Chapitre 2

Alice nous fit entrer dans un énième magasin pour me faire encore essayer une dizaine de fringues et finalement n'en acheter aucune. Ou peut-être une, pour faire plaisir à mon amie. Décidément, elle était pire que dans mes souvenirs. Je repensai à la veille.

La soirée de la veille avait été mouvementée. Charlie et moi avions été invités chez les Cullen. Esmée m'avait chaleureusement souhaité la bienvenue, et Carlisle n'avait pas changé, toujours aussi bienveillant et incitant à la sincérité. En somme, j'avais passé une excellente soirée, notamment parce que j'étais placée à côté d'Edward.

Alors que nous sortions de la boutique, Alice chargée d'une dizaine de sacs et moi ne portant que trois malheureux sachets (j'avais échappé au pire), elle m'annonça en sautillant comme à son habitude :

-Au fait, ce soir on va au cinéma !

-Au cinéma ?? Euh, Alice, je ne sais pas trop, protestai-je. Charlie m'attends sûrement pour que je lui prépare à manger, après tout je viens d'arriver et il veut peut-être passer du temps avec moi…

-Bella !m'interrompit Alice. De un, mes parents téléphoneront à Charlie pour le prévenir et l'inviter chez eux. De deux, tu vas vivre avec lui, il te verra jusqu'à ne plus te supporter. De trois, nous sommes en vacances, la rentrée est pour après-demain, il faut donc en profiter. Et de quatre…Emmett et Edward nous accompagnent.

La seule mention du nom d'Edward me fit changer d'avis. J'acquiesçai frénétiquement, un grand sourire me traversant le visage :

-Quelle heure ? Quel film ? Où ?

-Je me demande ce qui t'a fait changer d'avis si facilement, insinua Alice, un sourire moqueur sur le visage.

Je rougis instantanément, détournant le regard. Mais pourquoi réagissais-je ainsi quand il s'agissait d'Edward ? Question pas si difficile que ça…J'avoue qu'il m'avait tapé dans l'œil…

-Mmm…D'ailleurs, c'est Edward qui a proposé cette soirée cinéma…

Je fus immédiatement toute ouïe. Alice semblait prendre du plaisir à me taquiner et…on aurait dit qu'il y avait sur son visage comme de la joie à l'idée d'une « potentielle » relation entre son frère et moi…Non ! Je ne devais pas déraper !

-Au moins, continua mon amie, tu auras l'occasion de rencontrer les jumeaux Jasper et Rosalie !

-Qui sont-ils ?m'enquis-je.

-Nos petits-amis respectifs, s'enthousiasma Alice. Em et Rose sont ensemble depuis deux ans, et je sors avec Jazz depuis six mois.

J'ouvrais de grands yeux. Ainsi tout le monde était casé ? Sauf Edward, bien sûr…

Une douce voix grave me tira de mes pensées :

-Tu n'as pas trop souffert, avec Alice ?

Je me retournai en sursautant, et me retrouvai nez à nez, au sens littéral du terme, avec le dieu qui me servait de voisin. J'en eus le souffle coupé, mais je m'efforçai de sortir une phrase cohérente :

-Je…J'ai survécu.

-Tant mieux ! Alors on y va, à ce ciné ?continua-t-il en s'adressant à sa sœur.

-Bien sûr, répondit cette dernière. Ils sont tous là ?

-Oui, acquiesça Edward, dans la jeep d'Emmett. Mais il manque deux places, alors j'ai pris ma voiture.

Alice sembla réfléchir un instant, puis déclara :

-Bon ! Dans ce cas, toi et Bella, prenez la Volvo ! Moi, je vais retrouver Jasper !!! Ramène-moi Bella vivante et entière, Ed.

Et elle s'en alla, toute guillerette. Je me retrouvai seule avec Edward, un peu intimidée à cause des insinuations d'Alice. Il m'attrapa la main et nous conduisis jusqu'à sa voiture. Je restai ébahie devant le gris métallisé de sa Volvo. Elle contrastait fort avec le décor monotone vert et gris de Forks.

-Ne me dis pas que tu t'y connais en voiture ?s'étonna Edward.

-Je connais que dalle, mais je sais tout de même reconnaître une belle voiture quand j'en vois une.

-Attention, Bella ! Ce n'est pas une belle voiture !

Je levai un sourcil interrogatif dans sa direction.

