Halli Hollu Hallo !

Ce fut difficile, mais j'ai réussi à taper ce chapitre pour cette nuit

de samedi à dimanche...

Bon par contre, vous n'aurez pas le prochain lundi, mais mercredi hein =)

Il est long, mais je sais qu'il vous fera plaisir pour plusieurs choses...

*

Je veux répondre aussi à un détail dont on m'a posé la question :

Eric a 47 ans, et Elisabeth 55.

Mais bon... voilà quoi X-)

(comment ça je sème le doute ? Moi? J'suis vexée ^^)

*

Encore d'énormes mercis pour toutes ces reviews...

Je sais que le temps me manque et que je voudrais pouvoir

répondre à tout le monde...

Mais je pense que vous préférez un chapitre qu'un remerciement !

Alors je vous remercie en écrivant, si c'est possible...


Bonne lecture à toutes et à tous =)

A très vite et bon dimanche !

Tiffany.


Point de vue de Bella.

- Bvvuuuuhuhuuuuu !

- Karlyne, arrête ça !

Je la changeais mais elle n'arrêtait pas de bouger ses jambes dans tous les sens. Vingt minutes pour changer une couche ! C'était franchement agaçant !

- Allez donne-moi ton body !

Elle tirait sur son habit avec son poing, en souriant.

- Karlyne ! Arrête ça et donne-moi ce body !

- Bella... Je vais le faire...

- Ca va Jasper, je peux finir !

- Non, t'es entrain de t'agacer ! Allez fais voir !

Il avait raison... j'étais entrain de m'énerver... Je le regardais faire. Karlyne l'écoutait bien. Il lui mettait son body rapidement et en cinq minutes, la petite était toute propre.

Bon sang mais qu'est-ce qui m'arrive ?

- Allez jeune follasse, au pieu !

Il embrassait Karlyne avant de la mettre au lit pour sa sieste et m'entraînait dehors.

- Tu devrais aller faire une sieste toi aussi !

- Je n'ai plus quatre ans, Jasper !

Il lui prend quoi à lui aussi ? Qu'est-ce qu'ils ont tous à me dire ce que je dois faire ?

- Non c'est sûr, t'as plus quatre ans ! Mais ça fait deux nuits que tu dors pas et tu es agressive !

- Agressive ? Tu te moques de moi là ?!

Il haussait les sourcils en me regardant. Agressive...

- Tu me gonfles !

Il levait les épaules et descendait au salon sans rien rétorquer. Il avait raison... je perdais patience... Mais y a plus rien qui tournait rond depuis qu'Edward était parti... c'était comme si j'étais devenue étrangère à cette maison et cette ville...

J'entendais la porte s'ouvrir et se refermer. D'en haut, je voyais Alice. Elle faisait la bise à mon frère et se tournait vers moi. Elle grimpait les marches et venait m'embrasser.

- Les filles, faut que j'aille faire deux trois courses pour Esmé, vous venez ?

- Non, j'ai pas envie !

J'entraînais Alice dans ma chambre et elle regardait le mur. Les photos d'Edward... C'est sa meilleure amie...

- Tu as de ses nouvelles ? demandais-je, sans réel espoir.

Elle se retournait vers moi et s'asseyait sur le matelas face à moi.

- Non Bella...

Evidemment qu'elle n'en aurait pas ! Il est parti... Il nous a quitté...

- Je suis désolée... Ca me fait mal aussi tu sais... Mais je suis certaine qu'il t'aime encore... au plus profond de lui, il t'aime sincèrement !

La boule dans ma gorge grossissait. Pourquoi ça faisait aussi mal ? C'était comme si je ne savais plus comment respirer...

- Allez Bella... Il n'a pas fait ça par plaisir... Je le connais bien... Il est probablement aussi malheureux que toi...

Et c'était ça qui me tuait ! Il ne m'avait pas quitté parce qu'il ne m'aimait plus ! Juste pour «mon bien» !

- Je sais...

- Il avait besoin de s'éloigner quelques temps... Il me l'a dit quand il est venu me dire au-revoir avant d'aller à l'aéroport...

Ces mots... c'était comme s'ils me trouaient le coeur ! Mes larmes coulaient, silencieuses.

- Allez Bella... Je sais que tu es malheureuse... Mais faut que tu tiennes... Je sais que c'est dur, ça l'est pour moi aussi ! Edward c'est mon meilleur ami et je l'adore ! Le voir partir comme ça, ça me fait vraiment mal... Mais c'est quelque chose qu'il aurait fait tôt ou tard... Marcus a pourri sa vie !

Il avait pourri la mienne aussi !

En regardant tout autour de moi, je réalisais que cette chambre n'était plus la mienne. Il y avait ce lit, où nous avions échangé tant d'étreintes et où nous avions fait l'amour... et il y avait cet endroit froid, où nous avions rompu... Alice se levait et attrapait mes mains.

- Ca va aller Bella...

- J'te crois...

C'était la seule chose que j'arrivais à souffler. Non, je ne la croyais pas... Ca n'irait que si Edward revenait... Alice m'enlaçait et se mettait à pleurer. Non... Surtout pas... J'ai pas besoin de ça...

- Pleure pas Alice...

Elle déposait une bise sur ma joue en souriant et pressait mes mains.

- T'as envie qu'on sorte cette semaine ? Un cinéma ou un billard ?

Je n'avais aucune envie de retourner dans ce cinéma ou à ce billard qu'on avait fréquenté...

- On pourrait aller faire du shopping si tu veux... murmurais-je.

- C'est vrai ? Ca te fait envie ?

- Ouais... On pourra y aller avec Rose et Angela...

Elle sautillait sur place en tapant dans ses mains.

- Oh génial ! Qu'est-ce que tu dirais si on y allait demain ?

- Rose travaille... Après-demain ?

- Parfait !

