Renaître.

Braeden justement rangeait dans une armoire des potions qui ne toléraient pas la lumière, quelle soit des torches ou du jour. Le guérisseur entier dans son travail se retourna quand il sentit la présence du duc derrière lui. Plus silencieux que lui ça n'existait pas, faillit sursauter Braeden pourtant habitué aux façons du vampire.

-Comment va-t-il ? interrogea le chef du clan en refermant la porte derrière lui pour que des indiscrets n'entendent pas leur conversation. Es-tu allé le voir ?

-Il a repris connaissance il y a peu, seulement quelques minutes, seigneur Phadraig. Je viens juste de redescendre. Il est encore très fatigué, répondit Braeden en sachant que Heath parlait de Draco.

-N'oublie pas, demain je veux qu'il soit dans une autre chambre, donne-lui tous les soins nécessaire et même plus s'il le faut, ordonna le duc. En attendant je veux que tu accompagnes Harry à Sainte-Mangouste, je viens de passer le voir et il m'a dit qu'il se rendait là-bas. Tant que je ne sais pas si les liches vont s'attaquer à lui je ne veux pas prendre de risque, je sais très bien qu'il peut se défendre, il n'est pas le survivant pour rien, mais une protection supplémentaire ne lui fera pas de mal.

-Je crois que c'est plus prudent, en effet, approuva le guérisseur. Harry n'est pas regardant quand il s'agit de sa propre protection.

-Je lui aurais bien flanqué une escorte aux fesses mais il aurait encore hurlé à l'abus de pouvoir. Je n'ai jamais vu quelqu'un aussi allergique aux ordres.

-Sûr, rigola Braeden qui connaissait ce Harry-là. Pour ce qui est de son amie nous venons de mettre au point, avec Severus, une potion inédite, j'espère que cette fois ça marchera.

-Parles-tu de cette Hermione Granger ? Cette fille qui a reçu un sort de Voldemort avant qu'Harry ne le tue ? Elle vieillit prématurément, c'est bien cela ?

-C'est bien elle, oui. Elle a vingt-cinq ans mais en paraît en ce moment quatre-vingt, de plus elle a tous les inconvénients de la vieillesse. Heureusement son ami Ron Weasley veille sur elle jour et nuit depuis qu'elle est dans cet état.

-Arriverez-vous à la sortir de là ?

-Oui, la potion que nous avons concocté est prometteuse. Severus est allé la chercher dans un vieux grimoire et même s'il n'est pas présent nous allons tenter le coup. Je pense que cette fois nous allons réussir.

-Bien, je vous laisse y aller dans ce cas, Harry doit être prêt et il doit lui tarder d'expérimenter cette antidote extraordinaire, même s'il m'a paru nerveux, même extrêmement nerveux, ajouta le seigneur. Cependant n'oublie pas ce que je t'ai dit pour demain.

-Ce sera fait, seigneur, je le mettrais dans une autre chambre.

Heath Phadraig, duc de Solignac, regagna son bureau et après avoir demandé expressément à son valet Emilio de ne le déranger sous aucun prétexte, il s'allongea sur son canapé et profita d'un bon repos bien mérité.

Emilio quand à lui préparait son départ pour demain, il avait l'impression de trahir le duc en agissant ainsi, mais avait-il le choix ? Il voulait rejoindre le clan de Néhémiah, le frère du duc. Un vampire qui avait monté son propre clan avec l'aide de son frère évidemment, mais qui avait ses idées propres et qui n'admettait pas que l'on vienne se mêler de ses affaires.

Un sacrée caractère tout comme le duc. Néhémiah Phadraig était un vampire qui prenait dans ses rangs des hommes et des femmes qui étaient sorciers ou sorcières ou parfois même simples humains, pas de préférence chez lui. Du moment qu'ils étaient vampires ils étaient les bienvenus dans son clan.

