Résumé des chapitres précédents : Kakashi ne supporte plus sa vie solitaire tandis qu'Iruka se sent abandonné depuis que Naruto a quitté le village. Le ninja copieur propose finalement au chûnin un arrangement qui pourrait les satisfaire tous les deux. Le sensei accepte mais sous certaines conditions.
Disclaimer : Rien à moi, tout à Kishimoto Masashi.
Rating : M
Dernières notes : Un grand merci à Mayura-8 pour sa bêta-lecture. Sa gentillesse, sa rapidité et ses suggestions sont toujours aussi grandement appréciées. Merci à celles et ceux qui ont prit le temps de lire les premiers chapitres et laissés un commentaire. Les critiques constructives sont toujours les bienvenues.
Bonne lecture.
CHAPITRE 3
Quelle soirée étrange, pourtant quand Iruka y songeait, il en était ravi. Il ne s'était pas senti aussi bien depuis la dernière fois où il avait passé du temps en compagnie de Naruto. Le chûnin avait accepté l'arrangement proposé par Kakashi mais le fait qu'il soit seul et désemparé ne signifiait pas qu'il était prêt à tout supporter, ni même, l'empêcher d'établir quelques règles.
Les deux hommes allaient être amenés à se voir souvent, ils devaient donc observer un minimum de discipline pour éviter tout malentendu.
Iruka avait insisté sur ce point, faisant remarquer au ninja copieur, qu'en aucun cas, il ne voulait perturber sa vie privée en débarquant chez lui à l'improviste. Kakashi lui avait alors répondu, en riant, qu'il n'avait aucune vie privée mais le chûnin semblait tellement tenir à son règlement, que l'homme aux cheveux d'argent accepta de faire quelques compromis.
La première règle consistait qu'à chaque retour de mission, Kakashi retrouvait Iruka à son domicile. Jamais le contraire. Le jônin n'y voyait aucun inconvénient, bien au contraire, l'appartement du jeune homme était bien plus confortable et chaleureux que le sien.
La deuxième règle stipulait que tant que Kakashi résidait chez Iruka, il ne devait en aucun cas lire les torchons qu'il avait l'habitude de lire en public. Le ninja copieur s'apprêtait à objecter contre cette règle qui n'avait aucun sens pour lui mais il se ravisa aussitôt. S'il voulait entrer dans les bonnes grâces du professeur, il devait l'accepter. Il pourrait toujours le faire changer d'avis plus tard.
La troisième règle concernait le secret de leur échange. Personne ne devait savoir qu'ils se voyaient en dehors du travail. Kakashi était d'accord sur ce point car il n'avait aucune envie d'alimenter les potins du village. Il tenait trop à sa vie privée pour ça.
La quatrième et dernière règle mais aussi la plus importante, aucune implication émotionnelle autre que ce qui avait été convenu au début, c'est-à-dire, affection, réconfort, tendresse, voire amitié. L'amour et les rapports sexuels étaient interdits.
Cette dernière mention étonna Kakashi mais il n'y voyait aucune objection, puisque ce n'était pas ce qu'il était venu chercher mais il pouvait comprendre le désir d'Iruka de se protéger. Un homme comme lui, qui pouvait s'attacher facilement aux autres, pouvait souffrir tout aussi aisément.
Une fois leur arrangement scellé par une poignée de mains, Iruka était parti quelques instants pour se changer. Certes, il ne s'était pas attendu à recevoir la visite de Kakashi le soir même de son retour de mission mais il était incapable de le renvoyer chez lui surtout après avoir accepté son offre. De ce fait, il l'avait invité à rester dîner avec lui, même s'il n'avait que des râmens instantanés à lui proposer. Naruto n'aurait jamais refusé une telle offre et il s'aperçut que Kakashi non plus.
Le début de leur partenariat fut maladroit car aucun d'eux ne savaient comment agir avec l'autre. Les deux hommes avaient oubliés qu'ils se connaissaient à peine et qu'ils avaient tout à découvrir l'un de l'autre. Enfin… presque.
Ils mangèrent en silence sans vraiment savoir quoi dire, ni quoi faire pour alléger l'atmosphère pesante. Kakashi attendait simplement qu'Iruka s'occupe de lui, comme il l'aurait fait avec Naruto mais il était évident que ses besoins et ses centres d'intérêts étaient différents de ceux du gamin. De plus, il ne savait pas comment les exprimer.
