Quand l'amour est borné.
Severus Snape sut qu'il avait perdu définitivement Harry quand il le vit quinze jours plus tard. Le médicomage irradiait de bonheur. Le jeune homme qui l'accompagnait était magnifique, il n'y avait pas d'autre mot pour le décrire.
Le maître des potions aimait Harry plus que de raison il devait l'admettre. Le voir auprès d'un autre homme le torturait atrocement, il en était malade de jalousie pourtant il restait sur ses positions.
Malgré les nombreuses visites de Braeden pour lui soutirer les vers du nez, il n'avait pas parlé. Pourquoi faire puisque le mal était fait et qu'il ne pouvait pas revenir en arrière, et puis l'aurait-il fait d'ailleurs ? La surprise totale fut pour lui hier soir quand il ouvrit la porte de ses appartements à la personne qui venait le déranger. Le morveux avait des amis, de très bons amis, et alors qu'il aurait préféré rester seul il parla à l'homme qui se présenta devant lui.
Heath Phadraig se tenait, imposant, sur le pas de sa porte dans les couloirs sombres et humides des cachots. Snape le fit entrer en grognant et tous deux se rendirent près de la cheminée, comme si les flammes allaient vraiment les réchauffer alors que dehors le temps était très doux. Le duc toisa Severus quelques secondes puis il prit place dans un fauteuil sans aucune gêne, comme s'il se trouvait chez lui.
-Faites comme chez vous, renifla Snape en s'installant lui aussi dans un siège, attendant que l'autre parle le premier.
-Je vous remercie, Severus, répliqua le duc. Mais je n'en demandais pas autant, ajouta-t-il très sérieux.
-Moi non plus, répondit pince-sans-rire le professeur. Que me vaut l'honneur d'une telle visite, monsieur le duc ?
-Nous avons à parler vous et moi, professeur Snape.
-Je ne vois pas de quoi ! Se mit aussitôt sur la défensive le Serpentard.
-De Harry, peut-être !
-Je ne vois pas ce que j'aurai à dire sur lui, s'entêta Snape sans quitter l'homme de son légendaire regard noir.
-Vous ne voyez pas, Severus ? Rien à dire sur le fait que vous vous rendez malheureux tous les deux, vraiment ?
-Vraiment non ! Bougonna le professeur récalcitrant.
-Donc nous allons parler de vous, continua Heath qui ne se laissa pas abattre par la mauvaise foi du maître des potions, et qui garda son calme devant la froideur du même homme qui essayait de l'occire de ses yeux ironiques.
-Vous avez envie de faire une analyse du vampire des cachots ? interrogea Snape sardonique. Vous n'avez pas cette espèce chez vous, dans vos châteaux ? Vous devez bien les connaître je pense depuis le temps !
-Non, faillit rigoler le duc de l'humour décapant de Snape. Je ne connaissais pas encore cette espèce, en venant ici j'espérais en apprendre un peu plus sur eux, mon cher ami.
-Dommage pour vous, vous avez perdu votre temps en débarquant chez moi, et cela m'aurait évité une visite indiscrète.
-Je suis venu comprendre pourquoi vous avez laissé Harry vous filer entre les doigts, interrogea le duc sans prendre ombrage de la remarque du professeur.
-Ca ne vous regarde pas, mes décisions m'appartiennent et ce que je fais de ma vie ne regarde que moi.
-Certainement oui, cependant j'aimerais comprendre vos motivations. Ce n'est pas de la curiosité, Severus, juste deux hommes responsables qui vont discuter de leur vie sans tabous ni préjugés. Qu'en pensez-vous ? Êtes-vous prêt à sacrifier votre silence avec moi tout en sachant que tout ce qui se dira dans cette pièce sera notre secret ?
-Pourquoi ferai-je cela ? Qu'est-ce que cela va nous rapporter !
-Parce que cette histoire avec Harry vous ronge et vous obsède, déclara le chef des clans.
Snape évalua le duc, il semblait sincère et lui avait tellement envie de parler à quelqu'un qui le comprendrait.
