9 Le soleil de l'Italie.

Dans une petite ruelle, comme il y en avait beaucoup à Rivaloro Canavese dans la région du Piémont, sur un grand balcon, reposait un homme aux cheveux blond. Sa peau prenait le beau soleil d'Italie. D'ailleurs depuis huit mois qu'il avait quitté l'Angleterre, il avait acquit un léger hâle qui faisait ressortir le gris de ses yeux.

Draco était magnifique, il avait trouvé en ces lieux une tranquillité et une assurance qui lui avait grandement fait défaut en Angleterre. Surtout les derniers jours où il avait vécu là-bas. Aujourd'hui il se sentait plus fort, plus fort qu'avant en tout cas.

En bas dans la rue le bruit retentissait, il s'en délectait de ce tintamarre tonitruant et des voix puissantes et volubiles. Les italiens ne parlaient pas qu'avec les mains, la preuve ! Les cris inquiets et puissants des mamas qui appelaient les maris et les enfants indisciplinés résonnaient entre les petites venelles. Les hommes répondaient d'une voix toutes aussi fortes et souvent cela finissait en pugilat, mais il y avait de la tendresse dans leurs jeux de paroles, cela se ressentait quand la mama serrait contre elle ses bambinis et le mari un peu volage avant de regagner leur domicile sous les menaces affectueuses.

Draco riait de ce cinéma populaire dans la via Strata, là où il habitait avec Emilio. La vie paraissait si simple dans cet endroit peuplé de monde, et pourtant c'était une si merveilleuse cachette pour Emilio et lui. Qui penserait venir les chercher ici, en plein milieu de la province de Turin, dans une ville immense et animée de cette ardeur propre aux Piémontais.

Le Serpentard entendit justement Emilio se faire saluer par les gens dans la rue, il était bien connu maintenant. Draco sourit, le vampire était allé voir les siens, ceux qui comme lui se nourrissaient de sang. Le jeune italien semblait si heureux depuis qu'il vivait débarrassé du poids pesant du clan de Phadraig, pourquoi n'avait-il pas pris sa liberté avant ? Pourquoi sa famille l'avait exilé en Angleterre ? Pour le punir d'être un bâtard ! Quelle ignoble raison.

-Toujours à rêvasser ? Le taquina Emilio en le regardant depuis la porte de la terrasse.

-Oui, répondit Draco en se levant souplement de son fauteuil un peu élimé aux accoudoirs.

-Tu as faim ? Interrogea le jeune homme un peu fluet et au regard sombre typiquement méditerranéen.

-Une faim de loup, Emilio, j'allais rentrer et aller chez Giovanni Constantine chercher de ces délicieuses fettucines à la napolitaine. Un verre de grappa pour faire glisser tout ça et ma journée aura été merveilleuse.

-Je vois que tu prends goût à la cuisine de mon pays, Draco. Tu vas devenir un véritable italien, si ce n'était tes cheveux si blond, tu serais déjà un des nôtres, mon ami, rigola le vampire.

-Et moi je comprends pourquoi tu as voulu revenir dans cet endroit magnifique, c'est tellement vivant ! Si plein de contrastes et de lumières ! Heureusement que tu ne la crains pas, la lumière, sinon tu serais mal là ! Se moqua le Serpentard.

-Non, nous ne la craignons pas, cependant ce n'est pas notre élément préféré tu sais. Alors veux-tu devenir italien ? Le railla Emilio.

-Malheureusement j'appartiens à l'Angleterre, soupira le jeune homme blond.

-Pourquoi tu dis malheureusement ? Tu y as des amis et de la famille là-bas. Tu ne peux pas les renier, tu le regretterais, Draco.

-Ils me manquent tu sais, mon père, Harry, Severus, Braeden et les autres.

-Et lui aussi, n'est-ce pas, tu ne cesses de penser à lui, je le vois dans tes yeux quand tu ne me vois pas. Tu es triste parfois.

-J'essaie d'oublier mais ce n'est pas facile de se sortir de l'esprit un tel homme.

-Je comprends.

-Bien, je vais chercher mon souper et ensuite nous devons discuter, Emilio.

-Je sais, j'allais t'en parler.

-D'accord, attends-moi je fais aussi vite que possible.

Draco descendit les quelques marches et se retrouva dans la rue animée, il dut répondre à beaucoup de sourires et de bonsoirs enjoués avant de traverser la via Strata et de se retrouver dans l'allée de Reggazzani. Celle-ci était pleine de monde et il dut se frayer un chemin sous les regards un peu caressants et lascifs des italiens et des italiennes qui le regardaient passer de son pas léger et souple.