-C'est une voiture magnifique, spectaculaire, incomparable !reprit-il théâtralement. En gros, c'est une voiture digne de moi !

-Toujours aussi modeste, à ce que je vois !ironisai-je, en lui donnant un coup de coude dans les côtes, ce qui le fit éclater de rire.

-Tu penses vraiment me faire mal avec tes malheureux petits coudes ?

Il s'approchait malicieusement de moi, je commençai à reculer, doutant de ce qu'il allait me faire subir.

-Non, Edward, ne fais pas ça !

-Parce que c'est toi qui va m'en empêcher ?

Il se jeta sur moi, et recommença à me chatouiller méthodiquement, comme la veille. Je donnais des coups de poing contre son torse musclé, en vain. Je manquai de tomber tellement les chatouilles étaient intenses, mais Edward me prit dans ses bras, un bras sous mes genoux et un autre dans mon dos. Mes joues rosirent délicatement alors que mon visage se retrouvait à dix petits centimètres du sien. Je m'agrippais à sa nuque.

-Alors, qui a gagné ?demanda Edward, victorieux, son souffle chatouillant mon visage.

-A ton avis ?

-Moi, bien évidemment !

-Eh ! Arrête de te la jouer !

-C'est ce que je fais de mieux, alors pourquoi arrêter ?

Je lui redonnai un petit coup de poing dans le ventre, pour la forme, sachant pertinemment que cela ne lui faisait rien, à part augmenter ses rires. Il m'ouvrit galamment la portière passagère, en vrai gentleman, et s'installa au volant.

-Ne penses pas te faire pardonner ainsi, j'aurai ma vengeance, grognai-je.

Tout l'habitacle exhalait son odeur, cette fragrance si personnelle et que j'aimais tant. Je tournai machinalement mon regard vers lui, et ce fut pour remarquer qu'il me fixait lui aussi. Il me décocha un sourire à tomber par terre et démarra à la suite d'Emmett. Le trajet fut très court, nous ne quittions pas Port Angeles. En s'arrêtant devant le cinéma, Edward me posa une question :

-J'espère que tu aimes les films d'horreur…

-Quoi ??? Ne me dis pas que vous avez choisi un tel film !!!

-Désolé, Emmett en raffole…

-Oh nooon, gémis-je.

Edward éclata de rire, je lui lançai un regard noir, et il vint m'ouvrir la portière, en parfait gentleman, toujours.

Nous prîmes du pop-corn à la caisse, trois grands pots. Alice partagerait avec Jasper, Emmett avec Rosalie et moi…avec Edward. Je m'engouffrai avec appréhension dans la salle obscure et, bien évidemment, me retrouvai assise en bout de chaîne à côté d'Edward. La soirée promettait d'être riche en émotions ! Edward positionna le pop-corn entre nous deux puis s'installa confortablement. Le film débuta, une ambiance glauque peu avenante s'installant dès les premières minutes. Pour évacuer le stress, je plongeai la main dans le pop-corn. Au même moment, Edward pris l'initiative d'en prendre aussi. Nos mains se rencontrèrent. Je sursautai lorsqu'un courant électrique me traversa, et surtout je rougis quand nos mains restèrent en contact plus longtemps que nécessaire. Je rencontrai le regard d'Edward, il me souriait de ce sourire en coin irrésistible. Je reportai difficilement mon attention sur le déroulement des images sur l'écran géant, tâchant de suivre l'histoire. Bientôt, je fus captivée par l'intrigue angoissante, et mes mains serrèrent les accoudoirs avec force. Je vis Edward sourire, amusé, et il posa une main réconfortante sur la mienne. Laquelle se détendit aussitôt, et une rougeur flamboyante atteignit mes joues. Ce qui aggrava mon cas, c'est qu'il ne retira pas sa main. Le film continuait, enchaînant des scènes plus horribles les unes que les autres. A chaque passage sanglant, je me recroquevillais et pressais la main d'Edward, qui ne s'en plaignait pas. Au contraire, il semblait apprécier et même s'en amuser. A un moment particulièrement dur, je sursautai comme une démente et agrippai le T-shirt d'Edward alors que lui réprimait un fou rire, mais il m'encercla tout de même de ses bras protecteurs. Je restai dans cette position, et mon voisin semblait ne pas vouloir bouger non plus. Puis arrivèrent les passages déchirants, et là, ça ne rata pas : les larmes se mirent à dégouliner toutes seules sans que je puisse les retenir. Edward sembla amusé, mais il resserra son étreinte en me murmurant des mots réconfortant. Je frissonnai, mais pas à cause de la température de la salle, croyez-moi ! Les derniers instants du film arrivèrent, et les quelques survivants moururent atrocement. J'enfouis ma tête dans le creux du cou d'Edward pour échapper à d'horribles démembrements et autres effusions de sang. Je gémis dans le cou d'Edward, et je le sentis frissonner. Il prit une profonde inspiration et je ne pus m'empêcher de sourire face à sa réaction. Le générique de fin défila, bien trop tôt à mon goût. Je me détachai lentement de l'étreinte d'Edward, mais celui-ci ne semblait pas du même avis. Il me serra contre lui et se leva. Il me portait comme une jeune mariée.

