La lune rouge et le lys noir.

Le matin, comme il n'y avait pas cours, ce qui arrangeait bien ses affaires, le maître des potions prit une longue douche et essaya d'évacuer de sa tête les ennuis qui n'allaient pas tarder à lui tomber dessus. Parce qu'il avait beau dire, le duc, les ennuis allaient quand même arriver. Severus Snape savait que rien ne restait secret dans ce bas monde, partout des oreilles traînaient et écoutaient des choses quelles n'auraient pas dû savoir.

Là pour l'instant il profitait de sa douche. Lucius devait arriver dans une demi-heure et il devait encore s'habiller et surtout s'il voulait se déstresser, il fallait qu'il arrête de penser à tout ça.

L'aristocrate arriva à l'heure, élégamment habillé d'un pantalon gris et d'une chemise blanche recouvert d'un long manteau. Lucius était intrigué, Severus n'avait pas été très explicite dans sa missive qu'un hibou de Poudlard lui avait porté hier soir.

-Je sais que tu te poses des questions, Lucius, souffla le maître des potions en voyant son ami ouvrir la bouche pour l'interroger. Mais tu devras attendre et surtout quoi que tu vois et quoi que tu entendes tu devras te taire.

-Et voilà ! tu recommences, s'exclama le blond. Tu lis de nouveau dans mes pensées, tu sais que je n'aime pas ça, rouspéta-t-il alors que Severus avait juste deviné en le voyant ouvrir la bouche.

-Tu n'as qu'à pas baisser tes défenses ! Riposta le professeur sans détromper son ami.

-Bon pour le reste je ferais ce que tu me demandes, je ne te mettrais pas dans l'embarras, tu me connais !

-Je te remercie, c'est très important, Lucius. Nous pourrons en discuter quand nous reviendrons ici si tu le veux toujours.

-Tu peux me dire au moins où nous allons ?

-Je ne le sais pas moi-même ! Alors je ne peux te donner aucune indication. Cependant nous allons le savoir bientôt, l'homme qui doit nous y emmener vient d'arriver.

-Ton odorat m'étonnera toujours !

-Privilège de vampire, mon ami, ricana le maître des potions juste au moment où l'on frappa contre la porte de ses appartements.

Lucius Malfoy faillit faire la grimace quand il vit le duc entrer dans la pièce, par contre il cligna plusieurs fois des yeux quand il vit entrer à sa suite Eliezer Mac Gowan. Un pur chef-d'œuvre, pensa le Serpentard aux cheveux blonds attachés derrière le dos. Une merveille comme il n'en avait plus vu depuis des lustres, à part Harry bien sûr, mais Harry sera toujours un être à part pour lui. On ne pouvait pas comparer le Gryffondor aux autres, il n'y avait rien de plus incomparable que le brun magnifique aux yeux verts.

Heath salua les deux hommes d'un signe de tête et présenta Eliezer à Severus et à Lucius assez rapidement.

-Nous partons, messieurs, nous allons transplaner au Portugal. Ezékiel y possède un manoir, il y vit reclus depuis plus de trois ans loin du tumulte de la vie Anglaise.

Tous sortirent de Poudlard et marchèrent vers les grilles de la célèbre école de sorcellerie.

-Tu ne m'avais pas dit que nous serions accompagnés d'une créature splendide, Severus, apostropha Lucius un peu rancunier sur ce coup-là.

-Comment voulais-tu que je te le dise puisque je ne le savais pas, et que je ne l'avais jamais vu auparavant !

-Tu es sûr ? demanda suspicieux Lucius qui avait carrément fondu devant le jeune vampire d'une vingtaine d'années au port altier et au faux visage angélique.

-Sûr, oui, et je te signale que les vampires ont une ouïe très fine, alors si j'étais toi je me tairais avant de me ridiculiser.

-C'est bon, je ne dirais plus rien, te voilà satisfait je suppose ?

-Oui c'est parfait, Lucius, sourit le professeur en voyant Eliezer détourner un peu la tête pour mieux apercevoir le Serpentard blond qui était juste un peu vexé de la répartie de son ami et qui pinça les lèvres.