Draco savait qu'il avait reprit de l'assurance et qu'il captivait les regards. Ses cheveux blonds et longs suivaient la cadence de ses pas, sa silhouette longue et fine attirait l'envie et le désir. D'ailleurs un regard plus acéré caché derrière le coin d'une maison s'en rendit compte.

Le jeune homme entra dans le ristorante et fut salué à grand renfort de gestes par le padrone, Giovanni Constantine. L'homme qui accusait les cent kilos était tout ce qu'il y avait de plus jovial, personne ne se sentait embarrassé en sa compagnie, il vous adoptait de suite, sans même savoir qui vous étiez.

-Hey, Giovane Draco ! Ma qué ! Tu prends nos habitudes, rigola le gros homme de sa voix de stentor. Tu aimes notre cuisine, hé !

-On ne peut rien vous cacher Giovanni, répondit le Serpentard d'une voix malicieuse et un peu gourmande. Aujourd'hui je vais goûter vos fettucines, j'en ai entendu le plus grand bien, il paraît quelles sont fondantes à souhait. Vous pouvez me faire un paquet ? Je mangerais chez moi, au calme.

-Ce sont les meilleurs de la via Mapalia, Giovane Draco, tu m'en diras des nouvelles !

Les deux hommes discutèrent cinq minutes, puis le monde dans la salle obligea le padrone à écourter sa conversation. Sous les imprécations des serveurs et des cuisiniers il reprit sa place derrière le comptoir et se remit à servir les plats préparés. Draco n'avait jamais vu ça, un patron de restaurant qui se faisait rappeler à l'ordre par ses propres employés.

Celui-ci lui fit un clin d'œil puis avec un grand geste il lui souhaita un bon appétit.

Dans l'appartement de la via Strata, Emilio avait déjà mis la table, un seul couvert et deux verres. Le vampire aimait la grappa, pour ce qui était de la nourriture et bien il allait chasser ce soir avec ses amis. Un repas spécial pour un homme spécial.

-Des fettucines, Il lui en restait ! S'exclama le vampire. Tu vas voir tu vas te régaler, Draco.

Le fils de Lucius regarda son ami, malgré sa bonne humeur quelque chose le tracassait.

-Vas-y, dis-moi Emilio ?

-D'abord comment se porte ta blessure ? Non je demande ça pour savoir si tu peux supporter un transplanage.

-Donc toi aussi tu l'as aperçu ? Je n'ai pas rêvé finalement.

-Non, Anton était bien là.

-Quand partons-nous ? Car je suppose que c'est ce que tu veux, partir loin d'ici, annonça Draco. Dommage car cette ville me plaisait bien.

-Nous avons le temps, accordons-nous deux jours et puis voilà huit mois que nous voyageons à droite et à gauche. Il est temps pour moi que je me rende au clan de Néhémiah, Draco.

-Et moi je veux partir d'ici au plus tôt, Emilio. Imagine que mon père se pointe ou pire que ce soit Phadraig. Je ne veux pas voir cet homme ni même en entendre parler, tu me suis ! Je te remercie d'avoir retardé ton entrevue avec le frère de….., pour moi, je te dois tant ! Avoua par la même occasion le Serpentard reconnaissant.

-Tu ne me dois rien, Draco, et puis nous avons le temps de partir, je pense que justement il ne nous a pas fait rechercher pour nous mettre la main dessus, expliqua le vampire en rejetant ses cheveux noirs en arrière. Si tel avait été le cas crois-moi nous n'aurions eu aucune chance de lui échapper.

-Pour quoi alors ? Qu'est-ce qu'il veut ?

-Je crois que la réponse ne te plairait pas, Draco. Nous partirons demain au clan des proscrits, chez Néhémiah.

-Sont-ils vraiment des rebelles comme on le prétend ? Tu m'inquiètes-là !

-Non, rigola l'italien en finissant son verre de grappa. Ce clan rassemble des impurs comme moi, des exilés si tu préfères, des vampires sans véritable sang pur. Ils ont leurs propres lois, Harry les connait bien, il est ami avec leur chef Néhémiah.

-Je sais oui, j'ai souvent récupéré des plantes pour eux mais je n'étais jamais allé là-bas. Cela dit Harry m'a dit que Néhémiah était quelqu'un de droit et bien moins rigide que son frère.

-Le seigneur Phadraig a beaucoup de responsabilités, on ne peut pas lui imputer tous les torts non plus, Draco.

-Et c'est toi qui le défends !

