Je passe le reste du week-end à dévorer Hemingway. Le lundi arrive comme une fatalité déplaisante.
A huit heures, je me gare dans le petit parking du lycée et me dépêche de rejoindre le cours de biologie pour éviter la pluie – comme d'habitude. Les nuages se déversaient 300 jours sur 365 ici et septembre n'échappe pas à la règle.
Je prends place à côté de mon silencieux partenaire, sans le regarder. Je meurs d'envie de lui demander des nouvelles de sa mère mais puisqu'il « juge les habitants de Forks trop sévèrement »…
-Bonjour, permets-moi de me présenter. Je suis Edward Cullen.
Je me retourne vers lui, ahurie. Il vient de me parler là !
-B…Bonjour, balbutiai-je, encore sous le choc.
-Je voulais te remercier d'avoir aider ma mère samedi. C'était… très gentil.
Et en plus, il me remercie ! Je me retiens à la table de peur de tomber à la renverse. Je lève mes yeux vers les siens.
Waouh ! Ce regard, pénétrant, troublant. Ses prunelles caramels, une couleur lumineuse, magnifique. Je reste scotchée quelques secondes avant de me ressaisir.
Dis quelque chose, Bella où il va te prendre pour une idiote.
-Il n'y a pas de quoi, murmurai-je en baissant les yeux. Comment va-t-elle ?
-Bien. Fort heureusement, elle sait s'administrer correctement son traitement. Mais elle doit beaucoup se reposer. Elle m'a demandé de te donner quelque chose pour te remercier.
-Rien du tout ! m'exclamai-je, un peu furieuse. De toute façon, c'était sur mon chemin. Et puis ta mère est charmante. Elle a de la conversation, elle !
Celle-là, ça fait un moment que j'avais envie de lui lancer à la figure. Ce n'est pas parce qu'il est aussi mignon qu'il doit se prendre la tête et être malpoli.
Il n'est pas fâché. Au contraire, il m'adresse un petit sourire moqueur. Alors, là, il est carrément à tomber. Je sens la chaleur me monter aux joues.
Calme-toi Bella, on n'a pas idée de se mettre dans des états pareils pour un garçon qui t'a royalement ignorée durant une bonne semaine.
PDV Edward
Elle a de la répartie.
Sa réflexion, je l'ai bien méritée. Je n'y réponds pas et lui fais un grand sourire.
-Tu ne peux pas refuser, Bella. Ton cadeau est dans ma voiture. Et ma mère serait vexée si tu n'acceptais pas.
Elle fait la moue mais finit par acquiescer. Elle est gênée qu'on lui offre quelque chose. C'est un bon point pour elle, ça change des autres.
Je lui donne rendez-vous cet après-midi à quinze heures sur le parking pour le lui remettre et nous écoutons le prof prodigué son cours.
Je jette un coup d'œil de temps en temps vers elle.
Ma mère a raison : Bella est vraiment très mignonne. Je ne l'avais pas remarqué auparavant mais elle a une beauté naturelle, sans fard, sans ces tonnes de maquillage que s'étalent généreusement les filles en s'imaginant qu'elles sont plus jolies.
J'entends quelqu'un se racler la gorge derrière moi. Je me retourne. Un blondinet un peu joufflu me fait des yeux méchants. Comment il s'appelle déjà cet abruti. Ah oui ! Mike Newton!
Tiens, tiens, c'est qu'il serait jaloux !
Mike a la réputation d'attirer toutes les filles du lycée sous prétexte que c'est un californien. Il doit tenir ça de sa mère. Mme Newton se tape tous les clients qui rentrent dans son magasin de sport. Elle avait eu une fois allumée ouvertement mon père. Elle s'était faite dire ses quatre vérités et elle n'avait jamais retenté l'expérience.
Mais il n'aura pas Bella. De toute façon, elle est trop intelligente pour se faire avoir par son discours «surf, sun et sexe ».
Elle mérite mieux que ça.
Je lui rends un sourire carnassier et retourne à mes cours.
Je la retrouve l'après-midi dans le parking, accolée à sa voiture, une fiesta vieillissante. Elle a choisi une voiture sûre : j'en déduis que c'est une fille raisonnable. Je lui fais signe de la main de me suivre et je l'attire vers ma Volvo grise rutilante. J'ouvre le coffre et sors une boite en carton que je lui tends.
Elle l'ouvre et semble surprise. Une tendre sourire éclaire son visage. Je reste fascinée par l'émotion qu'elle dégage. Cette fille a vraiment quelque chose. Elle est très sensuelle et d'une beauté extraordinaire.
Et elle ne s'en rend même pas compte.
-C'est la boite à musique que j'avais vu dans le magasin d'antiquité. Comment a-t-elle fait pour l'avoir un week-end?
-Ma mère dégote des antiquités rares et les revend à des magasins. Le propriétaire est un de ses clients.
Elle ouvre délicatement le couvercle et Debussy commence sa sonate. Un peu trop saccadé à mon goût mais Bella semble appréciée. Elle ferme les yeux quelques secondes.
-Je ne peux pas accepter, dit-elle finalement en refermant la boite et en me la tendant. Ca a du lui coûter une fortune.
En réalité, ma mère n'a pas déboursé un sou. Elle l'a négociée contre quelques pièces intéressantes que l'antiquaire voulait acquérir.
Mais Bella est têtue et je ne suis pas certain qu'elle croira à cette vérité. Je réfléchis à la meilleur façon de la persuader et j'opte pour l'humour :
-Pitié Bella, je vais devoir garder cette antiquité dans ma chambre si tu ne l'acceptes pas. Toi apparemment, tu sembles apprécier les vieilleries – je pointe du menton sa voiture-. Alors rends-moi service et garde-la.
Elle me jette un regard noir mais je garde le sourire. Elle est amusante quand elle tente d'être en colère.
-Tout le monde n'a pas les moyens de s'offrir la dernière voiture à la mode, MONSIEUR Cullen, s'emporte-t-elle. Alors garde tes réflexions mal placées pour toi. Et sache que je l'aime bien, ma petite voiture. Elle a du caractère et je la chouchoute.
Elle veut sortir les griffes mais elle ressemble plus à un petit chaton. Je me retiens de pouffer.
-Ce n'est pas en lui faisant faire deux fois par jour le trajet entre chez toi et ici que tu vas la préserver. Les voitures n'aiment pas les trajets courts, tu l'ignorais
-Désolée mais ma trottinette est tombée en panne ce matin.
Elle m'adresse un sourire moqueur puis soupire et reprend finalement le cadeau.
-Tu remercieras ta mère pour moi. C'est un chouette cadeau. Elle n'aurait pas du.
Je la regarde s'éloigner. Alice et Jasper me trouvent planté là quelques minutes plus tard, encore dans mes pensées.
-T'as vu un fantôme ou quoi ? s'exclame Alice avant de s'installer sur le siège passager pour que je la ramène.
Non ! J'avais vu un soleil !
