7 Un amour silencieux.

Heath Phadraig fit appeler son valet, Emilio Razi, et le pria de garder un œil sur ses invités, en excluant Harry. Le chef du clan faisait totalement confiance au jeune sorcier guérisseur. Le survivant n'avait jamais outrepassé ses droits, il était respectueux malgré ses coups de gueule et son caractère emporté.

Le duc reconnaissait que Harry savait mener son monde et que personne ne contestait son autorité, Harry était né pour être un dominant.

Pourtant le jeune homme ne voulait pas de ça, il restait simple et attentif aux besoins des autres. Personne n'ignorait qu'il mettait ses pouvoirs de guérison au service de toute la communauté magique. Harry était généreux, mais aussi il ne supportait pas que l'on se mette en travers de son chemin. Il était redoutable en colère quand quelque chose le contrariait, il ne fallait pas se fier à sa mine douce et souriante, celle-ci était trompeuse.

Le valet opina et sortit du bureau, respectueux. La réunion allait commencer, déjà des hommes et des femmes arrivaient en silence et l'un après l'autre ils entrèrent dans le sanctuaire de Heath Phadraig, chef de clan de presque tous les vampires de l'Angleterre. Même Néhémiah le jeune frère du seigneur était de la partie.

Severus Snape attendait les bras croisés dans le couloir. Il leva les yeux au ciel quand il sut que sa déduction était la bonne. Snape était curieux de voir comment Lucius allait expliquer le fait qu'il se trouvait devant lui, un parchemin à la main et une cape sur le dos, ramassée il ne savait où, prêt à partir en catimini.

-Si tu veux partir, faisons-le de suite, Lucius, tança le maître des potions ce qui fit sursauter le blond. Nous n'aurons pas une meilleure occasion que maintenant.

-Je ne pars pas sans Draco, tu connais mon avis là-dessus ! Et puis qu'est-ce que tu fais là, tu m'espionnais ?

-Tu ne pourras pas t'approcher de lui, le chef de ce clan l'a fait enfermer dans ses appartements, mentit à moitié le professeur. Tu risques gros si tu t'y rends, Lucius.

-Est-ce que tu me demandes d'abandonner mon fils dans cet endroit ? Pesta le blond en lançant un regard furieux à son ami. S'il s'agissait du tien prendrais-tu la même décision ?

-Oui, cependant, ajouta Snape. J'ai demandé à Potter et à Braeden de prendre soin de Draco. Ils le feront, sois-en sûr ! Abandonne cette idée de sortir d'ici vaille que vaille avec lui.

-Es-tu sûr qu'ils veilleront sur lui ? Faiblit le blond. Puis-je leur faire confiance ?

-Tu le peux, mon ami, le rassura le vampire.

-D'accord, partons, concéda Malfoy avec des regrets au fond de la voix.

Les deux hommes sortirent du château sans aucune difficulté, comme quoi il était plus facile d'en sortir que d'y entrer. Les portes n'étaient pas surveillées, était-ce Braeden qui avait facilité leur passage ? Severus Snape et Lucius Malfoy transplanèrent une fois arrivés à l'orée des bois et personne ne les suivit, ni même se rendit compte qu'ils avaient déguerpi du grand manoir du duc de Solignac. Cependant il n'y avait rien de plus faux.

Le valet du duc qui n'avait rien perdu de la fuite des deux hommes fit comme si de rien n'était. Il reprit ses activités normalement, il était sûr et certain que Harry et Braeden étaient au courant donc il allait se taire. Ces hommes devaient avoir une bonne raison d'être sortis sans avertir personne, Harry l'avertira le moment venu.

Emilio Razi était de taille moyenne, il avait des yeux d'un noir de jais et des cheveux de la même couleur profonde. Le jeune homme de vingt ans était un vampire qui descendait d'une vieille famille italienne, il était toujours d'humeur jovial et bavarde. Ses gestes étaient éloquents et grandiloquents quand il parlait, il avait un accent remplit de soleil et de chaleur, et le charme sucré des italiens.

Le jeune vampire se retrouvait valet d'un chef de clan anglais parce que son père ne voulait pas l'inclure dans sa propre famille. Il avait été lâchement éloigné des siens à huit ans et depuis douze ans il vivait ici dans ce château.