-Eh ! Euh…Edward ?

-Oui ?

-Euh…Tu fais quoi ?

-Je m'occupe d'une pauvre petite fille innocente qui pleure toutes les larmes de son corps devant un film émouvant.

-Ce n'était pas un film émouvant, protestai-je, c'était un film horrible !

-Moi je l'ai bien aimé ! Surtout les passages où tu avais besoin d'être réconfortée…

-Edward !m'écriai-je en le tapant de mon petit poing sur son épaule.

Il rit et enfouit son visage dans mon cou tout en se dirigeant vers la sortie. Je jetai un regard par-dessus son épaule, gênée, et aperçus nos amis derrière nous, dissimulant pour certains un fou rire, pour d'autre un regard attendri, et pour d'autres encore, un sourire moqueur. Je rougis et cachai mon visage dans les cheveux cuivrés de mon dieu grec. Oh mon dieu, comment peut-on être encore plus gênée ?

-Eh les tourtereaux, ne vous bécotez pas trop dans la voiture, on vous attend pour manger !

Voilà. Comme cela. Emmett, je te hais.

Je sursautai lorsque je sentis que l'on m'asseyait. Je relevai brusquement la tête et Edward me décocha un sourire hilare, bien que je visse au fond de ses yeux qu'il était tout aussi gêné que moi.

-C'est de ta faute, marmonnai-je sans grande conviction. Car, il fallait bien l'avouer, ce moment ne m'avait pas entièrement déplu.

Edward ne me répondit pas et s'installa derrière le volant. Il passa le trajet du retour à rire doucement, ce qui eut le don de m'énerver au plus haut point. Il jetait fréquemment des regards dans ma direction.

-Edward, arrête de rire, ce n'est pas drôle. Et puis regarde la route au lieu de me lancer tous ces regards en biais.

-Oui maman ! Tu sais, je suis un grand garçon, je sais conduire, et j'ai le droit de reluquer la fille que je veux.

-Pas quand cette fille ne le veut pas, ripostai-je.

-Cette fille ne le veut-elle vraiment pas ?demanda-t-il, faussement innocent.

Sa réplique eut pour effet de me faire rougir jusqu'à la racine des cheveux, car ce qu'il disait était totalement vrai…enfin, peut-être.

-Mmm ?

Mon silence l'avait surpris, apparemment dans le bon sens. Il reporta son attention sur la route, ayant obtenu ce qu'il désirait, et c'est presque en sifflotant que l'on arriva devant chez lui.

Petit Bonus : POV Edward

Quand Charlie m'avait annoncé que Bella revenait, j'en avis presque bondis de joie. Je me souvenais parfaitement des vacances d'été en sa compagnie. Ces vacances s'étaient ancrées dans ma mémoire comme étant mes vacances les plus vivantes, remplies de joie, et dynamiques. Tout cela car Bella était là. Je ne tenais plus en place le jour où était prévue l'arrivée de Bella. On aurait dit ma sœur, Alice. Je faisais les cent pas dans ma chambre lorsque je vis arriver la voiture du shérif Swan. Mon cœur fit un bond dans ma poitrine et je me précipitai à l'encontre de ma nouvelle voisine. Dès que j'aperçus la silhouette de ma Bella apparaître dans l'embrasure de la porte, je me stoppai net et restai bouche bée. Je ne me serais jamais douté Qu'elle ait pu changer autant. En bien, s'entend ! Son visage resplendissait de joie de vivre (ou peut-être de la joie de me retrouver…hem), ses cheveux bruns aux reflets roux soulignaient la pâleur délicate de sa peau qui semblait si douce, ses formes la rendait exquise. Elle se pencha pour tirer ses bagages du coffre et, la voyant en difficulté, je me précipitai et ne pus m'empêcher d'encercler ses hanches fragiles entre mes bras et enfouit mon visage dans la douceur de sa chevelure pour m'écrier à son oreille :

-Hey, Bella !