Pas que ça me réjouissait spécialement, mais si je sortais pas d'ici, j'allais exploser ! Alice prenait congés et je me retrouvais seule dans la maison, silencieuse. N'importe où que j'aille, il y avait Edward... Chambre... salle de bains... salle à manger, cuisine, salon...

Jardin...

De la fenêtre de ma chambre, j'apercevais la cabane. Il y avait tant de choses là-bas... Cette cabane... elle était intimement liée à notre histoire... C'était comme un mauvais film... Chaque scène défilait et je ne pouvais le contrôler. Tout ici était devenu un objet qu'il avait regardé, touché... Je me retrouvais comme une adolescente de 13 ans qui vient de perdre son premier béguin. Edward avait été bien plus que ça pour moi ! Dans ce cahier magnifique qu'il m'avait offert, tout y était écrit. Tout. Je n'avais pas caché une once de mes sentiments pour lui, même les choses les plus niaises... j'avais même parlé de ce rêve en robe blanche...

J'attrapais mon cahier et l'ouvrais. Il y avait toujours son mot mais le lire me brûlait. «Je t'aime»

- Moi aussi je t'aime...

Dans chaque page, c'était écrit, parce que c'était vrai ! Et que ça l'est encore ! Les lignes défilaient sous mes yeux quand soudain, une anotation m'arrêtait sur la page où j'avais évoqué ce rêve de mariage. Au crayon à papier... En biais, sur la page de gauche que je laissais toujours vierge. Je reconnaissais l'écriture fine, petite et élégante d'Edward... Mon coeur se serrait violemment, tant et si bien que ça me faisait mal. Je savais que lorsque j'aurai fini de les lire, il n'y aurait plus rien à apprendre de lui... Longtemps, je fixais les lignes bleues avant son mot. J'avais besoin de l'entendre...

«C'est comme ça que les choses auraient dû se terminer,

parce que c'est comme ça que je les envisageais aussi.

E.»

La flèche à côté du mot indiquait la ligne de mon journal sur le mariage : « et dans ce rêve, je lui disais oui pour la vie, pour bien plus que ça et on était heureux !»

Ma vue se brouillait d'eau, alors que je tournais les pages du cahier pour voir si rien d'autre n'avait été écrit. Rien. Rien d'autre. Tout était détruit... Nous avions eu les mêmes espérances et Marcus avait tout broyé... J'avais échoué. J'aurais voulu qu'Edward puisse un jour être heureux. Et qu'on le soit, tous les deux !

..::..

Point de vue d'Alice.

Elle est malheureuse, Bella. Parce que pour me proposer une virée shopping... fallait qu'elle aille pas bien du tout ! Je regagnais ma maison, le coeur un peu lourd. Edward avait trouvé en Bella son âme soeur. Elle pouvait faire changer les choses en lui à elle seule ! Elle était celle qui avait tout pouvoir sur lui ! Et il était parti.

A cause de cette espèce de pourriture gluante et pourvu d'une cervelle de grenouille avariée ! Je m'arrêtais devant la maison des Masen. C'était tout de même incroyable qu'il n'y ait pas UNE SEULE preuve concrète contre Marcus ! J'peux pas y croire ! Je savais qu'Edward écrivait beaucoup pour évacuer certaines choses. Y avait forcément quelque chose sur ça... c'est pas possible autrement ! Il écrivait sur tout : sa copine, ses compositions, ce qu'il voyait à la télé des fois, pourquoi Voltero y aurait échappé ? Mais il était parti... bon c'était mon rôle de meilleure amie de le ramasser quand il tombe... faut que j'fasse quelque chose ! L'idéal aurait été d'aller fouiller dans sa chambre... Je passais le portail et sonnais une première fois, histoire de vérifier que l'absence de voiture n'était pas dûe à un sort d'invisibilité sur les véhicules !

Personne... YOUPI ! Je me dirigeais vers le pot de fleur sur la fenêtre de la cuisine mais la clé n'y était plus ! Merde ! Comment j'allais pouvoir monter là-haut moi, hein ? En plus, c'est franchement fait exprès : la fenêtre de sa chambre est entrouverte ! Elisabeth avait dû aérer et partir faire une course pas loin... Elle le faisait de temps en temps. Fallait que j'y monte, pas le choix !

En y regardant de plus près, c'était une opération kamikaze : aucune prise sur le mur et la première branche d'arbre solide était bien haute... Fichue petite taille ! PUTAIN ET PUIS T'AS BEAU SAUTER TU ATTEINS RIEN HEIN !

Non ! Rien à faire !

- MERDE !

Un mouvement sur la droite de mon champ de vision attirait mon attention... Oh punaise ! Je me cachais derrière l'angle de la maison et me penchais pour voir. Jasper ! Il regardait dans ma direction, la tête penchée.

- Pssiiittt ! Jasper !

Il regardait tout autour de lui et sautait par-dessus le petit portail. Vas-y mon grand, fais ton cake aux fruits devant les filles !

- Alice ? Mais qu'est-ce que tu fais ici ?

- Tu mesures combien ?

Il arquait son sourcil gauche, visiblement étonné.

- Je te demande pardon ?

- Tu... mesures... combien ? articulais-je.

- 1m77 tout compris ! Pourquoi ?

Parfait !

- Baisse-toi !

- Je ne suis pas un chien dressé correctement...

- Baisse-toi s'il te plaît !

- Je peux poser des questions ou faut que je me taise ?

- Tu peux te taire !

- Trop aimable ! Heeeeeh ! Mais qu'est-ce que tu fais ?

J'étais déjà passée derrière lui et m'asseyais sur ses épaules alors qu'il s'était baissé.

- Maintenant, lèves-toi et aide-moi à attraper la grosse branche là !

Il s'exécutait en se relevant difficilement.

- Ecoute, si t'as envie de cerises, j'peux aller t'en chercher au supermarché ! Pas la peine de grimper sur mes épaules pour ça !

Oulalah mais faut toujours qu'il râle ce type !

- Aide-moi au lieu de te plaindre ! Monte-moi un peu plus haut !