-Expliquez-moi simplement, Severus, je ne vous jugerais pas, ajouta Heath pour convaincre le professeur de s'épancher.
Le maître des potions se leva et retira sa longue robe noire qui lui pesait. Il se rassit et son regard plongea dans les flammes de la cheminée. Heath Phadraig patienta, il savait que l'homme allait parler, enfin.
-J'ai été mordu et laissé pour mort par un vampire, qui je l'ai appris plus tard, s'appelait Ezékiel Mac Gowan.
Le chef du clan sursauta, jamais il n'aurait pensé à ça, voilà des jours qu'il le cherchait et il était là près de lui, quelle ironie !
-Ce jour-là son idée première était de me vider de tout mon sang, continua Snape. Malheureusement ou heureusement, je ne sais pas, il a été interrompu par une horde de loups-garous et il n'a pu finir sa funeste besogne, c'est-à-dire me tuer. Cela se passait dans la forêt interdite, près de Poudlard.
-Vous auriez préféré la mort, je suppose ? S'enquit le duc qui connaissait déjà la réponse et qui ne laissa rien deviner de sa surprise quand au nom qu'il avait donné.
-Oui, cela aurait été préférable à ça ! Enfin c'est ce que j'ai pensé au début, avoua Snape. Puis je suis revenu sur ma décision, la vie vaut quand même la peine d'être vécue, soupira le professeur.
-Surtout si un superbe médicomage en fait parti, murmura Heath en voyant pourquoi Snape n'avait pas mis fin à ses jours.
-Il ne fera jamais parti de ma vie, Phadraig. Maintenant vous comprenez mon problème.
-Non, à vrai dire je ne vois pas, professeur.
-Qu'aie-je à offrir à Harry à part une vie faite de victimes et de sang ? Et si un jour, alors que nous sommes ensembles je ne peux pas me retenir et que je lui fasse subir le même sort ! Je deviendrais fou de douleur, je ne veux en aucun cas prendre ce risque. Je préfère le voir loin de moi, il y est plus en sécurité.
-Je comprends.
-Non, vous ne comprenez pas, vous êtes à l'abri de ce tracas vous ! Si un jour vous aimez vraiment alors là vous comprendrez, Phadraig.
-J'aime un homme, Severus, et un jour je ferai de lui mon calice, mais ceci doit rester entre nous.
-Tandis que moi je ne le peux pas. Les vampires mordus comme moi ne peuvent avoir ce privilège, il faut être un sang pur pour avoir le droit d'avoir un calice.
-C'est exact ! Seuls les chefs de clan ou les vampires de vieilles familles peuvent prétendre à cet avantage. C'est une prérogative due de part leur naissance.
-Vous voyez bien ! Vous comprenez enfin pourquoi je dois le tenir éloigné de moi.
-Oui et non, pourtant je crois que vous avez mal orienté vos recherches.
-J'ai tout remué pour trouver une solution et…..
-Avez-vous cherché du côté de votre père ?
-Mon père ? Que vient-il faire là-dedans ? Il est mort depuis des années.
-Non pas ce père-là, je parle de votre père de sang.
-Ezékiel Mac Gowan ? Non, pourquoi diable voudrai-je revoir cet homme qui m'a laissé pour mort dans un bois ?
-Ezékiel Mac Gowan vient d'une vieille famille, il est un chef de clan puissant, ne le saviez-vous pas ?
-Non, pourquoi aurai-je pris des renseignements sur ce vampire qui n'a apporté dans ma vie que des désagréments ?
-Ezékiel en vous permettant de vivre, même si c'était intentionnelle, a fait de vous son fils bâtard. Il a fait de vous un sang pur, Severus. Je sais que cela est contradictoire mais c'est ainsi, cela fait parti de nos lois, il ne peux pas en déroger. D'ailleurs il ne l'a pas fait.
-Que voulez-vous dire ? demanda Snape suspicieux.