Le duc ne voulait pas le reconnaître comme appartenant à la noblesse et tout ça parce que sa mère était à demi-humaine. Dans le monde des ténèbres on se devait d'être pur quand on venait d'une vieille famille, même si elle était italienne.

Emilio Razi était quelqu'un de foncièrement honnête. Sa bonne humeur était contagieuse, il était devenu de suite ami avec Braeden et Harry. Il s'était aussi vite lié d'amitié avec Draco, d'ailleurs souvent les quatre hommes se retrouvaient en bas, dans le château, dans le laboratoire. Et tout aussi souvent le valet aidait ses amis à concocter les potions, il aimait beaucoup ça et avait demandé plus d'une fois au duc de le laisser suivre sa propre voix.

Le seigneur avait toujours refusé, sa place était auprès de lui, disait-il. Même Harry et Braeden n'avaient pu faire fléchir la décision de l'homme obstiné.

Pourtant Heath Phadraig aurait été à même de comprendre, n'avait-il pas un demi-frère plus jeune qui avait été rejeté lui aussi ! N'avait-il pas fait l'impossible pour le ramener avec lui et lui éviter ainsi l'opprobre de sa famille ? N'avait-il pas donné à son frère de dix ans son cadet un château quand il avait été sûr que le jeune homme saurait se débrouiller seul ?

Le seigneur n'avait pas un fond mauvais, il réalisait des changements certains. Cependant il ne pouvait pas tout révolutionner du jour au lendemain, c'aurait été une grossière erreur que les aînés auraient sanctionnée sans aucun doute. Il était des concepts et des pensées qu'ils valaient mieux taire, les choses pouvaient se faire tout en douceur sans heurter la sensibilité de ceux qui voulaient que tout reste comme au début du premier vampire.

Le dernier à sortir de la réunion de cette après-midi fut Augustus Karloff, le bras droit du seigneur Phadraig. L'homme était un vampire guerrier de taille moyenne mais d'une carrure impressionnante. Il portait souvent une tunique qu'il laissait retomber sur un pantalon de cuir marron, ses bottes martelaient le sol des pièces du manoir. Ses yeux marron étaient à l'affut de tout, il servait le duc avec dévotion et amitié, les deux hommes se connaissaient de longue date et avaient une confiance totale l'un en l'autre.

Augustus fut aussi heureux d'apprendre que Heath avait permis que les deux sorciers restent au château. Après tout Draco Malfoy sera ravi de voir que son père évitera les ombres de la mort, car celles-ci craignaient les vampires et encore plus leurs magies. Son seigneur lui avait demandé de garder un œil sur eux malgré tout car Emilio était trop proche de Draco, trop…..gentil. Ce à quoi Augustus avait rétorqué qu'il devait s'absenter pendant deux ou trois jours pour aller à Hautefort-les-Wolves rendre visite à Eliezer, le vampire de la lune rouge, qui avait en charge un de ses fiefs.

-Oui, je l'avais oublié, avait dit le duc. A-t-il encore fait des siennes ?

-Je vais m'en assurer, seigneur, j'ai entendu certaines choses et j'allais voir par moi-même ce qu'il en était.

-Si tu vois, ou si tu sens un vent de rébellion je veux que tu me préviennes de suite, Augustus. Je serais là dans la minute, Eliezer est trop près de Cullen qui en profite outrageusement. S'il continue de me provoquer et d'écouter les inepties de son père je vais lui trouver un remplaçant, je me demande d'ailleurs pourquoi je ne l'ai pas encore fait.

-Je vais y remettre bon ordre, seigneur, mais je crains qu'il ne remette mon autorité en doute. Cet homme est jeune et très vif.

-Ta parole fait loi, Augustus. S'il t'agresse ou s'il ne prend pas en compte tes conseils c'est comme s'il se dressait contre moi. Eliezer sait que je serais impitoyable, auquel cas rappelle-le-lui. C'est la dernière fois qu'il fait parler de lui, la prochaine fois je l'enverrai rejoindre son père, ils pourront conspirer à deux plus aisément.

Le chef du clan vit arriver les ennuis quand il vit un des guerriers se rapprocher de lui et murmurer quelques mots à son oreille. Sur le coup le vampire aux yeux verts faillit laisser éclater sa colère mais il se contint et congédia son bras droit et le guerrier d'un geste agacé.