- Mais t'as qu'à te grouiller toi aussi ! N'importe qui pourrait nous voir là !

Ma main trouvait sa prise sur la branche mais au moment où je m'étirais un peu pour mettre ma deuxième main, Jasper éternuait, relâchant sa prise sur moi.

- Att...

- AAAHHH JASPER !

Je n'étais tenue que par mes mains sur la branche et franchement, les jambes dans le vide, c'était pas confortable !

- Oh putain mais qu'elle est conne !

- C'EST TOI LE CON D'ETERNUER MAINTENANT ! ATTRAPE MOI MERDE !

Je sentais ses mains se poser sur mes cuisses. Doux jésus marie joseph sainte mère de dieu et tous ses apôtres !!!!

- Descends de là Monkey girl ! Ton plan est foireux ! N'importe qui pourrait nous voir ! J'te tiens !

Il m'aidait à descendre mais en touchant le sol, je trébuchais sur la racine du cerisier et tombais à la renverse, l'entraînant dans ma chute ! J'ai pas fait exprès ! Il se relevait rapidement en expirant fortement.

- Mais t'es dingue ou quoi ? C'est quoi le souci ? Qu'est-ce qui te prend ? N'importe qui peut débarquer ! On l'explique comment ça après, hein ?

Il paniquait... WA-OUH ! Le très franc et très impressionnant Jasper Cullen panique ! Quel héros !

- T'aimes pas vraiment l'aventure hein, cow-boy ?

- T'es barge ! Tu le sais ça ?

- Ecoute-moi ! Ta soeur est malheureuse, je suis malheureuse parce que mon abruti de meilleur ami s'est barré pour échapper à ce toqué qui l'a tabassé ! Je veux le faire revenir ! Faut que ce Marcus-mescouilles ne s'approche plus de personne, tu saisis ?

Il fronçait les sourcils en me regardant, les mains posées sur ses hanches. Tu rajoutes la blouse blanche, les cheveux un peu plus courts et deux trois rides et t'as Carlisle devant toi !

- C'est quoi ton plan ?

Il allait m'aider... Mon coeur bondissait et, prise par une espèce de pulsion électrique, je me jetais à son cou et posais mes lèvres sur sa joue.

- Heh heh...

- Merci Jasper...

Ses yeux bleus-gris intenses me fixaient et pendant une brève seconde, je ne savais plus quoi voir dans ses prunelles parfaites... j'en oubliais presque l'instant, l'endroit, le pourquoi du comment...

- Deux filles comme toi et Bella ne méritent pas d'être malheureuses... Voltero est une ordure ! Tu veux faire quoi exactement ?

- Edward a toujours beaucoup écrit sur tout ce qu'il ressentait ! Je suis certaine qu'il a écrit sur Voltero ! C'est impossible autrement !

- Donc l'idée c'est monter dans sa piaule et fouiller ?

- T'as tout compris !

- Ils vont s'apercevoir que ça a été dérangé !

- Aucun risque : plus bordélique qu'Edward, tu meurs !

- Non tu meurs pas... plus bordélique qu'Edward : Jasper Cullen, ma vieille !

Et en plus il est bordélique ? J'A-DORE !

Finalement, après deux essais, il avait réussi à me faire passer sur la grosse branche. Mes années de gymnastique m'auront été utiles ! J'avançais sur la branche jusqu'à la fenêtre et entrais rapidement dans la pièce.

- Oh Alice !

Il sifflait et je regardais en bas.

- J'fais comment maintenant moi ?

- Tu fais le gai !

- J'suis pas homo ! souriait-il

Il est con !

- Tu siffles si quelqu'un arrive !

Je pénétrais dans la chambre d'Edward. Tout était désordonné, comme prévu ! Mille jaquettes de disque au sol, des fringues, le lit défait, des tas de papiers sur son bureau... Je me dirigeais vers les deux tiroirs. Revues sur le piano, partitions, boîte de gâteaux... non non et non ! Dans l'armoire, rien de suspect. Fringues, boîtes à chaussures... normal... La table de chevet... Livres, ah ! Cahiers ! Je me sentais un peu comme une voleuse. Premier cahier rouge... brouillon, exercices de maths et d'anglais ! Deuxième cahier vert... Bella... Une bonne vingtaine de photos d'elle collées sur chaque page. Et des mots d'amour... des mots qui lui appartiennent... c'était trop intime, je n'avais pas le droit de les lire ! Je refermais le cahier pour attraper le bleu. Rien d'écrit dedans... un simple cahier neuf...

A l'évidence, rien n'était écrit... Et Marcus allait s'en tirer comme un pacha !

- Alice ! Oh !

Je me rapprochais de la fenêtre.

- Quoi ?

- Tu trouves ?

- Tu m'as fait peur, j'ai cru qu'il y avait quelqu'un !

- Magne-toi ! J'suis pas tranquille ! On viole une propriété là ! Si Voltero nous coince on est dans la merde !

J'avais pas vu ça comme ça... mais abandonner Edward m'était inenvisageable !

- Encore deux minutes !

Jasper regardait toutes les deux secondes vers la rue. Qu'est-ce qu'il flippe ce type ! Je reprenais ma chasse, un peu à court d'idées quand je tournais machinalement ma tête vers la commode. Un cahier noir au sol qui dépassait à peine de sous le meuble... Ce fut alors comme si j'avais eu une espèce d'intuition. Ma dernière chance... J'attrapais le cahier et l'ouvrais.

«Je sais même plus ce qui faut faire pour être calme quand je suis

dans la même pièce que lui. Qu'est-ce que Maman lui a trouvé ?

Je crois pas qu'un jour on pourra s'entendre. Il est vile et cruel.

Les trois quart du temps, même si ça me tue, je hais mon père pour

nous avoir abandonné. J'peux pas lutter contre la mort elle-même,

si Elisabeth doit partir à cause de son cancer, y aura plus grand chose à faire.

