Résumé : Si Takeda Shingen avait prévu les conséquences qu'entraînerait la perte de son livre le plus précieux... Eh bien, sans doute le Japon aurait-il pu profiter de la paix un peu plus longtemps.
Disclaimer : Sengoku Basara ne m'appartient pas.
Nami-la-folle : Vraiment ? Tu accepterais de traduire cette fiction ? C'est très aimable de ta part ! Si tu as le temps pour le faire, tu as mon accord et ma bénédiction xD Et merci pour tes reviews !
GGL-HY : Merci, c'est gentil ! J'ai quand même rendu Yukimoera un peu moins moe dans le Chapitre 3, parce que bon, le pauvre quand même... (Presque tout le fandom se paie sa tête à cause de ça, après tout ;))
Chapitre Troisième
...
Yukimura ne savait vraiment pas comment il avait pu passer à côté. La Voie de Megi était le plus célèbre recueil de textes épicuriens et circulait dans la sphère de la haute société depuis bien des siècles. Cependant, l'avoir découvert aussi tardivement ne l'attristait pas outre mesure – allons, inutile de se mentir, c'était un livre parmi tant d'autres. Non, il se sentait juste comme le dernier des imbéciles. Un damoiseau naïf et stupide, plus fait pour les banquets que pour les affrontements entre Grands c'était ce qu'il entendait murmurer dans son dos, c'était l'image qui lui collait à la peau et c'était dur. Il regrettait presque l'époque où on le surnommait le Tigron du Kai. Il avait passé son temps à montrer les crocs dans l'ombre de Shingen, en effet, tout comme il l'avait fait pendant son enfance dans l'ombre de son frère. Néanmoins, on lui avait reconnu à ce moment-là l'aptitude à montrer les crocs. Qu'en était-il du présent ? Citons une nouvelle fois l'opinion publique : Sanada Yukimura avait accompli des actes prodigieux, cela allait de soi, mais ferait-il réellement un bon dirigeant ? Hmm...
Aussi futiles que ces éléments pouvaient paraître, ils le mettaient en colère. C'était idiot. D'autant plus idiot que son exaspération avait pour point de départ un ouvrage des plus pervers. Ah, pervers, peut-être, mais dont la lecture s'inscrivait dans la culture. Et pour cette raison unique, Yukimura ne pourrait jamais assez remercier la Providence pour avoir envoyé un serviteur fidèle tel que Sarutobi Sasuke sur terre.
Quelques flocons immaculés se mirent à descendre lentement du ciel blafard. Certains d'entre eux vinrent mourir sur son yukata vermillon, revêtu en l'honneur du Dragon d'Oshuu, qui leur ferait ce jour-là grâce de sa présence. En vue de son arrivée imminente, Yukimura s'était posté à l'entrée du domaine, en compagnie de Sasuke. Le ninja portait sa mine des mauvais jours et, un peu plus loin, Takeda Shingen l'imitait. Compréhensible. Il avait, pour une raison quelconque, apporté la Voie de Megi sur le champ de bataille. Cette découverte, sans aucun doute, avait dû amuser Masamune. Pris dans ses pensées, Yukimura n'entendit pas Shingen s'approcher de lui. Il se tourna vers lui avec vivacité, tandis que son maître l'enveloppait d'un regard sévère. Contre toute attente, il lui posa une main sur la nuque dans un geste chaleureux.
- N'oublie pas ton camp, Yukimura, déclara-t-il à mi-voix.
Il ne s'agissait ni d'une menace, ni d'une mise en garde c'était une simple demande. Durant un bref instant, Yukimura crut discerner une étincelle implorante dans les prunelles du vieil homme. Ainsi, alors qu'il s'était mis à écarquiller les yeux, il comprit et hocha la tête.
