17 Des regrets inutiles.

Quand Harry sortit de Sainte-Mangouste il se sentait déjà mieux. Il n'avait pas été facile de prendre quatre semaines de vacances mais ils n'avaient pu refuser sa demande. De toute façon c'était ça ou alors il les prenait quand-même sans permission. Lucius Malfoy et les autres avaient raison, de suite il se sentait plus léger, plus libre et serein.

Et puis ça lui donnera l'occasion de faire le point sur sa vie, sa rupture avec Keenan lui avait fichu un coup. Même si finalement il se rendait compte que leur relation était vouée à l'échec, il n'en demeurait pas moins qu'il venait de faire souffrir quelqu'un et ça il s'en voulait. Le vampire n'était pour rien dans ce qui venait d'arriver, il ne lui avait laissé aucune chance de lui prouver qu'ils auraient pu être heureux ensembles.

La vie était si complexe parfois, lui aimait un homme qui ne l'aimait pas ou alors qui faisait semblant de ne pas avoir de sentiments pour lui. Quelle ironie !

Harry se promit de ne pas recommencer pareille bêtise et de rester seul, pas la peine de rajouter des ennuis là où il n'y en avait pas. Snape faisait la sourde oreille, grand bien lui fasse à ce poltron qui fuyait ses sentiments comme si c'étaient une maladie contagieuse.

Le jeune homme se morigéna vertement et releva la tête. A partir de maintenant tout devrait bien aller. Il avait décidé ça et il allait s'y tenir, plus question de flancher.

Harry, en sortant de Sainte-Mangouste, en profita pour errer dans les rues de Londres. Les nombreux piétons se bousculaient et des rires retentissaient. Il y avait comme un air de fête, ou alors ça venait de lui, oui peut-être que ça venait de lui finalement. Sa tête n'était plus aussi remplie de rendez-vous et de potions, il allait enfin penser à lui. Un arrêt salvateur dans sa vie en désordre, un rappel que tout homme avait des limites.

Pourquoi ne pas faire d'une pierre deux coup ! Pensa-t-il. Après tout il avait assez d'argent dans sa poche pour faire quelques achats, ça lui évitera de revenir par la suite, et puis il avait vraiment besoin de vêtements neufs. Pas qu'il était débraillé, mais bon ils commençaient à dater et franchement ces pantalons sans forme et ces chemises aux couleurs fanées ne le mettaient pas en valeur.

Il avait eu raison de lui faire remarquer ça, le bel aristocrate blond. Finalement ils arriveront peut-être à s'entendre un jour, qui sait !

Le sorcier entra dans une boutique et laissa la porte se refermer derrière lui avec un petit tintement de clochette cristallin. Il respira l'odeur feutré du magasin puis déambula entre les rangées bien alignées qui proposaient une affluence d'habits, Il n'avait qu'à tendre la main pour trouver son bonheur.

Choisissant avec soin des choses susceptibles d'être portées tous les jours tout en regardant quand même qu'il lui aille à la perfection, le survivant souriait. Il n'était pas dans son élément, ayant rarement eu le temps de se rendre dans de tels endroits, mais finalement il trouva ça plaisant de se choisir des tenues parmi tout ce que le magasin proposait.

Les pantalons qu'il prit était plus serrés que la moyenne. Il se regarda dans le miroir plusieurs fois, se penchant et se tortillant, avant de se décider à les prendre, mais après tout il était là pour se faire plaisir, non ! C'est vrai qu'à bien regarder celui qu'il avait sur lui était moche et trop large, il n'y avait aucune comparaison possible.

Harry prit trois de ces pantalons un peu inhabituels pour lui qui lui seyaient le postérieur à merveille, il faillit pouffer en pensant aux regards que les autres allaient lui lancer à Poudlard. Braeden allait se foutre de lui et Heath sourirait en coin.

Les chemises qu'il acheta ensuite étaient dans un beau tissu fin et léger, presque arachnéennes pour certaines. Harry en prit trois autres un peu plus classiques, dans les tons noir, vert, et blanc. Il craqua aussi pour des tee-shirts et en jeta pêle-mêle trois ou quatre sur son bras avec le reste de ses acquisitions.