Marcus serait légalement mon responsable. Je crois que y a rien de pire que ça.

Mourir me serait encore plus agréable. ''Tu es un idiot, Edward. Tu devrais grandir, Edward. Lâche ta mère Edward. Va t'enfermer dans ta chambre, Edward, c'est le seul

endroit où t'emmerdes personne.'' Le plus con dans cette affaire, c'est pas lui, c'est moi.

Je me sens de plus en plus con à écrire dans un cahier au lieu d'ouvrir ma gueule.

Mais à part blesser Elisabeth, ça servirait à quoi ? Je hais cette vie-là ! Bella, c'est

ma bouée. J'aurais aimé avoir Carlisle comme père. Il sait prendre soin de ses gosses.

Je crois pas l'avoir vu rejeter Emmett une seule fois juste parce qu'il est le fils d'Esmé.

Ils passent du temps ensemble, vont à des matchs tous les deux.

C'est quand la dernière fois que j'ai été autorisé à regarder la télé en même temps que Marcus sans me prendre des insultes dans la gueule ?»

BINGO ! Ca, ça allait directement rencontrer mon papounet ! Je retournais à la fenêtre et apercevais Jasper qui fixait la rue.

- Attrape !

Je lançais le cahier et il le réceptionnait. Je passais par la fenêtre et prenais appui sur la grosse branche.

- Fais attention Alice ! Va pas nous péter ta jolie petite gueule tu veux ?!

Ma jolie petite gueule ? WOOOOW ! Je manquais de m'en casser la figure, râtant mon appui. Je glissais et me rapais le molet. Jasper courrait vers moi.

- Fais gaffe ! Vas-y c'est bon, passe ton autre jambe, j'te tiens !

Je sentais sa main sur ma jambe et me laissais tomber dans ses bras.

- Ca va ? Tu t'es fait mal ?

- Non c'est bon, je suis juste écorchée ! On se tire par derrière !

Nous partions dans l'autre sens en courant pour sauter la haie et rejoindre la voiture de Jasper garée deux rues plus loin.

Une fois à l'abri, je remarquais du sang sur mon pantalon beige.

- Tu t'es fait mal ?

Je regardais. C'étaient deux petites coupures mais ça brûlait et grattait un peu !

- Non ça va... un peu de désinfectant et après tout rentrera dans l'ordre !

- Attends...

Il se contortionnait vers le siège arrière et attrapait une bouteille d'eau. Il extirpait un mouchoir de la boîte à gants et ouvrait la portière pour imbiber le mouchoir d'eau. Il me le posait sur le mollet avec une délicatesse dont je ne l'aurais jamais soupçonné. Il était tendre dans ses gestes et l'eau me faisait du bien...

- Je te fais pas mal ?

- Non... Au contraire... Merci...

Je croisais son regard brièvement mais il le détournait rapidement avec un léger sourire. Mes entrailles tournaient et se retournaient en moi... c'était comme si, pour la première fois, il n'y avait plus de barrières d'aucune espèce entre nous... Après un silence, il eut un plus large sourire avant de rire.

- Pourquoi tu rigoles ?

- Tu réagirais comment si je te disais que t'as oublié un poil en te rasant là ?

- QUOIIII ????

Je regardais où il y avait son doigt et il éclatait de rire.

- J'en étais sûr !

Mais c'est même pas vrai en plus j'me suis épilée à la cire !

- Ah ha ha... j'suis morte de rire, Cullen !

Il continuait de rire en allumant le moteur.

- Oh mais moi aussi !

..::..

Point de vue de Rosalie.

- Vous êtes enceinte ! La prise de sang est positive !

On va avoir un bébé ! ON VA AVOIR UN BEBE !

- Tenez vos analyses...

- Merci ! Oh bon sang oui merciii !

Je me précipitais hors du cabinet d'analyses médicales, mes feuilles en main. Mon coeur battait une chamade effrénée... On va avoir un bébé ! Je conduisais jusqu'au magasin de sports des Newton, à la sortie de Port Angeles.

- EMMETT ! EMMETT !

Il sortait de la réserve, un carton dans les bras.

- EMMETT !

- Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ?

- On va avoir un bébé !!

- Hein ?

Je ne pense pas qu'il y ait plus beau visage que le sien lorsqu'il a compris... Son large sourire se dessinait et ne faisait qu'augmenter le mien. Je n'avais envie que d'une chose : le sentir me serrer contre lui. Il se précipitait sur moi et me faisait tournoyer dans ses bras.

- Un bébé ? On va avoir un petit chouineur ou une pisseuse ? Pour de vrai ?

J'acquiessais.

- PUTAIN J'VAIS ETRE PAPA !

Il me relâchait et courrait dans le magasin.

- Heh Mikey ! J'vais avoir un bébé !

Le fils Newton se fit écraser dans l'étreinte de mon mari. Mrs Newton sortait du magasin pour venir me féliciter.

- Prenez votre journée, Emmett ! Allez profiter de cette annonce ! c'est cadeau !

- Merci ! Merci beaucoup !

Emmett m'entraînait dans la voiture et m'embrassait à perdre haleine.

- On leur dit aux autres ?

J'acquiessais.

- J'aimerais le faire tant que Jasper est encore à la maison...

- Alors ça roule on va leur dire ! Ton père et ma mère bossent pas en plus !

Nous nous dirigions à la maison, impatients. Ils allaient faire de ces têtes ! Et Karlyne... Elle allait être tatie à un an tout juste ! Elle pourrait jouer avec notre enfant... et ils iraient en boite ensemble et compagnie ! La situation prêtait vraiment à sourire... même si au début j'avais été troublé de la grossesse d'Esmé après 40 ans, c'était comme si je comprenais pourquoi elle l'avait gardé malgré les éventuels risques... Nous entrions dans la maison et trouvions Bella assise au sol devant le canapé, à côté de Jasper qui jouait de la guitare. Elle avait sa tête appuyée sur l'épaule de mon frère et regardait les cordes bouger. Voir son visage si triste me fendait le coeur... Emmett et moi échangions un regard et un soupir. Je savais ce qu'il pensait ! Il en voulait à Edward ! Il avait été déçu de le voir abandonner la partie. Il l'avait traité de lâche quand il avait su et avait juré de lui faire comprendre qu'il n'avait pas le droit de briser notre soeur. J'avais dû m'employer à lui faire remarquer, avec l'aide d'Esmé et Carlisle, qu'Edward n'avait pas fait ça par plaisir.

