »
« Sherlock c'est important je voulais dire que... »
Je n'écoutais toujours pas. « Kingsley va piquer une sacrée crise. »
John blanchit soudainement et poussa une exclamation stridente.
« Quoi encore ! Vous n'avez pas finit de me déranger toutes les cinq secondes ? Tenez vous tranquille bon sang ! » lui grondai-je, peu amène.
« Il y a...il y a ….une tête dans le feu ! »
En effet, la tête de mon grand frère venait d'apparaître dans l'âtre de la cheminée. Et Dieu savait à quel point je détestais cette tête là. « Oui ça arrive souvent chez nous. Pas de quoi s'alarmer et fermez votre bouche vous allez gober tous les pauvres drosophiles du secteur. »
Je m'accroupis devant le brasier en brandissant la Une de la Gazette sous le nez de Mycroft. « Tu es là à cause de ça j'imagine ? Skeeter ne vous a pas loupé. Mais elle a raison c'est proprement scandaleux. A quoi sert cette équipe de sorciers que tu paies grassement à part surveiller ton derrière de bureaucrate ? »
Mycroft soupira, faisant rougeoyer la braise qui constituait son visage. Une petite étincelle taquina le coin de sa bouche. « Bonjour Sherlock. Toujours d'aussi joyeuse compagnie le matin. C'est en effet à ce sujet que je venais te voir. »
« Un autre scoop pour la Gazette, appelez la presse. Elle pourrait titrer quelque chose comme « Le Conseiller du Ministre doit comme d'habitude solliciter l'aide de son génial, talentueux et fabuleux petit frère pour sauver son postérieur rondouillard au moins une fois pas semaine.»» répliquai-je ironiquement.
Des flammèches léchaient son front d'un orange brillant mâtiné de rouge écarlate. « Merci mais je ne suis pas venu discuter de la douteuse ligne éditoriale de la Gazette. Je viens plutôt à propos du contenu de ce torchon imprimé. Comme tu as eu la délicatesse extrême de le faire remarquer, il semblerait que le Ministère possède des failles dans son protocole de sécurité. »
« Et non des moindres de toute évidence. Tu veux que je les identifie pour toi n'est-ce pas ? »
« Oui c'est exact. Et en toute discrétion je te prie. »
« Pour qui me prends-tu ? »
« Tu acceptes donc ? »
« Oui oui. Il faut bien que je me dégourdisse un peu l'esprit avec ce poids mort que tu as collé dans mes pattes. »
« Je te remercie. Bonjour John, vous semblez un peu pâle. Vous allez bien ? Et je dois également t'entretenir d'une affaire urgente Sherlock. Sois dans mon bureau d'ici une demi-heure avec John. Et pas le moindre mot à quiconque pour les failles de sécurité. »
La tête de Mycroft disparut brusquement des flammes. Je me levai prestement pour allait enfiler une tenue plus décente que mon peignoir bleu.
« Sherlock je voulais vous dire, à propos de mon rêve ... »
« Pas le temps ! Dépêchez- vous de vous préparer ! Et si vous lambinez en cours de route, vous le regretterez amèrement. Quelque chose comme une irruption de furoncles purulents à des endroits hautement stratégiques par exemple. »
POV John
Vingt-neuf minutes et trente secondes plus tard, Sherlock et moi pénétrions dans le bureau de Mycroft. Mais quelque chose avait changé depuis le dernière fois. Quelque chose d'invisible mais surplombant, s'en était irrespirable.
« Ton champ de protection autour de ton bureau est si puissant Mycroft, que même un être sous-développé pourrait le sentir. » raillai Sherlock fièrement. C'est à peine si j'entendis le « n'est-ce pas John ? » Mais mes yeux tombèrent sur une personne qui m'était encore inconnue.