Bien sûr son pouvoir ne s'étendait pas aussi loin que celui du duc, celui-ci était le chef incontesté de son peuple puisqu'il était le plus âgé, tous lui devaient obéissance. Entre les deux frères il régnait une véritable entente, il n'y avait ni rivalité, ni conflit d'aucune sorte, ils s'entendaient à merveille.

Pourtant Emilio ne se sentait pas à sa place ici, au château de Lochlain-Blood. Il ne voulait pas rester valet toute sa vie, il avait d'autres ambitions, tout ce qu'il demandait c'était un peu de reconnaissance. Plusieurs fois il avait demandé, imploré au duc de le laisser partir, mais celui-ci refusait toujours à cause d'une promesse faite à son père.

Quelle imbécilité ! Quelle ironie, se retrouver coincé sans rien pouvoir faire de sa vie à cause de son géniteur qui l'avait renié. N'aurait-il pas été mieux dans un clan où on l'aurait mieux accepté, où on ne l'aurait pas regardé de haut ? Il n'avait pas des idées de grandeur quand même ! Il voulait juste vivre comme un individu libre, qu'on lui donne une chance de faire ses preuves et ne pas rester un valet servile, la tête toujours penchée vers le sol comme un esclave.

Emilio allait faire une chose insensée, il allait mettre sa vie en danger, il le savait. On ne s'enfuyait pas de chez le duc sans en subir les conséquences. Mais là trop c'était trop ! Personne ne voulait l'entendre hé bien c'est ce qu'on allait voir !

-La mia décisione e la mia fuga faranno cambiare forse le cose. Voglio dunque posso ! Récita Emilio Razi dans sa langue natale. Ma décision et ma fuite feront peut-être changer les choses. Je veux donc je peux.

Braeden posa ses dernières fioles dans son armoire, et il allait pour nettoyer son chaudron en cuivre et prendre quelques notes quand il vit Harry rentrer dans le laboratoire sans se presser.

-Déjà prêt, ironisa en sachant que Harry avait un peu retardé le moment de se rendre à Sainte-Mangouste par peur. Sans parler d'une désillusion d'une potion stérile et d'une déception de son ami Ron qui espérait encore et encore que la solution miracle existe.

-Le trac, répondit simplement le survivant. Pourtant il me tarde de savoir si cette fois nous avons réussi.

-J'ai comme l'impression que c'est la dernière potion que ton amie acceptera de boire, Harry. Alors il y a intérêt à ce que cela soit le bon antidote. Avec Severus nous sommes sûrs que c'est la bonne potion, ne te tracasse pas autant et fais-lui confiance.

-Pourquoi ne veut-elle pas continuer à se battre ? Interrogea le jeune sorcier en fronçant les sourcils tout en approuvant pour Snape. Nous allons finir par trouver la solution, nous la remettrons sur pieds, je n'abandonnerai pas !

-Mets-toi à sa place, voilà des mois qu'elle subit des traitements, qu'elle ingurgite des potions horribles qui la rendent malade la plupart du temps. Et tu sais les effets secondaires qu'elle a dû endurer. Peux-tu comprendre qu'elle en a assez et qu'elle veuille partit dignement ? Que ferais-tu réellement si tu étais à sa place ?

-Non, se fâcha Harry dont les yeux se mirent à étinceler de colère. Je ne peux pas concevoir ça ! Je me battrais jusqu'au bout pour la sortir de cet enfer. Je le dois à ses parents, je le dois à Ron et à elle.

-Tu le dois à toi surtout, n'est-ce pas ? Crois-tu que je ne sache pas que tu te sentes responsable. Allons Harry ! Tu n'y es pour rien dans ce qui est arrivé à ton ami, n'importe qui d'autre aurait pu se trouver à sa place à ce moment-là. Comment aurais-tu pu te douter que Voldemort ferait une chose pareille.

-Oui, mais c'est tombé sur elle, sur Hermione, ma seule véritable amie. Je ne veux pas la perdre, tu comprends !