L'ancien Gryffondor garda une des tenues sur lui et alla payer ses achats, extrêmement heureux de ses choix.

Après une journée somme toute harassante à ne rien faire, à par se promener, Harry rentra chez lui et déposa ses multiples paquets sur sa table.

Quand on toqua à la porte dix minutes plus tard il fut surpris de trouver le professeur de potions. L'homme n'avait pas l'air revêche aujourd'hui, par contre Harry le trouva encore plus beau que d'habitude. Décidément il ne parviendra jamais à faire l'impasse sur le vampire, pensa-t-il en soufflant.

-Je vous en prie, Snape, entrez !

L'homme hésitait à rentrer dans la maison, l'odeur du jeune sorcier une fois de plus venait de l'assaillir. Le vampire en retira une profonde satisfaction, il emplit ses narines et chaque parcelle de son corps. Il se délecta, non mieux que ça ! Son être en entier frémit de désir comme une caresse sur son membre éveillé qui l'aurait fait venir violemment.

Snape avait médité un moment avant de venir, il devait le faire, ça devenait urgent pour lui de l'approcher, de le voir, de le humer. Il avait pris un prétexte bidon il le savait bien, mais comment faire autrement alors qu'il l'ignorait la plupart du temps ?

-Vous n'allez pas bien ? Questionna l'ange sublime qui se trouvait devant lui.

Snape entra sans répondre et essaya de reprendre un visage impassible alors que le morveux vêtu indécemment, d'après lui, lui tournait le dos pour ranger deux ou trois choses qui traînaient dans le salon.

Mais depuis quand portait-il des vêtements aussi….aussi serrés et foutrement sexy ? Où le gamin allait encore passer sa soirée, et avec qui surtout ? Et cette chemise transparente ! Tous les autres allaient le regarder, ils n'avaient pas le droit, Harry n'était pas à eux.

-Excusez-moi, dit le jeune médicomage en jetant une paire de chaussures derrière le canapé. Je viens d'arriver et c'est un peu le bazar dans la maison.

Snape murmura qu'il n'était pas venu là pour lui faire des reproches sur son statut de femme de ménage, il était furieux..

-D'accord, rigola Harry qui était content de voir le vampire revenir chez lui. Vous n'êtes pas de bonne humeur à ce que je vois. Mauvaise journée ? Pourtant nous sommes à la fin des vacances, vous ne pouvez vous plaindre encore des chaudrons explosés !

-Pas la peine de rire, dans deux jours c'est la rentrée, et vous savez qu'ils sont indécrottables, bougonna l'homme. Je me demande pourquoi j'enseigne encore alors que rien ne rentre dans leur cerveau vide.

-Parce que vous aimez ça, je veux parler des potions et non des chaudrons éventrés, pouffa le médicomage.

Le vampire fouilla dans la poche de sa cape et en sortit un petit coffret contenant une fiole écarlate.

-Je sais que demain vous retournez voir Braeden, pourriez-vous lui remettre ceci ?

-Oh ! Vous l'avez réussi ! C'est formidable, comment avez-vous déterminé les dosages ? Et est-ce que les pistils d'orchidées ont bien supporté le mélange ? Asseyez-vous, Snape, racontez-moi, s'enthousiasma Harry en tapotant la place libre près de lui alors qu'il venait de s'assoir sur le canapé.

Le maître des potions leva les yeux au ciel.

-Tempérez votre ardeur, Potter, chaque potion a son petit côté vicieux et celle-ci ne fait pas exception à la règle. Il m'a suffit de jeter un petit sort de froid intense sur les pistils avant de les plonger délicatement dans le chaudron, ainsi ils ont pu fondre en dégageant leurs propriétés.

-Pour vous cela semble simple mais pour nous autres, pauvres incultes que nous sommes, ce n'est pas si évident !

-Vous n'êtes pas inculte, monsieur Potter, vous ne faites pas assez travailler votre cervelle.

-Ma tête est trop pleine, rigola le jeune sorcier.

-C'est bien ce que je disais !

-Quoi ?

-A votre avis à quoi servent les pensines ?

-Non, très peu pour moi ! N'importe qui peut mettre son nez dedans.