Une ravissante femme aux cheveux bruns attendait patiemment sur une chaise, les jambes élégamment croisées et les mains disposées à plat sur ses cuisses. Elle semblait très raffinée. « Cessez donc de vous pavaner comme un paon en chaleur Monsieur Holmes. »
« Vous m'en voyez navré Mademoiselle Adler, mais je ne suis guère intéressé par votre personne. »
« J'aurais adoré que vous me fassiez la cour, mais je sais cependant que vous n'êtes plus de ce bord. Quel dommage. » Elle s'approcha et promena sa main aux ongles vernies d'écarlate sur la joue pâle de Sherlock. « Oui. Vraiment dommage. » Rajouta-t-elle en retirant sa main du visage impassible du sorcier. Plus de ce bord ? Cela signifie qu'il était un homme à femmes ? Et qu'il serait devenu gay ? Je le trouvai plutôt asexué pour ma part. « Et vous ne me présentez pas votre compagnon. »
« Je ne suis pas son- »
« John, voici Mademoiselle Adler. »
Mince alors, jamais on ne comprendra que je n'étais pas en couple avec ce timbré. « Enchanté. » marmonnai-je dans ma barbe, vexé comme un enfant à qui l'on refusait un jeu.
« Je suis ravie de faire votre connaissance, John. »
« Moi de même. » Punaise la honte je me répétai.
Sherlock se racla la gorge : « John, vous devriez vous méfier de Mademoiselle Adler, cette jeune femme aux allures fatales, possède un minimum de cran pour oser me concurrencer, bien que son intelligence soit à peine supérieure à la moyenne féminine, qui est de tout aussi nulle que la moyenne masculine d'ailleurs. Elle a réussi avec brio ses études à Serpentard, maison qui correspond bien à son côté vicieux de serpent. Donnez-lui en l'occasion et elle vous injectera son venin avec les crochets astucieusement dissimulés sous ses lèvres rouges.»
« Je vois que chez les Serdaigles rien n'a changé, toujours en train de rôder comme des vautours. »
« Et je puis constater que vous êtes toujours aussi langue de vipère ma chère. Mais le style veuve noire vous va à ravir. »
« Vous ne devriez pas prendre ce ton supérieur, la maison Serpentard n'a rien à envier à la votre, et puis vous et moi savons très bien que vous étiez destiné à la maison Serpentard. Votre richissime famille sans doute ?»
« Je suis désolé de vous vexer, mais le Chapeau n'est pas influençable par quelque chose comme l'argent. Il faut vous renseignez. Il a certes hésité, mais il a décidé que je valais plus que vous. »
J'étais complètement à côté de la plaque, entre la maison des serpents et celles des aigles. C'était une école privée ? Je savais que dans la mienne, les classes étaient renommées classe émeraude, rubis, saphir etc. Faisant mine de ne pas m'intéresser à la conversation, j'observai Mycroft se frottant les tempes, exaspéré de leur comportement. Il y avait de quoi.
Le détéctive ajouta encore, avec un rictus suffisant « N'importe quelle maison m'aurait convenu, j'étais le plus intelligent de l'école après tout. »
La sorcière eut un petit rire « James vous égalez à merveille, vous auriez pu le dépasser aux examens si vous n'aviez pas sombré, vous étiez si...accro »
« Suffit ! » s'écria Mycroft en bondissant de la chaise. Il devait y avoir quelque chose entre eux. Sherlock avait dû faire une connerie de jeunesse. Connerie que Mycroft avait dû réparer. Il retrouva cependant tout son sang froid avec une extrême rapidité et déclara de son ton policé habituel : « Nous ne sommes pas ici pour discuter de votre adolescence. Irène, Sherlock je vous ai convié ici pour que vous fassiez équipe. Je veux que vous retrouviez la Fleur de feu. »
« Hors de question » l'interrompit le brun en braquant sa baguette vers lui. Le plus vieux, l'abaissa d'un geste serein. « Je n'ai que faire de ton avis Sherlock, TU travailleras avec Mademoiselle Adler. »
« Et toi tu pourras aller te faire voir ailleurs, de préférence en compagnie de quelques gobelins affamés de chair humaine. Je refuse. Catégoriquement. Et ton braillement de bébé sous amphétamines ne m'impressionne pas. »
« Sherlock ne m'énerve pas. »
« Mais vas-y, je t'en prie. Énerves-toi, fais-toi plaisir. Et que va-t-il arriver ? Tu vas devenir rouge et bouffi en bégayant comme ce fameux jour où j'ai fais exploser ta première baguette magique. Ceci dis, je ferais peut-être imploser quelques veines dans ton cerveau saturé de graisse au passage, ce qui serait très bénéfique. »
« Que tu peux être agaçant, parfois. »
Irène Adler se leva gracieusement, son sac à main sous le bras et se présenta devant Mycroft avec un charmant sourire. « Monsieur le Conseiller, je comprendrez que votre jeune frère ne veuille pas travailler avec moi, il est quelque peu solitaire, je trouverai la fleur et vous l'apporterez bientôt. Surtout si elle possède toutes les capacités extraordinaires dont vous m'avez entretenu. Vous pouvez compter sur moi. Je suis quelqu'un de fiable.»