Je la sentis sursauter, mais ne la lâchait pas pour autant. Elle se retourna et se retrouva face à moi. J'eus le souffle coupé en me retrouvant si près de son visage parfait. Son air étonné m'amusa.

-Allo ? La Terre appelle Bella !

Aucune réponse ne survint. Son expression m'intrigua et je me demandai pourquoi elle ne réagissait pas. Quand la réponse me vint à l'esprit, une vague de tristesse m'envahit. Je me reculai légèrement, certain qu'elle ne se souvenait pas de moi. Pourquoi n'y avais-je pas pensé plus tôt ? Même si je me souvenais parfaitement d'elle, il était tout à fait possible, même probable, qu'elle n'ait aucun souvenir de moi. Après tout, nous n'avions passé que trois semaines ensemble. Je m'excusai rapidement :

-Oh ! D'accord. Désolé…

-Hein ? Quoi ?réagit-elle enfin.

-Désolé, je pensais…Je pensais que tu te souviendrais de moi, m'expliquai-je piteusement.

Bella ouvrit de grands yeux, je commençai à me demander ce qu'il se passait, il fallait m'expliquer, là. Soudain, elle éclata de rire. Alors là, je me demandais vraiment ce qu'il se passait. Je devais afficher une mine assez étrange, car son rire redoubla d'intensité. Elle s'agrippa à mon bras, semblant trébucher, et ce contact m'électrisa, mais mon esprit était trop intrigué pour m'attarder sur cette réaction.

-Comment aurais-je pu t'oublier, Edward ?

Une immense vague de soulagement m'envahit à la seconde où le sens de cette déclaration atteignit mon cerveau.

-Ma Bella ! Je le savais que l'on ne pouvait pas m'oublier, je suis inoubliable !

J'étais réellement heureux, je n'aurai su dire pourquoi.

-Ne te monte pas trop la tête non plus, mon petit Eddy !

Elle savait parfaitement que ce sobriquet m'énervait au plus haut point, et au fond de moi j'espérais qu'elle avait choisi exprès ce surnom pour s'amuser de ma réaction…et elle connaissait le châtiment pour avoir utilisé ce surnom ! Je me détournai, hautain, et fis demi-tour. J'entendis son rire cristallin, un son magnifique que je n'avais pas entendu depuis cinq ans, et je la sentis à mes côtés, essayant de me retenir. Je fis volte-face et l'attrapai entre mes bras pour la chatouiller. Espérons qu'elle soit toujours aussi sensible à mes chatouilles.

-Aaaaah ! Non ! Pitié non ! Arrête, je t'en prie ! Edwaaaaaaaaard !

Apparemment, cela lui faisait toujours le même effet. Gros avantage pour moi !

-Il ne fallait pas commencer, ma pauvre, maintenant tu mérites ta sentence !

-Eh bien, c'est la grande joie, à ce que je vois !

Alice nous interrompit de sa voix fluette, puis Emmett s'ajouta aux embrassades, ne manquant pas au passage de la charrier, Emmett ne changera jamais. Je restai en retrait, en spectateur, contemplant la beauté qu'était devenue ma Bella. J'avoue que son charme ne me laissait pas indifférent…Mais je devais peut-être mettre cela sur le compte de l'euphorie du moment. Je la contemplai donc jusqu'à ce qu'Emmett l'étouffe, là je réagis au quart de tour et me précipitai pour la délivrer de son étreinte mortelle. Bella atterris dans mes bras, et je profitai à fond de ce contact, respirant son arôme si délicieux. Nous éclatâmes tous de rire, puis Charlie nous interrompit.

-Ne vous inquiétez pas, shérif, comment pourrait-on lui faire du mal, à cette pauvre petite boule sans défense ?répliquai-je en tiraillant les joues délicates et douces de ma Bella.

-Eddwyy !!!protesta-t-elle.

Je lui lâchai ses pauvres joues martyrisées et ne pus m'empêcher d'y appliquer un baiser pour les soulager. Je vis par la même occasion à quel point les joues de ma Bella étaient rouges, j'avais peut-être tirés un peu trop fort.