-Vous en savez quelque chose, n'est-ce pas ? Ne put s'empêcher de dire Snape en se mordant la langue aussitôt.

Harry regarda la boîte renfermant la fiole que le vampire lui avait donné et la posa bien sagement sur la table basse. Harry ne riait plus, son visage c'était assombri. Snape allait-il lui reprocher sans cesse ce mauvais souvenir ? Combien de fois s'était-il excusé pour ça !

Le survivant se leva les larmes aux bords des yeux, il aurait voulu que l'homme s'en aille et qu'il le laisse seul. C'était si peu lui de pleurer pour un simple reproche. Deux perles d'eau s'échappèrent et coulèrent le long de ses joues, il n'arrivait pas à les retenir, c'était plus fort que lui. C'était peut-être de la fatigue, ou alors des regrets, ou alors tout simplement de la lassitude !

Un reniflement le fit revenir à lui, Harry essuya furtivement de sa main son visage épuisé afin de ne pas se rendre plus ridicule que nécessaire.

-Désolé, Potter, s'excusa l'homme en se levant.

-Non, vous ne l'êtes pas, je ferai parvenir la boîte à Braeden, merci d'être passé, professeur.

Severus savait qu'il venait d'être congédié, pourtant il ne quitta pas la pièce. En deux enjambées il rejoignit la silhouette qui lui tournait le dos dont la tête était baissée, et se plaça face au médicomage.

-Je vous ai blessé, j'en suis navré, sincèrement. Ce n'était pas dans mes intentions, admit le maître des potions. Vous savez comment je suis, un éternel râleur.

-Non je ne sais pas, aussitôt que je vous approche vous fuyez, Snape. Personne ne vous connait en faite, je ne sais même pas si Lucius Malfoy à ce privilège. Auquel cas il a bien de la chance.

-Je n'appellerai pas ça de la chance, moi. Cependant Lucius a du répondant, il ne me laissera jamais finir une phrase si je suis désagréable avec lui, gronda le vampire. Ou alors il continuera sur la même lancée et pourtant nous nous entendons à merveille, je dois l'admettre.

-Bien sûr ! Vous êtes amis depuis longtemps, c'est normal que vous vous connaissiez.

-Je ne suis pas facile, déjà avant je ne l'étais pas mais depuis ma morsure cela a empiré et…

-Vous croyez ! Insinua Harry. Moi je vous ai toujours connu grincheux.

-Cette fois c'est vous qui êtes blessant, monsieur Potter.

-Vous avez commencé !

-C'est pas une raison pour finir, morveux.

Harry rigola puis releva un peu mieux la tête, les larmes avaient disparu de ses beaux yeux verts.

-Je suis vraiment désolé, réitéra le professeur.

-Vous l'avez déjà dit.

L'homme essuya la joue du survivant qui ferma les yeux sous la légère caresse.

-Je dois partir, j'ai un chaudron qui m'attend, soupira Snape en enlevant sa main avant d'en vouloir plus.

-Oui, et tout le monde sait qu'un chaudron c'est extrêmement important ! Sourit Harry.

-Je ne vous le fais pas dire, grogna l'autre en se dirigeant vers la porte.

-Bonne journée, Potter !

-A vous aussi , monsieur.

Quand la porte fut refermée Harry passa ses doigts sur sa joue, là où Snape avait posé les siens. Le Gryffondor sourit bêtement. Peut-être que finalement il allait pouvoir l'apprivoiser sa petite chauve-souris des cachots.

Le jeune homme se secoua, en attendant qu'allait-il pouvoir faire de son temps libre ? Draco lui manquait, ils auraient pu rigoler ensemble ou passer une journée dans une ville et profiter d'un bon moment et peut-être qu'il serait même parvenu à oublier Severus pour quelques heures. Non ! pouffa le survivant, ça c'était impossible. L'homme était trop présent dans son esprit.

Alors qu'allait-il faire, remettre ses affaires en ordres ? non pas envie. Tiens ! Et pourquoi pas rendre une petite visite à Albus ! Voilà bien longtemps qu'ils n'avaient pas eu le temps de discuter tous les deux devant une bonne tasse de thé et des petits gâteaux au citron.