Oh ça, ça allait fâcher Sherlock. Je le voyais déjà tempêter intérieurement, je reculai contre le mur discrètement, ne voulant pas me faire avaler par le feu de sa colère.
POV Sherlock
La tension était palpable. La pièce se saturait d'électricité. Je plissai les yeux et demandai d'un ton frigorifique en la dominant de toute ma hauteur. « Que sous-entendez vous ? »
Elle sourit largement.
« Mais que vous ne l'êtes pas. Et puis vous devez être occupé avec votre compagnon, n'est-ce pas ? Vous avez enfin trouvé chaussure à votre pied, je vois. Et dieu sait que vous êtes difficile. Très difficile. Vous ne maltraitez pas trop ce pauvre John ? Même si à vrai dire je donnerai cher pour savoir comment vous le maltraitez. »
Son sourire ce fit légèrement aguicheur. Elle s'amusait. Elle adorait ça. John protesta vivement. « Mais nous ne sommes pas ensemble enfin ! » Irène darda son regard onctueux sur John qui rougit. Elle s'approcha lentement, faisant outrageusement rouler ses formes sous sa robe noire ajustée. John semblait estomaqué devant la beauté empoisonnée dont elle déployait l'aura autour de sa silhouette élancée.
Adler sourit comme un chat devant sa proie. Un chat qui avait une diabolique envie de jouer avec la nourriture.
Elle s'approcha à quelques centimètres de John, ses lèvres sanguines effleurant son oreille avec provocation. Elle se recula, satisfaite de voir le visage de moldu aussi rouge qu'un piment. « Hummm voyez-vous ça ? » Elle s'écarta et tourna souplement autour de John. Prédatrice. Séductrice. Dessinant une ronde enjôleuse. « Et d'où venez-vous John ? »
Ses yeux de chocolat noir étincelaient de gourmandise curieuse.
« Il ne me semble pas vous avoir déjà vu. Et je n'oublie jamais un visage. »
Il ne fallait pas qu'elle comprenne que John était un moldu. Et qu'en plus il était la seule piste pour la Fleur. Surtout pas. Elle était trop dangereuse. On ne pouvait faire confiance à cette femme là sans se brûler les ailes. Parce qu'elle était une avide de pouvoir. Et parce qu'une information était le plus grand des pouvoirs.
« Je- » commença John.
Je m'interposai verbalement. Elle cessa ses cercles de chasseur et se reporta son attention sur moi.
« Il revient de l'étranger. »
« Oh. Ceci explique cela. »
Un rire cristallin scintilla d'étoiles sur ses lèvres. Je préférais quand elle s'adressait à moi ou à Mycroft qu'à John. Nous savions lui résister. Nous savions jouer avec le feu. Pas John. Il était presque hypnotisé par elle. Sa démarche féline. Sa voix musicale. Ses rondeurs toutes féminines. Ses cheveux de soie sombre. Il en bavait presque. C'était affligeant.