-Oui je sais c'est paradoxale mais je sais reconnaître mes torts quand j'en ai. Avoue qu'il aurait pu nous tuer pour avoir enfreint la loi vampirique, enfin moi, pour toi c'est autre chose.

-Tu n'as rien fait de mal, tu veux juste vivre libre. Phadraig est un type sans aucun scrupule, il ne se préoccupe pas des autres, et puis je ne pardonne pas aussi facilement que toi, tu m'excuseras.

-Ouais, tu as fini de dîner ?

-J'ai plus faim ! Et je veux partir ce soir, pas question de rester ici maintenant qu'ils nous ont retrouvés, gronda Draco Malfoy en se levant soudainement. Je ne veux pas prendre le risque de le voir débarquer dans cet endroit, je ne le supporterai pas.

-Si tu veux, approuva Emilio en faisant disparaître les restes du repas.

-Fais ta malle, dans une heure nous retournons en Angleterre, décida le Serpentard déterminé. Je t'attendrais dans une auberge jusqu'au matin pendant que tu rendras visite à Néhémiah Phadraig, s'il t'accepte dans son clan je pourrais partir l'esprit plus tranquille.

-Où vas-tu aller ?

-Je ne sais pas encore, je prendrai quelques jours de réflexion et je verrai par la suite. Ne te tracasse pas pour ça.

Le Serpentard remballa ses quelques possessions, c'est-à-dire pas grand chose. Ainsi ce serait plus vite empaqueté surtout s'il fallait partir assez vite et assez loin, enfin l'habitude.

Quand tout fut fini Emilio et Draco se volatilisèrent.

Anton frappa rageusement contre le mur de l'appartement quand il se rendit compte que les deux hommes avaient encore prit la fuite, trompant ainsi sa vigilance. Le seigneur Phadraig n'allait pas apprécier, les deux fugitifs avaient dû sentir sa présence, il n'avait pas été assez prudent sur ce coup-là !

Bon maintenant il n'avait plus qu'à en faire part à son seigneur en espérant que celui-ci ne l'étripe pas comme la dernière fois où les deux fuyards lui avaient encore échappé. Heath Phadraig n'avait pas mis sa menace à exécution mais il s'en était fallu de peu ! De colère le duc avait fait mener une vie d'enfer au château de Lochlain-Blood pendant une semaine, jusqu'à ce que Anton les retrouve.

Trois minutes plus tard c'est un chef de clan qui apparut dans l'appartement de la via Strata. D'un geste mécontent il renvoya Anton puis lentement il fit le tour des pièces et s'arrêta dans la chambre où l'odeur d'un certain blond flottait encore dans l'air. Le vampire huma à grandes goulées le délicieux arôme, il s'enivra de ce parfum qui entra par tous les pores de sa peau. Il ferma les yeux et ses mains se crispèrent.

Il était accro au Serpentard, il ne pouvait plus se leurrer maintenant. Que devait-il faire par tous les démons de l'enfer ! Pouvait-il passer au dessus et continuer à vivre ainsi, le suivre à la trace et venir chercher les quelques miettes de lui qu'il laissait derrière son passage ? Devait-il accepter cette relation qu'il s'efforçait de repousser de toutes ses forces pour le protéger, ou devait-il continuer de l'ignorer ?

Son désir de Draco était si puissant ! Jamais ses sentiments ne l'avaient autant torturés. C'était si improbable pour lui, si incompatible avec ses idées d'aimer un sorcier. Pourtant c'était ce qui était en train d'arriver et bientôt il ne pourra plus lutter.

Heath, chef de clan de tous les vampires de l'Angleterre fit une dernière fois le tour de la chambre. Avant de sortir il aperçut sur la commode une brosse d'où reposaient de longs cheveux blonds entremêlés. D'un geste de la main, par simple magie vampirique, l'homme dénoua les cheveux et en fit une très fine tresse qu'il attacha à sa fine chaîne cachée sous sa chemise.

Cela provoqua un léger chatouillis sur sa poitrine nue, il reboutonna son vêtement un léger sourire aux coins des lèvres et disparut de l'appartement laissant un silence pesant sur place.

Anton l'attendait dans son bureau, il redressa la tête quand son seigneur apparut.

-Comment allait-il ? Demanda abruptement le duc de Solignac.

Le jeune vampire ne demanda pas de qui l'homme au regard acéré voulait parler. Anton savait qu'il s'agissait du sorcier blond.

-Il va beaucoup mieux, seigneur, je crois qu'il est enfin arrivé à soigner sa blessure. Et son visage ces jours-ci avait l'air moins pâle, il se plaisait beaucoup à Rivaloro Canavese, c'est là-bas qu'il a recouvré sa santé.