Quand les deux hommes s'éclipsèrent, Heath reprit sa place dans son fauteuil. Le duc ferma les yeux quelques secondes et savoura la paix qui régnait dans cet endroit. Quand il les ouvrit de nouveau il regarda le bureau et soupira fatigué. Les lourdes tentures noires étaient tirées, le feu brûlait dans l'immense cheminée, le canapé et les fauteuils bleus disposés face à l'âtre donnaient un peu de gaité à la pièce.

Le grand bureau en noyer était rempli de parchemins et de plumes ainsi que d'un magnifique encrier en nacre. Derrière le bureau, sur tout un pan de mur se trouvait une haute bibliothèque. Heath Phadraig aimait beaucoup ce lieu, il y restait souvent des heures entières afin d'y réfléchir en toute sérénité.

En ce moment ses pensées dérivaient vers Draco, était-il réveillé ? Souffrait-il encore ? Braeden l'avait-il changé de chambre ? Allait-il lui en vouloir encore une fois ?

Pourquoi rien n'était facile, pourquoi fallait-il qu'il ait autant de responsabilité et d'ennemis sur le dos? Pourquoi, pourquoi ? Le jeune homme souffrait à cause de lui car il le repoussait constamment, il en avait conscience, mais qui pouvait-il ?

Maintenant il devait aller voir Harry, ensuite parler à Braeden, ensuite ? Et bien ensuite il ira prendre un peu de repos avant de partir chasser. Voilà bien longtemps qu'il ne l'avait fait et son corps réclamait sa dose de sang frais, l'exaltation de la course, la peur de sa victime, les yeux fous, l'odeur du désir quand on tient sa proie entre ses crocs, un moment enivrant sans aucun doute.

Le duc sourit et dévoila ses canines acérées.

Harry, qui avait travaillé sur des potions pendant plusieurs heures d'affilées, somnolait tranquillement sur un fauteuil dans une des chambres du château de Heath. Le jeune sorcier sursauta quand il vit le vampire devant lui. Comment ce diable d'homme faisait pour se déplacer sans faire de bruit !

-Nous devons parler, Harry.

-Il me semble, oui, répondit le survivant en se rasseyant plus dignement tout en clignant des yeux.

-Tes deux amis se sont enfuis du château et…….

-Enfuis dis-tu ! Étaient-ils prisonniers ? Riposta Harry. Parce que si c'est le cas je crois que je n'ai plus rien à faire ici !

-Vas-tu m'écouter au lieu de sortir des stupidités ! Tu es toujours aussi vif, n'est-ce pas ? Pas le temps de finir ma phrase que tu sautes déjà aux conclusions.

-D'accord, Heath, je te laisse finir et je parlerai ensuite, mais d'abord assieds-toi je vais attraper un torticolis à lever ainsi la tête.

Le vampire ricana, c'est vrai que beaucoup de personnes levaient le cou quand elles s'adressaient à lui. Bon sauf que là Harry était assis et que de plus il n'était pas petit. L'homme s'installa et croisa ses jambes.

-Etais-tu au courant que Malfoy et Snape allaient s'enf…….sortir de ce château ? Se rattrapa le duc.

-Oui je le savais, avoua le jeune homme. Que voulais-tu qu'ils fassent d'autre ! Lucius Malfoy veut protéger son fils, il a peur que les ombres se servent de lui pour le prendre au piège. Lucius Malfoy et Draco sont très proches surtout depuis que sa mère est morte. C'est vrai que l'homme est insupportable et genre m'as-tu vu, mais il a toujours été là pour Draco, et Snape n'allait pas le laisser seul se rendre au devant du danger.

-Cette affaire n'est pas normale, Harry, je sens comme…..

-Oui comme quoi ?

-Je ne sais pas exactement mais j'ai une impression de malaise, expliqua le duc. Je ne les aiderai pas, tu le sais ?

-Je sais, et puis ce n'est pas ton problème, tu as déjà tant à faire ici. Et cette histoire n'est pas la tienne c'est la leur, elle vient d'une décision qu'ils ont prise voilà de nombreuses années.

-J'aurais aimé que tu m'avertisses qu'ils étaient partis, je te croyais mon ami, Harry.

-Je le suis, pourquoi crois-tu que je sois encore chez toi ? Et puis tu étais en réunion et je sais que tu n'aimes pas être dérangé dans ce cas-là !