-Il y a quelque temps de cela Ezékiel m'a demandé de venir le voir et m'a imploré de rechercher cet homme qu'il avait mordu et laissé en vie. Ezékiel Mac Gowan est l'oncle d'Eliezer et le frère aîné de Cullen, celui qui veut me mettre à mal. Ils appartiennent au clan de la lune rouge.
-N'est-ce pas aléatoire pour ces princes de mordre un mortel, surtout un sorcier, et de le laisser en vie ?
-Quand ils ont déjà une famille oui, approuva le duc. En principe les bâtards se suicident ou alors ils sont empoisonnés par des quidams pour éviter une prolifération de mélanges qu'ils jugent incertains. Quand nous, princes vampires, prenons une victime, en principe nous la tuons et ceci tant que nous n'avons pas notre propre calice. C'est cruel j'en conviens mais nous n'avons pas le choix, les bâtards restent très rares.
-Donc si je comprends bien, de part la morsure d'Ezékiel je suis devenu un vampire de sang pur ?
-Exactement, Severus, et vous pouvez prétendre à un calice, vous en avez le droit et le devoir.
-Il est bien trop tard pour ça, se résigna le maître des potions qui avait déjà perdu espoir de récupérer Harry. J'ai perdu, un autre a gagné. Pourquoi votre prince ne m'a pas fait rechercher avant ?
-Ezékiel n'a plus le goût de gouverner, de plus son frère vient de l'empoisonner. Cullen veut s'approprier sa fortune et tous ses autres biens pour mener à terme sa propre guerre dans les clans pour me déstabiliser.
-Pas très gai, expira Snape en proposant un verre de whisky à Heath qui accepta.
-Normalement c'est Eliezer qui devrait hériter, le fils de Cullen et neveu d'Ezékiel. Mais votre arrivée fausse la donne, Cullen va être fou de rage, je ne vous le cache pas, Severus, de ne rien recevoir de l'héritage.
-Et son fils, que va-t-il en dire ?
-Eliezer ? Aucune crainte de son côté, il exècre son père. Et en refusant cet héritage trop encombrant il met sa propre vie hors de danger, car Cullen l'aurait tué aussitôt qu'il serait entré en possession des biens de son oncle pour se les attribuer. Tuer son propre fils ne lui fait pas peur, il n'a pas le sens de la famille quoi qu'il en dit. Cullen veut revendiquer le clan de la lune rouge, mais ce qui l'intéresse au plus au point c'est prendre ma place et gouverner dans le sang et la douleur, voilà son projet réel !
-Donc maintenant c'est moi qui serais dans la ligne de mire du sanguinaire Cullen Mac Gowan, si je comprends bien. Pas très réjouissant tout ça, soupira Severus Snape.
-Nous allons faire comme si vous mettiez vos biens entre mes mains, Severus, cela devrait vous mettre à l'abri pour quelque temps.
-Certains vampires veulent votre peau et celle de Draco, Phadraig. Je vois que je ne suis pas le seul à éloigner l'homme à qui je tiens le plus au monde.
-En effet, nous sommes semblables de ce côté-là, mais chaque chose en son temps. Dès demain nous allons nous rendre chez Ezékiel et vous rendre ce qui vous revient de droit. Il vous attend avec grande impatience bien qu'il ne sache pas qui vous êtes.
-Un peu comme un cadeau empoisonné, monsieur le duc, cet héritage !
-Nous ferons tout pour qu'il ne le soit pas. Personne ne sait qui vous êtes, personne ne saura que vous êtes l'homme qui hérite de tout. Nous ferons juste passer dans les rangs qu'Eliezer ne perçoit rien de cette succession, Cullen va devenir fou mais c'est un risque que nous devons courir.
-Pourquoi dois-je absolument voir ce prince, Ezékiel ?
-Il doit finir ce qu'il a commencé, il a envers vous une dette de mort, Severus. Il doit faire de vous son héritier dans les règles de nos lois. Vous êtes son bâtard.
-Arrêtez d'utiliser ce mot, c'est dégradant à la fin !