-Allons-y, messieurs !

Les hommes se volatilisèrent et réapparurent devant une immense bâtisse luxueuse. Tous quatre y entrèrent quand la grande porte s'ouvrit devant un majordome des plus rigides et impeccablement vêtu et qui les salua au passage en baissant la tête respectueusement.

-Monsieur vous attend dans le petit salon, leur indiqua-t-il. Il est très fatigué, seigneur Phadraig, essayez de le ménager un peu, ajouta-t-il anxieux.

-Nous ferons notre possible pour ne pas l'épuiser plus que nécessaire, Jasper, promis le duc en sachant que le serviteur tenait très à cœur la santé de son maître.

Eliezer opina pour rassurer le majordome qu'il connaissait bien, puis il frappa à la porte du salon et tous le suivirent après avoir entendu un faible oui les prier de rentrer.

Sur le canapé, près de la cheminée, reposait un vieil homme à l'air fragile. Ses riches habits montraient son appartenance à une haute famille, vieille de plusieurs centaines d'années, tous descendants de vampires.

Justement celui-ci posa de suite ses yeux sur Severus Snape, il avait senti l'odeur de son sang qui lui avait permis de se nourrir un jour qu'il était allé chasser. Le vieux vampire tendit la main fébrile vers lui, Snape n'hésita pas et se rapprocha de l'homme assit tranquillement. Bien sûr il aurait pu lui en vouloir et le lui dire. Il aurait pu se mettre à lui raconter l'enfer que sa vie était devenue depuis qu'il l'avait mordu, mais à quoi bon maintenant, il n'en fit rien, le vampire qui était face à lui dans le canapé allait mourir.

-Merci, murmura Ezékiel qui devinait les tourments du maître des potions en le regardant de ses grands yeux marron aux reflets rouges. Vous avez toutes les raisons de me haïr et pourtant je sens que vous ne m'êtes pas hostile.

-Ce qui est fait est fait, monsieur, répondit Snape. Il ne sert à rien de ressasser des gestes qui ont été fait il y a des années de cela.

-Des gestes qui ont changé votre vie, j'en suis désolé croyez-le bien. Vous êtes professeur, m'a appris Heath, vous enseignez à Poudlard, là où sévit ce vieux fou d'Albus Dumbledore.

-En effet, un vieux fou comme vous dites, ricana Snape.

-Jasper ? Chuchota Ezékiel Mac Gowan qui n'avait pas besoin de hurler pour que le majordome arrive sur le champ et ne se plante devant son maître. Apporte un fauteuil pour mon fils afin qu'il s'assied près de moi.

-Votre fils ? Monsieur, s'étonna le valet.

-Oui mon fils, Severus Ezékiel Snape Mac Gowan de la lune rouge, répéta fièrement le vieux vampire qui avait donné d'autorité son nom et prénom à Snape.

-Très bien, monsieur, sourit jasper de voir son maître si fier de présenter l'homme à ses côtés comme son fils.

-Apporte-nous un rafraîchissement et aussi un thé pour monsieur Malfoy, ajouta-t-il en désignant Lucius de la tête.

-Cela sera fait, monsieur, répondit le majordome en présentant un fauteuil de velours pourpre au professeur Snape avec déférence.

-Heath, mon bon ami, pardonnez-moi, j'étais tellement pressé de le rencontrer que j'en aie oublié tous mes devoirs. Prenez place je vous prie près de nous, continua le vieux vampire en faisant un signe de la main. Et toi mon neveu tu n'es pas exempt d'embrasser ton vieil oncle pour lui dire bonjour.

Eliezer s'exécuta avec empressement. Son oncle avait un petit sourire cabotin, ils s'entendaient très bien tous les deux et souvent le jeune vampire venait rendre visite à son parent.

-Quand à vous, monsieur Malfoy, vous n'avez guère changé, êtes-vous toujours dans les affaires ?

-Nous nous sommes déjà rencontré ? S'étonna Lucius qui ne se souvenait pas du vieil homme.