Emmett s'occupa de débarrassez les bagages de la voiture. Bella se retira de mon étreinte et se dirigea à son tour vers la voiture. Je me pris à penser à un moment où l'on pourrait être seuls tous les deux…Mais pour le moment je vis Bella avoir des difficultés avec la notion « marcher droit ».

J'avais espéré que la maladresse de Bella était toujours d'actualité, pour que j'aie une chance de la rattraper et d'à nouveau la tenir dans mes bras, j'allais être servi ! Elle trébucha et je me matérialisai derrière elle pour la rattraper en passant mes mains sur ses hanches. Quel contact agréable !

-En cinq ans t'as pas changé, Bee ! Toujours aussi maladroite !

Pour mon plus grand plaisir, mais cela inutile de l'ajouter.

Alice l'accosta brutalement pour lui proposer, évidemment, une virée shopping. En pensant à Port Angeles, pendant que Bella tentait vainement de protester, une idée germa dans mon esprit biscornu. Quitte à faire le chemin jusqu'à Port Angeles, pourquoi ne pas en profiter ? Comme par exemple…un cinéma ? L'ambiance se prêterait bien à la complicité, et à tous les coups je me retrouverais assis près de Bella…C'est décidé, j'en parlerai aux autres ! Mais revenons au moment présent. Bella s'insurgeait contre le fait de visiter les boutiques de lingerie, et Alice remporta la victoire, comme il fallait s'y attendre. J'eus un élan de pitié envers cette petite chose si fragile, si mignonne en bouillant de colère et d'impuissance.

-Ta vie ici ne sera pas de tout repos, la prévins-je avec un sourire en coin.

Elle rougit adorablement et je sentis immédiatement que la complicité installée il y a cinq ans se réinstallait. Cette nouvelle année promettait d'être intéressante, surtout qu'à présent elle allait être ma voisine.

Tout le monde se retrouva le soir à manger chez nous, discutant de tout et de rien, la discussion ne manquant pas d'être ponctuée de fous rires. La soirée s'était parfaitement déroulée, je m'étais arrangé pour m'asseoir auprès de Bella, et j'en avais profité. Nous avions parlé de nos souvenirs de nos vacances ensembles, de ces cinq dernières années, et j'étais heureux de revivre tous ces souvenirs au travers de Bella. Nous rîmes souvent, sous les regards étonnés de nos familles qui se demandaient ce qu'il nous arrivait. La soirée se déroula dans une excellente humeur, surtout avec Charlie qui devenait un habitué de la maison, car il n'était pas un pro de la cuisine, c'est le moins que l'on puisse dire…

Alice nous regardait en plissant légèrement les yeux, signe qu'elle réfléchissait. Une étrange lueur dans le regard, elle ne cessait de nous épier, moi et Bella, affichant de temps à autres un petit sourire en coin. Que pouvait-elle encore imaginer ? Alice et son esprit tordu…

C'est avec un peu de déception que je vis Bella et son père retourner chez eux. Je ne voulais pas que Bella parte, bien que j'allais sûrement la revoir le lendemain, puis tous les jours au lycée, et étant donné qu'elle serait ma voisine, les occasions ne manqueraient pas ! Malgré cela, je ne voulais pas laisser Bella ce soir sans rien. C'est pourquoi au lieu de simplement la saluer, je me penchai pour lui déposer un délicat baiser sur la joue, en lui murmurant au creux de l'oreille : « Bonne nuit, fais de beaux rêves. » Lorsque je me redressai, je remarquai qu'une teinte rosée avait envahi son visage, qui ne s'en trouvait que plus adorable. Elle s'éloigna en jetant de fréquents regards par-dessus son épaule. Ce soir-là, je m'endormis heureux, fier de moi, et me réjouissant des semaines à venir.

L'idée du cinéma s'était développée dans mon esprit, j'en avais parlé à Alice qui avait accepté immédiatement. Il était dons entendu que tout le monde, c'est-à-dire moi, Alice, Emmett et les jumeaux, se retrouveraient à Port Angeles pour aller au cinéma, entraînant Bella avec nous. Alice et Bella seraient déjà sur place, ma sœur ayant réussi à obtenir un après-midi shopping.