-Sais-tu où ils ont pu aller ?

-Non, je n'en ai aucune idée, mais je vais les retrouver si c'est ce que vous désirez seigneur. Je l'ai toujours fait jusqu'à maintenant.

-Retrouve-les et ordonne à ceux de notre peuple de ne pas le toucher, tu as compris ? Dis-leur qui je suis et ils t'obéiront. Quand tu auras mis de nouveau la main sur eux, viens m'en avertir sur le champ ! Je veux savoir où ils se trouvent. Et si tu vois un des hommes de Cullen vient m'en avertir sur le champ, l'homme fomente des vilénies mais surtout axées sur moi, je pense qu'il laissera Draco tranquille mais il faut se méfier.

Draco et Emilio choisirent une petite auberge bien tranquille dans la campagne Anglaise. Le Serpentard et le vampire regrettèrent de suite leur village d'Italie et surtout la chaleur de ce beau pays chantant. Les deux hommes ne déballèrent pas leurs affaires, ils savaient qu'ils n'allaient pas rester longtemps dans cette auberge.

-Je vais y aller, l'avertit Emilio Razi qui avait des remords de laisser le blond seul dans cette taverne.

-Je sais, tu ne veux pas que je t'accompagne, tu es sûr ?

-Non, si cela se passe mal je ne veux pas que tu sois en danger, répondit l'italien. Laisse-moi d'abord tâter le terrain, ensuite nous verrons !

-Emilio sois prudent, si tu n'es pas là dans deux heures cela voudra dire que tu seras en danger, peu importe ce qui se passera mais sois sûr que je viendrai te chercher.

-Tu es fou, rigola le vampire. Ils te mettront en pièces, certains ne sont pas encore apprivoisés si je peux dire.

-Aucune importance, nous sommes amis et des amis s'entraident toujours.

L'italien aux yeux noirs comme la nuit fondit sur Draco et le serra dans ses bras. Oui ils étaient des amis, des frères même oserait-il dire.

-Oui, des frères, murmura le fils de Lucius en rendant son étreinte au vampire.

-Prends soin de toi, répéta Draco avant de laisser son ami partir et disparaître de la chambre.

Le Serpentard s'allongea après avoir mis sa montre à sonner, fatigué il s'endormit de suite. Draco ne se rendit même pas compte qu'un visage derrière la fenêtre l'observait. Anton n'avait pas mis longtemps à le retrouver.

L'espion repartit au clan et retourna dans le bureau de Heath Phadraig pour la deuxième fois aujourd'hui. Le vampire fit un rapide compte-rendu à l'homme puis il repartit continuer sa garde près de l'auberge en restant le plus discret possible. Les deux fugitifs n'allaient certes pas rester dans ces lieux.

Il allait essayer cette fois de ne pas perdre de nouveau leurs traces.

Le chef du clan sentit ses muscles se relâcher comme si, enfin, il pouvait se permettre de respirer. Draco était revenu en Angleterre après huit mois d'absences et de fuites.

Qu'avait-il décidé ? De revenir parmi les siens ? Oui certainement, c'était le mieux qu'il puisse faire. Reprendre une vie normale, revoir ses amis et son père tout en restant loin de lui.

Heath sut qu'il avait bien fait d'envoyer des parchemins avertissant Lucius Malfoy de l'endroit où se trouvait Draco. C'était comme un contrat tacite à la condition qu'il n'aille pas au devant de son fils. Draco avait besoin de ce moment pour lui seul. Le duc de Solignac se rendait compte qu'il avait fait beaucoup de mal au jeune sorcier et il comprenait son besoin de solitude.

Pourtant là il n'avertit personne de son retour, il voulait garder la nouvelle pour lui seul. Croire qu'il était revenu pour lui, pensée éphémère qui ne dura pas longtemps malheureusement.

Depuis ce jour néfaste pour Heath, jour où il avait presque détruit Draco, il n'avait pas repris d'autres amants. Il ne pouvait pas, il ne pouvait plus, le regard du jeune sorcier ce fameux jour l'avait littéralement et douloureusement anéantit. Il se sentait tant coupable, il y avait vu, dans les beaux yeux gris, tellement de souffrance et de désespoir, d'abandon et de douleur ! Et c'était lui qui avait provoqué ça, il avait été si ignoble.

Il ne se demandait même pas si le jeune homme pourrait lui pardonner un jour, ce qui c'était passé ce jour-là était impardonnable.