Le vampire aux longs cheveux noirs et aux yeux verts se leva et eut un léger sourire.
-Je passerais vous prendre demain matin. Je serai accompagné d'Eliezer, il sera votre témoin du côté de Ezékiel, cela dit vous devez en amener un autre qui sera votre propre témoin. Qui vous voulez, cela n'a aucune importance du moment qu'il sache rester discret et sur qui vous avez une grande confiance.
-Cela vous dérange-t-il si je fais appel à Lucius Malfoy ?
-Non, s'il sait tenir sa langue, ce dont je doute parfois !
-Il se tiendra bien, rigola presque Snape en sachant que les deux hommes ne s'appréciaient guère.
-Et Harry, vous pourrez le lui dire vous savez !
-Harry, je l'ai déjà perdu je vous l'ai dit, je n'y peux plus rien.
-Moi je crois que vous avez toujours une chance, professeur. Il y a toujours une place dans son cœur pour vous, il faut être idiot pour ne pas s'en apercevoir, il vous aime encore ça paraît évident. Le regard qu'il lance dans votre direction quand vous apparaissez ne trompe personne et surtout pas Keenan. Ce jeune homme sait qu'il ne gardera pas Harry près de lui.
-Je ne veux pas m'immiscer entre eux, cela ne serait pas correct envers le jeune vampire. Je crois savoir qu'ils s'entendent plutôt bien et je n'ai pas envie de passer pour un trouble fête.
-C'est vous qui voyez, je vous laisse, demain matin dix heures, n'oubliez pas, Severus. Essayez de penser à ce que je vous aie dit et évitez de porter une robe, revêtez juste un pantalon et une chemise, noir de préférence, c'est la couleur privilégiée d'Ezékiel.
-Je me demande si c'est une bonne idée tout ça, Phadraig, n'est-il pas trop tard pour me montrer ?
-Non, moi je dirais que ça tombe à pic. Ezékiel de la lune rouge est mourant et il se voyait sans héritier, à part Eliezer son neveu bien sûr. Vous lui apportez ses désirs sur un plateau, professeur. Vous aller rendre cet homme heureux n'en doutez pas une seule seconde.
-Très bien, faisons ainsi et nous verrons ce que cela donnera dans l'avenir.
-Je ne vous cache pas que vous servez mes desseins, se justifia le duc. Vous n'ignorez pas que Cullen essaye de m'évincer et de m'abattre par la même occasion, nous lui coupons l'herbe sous le pied. L'homme risque de devenir encore plus dangereux qu'il ne l'était déjà.
-Je sais, oui, beaucoup en parle, et ses tentatives de meurtres ne sont plus un secret pour personne.
-Cet homme a dépassé les bornes, les anciens sont remontés contre lui du fait qu'il ait empoisonné son propre frère. Sa fourberie n'a plus de limites. Je dois le faire rentrer dans le rang, m'ont-ils demandé. Ils sont naïfs au point de croire que Cullen va obéir bien sagement alors qu'en ce moment il prépare un sale coup.
-Dans ce cas ne lui tournez jamais le dos.
-Je suis prêt, il veut ma peau et ma place mais ce qu'il n'a pas encore compris c'est que je ne suis pas prêt de céder. Draco est à l'abri, ils n'ont pas encore conscience qu'il est mon futur calice, Ils tapent au hasard je pense, enfin j'espère qu'ils ne le comprendront jamais et que l'histoire des liches n'était juste qu'un coup de poker.
Cinq minutes plus tard les deux hommes se séparèrent, et Severus envoya un parchemin à Lucius Malfoy sans lui donner de détails. Le Serpentard blond lui répondit par retour de courrier qu'il sera là vers les neuf heures du matin, et qu'ainsi ils auront le temps de discuter avant de partir pour le rendez-vous.
Tout se mettait en place pour le maître des potions, sa vie allait changer radicalement. Entre meurtres, fourberies, richesses, valets, châteaux, et clans, il n'aura pas le temps de s'ennuyer dans les années à venir, des années très longues d'ailleurs.