- Ah ben vous êtes là ? demandait Jasper

Bella relevait la tête et ses yeux étaient un peu humides. Elle m'adressait un petit sourire et je m'approchais d'elle pour la serrer dans mes bras. Elle avait refusé de me parler de ce qui s'était passé...

- Papa et Esmé sont là ?

- Ils sont dans le jardin je crois... pourquoi ?

- On a une grande nouvelle à vous annoncer !

Jasper ouvrait la fenêtre pour appeler nos parents qui s'empressaient de rentrer.

- Voilà... Vous allez avoir un nouveau membre à gâter... On attend un bébé...

C'était à prévoir, une foule d'étreintes nous emportait et Esmé se mettait à pleurer. Après nous avoir félicité, ma petite soeur se dirigeait vers la cuisine.

- Je vais chercher à boire... murmurait Bella

- Pas d'alcool pour la future maman ! souriait Emmett

- Ouais, je sais...

Je tombais dans les bras de mon père. Il posait ses mains sur mon ventre avec un large sourire quand on entendait un verre tomber au sol. Je reportais mon attention à la cuisine, où on voyait Bella se pincer l'arrête du nez en soufflant fortement.

- Ca va chérie ? demandait Esmé

Elle ne répondait pas et attrapait deux verres sur le plan de travail qui lui échappaient aussi des mains. Sa maladresse chronique...

- PUTAIN MAIS C'EST PAS VRAI MERDE !

Elle attrapait le dernier verre et le balançait sur le sol dans un grand fracas, visiblement très énervée. Il se brisait et elle claquait la porte du placard avant de passer devant nous et de monter rapidement à l'étage...

Je grimpais les marches à mon tour pour la trouver dans sa chambre, assise au sol, la tête entre ses bras.

- Je suis là Bella...

Elle relevait la tête vers moi et alors que je m'asseyais près d'elle, je l'attirais dans mon étreinte, sentant ses larmes rouler contre mon cou.

- J'suis contente... pour vous deux...

- Je sais chérie... Allez calme-toi... Shhh... c'est rien...

- Pardon de... gâcher ta joie... j'suis égoiste... Je sais pas ce qui m'a pris... Je suis désolée...

Elle respirait fortement et laissait couler de nombreuses larmes.

- Mais non chérie... T'en fais pas... On a encore huit mois pour fêter tout ça...

Elle m'adressait un petit sourire mais retombait bien vite dans sa peine. Il lui manquait vraiment beaucoup... beaucoup trop...

..::..

Point de vue d'Edward.

- Je te laisse là cinq minutes, je dois aller faire un plein d'essence...

Jerry s'en allait et je me retrouvais seul ici. Dans ce cimetière... face à mon père... Jamais je n'avais été aussi proche de lui qu'en cet instant. Je me sentais un peu idiot à être debout et à fixer le marbre gris. Je m'asseyais sur les graviers, face à la tombe. C'était un sentiment très étrange... Quinze ans qu'il est là...

Pour la première fois, c'était comme si j'avais envie de faire exploser cette tombe pour le voir. Morbide... mais j'avais besoin de mon père... Je maudissais cette idée qu'un gros con ait pu tirer sur lui par accident ! Je maudissais aussi mon grand-père qui avait fait de deux de ses fils des militaires. C'était presque lui qui les avait condamné à mourir. Qui avait fait en sorte qu'ils reposent tous les deux côte à côte dans deux tombes séparées. Anthony Cullen. Edward Cullen. Ca... c'était étrange... Je m'appelais Edward, je m'appelais Anthony.

C'était bizarre de se retrouver là... J'éprouvais tout et je n'éprouvais rien à la fois. Un vide devant ces deux personnes que je n'ai pas connu, et l'obligation de me sentir compatissant et éprouvé face à eux deux... Sur la tombe de mon père, il y avait une photo que je n'avais encore jamais vu. Un soldat fier et souriant, en tenue, le regard long et un léger sourire en coin. Etait-ce là un reflet ? Les paroles d'Elisabeth prenaient soudain un sens plus concret. Je lui ressemblais... vraiment !

« Au mari, au père, au sergent »

Il avait été tout ça, et sa vie s'était arrêtée là. Comme ça. Un tir, une balle, une douleur, un dernier souffle. Point final. Avait-il souffert ? L'histoire ne le raconte pas ! Tout ce que je savais de lui, c'était ça : un soldat professionnel jusqu'au bout des ongles, un mari exemplaire et dévoué, un bon père. Et ce maudit accident. Qu'est-ce qu'il avait fait de sa vie avant, à part se prendre des torgnoles dans la gueule par son père ?

J'entendais les graviers crisser derrière moi et je savais que Jerry revenait.

- Salut les caïds !

Il leur parlait... Est-ce que ça lui faisait du bien ? Je me relevais pour l'aider. Il apportait un arrosoir et deux pots de fleurs. Il était le seul qui restait dans la famille à entretenir les tombes !

- Tiens, tu peux mettre ce pot là pour Anthony et l'autre à ton père ?

J'attrapais les pots et les plaçais sur les sépultures. Jerry s'activait à retirer les feuilles tombées sur le marbre.

- Pffff ! regarde-moi ça ! Je suis passé y a trois jours et c'est un vrai chantier encore ! Ce putain de vent a tout balayé !

Il était un peu cru le tonton ! Est-ce que Anthony et Edward avaient été pareils ?