Le Dragon Borgne arriva dans le calme le plus complet, contrairement à ses usuels déplacements ponctués de sifflements, de cris et de poussière. Suivi de Katakura Kojuro et d'une troupe d'une dizaine de soldats, il pénétra la cour du domaine au petit trot, les bras croisés sur la poitrine. Lui aussi avait troqué son armure pour un yukata bleu marine et ses six griffes pour un katana unique. Tous échangèrent quelques formalités triviaux – ils avaient conclu un accord tacite selon lequel les discours guerriers devaient être mis de côté en temps de paix – puis pénétrèrent à l'intérieur de la propriété. Shingen leur avait préparé une grande salle, généralement usitée pour les négociations en tout genre. Entièrement rouge, elle comportait un bon nombre de décorations emblématiques du Kai - des boucliers ornés de flammes ou des peintures représentant des tigres. Visiblement, il avait encore toute cette histoire de livre en travers de la gorge et n'avait pu se résoudre à recevoir Masamune dans la salle des banquets. Le Dragon Borgne, néanmoins, ne releva pas.
Au contraire.
Masamune se révéla être un interlocuteur passionnant ; il connaissait tout des techniques de construction navale occidentales, était un érudit dans le domaine des cultures du monde, pour lesquelles il se passionnait. Aussi, bien qu'il n'en eut pas particulièrement l'air, Masamune faisait un très bon mécène et finançait bien des artistes quand l'occasion lui était donnée. (C'était tout de même ironique ; Masamune et Yukimura se connaissaient depuis tant de mois et n'avaient jamais vraiment parlé). Malgré cela, Shingen resta enfermé dans son mutisme, laissant les deux autres faire la conversation à sa place. Kojuro, quant à lui, écoutait son maître, l'air absent. Et c'était difficile, très difficile.
Difficile, parce que Yukimura savait qu'il n'était pas l'interlocuteur le plus intéressant du monde. Parce qu'il n'entendait presque pas le son de sa propre voix, à cause du sang qui pulsait trop fort à ses oreilles. Parce que Masamune lui-même était très, trop différent de d'habitude ; il ne se départait pas de ce petit rictus ironique qui le caractérisait, soit. Mais il était calme et sa voix, qui aboyait si souvent des ordres sur le champ de bataille, avait acquis une tonalité trop rauque et trop grave pour qu'on lui reste indifférent. Et enfin, parce que mince, mince, mince, pourquoi Shingen et Kojuro ne pouvaient-ils pas partir ?, mais ça, c'était secondaire comparé au reste.
Yukimura n'eut pas à supporter cette situation trop longtemps ; bientôt, le soleil débuta sa conquête de l'horizon et cédait le pas aux premières ombres nocturnes. Dehors, la troupe d'Oshuu avait commencé à s'agiter et tous comprirent que l'entretien avait touché à sa fin. Shingen se leva et sortit, talonné de près par Kojuro. Yukimura et Masamune les imitèrent, mais ne sortirent pas immédiatement. S'arrêtant juste à côté du shôji qui menait à l'extérieur, le Dragon Borgne se tourna vers Yukimura et l'observa en silence.
- Qu'y a-t-il ? interrogea le jeune Tigre du Kai, sur la défensive.
- Te fiche pas de moi, répliqua sèchement Masamune. Tu sais très bien.
Il savait. Bien-sûr qu'il savait. La Voie de Megi l'avait aidé à comprendre. Cependant...
N'oublie pas ton camp.
Il y avait cela aussi.
- Je ne vois pas de quoi vous parlez.
Mais dans l'immédiat, ce n'était que secondaire. Tout son corps s'était tendu - à cause de l'urgence de la situation, de Masamune, de cette stupide Voie de Megi, autant l'admettre.
Bien qu'il fallut à Yukimura moins d'une seconde pour délibérer et décider de sortir de la pièce, Masamune fut plus rapide. A moins que sa rapidité n'eut rien à voir et que ce fut Yukimura qui ne montra pas suffisamment de volonté. Il s'était attendu à ce que le Dragon Borgne l'embrasse, bien-sûr, c'était dans l'ordre des choses ; mais d'une manière différente, peut-être ?
L'échange était furieux, sans la moindre coordination et pour le moins inexpérimenté.
Et c'était bien.
...
Pour la première fois depuis bien des années, Date Masamune se trouvait apaisé. Départi de son énergie bestiale usuelle, il reposait dos appuyé contre un mur. La surface en était gelée, mais il ne s'en rendait pas comte. Le crépitement des flammes dans l'âtre, quelque part très loin, ponctuait le silence serein qui pesait sur la pièce. Là encore, l'esprit de Masamune était trop embrumé pour qu'il y prête attention. Son œil avait perdu toute sa grisaille et reflétait à présent le bleu azur d'une mer calme. Il observait Yukimura depuis de longues minutes avec une curiosité nouvelle, comme s'il le voyait pour la première fois. Le Tigre du Kai, aussi serein que son vis-à-vis, le dévisageait d'une manière semblable.