Je rajoutai, le visage neutre « Il n'est là que depuis quelques jours. Il faisait ses études à l'étranger et il y est resté avant de vouloir rentrer à Londres. »
« Dans quelle école était-il ? Dans quel pays ? Vous êtes bien vague, mon cher. »
Elle me défiait. Voulait m'attirer et me magnétiser. M'enfermer dans les profondeurs veloutées dans son regard. « Je ne vais pas vous donner toutes les cartes en main. »
« Prouvez que vous êtes fiable. Quel pays ? Quelle école ? »
Je grognai comme si cela m'écorchait la gorge et lui délivrais l'information faussée. « Australie. PourpreDragon. Non pas que cela vous concerne le moins du monde bien sûr. »
« Bien sûr. »
Elle ne me croyait peut-être pas, tant pis. « Mais vous adorez fourrer votre nez dans ce qu'il ne vous regarde pas. Refait le nez ? »
« Non. Je suis naturellement magnifique. Et je crois que nous partageons ce goût trop prononcé pour la curiosité. Sauf que j'ai entendu dire que vos affaires rencontraient quelques problèmes. Par ma faute m'aurait-on dit ? J'en suis navrée. »
Son air victorieux me donnait envie de lui arracher la tête. La pétasse.
« Ces clients idiots sont aveuglés par le charme de vos attraits mais quand ils découvriront le vide qui se cache dessous, nul doute qu'ils reviendront chez moi. Vous ne m'arrivez pas à la cheville Irène et vous le savez. »
« Nous verrons cela. Je pense que la collaboration n'est pas envisageable. Mais je reconnaîtrais votre mérite si vous attrapez la plante avant moi. »
«Et c'est ce qui arrivera ne vous faites pas d'illusions, la défaite pourrait vous être amère et brutale. Vous me rendrez mes clients ? »
« Je croyais qu'ils reviendraient tout seuls ? »
« Rien de mal que d'accélérer un peu un processus dont le résultat est fatalement connu d'avance. »
Elle eut un fin sourire.
« J'aime la compétition. Mais nous sommes pareils. Vous aimez la traque. Vous aimez le frisson de la mise à mort. Tout comme moi. Nous verrons si vous êtes si brillant que cela. »
Elle prit congé avec autorité. Au passage elle déposa un baiser parfumé sur la joue de John. « Au plaisir. »
« Au déplaisir. » répliquai-je sèchement.
Dès que la porte de referma sur sa silhouette gracile et gracieuse je bondis au bureau de Mycroft en sifflant rageusement « Je n'y crois pas ! Tu as engagé cette garce alors que tu sais pertinemment qu'on ne peut pas lui faire confiance ! Cette femme est un vampire né. Elle respire la tromperie et le mensonge. Elle va te piéger comme l'imbécile indolent que tu es. »
« Allons Sherlock. Elle est intelligente, c'est un adversaire intéressant pour toi. Un peu de compétition va t'aider à résoudre cette affaire au plus vite. Travaillez séparément ou ensemble mais travaillez vite. Et surtout travaillez bien. »
« Je refuse de passer plus de quelques minutes en sa présence outrageusement parfumée et manucurée. »
« Pourtant petit frère tu t'amusais comme un petit fou. »
« ...Venant de toi ces mots me semble totalement déplacés...Elle est dangereuse. Donnes-lui ta main elle te dévorera le bras, l'épaule et peut-être même tout le reste. »
« Tu crois que je ne connais pas sa réputation ? Évidemment que je le sais. »
« Alors dans ce cas ? »
« Deux points de vue différents sont toujours bons à prendre. Lequel de vous deux trouvera en premier ? Le résultat sera intéressant n'est-ce pas. »
Je reniflai avec dédain « Peuh ! Ce sera moi, même pas la peine de chercher. Tu peux la virer tout de suite par anticipation.»
« Cette femme a une sacrée classe. Mais elle est peu inquiétante. » intervint John qui se remettait, une marque de baiser sur la joue.