- Oncle Jerry ?

- Ouais ?

- Comment ils étaient dans la vie ?

Il tirait sur un pot avant de me répondre.

- Anthony a toujours été un dur à cuire ! Dès qu'il y avait une bagarre, fallait pas demander qui en était l'initiateur ! C'est pour ça que ton grand-père l'a toujours favorisé par rapport à nous. Anthony a toujours voulu rentrer dans l'armée. Il a tout sacrifié pour y arriver, y compris sa vie ! Il n'a jamais vraiment eu de petite copine et de choses dans ce gout-là ! Je crois que s'il avait eu quelqu'un, il aurait peut-être mis un peu moins de coeur à l'ouvrage et serait encore parmi nous... Il était assez robotisé. Assez dur. Il se gênait pas pour te dire d'aller te faire foutre !

Il avait été seul et était mort sans avoir aimé...

- Et Papa ?

- Ton père c'était différent. Il me rejoignait un peu sur l'idée de pas vouloir entrer dans l'armée. Finalement, quand il a vu que ton grand-père m'a viré de chez moi parce que je voulais pas passer l'armure de guerre, je crois qu'il a pris peur et s'est endurci ! En plus, je crois qu'il pensait que ça allait séduire ta mère l'uniforme !

Il esquissait un petit sourire.

- C'est une idée un peu dingue, non ?

- Sûrement oui ! Enfin toujours est-il que quelques mois après son premier entraînement, il est revenu avec ta mère au bras ! L'amour rend con tu sais !

Je ne pouvais m'empêcher de sourire. Quand je repensais à Alice, prête à se pavaner pour un regard de Jasper, ou moi prêt à renverser des montagnes pour Bella, je me disais qu'il n'avait pas tout à fait tord !

- Je sais ça...

- Si tu tiens de ton père, elle a dû en profiter ta minette !

- Non... Pas Bella... Elle est pas comme ça !

- Ta mère n'est pas comme ça non plus...

Ma mère... dire qu'elle devait appeler ce soir... ça me faisait flipper ! J'allais sûrement me faire sermoner ! Sous la coupole de Marcus, elle était manipulée... Penser comme lui, parler comme lui...

- En tout cas, ton père a aussi fait comme toi !

- Quoi ?

- Un jour, avant de partir sur sa première grosse mission, il a pris peur et a quitté Elisabeth «pour qu'elle ne souffre pas...»...

Vraiment ? Il avait fait ça ?

- Et ?

Jerry se mettait à rire et me tapotait l'épaule.

- Et ben la suite tu la connais fiston, il a dû revenir puisque tu es là avec moi !

J'étais sur le cul ! Lui aussi avait fait ça ? Il repositionnait un dernier pot sur la tombe de mon oncle Anthony et se signait.

- On y va gamin ? Il faudrait que je fasse deux trois trucs dans le jardin ! On reviendra demain si tu veux...

- Ouais...

Je me signais aussi et regardais une dernière fois les tombes. Finalement, je ressemblais beaucoup plus à mon père que ce que je croyais...

En revenant du cimetière, je passais par la chambre et tombais sur la photo de Bella. Ca me tordait le coeur... j'étais parti, la rendant triste et malheureuse... mais je savais aussi que je l'aurai faite souffrir si elle était restée avec moi... dans les deux cas, notre histoire était dans une impasse... L'après-midi, je la passais avec mon oncle et ma tante à jardiner et à entretenir leur propriété. J'étais devenu un pro à force d'avoir effectué ce genre de tâches chez les Cullen... passer la tondeuse, la débroussailleuse, tailler les haies... Tout me ramenait à eux... et à elle... son visage et sa douceur... ses baisers et ses caresses... sa tendresse et sa légèreté...

Je devais lutter contre moi-même et le plus profond de mon coeur... j'avais envie de lui envoyer un texto... d'appeler, même pour juste entendre sa voix sur sa messagerie... mais je ne devais pas ! J'avais promis à Carlisle que Bella pourrait avoir un homme, un vrai ! Pas moi... Même si j'aurai tout tenté pour être digne d'elle, je savais que je n'en étais pas capable... parce que je suis un bon à rien... une merde... un type indigne d'elle !

.

Quelque chose me secouait l'épaule.

- Edward !

Je sursautais. Je m'étais endormi dans la chambre. Le réveil indiquait 20H22... Elena était à côté du lit et elle me tendait le téléphone.

- C'est ta mère...

Elisabeth... Elisabeth qui m'a foutu dehors... Elisabeth, la femme de Marcus... Elisabeth, ma mère... J'attrapais le téléphone. Elena me souriait et sa main passait dans mes cheveux en un geste affectueux... comme le faisait si souvent Bella quand quelque chose me tracassait...

- Sois gentil et parle-lui, ne serait-ce qu'une minute ou deux... Fais un effort...

J'acquiessais et portais le téléphone à mon oreille pendant que ma tante quittait la pièce. Mes entrailles se nouaient... c'était la première fois que je lui reparlais depuis l'incident...

- Oui ?

«Edward ?»

- Oui Elisabeth...

Un silence au bout du fil.

«Est-ce que... est-ce que tu vas bien ?»

Il est temps de s'en inquiéter ! Doucement... Elle fait le premier pas... je n'en aurais jamais attendu autant !

- Oui... et toi ?

«Ca va... »

Je ne savais pas quoi dire... Sa voix m'indiquait clairement qu'elle aussi appréhendait cette discussion.

«Jerry et Elena vont bien ?»

- Oui...

Il y eut un nouveau silence entre nous.

- Et ton traitement... tu... l'as recommencé ?

«Non... D'ici une semaine... j'ai de la radiothérapie...»

- D'accord...

Encore une fois, le calme prédominait.

«Edward... je voulais te dire... je suis désolée pour ce qui s'est passé et... j'ai agis sous le coup de la colère... j'ai pas pensé que... Bella a raison... c'est de ma faute...»

