Chapitre 3 : Une soirée pluvieuse
Il faisait sombre et la pluie tombait toujours quand Break passa devant le clocher de Leverru. « Déjà si tard », pensa-t-il en contemplant l'horloge. « Si je ne me dépêche pas, je vais avoir des nouvelles de mademoiselle … » L'homme bifurqua à droite. Il avait promis qu'il serait de retour à l'heure, cette fois-ci.
Hector Léminin aimait la pluie. Il leva le visage vers le ciel et sourit. Vu l'amoncellement de nuage noirs qui semblait former un épais couvercle au dessus de sa tête, ça allait surement tomber encore un bon moment. Le vieil homme continua à marcher un instant le long du fleuve, puis s'appuya de nouveau sur la rambarde, pensif. Tout allait trop vite. Si les choses continuaient à s'accélérer ainsi... Il n'entendit même pas les pas résonner dans son dos. Il ne prit conscience du danger que trop tard, quand deux mains le firent basculer dans l'eau grise et mouvante du fleuve. Il ne restait de lui que son chapeau de feutre bleu et usé, tombé au sol. L'étranger sourit et le mit sur sa tête. Rien de tel qu'une soirée pluvieuse pour précipiter un peu les choses... Et les gens. Il jeta un regard mélancolique au cour d'eau qui grondait en contrebas. Il était son meilleur complice.
- Mademoiselle, je suis de retour ! lança joyeusement Break en surgissant d'un placard.
Il fut interrompu par un coup d'éventail qui l'envoya droit au sol.
- Break ! s'écria Sharon de Rainsworth. Tu m'avais promis que tu serais là pour le thé, et tu arrives avec trois quart d'heures de retard !
L'intéressé se mit prudemment à l'écart et prit un gâteau sur la table, malgré les protestations de son légitime propriétaire,un jeune homme blond aux yeux d'émeraude.
- Veuillez pardonner mon retard, dit-il, la bouche pleine. Mes projets m'ont pris plus de temps que prévu.
- Je me demande bien où tu peux trainer si tard, râla une jeune fille aux cheveux noirs et courts. Tu sais très bien que je m'inquiète, quand c'est comme ça...
- Tu n'as aucune raison de t'en faire, Shin, fit le chapelier en léchant ses doigts couverts de glaçage. Je suis bien assez grand pour me débrouiller tout seul.
L'autre prit un air boudeur et croisa les bras, ruminant tout ce qui pouvait arriver à l'albinos durant l'une de ses missions ridicules qu'il tenait absolument à faire seul.Elle avait bien proposé de l'accompagner, plusieurs fois, même. Mais elle avait généralement à peine le temps de finir sa phrase qu'il s'était déjà évaporé par les issues les plus diverses (fenêtres, armoires …). Elle poussa un soupir et se dirigea vers la porte. Les autres, qui regardaient Alice, une jeune fille au long cheveux châtains et Gilbert, un homme habillé de noir se disputer, ne se rendirent même pas compte de son absence. Elle entra dans sa chambre et se campa devant son miroir. Elle avait dix sept ans et pourtant, elle était de petite taille, qu'elle compensait parfois en mettant des talons, comme aujourd'hui, par exemple. Elle baissa ses yeux marron chocolat sur sa robe blanche à bande noires et sortit de sa poche un bonbon emballé dans du papier rose. C'était Break qui le lui avait donné. Elle fourra la friandise dans sa bouche. Si jamais il arrivait un jour quelque chose à cet imbécile... Elle avait passé l'après midi à s'angoisser, mais elle était tout de même parvenue à retrouver son calme à son retour, laissant à Sharon le soin de lui réapprendre la ponctualité. Parlons-en, de Sharon ! Pourquoi le collait-elle comme ça ? Elle secoua la tête, irritée. Si elle pensait encore à ça, elle aurait bientôt la migraine et des insomnies.
Tic – tac – tic – tac – tic – tac
- Viens... je t'attend…
Le bruit que faisaient les aiguilles, continuaient, imperturbable. La jeune femme qui s'avançait d'un pas vif dans la ruelle n'avait pas vu la silhouette tapie dans l'ombre.
Tic – tac – tic – tac – tic – tac
Le sang jaillit, aspergeant le sol et les mains de l'assassin qui retira doucement la lame de la poitrine de sa victime.
Tic – tac – tic – tac – tic – tac
Les aiguilles d'une montre continuent leur route, même quand un cœur s'arrête de battre.