Mycroft approuva. « L'élégance jusqu'aux bout des ongles. »
Je raillai : « Un serpent habillé de lumière, oui. Elle m'agace prodigieusement. »
Mycroft usa d'une voix sonore et emphatique pour déclamer : « Elle est belle, et plus que belle; elle est surprenante. En elle le noir abonde: et tout ce qu'elle inspire est nocturne et profond. Ses yeux sont deux antres où scintille vaguement le mystère, et son regard illumine comme l'éclair: c'est une explosion dans les ténèbres. »
« Qu'est-ce qu'il lui prend ? » demanda John.
« Laissez-le. Il adore se donner en spectacle. »
Mycroft continuait sans se préoccuper de l'interruption. :
« Je la comparerais à un soleil noir, si l'on pouvait concevoir un astre noir versant la lumière et le bonheur. Mais elle fait plus volontiers penser à la lune, qui sans doute l'a marquée de sa redoutable influence; non pas la lune blanche des idylles, qui ressemble à une froide mariée, mais la lune sinistre et enivrante, suspendue au fond d'une nuit orageuse et bousculée par les nuées qui courent; [ ...] »
Je n'écoutais même plus et quand il fit une pause, j'achevai le poème en levant les yeux au ciel avec une profonde exaspération : « Dans son petit front habitent la volonté tenace et l'amour de la proie. Cependant, au bas de ce visage inquiétant, où des narines mobiles aspirent l'inconnu et l'impossible, éclate, avec une grâce inexprimable, le rire d'une grande bouche, rouge et blanche, et délicieuse, qui fait rêver au miracle d'une superbe fleur éclose dans un terrain volcanique.
Il y a des femmes qui inspirent l'envie de les vaincre et de jouir d'elles; mais celle-ci donne le désir de mourir lentement sous son regard.» Je connais, merci pour cette démonstration de mémoire. »
Mycroft hocha la tête. « Je trouve ce texte criant de vérité. Ne trouves-tu pas que ce poème écrit pour elle ? »
Je haussai les épaules sans répondre. En mon for intérieur cependant je l'admettais. Cela lui allait vraiment bien. John s'immisça dans la conversation, se levant de sa chaise pour se rapprocher. « Sherlock ? » « Sherlock ? » Il ne pouvait pas me laisser tranquille un peu ?
« Quoi encore ? »
« J'ai voulu le dire ce matin mais vous n'écoutiez pas. Je pense que c'est important. »
« Vous pensez ? Depuis quand ? »
« Cette nuit j'ai fais un cauchemar. Sauf qu'il m'a paru différent des autres. Ce n'était pas un rêve normal. »
Je levais les yeux au ciel.
« Si ce n'est que ça... »
Mycroft leva une main. « Laisse-le parler. La Fleur possède des capacités de divination. Voir tout ce qui est. Tout ce qui a été. Tout ce qui sera. Ce n'est peut être pas ordinaire.»
« Dans ce rêve j'ai vu le criminel qui fait la Une, là. Moriti ? Motiti ? »
« Moriarty ! »
Je me levai brusquement, comme assis une pelote d'aiguilles. Soudainement piqué d'un vif intérêt. J'attrapai John par les épaules et tournai dans la pièce avec lui, faisant fit de son expression mal à l'aise et tendue. Une parodie de danse sans musique.
« Vous l'avez vu ? Que faisait-il ? »
« Il...Il faisait comme dans l'article. Il s'introduisait dans le Ministère. »
Je saisis son visage dans mes mains pour scruter ses yeux. Voir s'il mentait. « Vous êtes sur ? » Mes rétines balayaient son visage à toute vitesse avec avidité. Il déglutit. Se débattit brusquement. Je le relâchai son visage, conservant ma prise sur ses épaules cependant.
« Oui. Certain. »
« Souvenez-vous, c'est très important ! Que s'est-il passé exactement ? Je veux le moindre détail qui peut m'aider à le coincer. Chaque élément compte. »
« Je...je c'est encore un peu flou. »
« C'est normal. Cela vous reviendra plus tard. C'est le principe de fonctionnement de la Fleur selon nos études. » Dit placidement Mycroft alors que j'étais dans un état d'excitation avancé.
* Le sortilège de L'Attrape-rêve est une invention de notre part
Nous feriez-vous l'honneur d'une review ?
