Résumé des chapitres précédents : Kakashi ne supporte plus sa vie solitaire tandis qu'Iruka se sent abandonné depuis que Naruto a quitté le village. Le ninja copieur propose finalement au chûnin un arrangement qui pourrait les satisfaire tous les deux. Le sensei accepte mais sous certaines conditions. Après quelques mois de vie commune sous l'égide des règles dictées par Iruka, les choses finissent par évoluer. Kakashi avoue avoir des sentiments pour le chûnin. Celui-ci met un terme à leur arrangement car la règle la plus importante a été enfreinte.

Disclaimer : Rien à moi, tout à Kishimoto Masashi.

Rating : M

Dernières notes : Veuillez me pardonner pour cette très longue absence, j'ai finalement retrouvé mon chemin sur la route de la vie.

Un grand merci à Mayura-8 pour sa bêta-lecture. Sa gentillesse, sa rapidité et ses suggestions sont toujours aussi grandement appréciées. Merci à celles et ceux qui ont prit le temps de lire les premiers chapitres et laissés un commentaire. Les critiques constructives sont toujours les bienvenues. N'hésitez donc pas à me laisser savoir ce que vous en avez pensé.

Dernier chapitre. Il y aura peut-être un épilogue, si vous êtes sages.

Bonne lecture.

CHAPITRE 5

Kakashi avait cessé de compter les nuits qu'il passait à nouveau tout seul. En fait, il avait arrêté dès la deuxième pour éviter de sombrer dans une nouvelle obsession. Il évitait également les endroits que fréquentaient Iruka en dehors de son travail, ainsi que le bureau des missions durant son quart, pas plus qu'il ne s'approchait de l'académie. Ce qui réduisait nettement son champ d'action dans Konoha.

Le ninja copieur avait finalement comprit, Iruka l'avait mis à la porte car il avait enfreint la dernière et la plus importante des règles fixées. De toute façon, cela n'avait plus d'importance, le jônin avait repris son ancienne vie et il ne s'en portait pas plus mal. La douceur de vivre avec Iruka avait duré quelques mois mais il avait toujours sut qu'elle ne s'éterniserait pas. Il valait mieux que cela se soit terminé ainsi, s'ils s'étaient séparés en bon termes Kakashi aurait eu des regrets tandis que là, il n'y avait rien à regretter. Iruka avait seulement réussit à lui prouver qu'il n'était pas fait pour vivre avec et comme les autres. Il lui avait montré qu'il n'était pas fait pour être aimé.

Le chûnin n'était pas différent de ceux qui lui avaient tourné le dos lors de la mort de son père. Il avait été pire.

Quand Kakashi repensait aux moments qu'ils avaient partagés ensemble, il ne pouvait s'empêcher de sourire. C'était de beaux souvenirs. Il avait eu l'impression d'être aimé et qu'Iruka pourrait véritablement l'aimer. Le professeur lui avait surtout donné de faux espoirs en jouant trop bien le rôle que Kakashi lui avait attribué. Il ne pouvait que s'en prendre à lui-même, Iruka n'avait fait qu'obéir à ses désirs. S'il y avait une personne à blâmer dans cette histoire, c'était bien lui, Hatake Kakashi, l'unique responsable de sa propre disgrâce.

Le ninja copieur s'apprêtait à tourner la page de son livre qu'il ne lisait même pas lorsqu'il perçu une faible impulsion de chakra. Avant même d'entendre frapper à sa porte, Kakashi l'avait reconnu.

Iruka.

Tiens, en parlant du loup…

Le jônin hésita un long moment avant de se décider à aller ouvrir. Il connaissait bien l'entêtement du jeune homme et il savait que celui-ci ne partirait pas avant qu'on ne lui ouvre. Le ninja copieur esquissa un sourire triste, il semblerait que le sensei était déterminé à en finir. L'homme aux cheveux d'argent entrouvrit sa porte et comme il s'y attendait, Iruka se tenait là, debout sur le palier, attendant patiemment qu'on vienne le chercher.

"Bonsoir, Kakashi-sensei, commença-t-il, je suis désolé de te déranger si tard…"

"Que veux-tu ?" lui demanda brusquement le jônin.

Iruka fronça les sourcils avant de répondre avec la même politesse froide et rigide.

"S'il-te-plaît, pouvons-nous parler en privé ?"

Le shinobi d'élite laissa finalement entrer le professeur dans son appartement. Il appréhendait ce qui allait suivre même s'il était heureux de le revoir après plus d'une semaine d'absence.

"Avant tout, je tiens à présenter mes excuses pour mon attitude de l'autre soir, je n'aurais pas dû réagir de manière aussi impulsive."

Cette fois, ce fut Kakashi qui fronça son sourcil visible.

"Pour l'instant, je n'ai que faire de tes excuses, viens-en au fait, sensei."

Le jeune homme se mordilla la lèvre inférieure.

"Je suis venu te parler," dit-il enfin.

"Me parler ? C'était il y a une semaine que tu aurais dû me parler !"

"Je viens le faire maintenant."