La situation avait cependant quelque chose d'étrange. Ce ne devait pas être ainsi. C'était comme si leurs ébats furieux avaient pris fin trop rapidement. L'atmosphère frénétique, le désir, les souffles précipités s'étaient évanouis à une vitesse presque alarmante l'humidité de l'air elle-même commençait à s'évaporer. Dehors, la neige retombait tristement sur le sol des pas fatigués se faisaient entendre dans le couloir. Pourquoi tout était aussi déprimant ? N'étaient-ils pas censés ressentir, hormis la fatigue, de la satisfaction, ou quelque chose comme ça ? Ne devaient-ils pas échanger des coups d'œil étincelants, au lieu de s'évaluer du regard comme des étrangers ? Et plus bizarre encore, pourquoi les quelques centimètres qui les séparaient semblaient être un fossé ?
Masamune sentait que tout ne tarderait pas à virer au carnage s'il n'intervenait pas. Il esquissa un petit sourire et rompit le silence :
- Je ne savais pas que tu pouvais être aussi sérieux.
- Je pourrais vous dire la même chose, répliqua Yukimura à mi-voix.
Il détacha ses yeux de ceux de Masamune et se mit à regarder fixement droit devant lui. Le ciel s'assombrissait et la pièce plongeait peu à peu dans la pénombre. Masamune jeta un coup d'œil en direction du feu, qui se faisait de plus en plus faible, et se leva.
- Il faudrait peut-être...
- Ce ne sera pas nécessaire, Seigneur Masamune. Je ne comte pas rester ici et vous, vous devriez partir.
Ses propres paroles lui glacèrent le sang et le ramenèrent brusquement à la réalité – cette réalité où il faisait froid, sombre et bizarre. Yukimura comprenait néanmoins qu'il ne pouvait s'arrêter en si bon chemin et ouvrit la bouche pour continuer.
- Je...
- Pourquoi ?
- Parce que... Ecoutez, c'est dans l'ordre des choses, répliqua Yukimura, la mâchoire contractée. Tout ceci n'a aucun sens. Ce qui s'est passé...
- Oh, non, non, non, maugréa Masamune. Prononce une seule fois le mot « erreur » et je te fous une raclée. Okay ?
- Je n'avais aucune intention de qualifier la situation ainsi. Je trouve juste que c'était stupide.
Masamune laissa son bras retombe le long de son corps. Yukimura resserra son yukata et se mit debout à son tour.
- « Stupide ».
- Exactement.
- C'est vrai.
Yukimura s'était attendu à ce Masamune insiste, ou plutôt, il voulait qu'il insiste et pourtant, le Dragon d'Oshuu avait abandonné l'affaire si simplement... Mais sans doute était-ce mieux ainsi. Moins de remords, moins de regrets.
- C'est vrai, répéta Masamune d'un ton amer, c'était stupide. Mais qu'est-ce que ça peut bien foutre ?
Il esquissa un geste agacé et s'apprêta à poursuivre, mais Yukimura le devança :
- Seigneur Masamune ! s'exclama-t-il. Vous savez très bien que cette période de paix ne va pas durer. Le pays s'est déjà remis de sa dernière guerre. Combien de temps nous reste-t-il avant la suivante ? (Il soupira furieusement) Il n'y a aucun espoir de voir la paix durer. Et je ne peux pas me permettre d'espérer. Pas en tant que Tigre du Kai.
Par dessus son épaule, Masamune lui adressa un regard perçant et infiniment blessé, puis sortit, après avoir émis un petit « Tch » dédaigneux. Yukimura ne tenta pas de le retenir.
Au crépuscule, un engoulevent...
Chante donc
Et accrois ma sombre solitude
Basho
A suivre.
Note : Hiatus jusqu'au 19 juillet ! Je pars en stage à Londres jusqu'à cette date. J'essaierai d'écrire pendant cette période pour poster le chapitre 4 à mon retour. Bonnes vacances et bonne chance si vous passez des examens !
Note2 : Un peu de OOC dans ce chapitre, peut-être... ? Désolée !