-Piètre excuse, tu t'en rends compte ! Tu louvoies Harry, tu es un des seuls à esquiver aussi dignement sans cligner des yeux ni bafouiller devant moi, rigola le duc de Solignac.

-Oui, pouffa le jeune sorcier. C'est la première chose qui m'est venu à l'esprit, je suis trop bon ! S'ils sont en danger, ajouta Harry plus sérieusement. Je les rejoindrais, je ne les laisserais pas si je peux les aider, tu comprends ?

-Tu fais ce que tu veux, et oui je comprends.

-Là je t'avertis, je dois me rendre à sainte-mangouste, j'ai une amie à voir.

-Tu es libre, Harry, les ordres concernant mes invités ne prévalent pas pour toi. Fais juste attention, demande à Braeden de t'accompagner, auquel cas il te sera d'une aide inestimable si tu es en danger. Il est un de mes meilleurs combattants.

-Je sais oui, pouffa encore une fois Harry. Je l'ai déjà vu en action et je dois dire que je suis impressionné. Cela dit je n'ai pas besoin d'un défenseur, n'oublies pas qui je suis.

-En effet, Harry Potter l'invincible, le railla le duc. Laisse-moi parler à Braeden et ensuite il sera tout à toi.

-Allez-vous parler de Draco ?

-Mêle-toi de ce qui te regarde, Harry !

-Houlà ! Sujet délicat !

-Je dois prendre des dispositions c'est tout, ne va pas chercher autre chose là où il n'y a rien.

-Ne t'amuse pas avec lui, Heath, il ne mérite pas ça.

-Je ne m'amuse pas avec Malfoy, s'il se fait des idées ce n'est pas de ma faute. Ne me met pas tout sur le dos, je te prie !

-Pourquoi l'avoir installé dans ton lit alors ? Ironisa le médicomage. Tu as des centaines de chambres dans ce château, tu ne l'ignores pas quand-même ?

-Sur le moment je n'y ai pas réfléchi.

-Ouais ! Je suis sûr que tu ressens quelque chose pour lui, et ce que je ne comprends pas c'est pourquoi tu le tiens à distance.

-Ecoute-moi bien, Harry, se tendit le vampire. Ce garçon n'est rien pour moi, il m'indiffère complètement, des comme lui j'en ai à la pelle. Je n'ai que l'embarras du choix et tu le sais ! Pourquoi irais-je m'enticher d'un gamin de vingt-cinq ans ? Et puis la discussion est close, je ne veux pas revenir sur ce sujet, se fâcha Heath Phadraig.

-Je suis ok nous n'en parlerons plus, répondit Harry qui savait parfaitement que son ami lui mentait. Mais ce qu'il ne savait pas c'était pour quelle raison.

-Bien, se calma le chef du clan en se levant. Laisse-moi voir mon guérisseur et ensuite vous pourrez partir.

-Prends ton temps, j'ai encore l'odeur des potions sur moi, je vais prendre une bonne douche.

-Harry, désolé, je suis un peu à cran ces jours-ci, je ne veux pas que tu m'en tiennes rigueur, demain ça ira mieux, s'excusa Heath.

-Je sais ce que tu dois endurer tu es pardonné depuis longtemps, ne t'en fait pas pour ça. Répondit compréhensif le survivant. Je ne te juge pas sur tes coups de gueules, moi aussi j'en ai, tu ne l'ignores pas.

L'homme sortit de la chambre en ricanant. La discussion avec Harry lui avait fait du bien même s'ils n'avaient pas mis les choses aux claires concernant Draco, il se sentait un peu plus tranquille.

Au fond de lui le duc savait que tout allait empirer. Des choses et des hommes fomentaient derrière lui, il en avait conscience, son sixième sens ne l'avait jamais trompé et lui avait plusieurs fois sauvé la vie. Il allait devoir faire attention et ne pas tourner le dos à n'importe qui. Quand à Draco il sera mieux loin de lui surtout en ce moment où les choses allaient changer et devenir encore plus dangereuses comme il le pensait.

Le duc pensa aussi malgré tout au maître des potions, il avait remarqué l'intérêt subit de Harry à son encontre. Est-ce que par hasard le médicomage ne serait pas amoureux de cet homme singulier ? Si oui ça promettait quelques divertissements car il n'avait pas l'air facile le bonhomme aux longues robes noires et à la langue acérée !