Le samedi soir, donc, au moment de monter dans les voitures, on remarqua qu'il manquerait de la place. Inutile de préciser que je me portai tout de suite volontaire pour prendre ma voiture en plus et prendre Bella…

Lorsque nous rejoignîmes mon lutin de sœur et ma magnifique nouvelle voisine, j'inspectai ma Bella minutieusement. Apparemment, elle n'avait pas l'air trop amochée, Alice avait réussi à la préserver de sa folie. Mais une étrange expression régnait sur le visage de Bella. Il semblait qu'elle venait d'apprendre, pour le cinéma. Mais Alice lui dit une chose que je ne pus entendre, et aussitôt son visage s'éclaira. Je me demandai ce que cela pouvait être.

J'accueillis Bella en la taquinant un peu, et dès que je le pouvais, je la touchais, et je pus même la prendre dans mes bras. Que demander de plus ? Son petit corps tout chaud et frêle au creux de mes puissants bras me procurait des sensations merveilleuses. Elle me fit rire quand elle voulut répondre à mes chatouilles en m'envoyant des coups de poing. Pensait-elle réellement que cela me faisait mal ? Je profitai de son déséquilibre pour la porter comme une jeune mariée, et je la conduis ainsi jusqu'à la voiture, ma chère Volvo. Mon visage se retrouvait très proche du sien, je pouvais sentir sa magnifique fragrance provenant de son corps tout chaud. Hilare, je lui demandai :

-Alors, qui a gagné ?

Je remarquai que le rouge avait envahi son visage, ne la rendant que plus adorable, si cela était encore possible.

-A ton avis ?bredouilla-t-elle.

-Moi, bien évidemment !

-Eh ! Arrête de te la jouer !

-C'est ce que je fais de mieux, alors pourquoi m'arrêter ?

Elle me redonna un petit coup de son misérable poing dans mon ventre, sur mes abdos, et je me remis à rire. Je lui ouvris la porte, et elle monta dedans, la mine boudeuse.

- Ne penses pas te faire pardonner ainsi, j'aurai ma vengeance, grogna-t-elle alors je me glissais derrière le volant.

Je lui jetai un coup d'œil, coup d'œil qui s'éternisa sur son visage. Il arborait une petite moue à laquelle j'avais du mal à résister. Je la détaillais, imprimant chaque trait de son visage dans mon esprit, pour le garder ancré à jamais. Elle tourna la tête et vis que je l'observais. Je détournai mon attention sur la route après lui avoir sourit, et m'engageai sur la route à la suite d'Emmett. Le trajet fut court, et je laissai mes pensées vagabonder. Arrivés devant le cinéma, une chose me revint en mémoire. Emmett avait regardé les films à l'affiche et insisté pour voir le nouveau film sanglant. Nous avions tous soupiré, mais sachant très bien que l'on ne pouvait lui faire changer d'avis, nous nous étions résignés. Seulement, Bella n'était pas au courant du choix du film, et j'avais du mal à l'imaginer mordue de films d'horreur.

-J'espère que tu aimes les films d'horreur…

-Quoi ??? Ne me dis pas que vous avez choisi un tel film !!!s'insurgea-t-elle.

-Désolé, Emmett en raffole…

-Oh nooon, gémit-elle.