Bien entendu, Iruka s'en doutait mais lui non plus ne savait pas comment se comporter face à quelqu'un comme le ninja copieur dans la sphère privée. Il avait une certaine appréhension que ses actes soient mal interprétés, voire même perçu comme hostiles. De plus, il n'osait pas lever la tête de son bol de râmens de peur de voir, par inadvertance, ce qu'il ne devrait pas : le visage de Kakashi.
A la fin de leur repas silencieux, ils s'installèrent dans le salon pour boire un thé. Le regard rivé sur sa tasse, c'est à peine si le chûnin s'aperçut que l'homme aux cheveux d'argent venait de poser sa tête sur ses cuisses. Il venait de faire le premier pas. Après un instant d'hésitation, Iruka plongea ses doigts dans la chevelure hirsute et caressa doucement les mèches soyeuses. Apparemment, c'était ce que désirait le jônin puisqu'un long gémissement s'échappa de ses lèvres masquées, tandis que son œil visible se ferma lentement.
Pour la première fois de sa vie, le génie au Sharingan se laissa emporter par le plaisir d'être touché.
Encouragé par ce début prometteur, le jeune professeur poursuivit ses caresses. Il ne se serait jamais douté que Kakashi pourrait être demandeur d'affection. Peut-être que le poids des années de solitude s'était soudainement fait trop lourd et que la nécessité de se faire cajoler était devenue plus forte. Une nécessité qui l'avait conduite jusque dans ses bras.
Iruka venait de prendre soudainement conscience que cette réputation de pervers, qui lui collait à la peau, n'était pas justifiée. Aussi loin qu'il pouvait se souvenir, il avait toujours associé Kakashi à la fameuse série de livres "Icha, Icha".
Dans l'inconscient collectif, cette habitude prise par le shinobi d'élite l'avait fait cataloguer parmi les pervers, derrière Jiraya. Kakashi ne s'en était jamais défendu, pas plus qu'il ne l'avait revendiqué. Il avait simplement continué à être indifférent aux autres et aux ragots.
Plus Iruka y réfléchissait, plus il se disait que le ninja copieur en avait forcément souffert et que c'était certainement une des nombreuses raisons pour laquelle il était si renfermé. D'une certaine manière, ils se ressemblaient tous les deux et c'était leur solitude qui les avait rapproché.
Quand vint le moment d'aller dormir, le professeur n'eut pas le cœur de renvoyer chez lui le jônin mais il ne pouvait pas non plus le faire dormir sur son vieux canapé. Certes, il avait été à l'épreuve de Naruto mais il avait fait son temps, il ne supporterait pas un ninja potentiellement dangereux.
"Je peux dormir… avec toi ?" demanda le ninja copieur.
Iruka hocha la tête, bien content qu'il n'ait pas eu à formuler cette requête lui-même.
Un peu plus tard, quand ils furent dans le lit, sous les draps fraîchement changés, ils ne mirent pas longtemps à se détendre. La fatigue avait fait oublier au professeur qu'il partageait son lit avec une arme mortelle et Kakashi, qui avait pris un peu plus d'assurance, oublia bien vite son habituel détachement émotionnel pour se blottir tout contre le chûnin.
Ce fut une soirée étrange, pourtant quand Iruka y songeait, il en était ravi.
Depuis près de six mois, après chacune de ses missions, le ninja copieur retournait à l'appartement d'Iruka. Quand celui-ci devait s'absenter, il s'arrangeait toujours pour laisser la fenêtre de sa chambre ouverte. Au fil des semaines, le jeune homme avait abandonné l'idée de laisser un double de ses clés à Kakashi, car ce dernier refusait de les utiliser en affirmant qu'il préférait entrer par un moyen moins conventionnel qu'une porte. Iruka avait finalement accepté cette excentricité en sachant que jamais Kakashi ne lui avouerait la véritable raison de ce choix, même s'il se doutait que cela avait un rapport avec la règle n°3.
Bien entendu, il n'y avait pas seulement une fenêtre ouverte sur une chambre douillette qui attendait le jônin à son retour de mission. Une note soigneusement manuscrite posée sur le dessus de lit bleu marine l'attendait, lui expliquant qu'il trouverait des vêtements propres dans la salle de bain, sans oublier de quoi se rassasier dans le frigo.