-Seule amie fille je te le rappelle ! On se demande bien pourquoi d'ailleurs, ricana Braeden. Oui, pourquoi le reste de tes amis se composent seulement de spécimen masculins ?

-J'aime cet univers, se renfrogna le médicomage aux yeux verts. Et mon goût pour eux n'a rien à voir là-dedans, et arrête de ricaner on dirait une hyène et ça fait peur.

-Je n'ai jamais vu de vampires hyènes, s'exclama le guérisseur outré qu'on le compare à cet animal disgracieux.

-C'est parce que tu n'as jamais bien regardé autour de toi, ils pullulent, marmonna le Gryffondor vexé.

Les deux hommes pouffèrent de rire en imaginant ces drôles animaux rôder dans le monde magique. Ils sortirent du château l'esprit un peu moins morose.

Braeden savait qu'allait voir Hermione était important pour Harry. Il savait aussi qu'après avoir administré la potion à son amie il attendrait auprès d'elle pour la soutenir avec l'aide du rouquin, Ronald Weasley. A chaque fois qu'ils revenaient de cet endroit et particulièrement de cette chambre Harry restait grincheux, voir limite insupportable presque agressif.

Le médicomage tapa à la porte de la chambre de la malade avec les tripes nouées. Il entra suivit du vampire plus serein. Ron était là près de la fenêtre magique, il était anxieux et fébrile comme à chaque fois que Hermy essayait une nouvelle potion.

La vieille femme allongée dans le lit n'avait plus rien à voir avec la jeune fille qu'elle avait été, voilà seulement quelques années de cela. Celle-ci portait des lunettes à cause de sa vue qui avait beaucoup baissée, ses cheveux gris étaient tressés derrière son dos, la peau de son visage et de ses bras étaient parcheminés. Elle semblait si fragile, si prête à partir pour l'au-delà que le cœur de Harry s'étreignit de douleur encore une fois.

Ron, impuissant, la regardait dépérir, il aurait voulu faire plus mais quoi ? Chaque jour il venait le matin avant de partir au travail, chaque midi également pour essayer de lui faire manger quelque chose qu'elle refusait irrémédiablement. Chaque soir aussi et souvent il restait la nuit, exceptionnellement parce qu'Harry en avait donné l'autorisation.

Parfois le roux retournait chez lui et fondait en larme dans les bras de sa mère puis passait le reste de sa nuit plongé dans des bouquins, lui qui n'y connaissait rien tentait désespérément de trouver une solution miracle, en vain.

Harry s'approcha d'Hermione et lui serra délicatement la main pour la réveiller. Elle dormait à demi-assise, bien calée sur ses oreillers.

La femme aux rides profondes ouvrit les yeux et eut un vague sourire. Ses doigts fragiles et fins enserrèrent ceux de Harry comme pour le saluer et lui dire combien elle était heureuse de le voir là, près d'elle.

Le survivant s'assit sur le lit et prit la fiole que Braeden lui tendit et la fit voir à la vieille femme avec un sourire d'excuse.

-La dernière, Hermione, mentit-il pour l'encourager. Je veux que tu la boives pour Ron et moi, s'il te plait !

L'aïeule secoua la tête, fatiguée. Sa main menue ne put attraper le flacon, c'est Harry qui dut l'approcher de ses lèvres et l'aider à boire avec tendresse pendant que le rouquin priait silencieusement dans son coin.

Braeden qui n'avait pas bougé jusque-là prit une des mains de la vieille femme, et prononça une longue incantation vampirique après qu'elle eut fini d'avaler l'infâme mixture.

L'amie des garçons se rendormit après seulement cinq minutes de veille, elle était épuisée physiquement, de plus en plus, mais là le sommeil était voulu. Ron fit apparaître deux fauteuils supplémentaires et chacun prit place attendant une possible amélioration. Pas un mot ne fut dit, les trois hommes croisèrent les doigts espérant que cette fois serait la bonne.