- Stop ! Elisabeth ! Stop... Ne parle pas... de... Bella et moi c'est fini et... trop de choses ont été faites... Je suis parti pour oublier Marcus et tout ce qu'il m'a fait subir ! Ne me le rappelle pas !

«Je sais chéri... je ne m'attends pas à ce que tu me pardonnes... mais je voulais que tu saches à quel point je regrette d'avoir été cette mère pitoyable qui n'a pas su voir ce que traversait son fils et qui l'a amené à quitter la maison et la ville et Bella... Je l'ai compris quand je l'ai vu... Elle était si mal...»

Bella avait mal... même loin d'elle je la faisais souffrir... J'avais pourri sa vie... Dans mon ventre, une boule grossissait et je me sentais vraiment mal d'un coup. Je n'aurais jamais dû entrer dans sa vie ! J'étouffais.

- Je vais raccrocher Elisabeth... je... j'ai besoin de temps...

«Je comprends... Est-ce que... tu pourras ou voudras me rappeler bientôt ? Enfin si...»

- On verra. Je vais me coucher, je suis fatigué...

«D'accord... Bonne nuit Edward...»

- Merci... Toi aussi !

«Edward ?»

- Hum ?

«Je t'aime...»

Je ne pouvais empêcher une larme de rouler sur ma joue. Comment tout ça avait pu se produire ? Je détestais Marcus pour toujours ! Il avait gâché ma vie, ma relation avec ma copine, ma relation avec ma mère...

- Au-revoir...

Je raccrochais et quittais la chambre pour ramener le combiné. Jerry et Elena étaient dans le salon et me regardaient. Aucun d'eux ne prononçait un mot et je retournais dans ma chambre pour me rouler en boule sous la couette. Bella souffrait... et l'idée m'était insupportable... Je ne pouvais strictement rien y faire... Et mon ventre se tordait trop douloureusement. Elle occupait chaque instant de moi... Elle avait été la créatrice de mon bonheur, mon premier «je t'aime «... Elle aussi me l'avait dit... Et je savais qu'elle m'aimait sincèrement. J'avais tellement mal de ne plus le lui dire en face... c'était comme si une lame me déchirait, centimètre par centimètre, lentement, douloureusement... Si Bella éprouvait la même chose, c'était ma responsabilité... si elle avait aimé me dire ces trois petits mots, je l'en avais privé... A chaque minute, tout se prouvait : je suis un monstre...

Elisabeth non plus ne semblait pas au meilleur de sa forme... Est-ce que médicalement parlant, toute cette histoire pourrait avoir un impact sur son cancer ? Après tout, elle restait ma mère et je ne pourrais jamais oublier tout ce qu'elle avait fait pour moi... Elle ne pouvait pas mourir... pas comme ça !

Il me fut difficile de fermer l'oeil cette nuit-là et les suivantes... Je n'avais pas su me battre... j'avais tenté d'affronter Voltero avec un bâton en bois qu'il s'était empressé de brûler immédiatement... Quoi que je tente, je n'aurais jamais la force de mon père... Cet homme dont la photo trônait au-dessus de la tête de lit me ressemblait en tout point. Mais aujourd'hui, je me sentais minable, indigne d'avoir ses gènes... Que pensait-il de moi là-haut ? Rien de bon, probablement...

**

Les jours passaient, au ralenti. Je retournais tous les jours voir mon père et mon oncle au cimetière... Des fois avec Jerry, des fois sans lui. Mon oncle m'apportait beaucoup et lui et ma tante faisaient tout pour que je sois à l'aise chez eux mais je n'y arrivais pas. Un étranger à Port Angeles, un étranger à Chicago... est-ce que c'était ça ma vie, ne pas trouver mon chemin ?

La photo de Bella me narguait. Ma place avait été près d'elle... Je ne savais qu'une seule chose, une évidence : ma place était dans ses bras. Peu importe la ville, peu importe l'endroit ou le jour, l'heure, la minute, la seconde, qui était là et qui ne l'était pas... elle me manquait... Chaque respiration me brûlait à l'intérieur. J'attendais de me consumer, mais ça ne venait jamais... J'avais perdu ma seule évidence ! J'aurais aimé réagir... me sortir de cette léthargie qui m'envahissait chaque jour un peu plus... mais j'en avais même pas envie. Vous savez cet instant parfois dans une vie qui fait que vous n'avez envie de rien... J'avais l'impression qu'il avait élu domicile dans mon propre esprit. Et j'avais vraiment honte... Honte d'imposer ça à ma tante et mon oncle ! Honte de devoir aller pointer au commissariat de Chicago pour qu'ils envoient un rapport à Port Angeles ! Honte de n'être qu'un zombi et de ne prendre qu'un repas sur deux sans avoir envie de vomir ! Honte de les faire s'inquiéter parce qu'il m'arrivait de faire des cauchemars la nuit !

Ce matin, j'entrais dans la cuisine en bas de pyjama et en tee-shirt. Elena était affairée en cuisine, préparant trois bols. Elle se tournait vers moi.

- Bonjour Edward !

- Bonjour Elena...

J'avais mal au crâne...

- Tu aurais un cachet contre le mal de tête ?

- Pourquoi ? Tu ne te sens pas bien ?

- J'ai juste mal à la tête... j'ai pas beaucoup dormi...

Elle soupirait et partait à la salle de bains pour revenir avec un médicament.

- Merci...

Elle me versait un bol de café.

- Tu veux des toasts ?

- Non merci, j'ai pas faim...

Elle s'asseyait face à moi.

- T'as rien mangé hier soir et hier midi tu t'es contenté de deux cuillères de carottes râpées et d'un oeuf dur... Tu vas pas me faire croire que t'as pas faim !

Et pourtant, c'était le cas... Tout ce que je prenais me restait sur l'estomac... et cette odeur de café qui m'envahissait ne me plaisait guère plus...

- Non ça va... je me sens patraque...