Autant de petites attentions qu'appréciait Kakashi. Il n'aurait jamais pensé qu'il s'habituerait aussi rapidement à ce confort mais surtout il se demandait comment il avait put vivre sans. Même s'il savait que cela faisait parti de leur accord, il savait qu'Iruka le considérait, à présent, comme un ami. Le chûnin possédait un sourire et un regard qui ne pouvaient mentir.
Au cours du premier mois, le ninja copieur réussi à faire annuler la deuxième règle de leur arrangement, en utilisant sur lui sa fameuse technique du regard larmoyant. Pakkun et les autres ninkens le lui avait enseigné pendant une mission. Après une crise de colère fulgurante, le jeune homme s'était apaisé et devant l'insistance de ce regard de chien battu, il finit par céder. A partir de ce jour, Kakashi fut autorisé à lire ses "Icha Icha" chez le jeune homme.
Chacun d'eux avait trouvé son compte dans cette relation peu commune. Iruka avait retrouvé un certain équilibre dans sa vie en s'occupant de quelqu'un d'autre en dehors de son travail. Quant à Kakashi, d'ordinaire un homme peu social, appréciait énormément la présence et la discrétion du chûnin.
Le professeur se révélait aussi indulgent et patient avec lui, que s'il avait été avec l'un de ses élèves, ce qui était assez paradoxale compte tenu de son tempérament de feu. Malgré tout, il était toujours de bonne humeur et gentil, avec un sourire bienveillant accroché aux lèvres.
Il n'y avait pas que son sourire que le jônin aimait, ce qu'il préférait par dessus tout, c'était passer les dimanches après-midi avec lui. Pendant qu'Iruka corrigeait les devoirs écrits de ses élèves, sur la table du salon, Kakashi lisait l'un de ses livres préférés, vautré dans le canapé. Du moins, il faisait semblant de lire car, en réalité, il observait le jeune homme qui était assis en face de lui. Le jônin trouvait qu'il y avait quelque chose d'apaisant dans chacun de ses gestes.
La façon dont ses doigts fins glissaient sur le papier, le léger froncement de ses sourcils, la petite moue qui déformait le coin de sa bouche, l'éclat de ses yeux, son index parcourant sa cicatrice sur son nez et ses joues. Kakashi préférait quand Iruka suçait le bout de son stylo rouge, cela ne manquait pas de le faire sourire sous son masque, tout en se disant qu'il devrait le taquiner plus souvent à ce sujet.
Les dimanche après-midi étaient synonymes de calme et de détente. A une autre époque, le ninja copieur aurait certainement vu débarquer, à l'improviste, Naruto mais ce temps là était révolu. Il ne restait plus qu'Iruka et lui-même s'installant dans une petite routine. Kakashi observa une nouvelle fois son hôte, celui-ci replaçait une mèche de ses cheveux derrière son oreille.
Le ninja copieur jeta un œil à ses propres doigts. Quelle sensation cela lui procurait-il s'il faisait la même chose ? Si c'était lui qui replaçait une mèche des cheveux derrière l'oreille d'Iruka ? Était-ce aussi agréable de toucher que d'être touché ?
Il balaya bien vite ces dernières questions. Ce n'était pas l'objet de leur accord, leur échange se bornait à l'attention que recevait Kakashi de la part d'Iruka tandis que celui-ci était heureux de s'occuper de quelqu'un.
Le jônin aimait la vie paisible avec le jeune professeur et ce dernier ne lui posait jamais de questions indiscrètes sur son passé ou sur lui-même. S'il était dévoré par la curiosité à aucun moment il ne la manifesta et c'était très bien ainsi.
Pendant un moment, le ninja copieur se contenta de regarder le chûnin vivre sa vie, à l'intérieur de son petit appartement mais rapidement, il ne se satisfaisait plus du microcosme instauré par leur arrangement. Il en voulait plus. Il se mit alors à observer Iruka en dehors, comme à l'époque où celui-ci l'intriguait.
Un homme comme Kakashi qui avait vu les atrocités d'une guerre et qui avait tué bien plus de fois qu'aucun autre homme sur cette terre, savait apprécier à sa juste valeur les petites scènes de la vie quotidienne que lui offrait le jeune homme : faire les courses à l'épicerie du quartier, enseigner à l'académie ou encore effectuer son quart de travail au bureau des missions.
Iruka, Iruka, Iruka. Tout son univers s'était mis à tourner autour d'Iruka. Lorsqu'il devait partir en mission, il savait que quelqu'un l'attendait et s'inquiétait pour lui. Il n'accomplissait plus seulement son devoir envers Konoha mais également pour pouvoir revoir Iruka, puisque c'était pour lui qu'il rentrait au village à présent.