J'éclatai de rire malgré moi tandis que Bella me décochai un regard noir. Pas du tout terrifiant, au passage. J'allai lui ouvrir la portière comme mes à mon habitude, j'avais été élevé dans les bonnes manières. Au cinéma, après avoir acheté le pop-corn, je me débrouillai pour avoir la place voisine de Bella. Au moment où je prenais une poignée de pop-corn, ma main frôla celle de Bella en une douce caresse qui me procura une décharge électrique, mais je ne retirai pas pour autant ma main. J'offris à Bella un sourire en coin, je la trouvais si belle malgré l'obscurité de la salle. Je la vis se concentrer sur le film. Pour le moment, je m'en fichais assez, de ce film. J'avais quelque chose de beaucoup plus intéressant à mes côtés pour me préoccuper d'un vulgaire film d'horreur. Quoique…ce genre de film devienne intéressant lorsque Bella fut effrayée par une scène, je dois dire, plutôt sanglante, et elle se cramponna aux accoudoirs. Je profitai de l'occasion et posai une main réconfortante sur la sienne, tout en la caressant doucement. Elle se détendit immédiatement, qui aurait cru que j'étais si doué ? Elle se remit à suivre le film, et chaque passage stressant, elle pressait ma main, ce qui n'était pas pour me déplaire, il faut bien l'avouer. Au moment où l'un des personnages se retrouva écartelé, scène filmée en gros plan, très détaillée, Bella sursauta comme une démente et se jeta sur moi, s'agrippant à mon T-shirt. Je réprimai difficilement un fou rire, et l'encerclai de mes bras. Je lui murmurais des mots réconfortants dans l'oreille. Elle ne bougea pas, et moi non plus. La fin du film approchait, et avec cela, les grands sentiments. Et oui, même dans un film d'horreur il arrive d'y avoir des sentiments ! Je sentis Bella trembler et je l'observai pour découvrir la raison des tremblements. Quelle ne fut pas ma surprise de voir les larmes ruisseler sur sa délicate joue ! Sans réfléchir, je resserrai mon étreinte, et elle vint se blottir dans mon cou. Lorsqu'elle gémit, je ne sais pas ce qu'il m'a prit, mais je me mis à frissonner. Elle sourit et j'eus peur qu'elle sache la raison de mon frisson. Mais moi-même, je doutais de cette raison. Ce ne pouvait tout de même pas être à cause de Bella ! Quoique…L'idée tourna et se retourna dans ma tête, sans que je parvienne à arriver à une conclusion. Le générique défila, et Bella s'agrippait toujours désespérément à mon cou. Ni une ni deux, je la pris dans mes bras à la façon d'une mariée, et me levai ainsi. Je pouvais sentir derrière moi les regards surpris de ma famille et de mes amis, mais je ne m'en souciais guère. En revanche, Bella semblait gênée par mon élan d'excentricité.

-Eh ! Euh…Edward ?

-Oui ?

-Euh…Tu fais quoi ?

-Je m'occupe d'une pauvre petite fille innocente qui pleure toutes les larmes de son corps devant un film émouvant, la taquinai-je.

-Ce n'était pas un film émouvant, protesta-t-elle, c'était un film horrible !

-Moi je l'ai bien aimé ! Surtout les passages où tu avais besoin d'être réconfortée…

-Edward !s'écria-t-elle en tapant mon épaule de son petit poing insignifiant.

Je ris et enfouit mon visage dans son cou, me délectant de son odeur. Elle m'étonnait encore, comment avais-je fait pour ne pas la remarquer cinq ans plus tôt ? Il est vrai que j'étais peut-être un peu jeune, mais maintenant cela ne faisait plus de doute : elle me plaisait horriblement.

Je sentis son visage reposer sur mes cheveux, et je profitais à fond du moment. Malheureusement, Emmett ne pus s'empêcher de gâcher ce moment unique :

-Eh les tourtereaux, ne vous bécotez pas trop dans la voiture, on vous attend pour manger !

Heureusement que ma position empêchait aux autres de voir mon visage, ou sinon ils auraient pu admirer les splendides rougeurs qui avaient élu domicile sur mes joues.

J'ouvris doucement la portière passagère de ma voiture et déposai soigneusement ma Bella sur le siège. Elle semblait étonnée de se retrouver assise. Bien que gêné par la remarque de mon frère, en voyant l'air de Bella, je ne pus empêcher un éclat de rire de s'échapper de mes lèvres. Bella me lança un regard courroucé, et marmonna :

-C'est de ta faute…

Je me contentai de prendre place et démarrai tranquillement. Le trajet fut silencieux, seulement entrecoupé de quelques rires brefs de ma part. Je lui lançais de temps à autres des regards, mais ce ne fut que pour m'apprendre qu'elle semblait toujours un peu en rogne. Mais je ne regretterais mon comportement de tout à l'heure pour rien au monde. Arrivés devant ma maison, ou plutôt ma villa, elle décida enfin de sortir de son mutisme :

-Edward, arrête de rire, ce n'est pas drôle. Et puis regarde la route au lieu de me lancer tous ces regards en biais.

-Oui maman !répondis-je, amusé. Tu sais, je suis un grand garçon, je sais conduire, et j'ai le droit de reluquer la fille que je veux.

-Pas quand cette fille ne le veut pas, riposta-t-elle.

-Cette fille ne le veut-elle vraiment pas ?demandai-je, faussement innocent.

Ma réplique fit place à un silence. Je me demandais quoi, et je regardai Bella pour m'apercevoir qu'elle avait rougit furieusement.

-Mmm ?

Son silence m'avait agréablement, même très agréablement surpris. Je sortis de ma voiture, lui ouvrai toujours sa portière, et elle m'accompagna à l'intérieur.