- Edward... Ca fait trois semaines que «tu te sens patraque»... Tu veux pas aller au médecin ?

- Non c'est rien... ça doit être les événements actuels...

Elle soupirait et avalait son café. Je ne voulais pas lui faire de peine et la vexer...

- Je suis désolé Elena...

Elle se retournait vers moi et m'adressait un pâle sourire avant de quitter la cuisine. Quand je sortais pour aller au salon, elle discutait avec mon oncle.

Après le déjeuner, Jerry s'éclipsait. J'aidais ma tante à faire un peu de ménage. Elle venait de me tendre une raclette à vitres, parce qu'ils avaient des baies vitrées et qu'elle n'atteignait pas le haut. J'étais toujours aussi doué, ce qui amusait beaucoup Elena ! Je me sentais nostalgique, à repenser à toutes ces fois où j'avais dû faire preuve de mes «talents» devant Bella et ses parents... Puis, je nettoyais le meuble du buffet et regardais la photo de mariage de mon père et de ma mère. Ils avaient l'air si heureux... Elisabeth souriait pleinement, les yeux pétillants dans sa robe blanche et mon père semblait fier comme un paon ! Jamais je n'avais vu ça sur la photo de mariage d'Elisabeth et Marcus... Aucun des deux ne souriait sur ce cliché dans le salon dans mon ancienne maison... Elle avait aimé mon père. Plus que tout !

- Ils étaient amoureux...

Elena s'approchait et passait sa main sur mon épaule.

- Oui... Enormément... Tu as été leur plus beau cadeau... C'était toujours un déchirement pour ton père de partir en mission... et quand tu es arrivé, il avait même envisagé de se retirer de l'armée pour rester avec vous...

Si ça s'était passé comme ça... on serait encore tous les trois... j'aurais p'tètre même des frères et soeurs...

- Il a voulu diriger cette dernière mission... malheureusement...

Je ne pouvais m'empêcher d'admirer le courage de mon paternel.

- Il était courageux de faire tout ça... murmurais-je.

La porte claquait et je me retournais vers l'oncle Jerry qui était revenu. Il s'approchait de moi et me tendait une pochette bleue. Je ne pouvais retenir mes tremblements... la dernière fois que j'avais vu une pochette comme ça... c'était il y a bientôt un mois...

- Dis donc gamin, la chose la plus difficile que ton père a fait dans sa vie, ça a été de dire à ta mère qu'il l'aimait et qu'il la voulait pour toujours ! T'es peut-être pas aussi courageux que lui pour partir fusil au bras et faire la guerre, mais t'as au moins autant d'intégrité et de sincérité pour aller dire la même chose à ta nénette !

Que...

- Ton vol décolle demain matin à 6H27 précises ! Ta tante et moi viendrons te voir d'ici quinze jours trois semaines. Je veux que tu me la présentes !

Un billet retour... Jerry m'a acheté un billet retour... Elena souriait.

- On sait que tu l'aimes et apparemment, elle t'aime aussi beaucoup ! Alors fonce Fiston ! Si t'as un truc à faire dans ta vie, c'est d'aller la récupérer ! Bats-toi pour elle, si tu ne le fais pas pour toi ! Pour elle et pour te faire un avenir au soleil !

- Jerry...

Je ne savais pas quoi dire...

- Merci !

Ce fut alors comme si un énorme soleil m'emplissait le coeur. Comme si tout redevenait possible...

- Va la récupérer pour lui dire tout ce que tu ressens ! J'ai aimé ta tante à peu près à ton âge et regarde-nous : 33 ans de mariage, cinq enfants et toutes nos dents ou presque... ça vaut pas le coup ?

Si... OH PUTAIN OUI ! Je voulais tout ça ! Je voulais ce mariage, ces enfants... Bon... Peut-être pas cinq... Je voulais un mariage. «Dans ce rêve, je lui disais oui pour la vie...» Bella avait marqué ça dans son cahier... Elle l'avait voulu aussi, tout comme moi !

***

Le taxi se garait devant chez les Cullen. Retour à la case départ... Un millier de doutes m'avait assaillis pendant tout le trajet. Si j'avais suffisamment blessé Bella et qu'elle ne veuille plus de moi ?? Je l'aurais cherché ! Mais j'avais appris une chose : si je voulais ressembler à mon père, je devais apprendre à avoir des couilles et à me battre pour ce que je voulais avoir ! Papa l'avait fait ! Et quelqu'un avait décidé que je lui ressemblerais... Tant pis si je devais me faire renvoyer chier ! J'irais me mettre à ses pieds !

Je sortais mon sac et payais le taxi. Je posais ma main sur le portail pour le pousser. Ce grincement m'avait manqué... Nous étions dimanche et il était 10h50. Comme tous les dimanches, quand je venais travailler ici et que les parents de Bella étaient à l'église... Je toquais contre la porte mais personne ne me répondait. Merde ! Machinalement, en posant ma main sur la poignée, j'entendais le loquet céder. Elle n'était pas fermée...

J'entrais dans le couloir et la tête me tournait. J'étais presque un voleur... j'ignorais ce que j'allais vivre d'ici quelques secondes... c'était la première fois que je faisais quelque chose sans réfléchir... Mais c'était pour Bella... La maison était silencieuse ou presque... j'entendais comme une petite plainte émanant du salon. Je passais la tête et apercevais ma Bella allongée sur le ventre sur le canapé, son corps secoué de spasmes, sa tête enfouie dans ses bras. Elle souffrait... et ça me déchirait le coeur... je savais que j'étais responsable de ces larmes qui la torturaient... Alors, lentement, la peur au ventre, le coeur battant avec force et les idées tourbillonnantes me faisant presque perdre l'équilibre, je m'approchais, en silence. Elle pleurait et gémissait... je ne pouvais plus la laisser comme ça... J'avais merdé ! Je devais réparer ! Je posais alors ma main sur son épaule discrètement.

- Bella...