Le jônin devait se rendre à l'évidence, il avait toujours envié Iruka et cet arrangement n'était qu'un prétexte pour être avec lui.
Tout ce dont la vie l'avait privé, sa famille, ses amis et ses coéquipiers, ou bien, tout ce qu'il s'était refusé de faire, d'aimer et d'espérer, Iruka le lui offrait généreusement. Kakashi ne vivait qu'au travers du passé et de ses regrets mais le chûnin lui avait offert le plus beau des cadeaux, celui d'apprendre à profiter du moment présent.
Kakashi n'était plus un spectateur de la vie, il en était devenu un acteur à part entière.
Cela faisait quatre jours déjà que Kakashi n'était pas retourné sur le terrain. Il était rare qu'il reste aussi longtemps inactif, d'habitude Tsunade lui faisait enchaîner les missions de rang A ou S. Après tout, il n'allait pas se plaindre d'un peu de repos surtout que cela lui permettait de passer un peu plus de temps avec Iruka.
Pourtant, ce soir-là, Kakashi était chez lui, allongé sur son canapé et enveloppé dans une épaisse couverture, en train de lire le dernier roman de Jiraya. Depuis le temps qu'il n'avait pas passé une nuit chez lui, il avait l'impression d'être un étranger dans sa propre maison. Outre le fait que la poussière avait eu le temps de s'accumuler, son appartement n'avait pas non plus échappé à la baisse de température de ces derniers jours. L'hiver était proche et promettait d'être rigoureux. Et c'était sans compter qu'il lui manquait quelque chose.
Une présence familière, une certaine chaleur réconfortante.
Le jônin poussa un long soupir de lassitude. Il n'arrivait pas à se concentrer sur la scène où Daisuke démontrait enfin son amour à la belle Kyoko. Le nouveau héros du livre de Jiraya obtenait enfin sa récompense, après avoir fait la cours de manière assidue à sa dulcinée.
Kakashi referma le petit livre d'un claquement sec. Une seule chose lui faisait envie : rejoindre Iruka à son appartement mais cela reviendrait à enfreindre la première des fameuses règles instaurées lors de leur arrangement.
Il se souvenait encore de la crise de colère qui s'était emparée du jeune professeur quand il lui avait demandé de lui laisser lire ses "Icha, Icha" lorsqu'il était chez lui. Il se remémorait parfaitement de ce qui s'était passé, le chûnin s'était transformé en véritable cocotte-minute. Sous l'effet de sa colère croissante, son visage s'était aussitôt congestionné, changeant ainsi l'habituel couleur mate en un rouge vermillon. Puis une petite veine était apparut sur la tempe qui, rapidement, s'était mise à grossir. Pour terminer, des tremblements provoqués par sa fureur croissante, avaient secoués son corps d'athlète. Il ne manquait plus que la vapeur sortant des oreilles pour compléter ce charmant tableau.
Kakashi avait faillit éclater de rire mais curieusement, il avait aimé cette réaction spontanée, elle n'avait rendu Iruka que plus attrayant à ses yeux. D'une certaine manière, il avait l'impression d'être plus humain au contact du chûnin, certainement parce qu'il était une des rares personnes à le traiter comme tel, sans se soucier du rang qui les séparait ou de leur réputation respective.
Kakashi baissa son masque pour boire une gorgée de son thé avant de reposer la tasse sur la table basse. Tant pis, il prit la décision de se rendre chez Iruka. Le jeune homme n'allait peut-être pas apprécier sa venue à l'improviste mais il n'aurait jamais le cœur à lui fermer la porte au nez. Du moins, il l'espérait.
C'est alors, que quelqu'un vint frapper à la porte, tirant le ninja copieur de sa rêverie. Il vérifia que son masque était en place avant d'aller ouvrir. Il eut la surprise de trouver Iruka sur le palier. Celui-ci semblait désemparé.
"Iruka ?" s'étonna Kakashi.
Une légère rougeur s'empara des joues du chûnin et son attitude était un peu rigide.
"Je suis désolé, Kakashi-sensei, je n'aurais jamais dû venir ici à l'improviste mais je ne savais pas vers qui me tourner."