-Oui, il y a bien longtemps de ça, vous débutiez à ce moment-là, lui rappela-t-il. Je n'oublie jamais un nom ou un visage, je crois même que vous avez un fils qui vous ressemble beaucoup, dit-on, et qui a comme vous le goût du négoce ?

-Draco, oui, il est vrai qu'il me ressemble et qu'il est doué en affaire.

Heath Phadraig marmonna tout en s'asseyant près d'Eliezer.

-Plait-il ? S'enquit le vieil homme dont l'ouïe et les yeux étaient encore vifs pour son grand âge.

-Non, rien, je réfléchissais tout haut, se justifia le duc.

-Revenons-en à vous, Severus, repris Ezékiel Mac Gowan. Je crois savoir que Heath vous a expliqué les grandes lignes de mes déboires, enfin si l'on peut appeler ça ainsi !

-Il m'en a touché un mot hier soir, effectivement, je suis sincèrement désolé de ce qui vous arrive.

-Bah ! De toute façon après huit-cent-quatre-vingt-dix ans de vie, je dois dire que je ne suis pas chagriné de partir, avoua le vieux vampire. Ce qui me met en colère c'est que ce n'est pas moi qui ait décidé de la méthode mais mon cher frère.

-Il ne l'emportera pas au paradis ou en enfer, le rassura le duc de Solignac. Cullen a trop de morts sur la conscience.

-Je te fais confiance, Heath, et surtout protège bien Eliezer, approuva le vieux vampire. Je ne veux pas qu'il lui arrive un accident malencontreux, un de ceux que Cullen affectionne tant.

-A partir d'aujourd'hui il va rester à Lochlain-Blood, Augustus prendra sa place à Hautefort-les-Wolves le temps de voir venir.

-Avez-vous réussi à retrouver sa trace ? Questionna le jeune vampire qui n'apprécia pas trop de se retrouver sous la coupe du duc et qui aurai préféré rester dans son château.

-Non, répondit le chef du clan.

-Severus, renoua le vieux monsieur. Acceptes-tu de devenir mon fils ? Acceptes-tu de recevoir l'héritage de mes aïeux quel qu'il soit ? Acceptes-tu de recevoir ma marque en plus de la tienne que tu devras choisir pour indiquer que tu appartiens au clan de la lune rouge ? Acceptes-tu de protéger les miens de tous dangers et de faire en sorte qu'Eliezer ne manque de rien ? Il est mon neveu préféré, ajouta le vieil homme entre parenthèse avec un sourire. Acceptes-tu de ne jamais jeter l'opprobre sur le nom des Mac Gowan comme le fait si allégrement mon frère ? Et enfin de ne jamais t'élever contre Heath Phadraig, duc de Solignac et chef de tous les vampires d'Angleterre ?

-Je promets, dit d'une voix forte Snape qui savait l'instant solennel et très important pour Ezékiel de la lune rouge. Mais serai-je à la hauteur de ma tache ? Pourquoi me faire confiance ? Après tout vous ne me connaissez pas !

-Non en effet ! Mais tu as une force de caractère hors du commun, et puis vois-tu cette nuit Albus est venu sur ma demande et nous avons passé notre temps à discuter de toi.

-Si Albus s'en est mêlé, alors !

-Sur ma demande, Severus, et parce que je l'ai un peu obligé. Il ne voulait rien dire, le bougre, ricana le vieil homme. Il t'aime beaucoup tu sais ce vieux sorcier !

-Je sais, il représente beaucoup pour moi aussi, admis le maître des potions à contrecœur.

-Eliezer, mon cher enfant, va me chercher ma dague sur mon bureau.

Le jeune vampire y alla puis revint et plaça l'arme dans la main de son oncle qui frissonna. Heath activa le feu dans la grande cheminée puis il fit apparaître dans ses mains un vieux livre à la couverture rouge fané, dont était écrit dedans le nom des grandes familles de vampires qui traversaient les siècles. Le duc ouvrit le manuscrit à la page des Mac Gowan et la cérémonie commença.

Sûr de lui Ezékiel coupa son poignet puis celui de Severus afin de mélanger leur deux sangs et ainsi lier leurs essences, leurs espoirs, et leur histoire. Le regard du frère de Cullen brilla de savoir qu'un sang neuf allait reprendre le flambeau et continuer pendant des centaines d'années à faire vivre son nom en tant que chef de famille.