Harry ressortit de chez lui plus guilleret et se rendit dans le château qu'il aimait tant. Il grimpa les marches du hall avant d'arriver devant les gargouilles. Il prononça le mot de passe toujours en relation avec des friandises, se laissa porter par l'escalier en colimaçon et arriva devant la porte du bureau du vieux directeur qui devait déjà savoir qu'il se trouvait là.

Un « bonjour Harry » chaleureux l'accueillit. Le vieil homme l'invita à s'assoir et son regard pétillant apprit au jeune sorcier que Dumbledore était content qu'il soit venu lui rendre visite. Depuis le temps qu'ils ne s'étaient vus !

Les deux sorciers discutèrent en sirotant leur tasse de thé avec bonheur. Le jeune homme s'éclata quand Albus raconta les péripéties de l'école. Rien n'avait bien changé, toujours les mêmes blagues et les mêmes élèves facétieux. Albus se souvint que juste avant les vacances il dut réparer des sortilèges qui avaient mal tourné et gronder faussement des élèves bouleversés d'avoir commis une bêtise et surtout de s'être fait prendre.

Harry apprit à l'homme qu'il avait obtenu des congés, et qu'il allait en profiter pour se reposer sur les conseils de Lucius Malfoy. Dumbledore en resta bouche bée puis un sourire espiègle étira ses lèvres.

Aie ! Pensa Harry qui ne put éviter la question suivante.

-Comment se comporte Severus avec toi ? s'enquit le directeur de Poudlard. Je le trouve un peu aigri ces temps-ci, saurais-tu ce qui provoque son irascibilité ?

-Non, nous ne nous parlons pas beaucoup, Albus. Snape est disons…peu bavard quand il se trouve près de moi.

-Il a toujours été comme ça, Harry, moi je crois que quelque chose le tracasse mais quand j'ai essayé de savoir quoi il m'a proprement envoyé faire voir, tu sais comment il est !

-C'est Snape, s'il ne veut rien dire il ne parlera pas.

-Un peu comme toi en somme !

-Un peu comme moi, oui, admit le jeune médicomage.

-As-tu des nouvelles de Draco ? Va-t-il bien ? demanda le vieux sorcier pour changer de sujet.

-oui, Heath m'en donne régulièrement. Draco va bien, enfin aussi bien qu'on puisse l'être loin de chez soi et j'avoue que ce Serpentard me manque énormément.

-Qui aurait pensé qu'un jour vous seriez d'aussi bons camarades !

-Pas moi, mais je ne regrette rien, tout est bien maintenant, Draco est un excellent ami.

-Severus m'a dit pour miss Granger, je suis heureux de savoir que vous l'avez sorti de ce mauvais pas. Ce sortilège était terrible. Grâce à vous d'autres sorciers et sorcières vont pouvoir bénéficier de ce traitement.

-C'est Snape qui a fait le plus gros du travail avec Braeden, le mérite leur en revient amplement. D'ailleurs j'ai fait breveter la potion à leurs deux noms au ministère.

-En as-tu fait part à Severus ? s'étonna Dumbledore.

-Non bien sûr, seul Braeden est au courant, pour Snape j'attendrais le bon moment, genre plus conciliant.

Le directeur de l'école sourit.

-Alors oui je crois qu'il serait plus préférable d'attendre.

-Je le crois aussi, ricana le jeune sorcier qui finit sa tasse et la reposa sur le plateau.

Les deux hommes se quittèrent deux heures plus tard après avoir papoté à tout va. Le directeur savoura un énième gâteau en soupirant de bonheur. Et puis voir Harry se prendre enfin en main avait quelque chose de satisfaisant. Il avait bien cru pendant un moment qu'il allait devoir mettre son nez dans cette histoire. Soulagé et tranquille, il pensa sincèrement que tout irait bien dorénavant.

Bon il y avait encore des problèmes, c'était certain, mais ils se résoudront d'eux même. Pour ce qui était du reste, là il ne pouvait rien faire. Les clans de vampires étaient un terrain dangereux dont il préférait ne pas de mêler, eut égard aux enfants dont il avait la responsabilité.

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Bah et là vous voulez aussi un autre chapitre? Non je demande parce qu'il est prêt.