Le ninja copieur fronça le sourcil mais s'écarta de l'ouverture pour laisser le professeur entrer. Il attendit qu'il enlève ses chaussures pour le conduire dans le salon. C'était la première fois qu'Iruka pénétrait à l'intérieur de l'appartement du jônin. Il se sentait un peu intimidé et mal à l'aise de s'imposer ainsi.
"J'espère que je ne te dérange pas ?"
Kakashi secoua la tête tandis que son œil visible se courba.
"Non, bien sûr que non, je te rappelle que je n'ai pas de vie privée. Tu t'en souviens ?"
Iruka hocha la tête mais ne dit rien de plus.
"Que se passe-t-il, Iruka ? Tu ne serais pas venu ici s'il n'y avait aucun problème."
Puis le jônin posa sa main sur l'épaule du jeune homme, celui-ci tremblait légèrement.
"Iruka ?"
Se rendant compte soudainement de la stupidité de sa démarche, Iruka recula d'un pas.
"Je suis désolé, Kakashi-sensei, je n'aurais jamais dû venir chez toi, c'est contraire à la règle n°1 de notre arrangement."
L'œil visible du ninja copieur se courba de nouveau, un sourire se devinait sous son masque.
"Maaa... sensei, les règles sont aussi faites pour être enfreintes, ne t'en fait pas pour ça."
Devant le silence gêné de son invité surprise, il ajouta d'une voix qui se voulait rassurante.
"Si tu ne veux pas parler de ce qui t'amène ici, ce n'est pas grave, tu peux toujours rester si tu le souhaite, tu es le bienvenu."
"C'est gentil mais…" murmura Iruka en baissant le regard.
"S'il-te-plait, reste," insista Kakashi.
C'était une prière qui ne laissait la place à aucun refus. Le jeune homme n'eut pas d'autre choix que d'accepter puis il se laissa entraîner par le jônin jusqu'au canapé où ils s'installèrent ensemble. Le propriétaire des lieux offrit à son invité inattendu une tasse de thé avant de l'envelopper dans sa couverture.
Pour une fois, Kakashi n'avait pas eu à se déplacer mais il se demandait ce qui avait bien pu pousser Iruka à le faire. Mais, puisque le chûnin était présent, il pouvait bien satisfaire ses envies et sa curiosité en même temps. Sans plus attendre, il cala sa tête sur les cuisses du jeune homme comme il avait prit l'habitude de le faire lorsqu'il était chez lui. Il poussa un long soupir de contentement et ferma à demi son œil visible. Les doigts d'Iruka ne tardèrent pas à serpenter dans sa chevelure.
Le jônin mit à profit le silence pour étudier le chrakra du professeur. Le ninja d'élite connaissait à présent suffisamment l'autre homme pour savoir que celui-ci possédait une absolu maîtrise de son chakra en toute circonstance, même avec un caractère aussi enflammé.
Alors, pourquoi y avait-il une vague d'angoisse qui émanait de lui par intermittence ?
Ces quelques instants lui suffirent pour le conforter dans sa première impression : il y avait bien un problème. Quant à savoir lequel…
"Je vais aller me coucher, tu peux rester dormir," proposa le ninja copieur à son invité.
Iruka lui adressa un regard plein de confusion puis un sourire triste étira ses lèvres avant de hocher la tête doucement.
Kakashi récupéra dans sa commode quelques vêtements qu'il prêta à Iruka pour la nuit. C'était étrange pour le jônin de voir un autre individu que lui-même ou ses ninkens chez lui. Il n'y avait jamais emmené personne et jamais personne n'avait prit la peine de lui rendre visite. L'idée qu'Iruka soit là, avec lui et chez lui, ne le laissait pas indifférent mais ne le gênait pas non plus.
Après s'être changés, ils s'installèrent ensemble dans le lit du jônin comme ils l'avaient fait tant de fois, au cours de ces derniers mois, dans celui du professeur. A la seule différence que cette nuit-là, c'était Iruka qui était venu trouver refuge dans les bras de Kakashi. C'était Iruka qui avait fait la démarche de venir jusqu'à lui. La situation était nouvelle pour le ninja copieur mais curieusement, il était content que pour une fois le jeune homme ait besoin de sa présence et non le contraire.
Le ninja d'élite poussa un long soupir avant de tourner la tête vers la fenêtre de sa chambre. Il distinguait par l'intermédiaire de ses rideaux mal fermés la pleine lune qui luisait dans un ciel d'encre.
Quel jour était-on déjà ?