Harry implora en lui-même que la potion de Snape et de Braeden soit efficace. Quelle lui rende sa meilleure amie, cette insatiable dévoreuse de savoir qui avait vu sa vie s'arrêter net du jour au lendemain.

Personne n'osa les déranger malgré que l'heure des visites soient depuis longtemps dépassées. On ne dérangeait pas Harry Potter, on ne dérangeait pas un homme qui avait un bureau dans le service malgré qu'il soit plutôt un médicomage de terrain et qui avait une renommée nationale et même internationale.

Ce n'est qu'au bout de deux heures trente que Harry se leva précipitamment, comme sur des chardons ardents, faisant sursauter les deux autres. Petit à petit il vit, ainsi que Ron et Braeden, la peau ravinée et ratatinée se retendre. Les trois hommes virent, sous leurs yeux ébahis, les cheveux blancs reprendre peu à peu leur couleur originale.

Ils virent le corps voûté prendre quelques centimètres et de redresser, heureusement Hermione dormait toujours. Braeden avait inclus dans son sortilège un endormissement profond en cas de changements douloureux, car sans conteste cela devait l'être, douloureux.

La transformation continua ainsi pendant plus de quatre heures. Ron ne pouvait cacher ses larmes de joie, Harry non plus d'ailleurs.

Les hommes présents dans la pièce retinrent leur respiration, ils n'en croyaient pas leurs yeux. Enfin ! enfin ils avaient réussi, c'était incroyable !

La jeune femme redevint elle-même et le rouquin, sans même s'en rendre compte serrait tellement fort les accoudoirs du fauteuil dans lequel il s'était assis, que l'un des deux se brisa net en faisant bondir les deux autres de peur, les sortants de leur contemplation.

-Relaxe, Ron, plaisanta Harry. Tout va bien aller.

-Je voudrai bien t'y voir ! Murmura le roux. Tu sais depuis combien de temps j'espérais ce miracle ? Je ne sais pas comment vous avez fait, mais j'ai une dette immense envers vous deux.

-Nous quatre, le reprit le vampire. Draco nous a déniché les ingrédients et Severus y a consacré énormément de temps, Ron. Sans lui nous n'aurions pas trouvé ce remède, il a passé beaucoup de temps dans les recherches et je ne te dis pas le nombre incalculable de vieux grimoires qu'il a épluché et les cris d'exaspérations qu'il a poussé contre nous.

-Oui, Snape aussi, je n'oublierai pas de le remercier quand je le verrai, ainsi que Draco .

-Je suis sûr que cela fera plaisir à notre ancien professeur, rigola Harry pour détendre l'atmosphère.

Le médicomage Potter qui était assis au bord du lit regarda une fois de plus son amie puis se leva après s'être assuré que tout irai bien. Hermione ne devrait pas se réveiller avant plusieurs heures, pas la peine qu'ils restent là avec Braeden, autant qu'ils aillent se reposer un peu, la journée avait été longue.

-Nous allons partir, Ron, je pense qu'elle ira mieux à présent. Nous laissons une fiole, fais-la-lui boire dans trois heures, ne la quitte pas aujourd'hui, elle aura besoin de toi, tu comprends ? S'il y a quoi que ce soit dépêche-nous un hibou à Braeden ou à moi, nous viendrons aussi vite que possible. Pas de fatigue pour elle et interdis toutes les visites.

-Ne t'en fais pas personne ne viendra l'ennuyer, je vais y veiller. Je ne vais pas la quitter des yeux le reste de la semaine. Merci les gars, soupira le roux très ému. Sans vous elle était perdue ma Hermione.

Les deux guérisseurs saluèrent le jeune homme et repartirent au clan en passant par les couloirs déserts de l'hôpital. Ils transplanèrent depuis le hall, pour eux c'était facile, un simple jeu d'enfant !