Le maître des potions n'avait pas tressailli pendant qu'on lui taillait le poignet. Il ne se posa même pas la question de savoir si le poison qui coulait dans les veines du vieil homme n'allait pas l'empoisonner lui aussi. Severus savait que son propre sang nettoiera le poison, il n'était pas faible lui, et il n'avait pas envie de mourir, tout le contraire du vieux vampire.

-As-tu choisi un emblème ? S'enquit Heath en tutoyant le professeur.

-Le lys noir, murmura Severus Snape, ce qui fit se gausser le duc.

Bien sûr, pensa le chef du clan. Cette fleur était la préféré de Harry.

Le Serpentard aux yeux noirs allait répliquer vertement quand il sentit une brûlure au niveau de sa poitrine, le côté droit exactement.

-Tu portes notre marque, lui expliqua Ezékiel. Une lune rouge sur laquelle repose un lys noir, ta propre empreinte dorénavant, Severus. Te voilà un des nôtres, mon fils.

-Je vous ferais honneur, monsieur.

-Je sais, mon enfant, dit l'homme en séparant leur poignet et en refermant les plaies d'un simple frôlement de doigt.

Heath Phadraig vit s'inscrire le nom complet de Severus Snape sur la page des Mac Gowan, le nom des témoins aussi s'y inscrivit. Lucius Malfoy et Eliezer durent eux aussi s'entailler le pouce et déposer leur empreinte sur le livre sacré. Adoption exceptionnel témoins exceptionnels. Même le duc dut poser sa marque sur le livre qui disparut aussitôt les formalités remplies.

-Je vais pouvoir mourir en paix, rigola le vieil homme. Cullen va nous faire une crise pas piquée des hannetons ! J'aurai bien aimé voir sa tête à ce moment-là quand il va se rendre compte qu'il va avoir un adversaire de taille en la personne de Severus.

-C'est sûr, mon oncle ! S'amusa avec lui le jeune vampire que Lucius admirait en silence, mais quand même un peu choqué des propos du vieil homme qui plaisantait de sa mort prochaine.

Les hommes levèrent leur coupe remplie d'un liquide vermeil et burent en une seule traite en émettant un vœu de longue vie pour le nouveau venu dans la famille des sangs purs.

Lucius Malfoy fit contre mauvaise fortune bon cœur, il ne pensa pas au contenu des coupes et il but son thé tranquillement comme tout bon aristocrate qui se respecte. Le blond dut quand même admettre que la surprise avait été grande. Le voilà maintenant avec un ami puissant, Severus devenait un chef de famille puisque l'aîné de cette même famille était mourant et que l'autre, Cullen Mac Gowan venait d'être répudié par les siens.

Lucius savait Severus capable de s'en sortir avec ses nouvelles responsabilités, l'homme avait un caractère bien trempé et solide.

-Fais attention à toi, redit le vieux vampire en serrant son neveu entre ses frêles bras. Ton père est capable de tout, Eliezer, tu le sais. N'accepte aucune rencontre avec lui, ne lui donne pas l'occasion de te faire du mal.

-Je serai sur mes gardes, mon oncle. Il ne m'aura pas facilement.

-Bien petit ! Sourit Ezékiel en tapotant sa joue.

-Nous devons y aller, messieurs, les prévint le duc. Il est près de midi, les pressa-t-il.

-Adieu, Severus, puisses-tu te porter bien pendant de nombreuses centaines d'années.

-J'irai aussi loin que je le peux si on m'en laisse l'opportunité, ricana le professeur Snape.

-N'oublie pas fils, toutes mes possessions sont désormais tiennes, n'aies pas de scrupules et prends ce dont tu as besoin.

-Je le ferai, je ne resterai pas dans l'ombre du duc, je ne me suis jamais caché derrière quelqu'un et ce n'est pas maintenant que je vais commencer.

Sur ces bonnes paroles les hommes disparurent du manoir et revinrent devant les grilles de Poudlard.