Il perdait la notion du temps lorsqu'il restait trop longtemps dans le village. Il réfléchit un peu, ses sourcils se froncèrent tandis qu'il comptait les jours depuis sa dernière mission et c'est alors qu'il comprit.
Comment avait-il pu oublier ?
On était très exactement le treize octobre. C'était donc ça ! Voilà pourquoi il y avait eut autant de monde à la pierre commémorative ce matin-là. Kakashi n'avait jamais aimé les rassemblements et encore moins s'y mêler, il était plutôt du genre solitaire surtout lorsqu'il s'agissait de prière et de recueillement. Il se sentit soudainement très bête. En temps normal, il aurait parfaitement su la date du jour puisque, à sa manière, lui aussi rendait hommage aux morts du treize octobre. Ses pensées auraient été tournées vers son sensei.
Si, au début, Kakashi n'avait pas fait le rapprochement entre le comportement du jeune professeur et la date du treize octobre, maintenant tout lui paraissait clair. Le hasard du calendrier avait également voulu que l'anniversaire de Naruto coïncide avec la pleine lune. La nuit où Kyûbi avait attaqué le village, la lune était pleine comme ce soir. Il s'en souvenait parfaitement puisque le Sharingan avait mémorisé chaque seconde de l'affrontement avec une netteté et une précision qui le faisait encore frémir.
Le jônin n'avait jamais posé la question à Iruka sur les circonstances de la mort de ses parents mais son attachement pour Naruto était sans aucun doute lié à leur disparition.
Sans vraiment s'en apercevoir, il resserra son étreinte autour du jeune homme. Ce dernier laissa échapper un souffle dans son sommeil.
Comment avait-il pu laisser quelque chose d'aussi important lui échapper ?
Iruka avait été le seul à vouloir s'occuper du gamin et par la même occasion, le seul à lui fêter son anniversaire. Maintenant que Naruto était parti, il ne restait plus au chûnin que les souvenirs douloureux qui accompagnaient la pleine lune, comme un cortège funèbre. Malgré les années qui s'étaient écoulées depuis l'attaque de Kyûbi, Iruka devait encore faire des cauchemars sur cette fameuse nuit qui avait vu naître Naruto et mourir tant de valeureux shinobi. Le chûnin était loin d'être un cas unique, Kakashi connaissait beaucoup de ninjas traumatisés par le démon renard qui ne trouvaient pas le sommeil les nuits de pleine lune. Mais ce qui stupéfiait le jônin c'est qu'il n'avait jamais perçu la moindre fêlure chez le jeune homme.
Cette nuit là, Kakashi apprit une autre leçon. Jusqu'à présent, il ne s'était contenté que de prendre ce que le chûnin lui offrait sans concession, sans se soucier de ce qu'il pouvait ressentir.
Le ninja copieur s'était toujours imaginé que le professeur trouvait son compte dans leur arrangement en s'occupant de lui mais il n'avait jamais pensé que celui-ci pourrait avoir besoin, un jour, du même réconfort qu'il lui prodiguait.
Maintenant qu'Iruka était blottit contre sa poitrine, enfin endormi, il pouvait assouvir son envie d'enfouir ses doigts dans la masse soyeuse de cheveux bruns. Après s'être posé la question des centaines de fois, il savait à présent qu'il était tout aussi bon de toucher que d'être touché, tout aussi bon de donner que de recevoir.
Iruka ne fit jamais référence à la nuit qu'il avait passé chez Kakashi et encore moins sur les raisons qui l'avaient poussées à se rendre chez lui. Le ninja copieur se doutait que derrière son silence se cachait le trou béant laissé par la mort de ses parents et l'absence de Naruto cependant, il respectait le désir d'Iruka de ne pas en parler. Il pouvait au moins faire ça pour lui.
Le génie avait été surpris par la confiance aveugle que lui avait accordée le chûnin en venant le trouver. Certes, il savait déjà que le jeune homme lui faisait confiance, sinon il n'aurait jamais accepté les termes de leur arrangement.
Iruka savait que jamais Kakashi ne nuirait sciemment à un camarade ninja de Konoha mais même en sachant cela, le jônin n'en demeurait pas moins étonné par l'abandon total dont le professeur avait fait preuve.
Les sentiments de Kakashi évoluèrent à partir de ce moment là. Ce bouleversement lui inspira une certaine frayeur car il ne savait pas où cela allait le mener.