"Ne joue pas avec moi comme ça," le prévint Kakashi.

Jamais il ne pourrait faire intentionnellement le moindre mal au professeur mais le ton de sa voix indiquait clairement que sa patience était à bout.

"Je ne joue pas avec toi et je n'ai jamais joué avec toi," répliqua Iruka fermement.

Il avança d'un pas, son visage reflétait sa détermination.

"Si je t'ai imposé ces règles c'est justement pour éviter toutes ambiguïtés entre nous. C'était aussi bien pour me protéger de toi, que pour te protéger de moi. Je n'ai jamais voulu cette situation et encore moins te faire du mal."

Kakashi devait bien le reconnaître, Iruka avait raison.

"J'avais besoin de prendre un peu de recul pour réfléchir où notre arrangement nous avait mené," ajouta ce dernier d'une voix plus douce.

Il y eut un bref silence avant que Kakashi ne reprenne.

"Et alors ? Quelle conclusion en as-tu tiré ?"

Le chûnin haussa des épaules.

"C'est pour ça que je suis ici, pour pouvoir en discuter avec toi," dit-il avec une légère rougeur sur les joues.

La proximité du professeur rappela au jônin à quel point sa présence et sa chaleur lui avait manqué malgré le fait qu'il avait tenté de se convaincre du contraire.

"Je t'écoute," dit-il enfin.

Iruka prit une inspiration.

"Tu te souviens du jour où je t'ai demandé si tu avais déjà été amoureux ?"

Kakashi hocha lentement la tête s'attendant au pire.

"Si je t'ai posé cette question c'est parce qu'en vérité, moi-même je l'étais," avoua Iruka.

Le ninja copieur resta de marbre seulement en apparence car, intérieurement, il bouillonnait.

"Du moins, je croyais l'être," s'empressa d'ajouter le jeune homme.

Le jônin resta crispé, il n'était pas dans ses habitudes de s'enflammer pour si peu mais depuis qu'il avait des sentiments pour le sensei, rien n'était plus pareille ni dans son cœur, ni dans sa tête.

"J'ai toujours pensé que Tsubaki et moi finirions par nous trouver, même lorsqu'elle était avec Mizuki," continua Iruka.

L'homme aux cheveux d'argent fronça son sourcil visible. Tsubaki ? La fiancée du traître Tôji Mizuki ?

"Tu dois savoir que Mizuki, Tsubaki et moi avons grandi ensemble, nous étions les meilleurs amis. Tsubaki a même était mon premier amour mais en grandissant elle a préféré Mizuki. Je ne pouvais pas lui en vouloir, de nous deux, il était un bien meilleur parti. C'était un ninja prometteur et une carrière prestigieuse l'attendait," expliqua le chûnin avec une certaine nostalgie.

Kakashi laissa parler le jeune homme curieux de savoir ce qu'il avait bien put trouver à une fille aussi insipide.

"Après la condamnation de Mizuki, elle a refusé de rompre ses fiançailles, malgré les conseils de sa famille, en prétextant qu'elle l'aimait encore et qu'elle préférait attendre qu'il purge sa peine en prison. Elle se disait prête à patienter le temps qu'il redevienne l'homme que nous connaissions."

Iruka s'arrêta quelques secondes pour laisser le temps à Kakashi d'émettre quelques objections ou poser des questions. Comme celui-ci ne disait rien, Iruka poursuivit.

"Même lorsqu'il s'est évadé de prison, elle a refusé de croire qu'il était devenu le monstre qu'elle voyait. Moi aussi, j'ai eu du mal à concevoir que l'homme contre lequel je me battais fut un jour mon meilleur ami. Lorsqu'il fut réincarcéré, j'ai supplié Tsubaki qu'il était temps pour elle de refaire sa vie. Elle ne m'a jamais écouté. Alors, avant-hier, je suis retourné la voir et je lui ai demandé de m'épouser."

L'œil de Kakashi se réduisit à une fente. Comment le chûnin osait-il lui parler ainsi ? D'abord, il lui annonçait sans ménagement qu'il était amoureux de la fiancée d'un traitre, qui plus est, et qu'ensuite il l'avait demandé en mariage.

Comment pouvait-il lui lâcher ça, comme ça, en le regardant droit dans les yeux alors qu'il savait ce qu'il ressentait pour lui ?

"Tu joues encore avec moi, sensei, tu te moques de moi ouvertement," murmura dangereusement le ninja copieur.

"Non, c'est faux ! J'essaye de me montrer honnête envers toi. Alors, s'il-te-plaît, laisse-moi terminer. Tu seras seul juge et tu pourras faire de moi ce que tu veux… même me tuer," se récria Iruka.

L'aura meurtrière qui se dégageait de Kakashi était-elle si évidente ? Une fois encore ses sentiments pour le chûnin le déstabilisaient, il n'avait pas l'habitude d'être envahit par tant de contradictions.

Le professeur prit une inspiration et reprit.

"Tsubaki a dit non, elle a dit que la seule raison qui me poussait à lui faire cette proposition, ce n'était pas par amour mais par loyauté. Elle m'a dit aussi que ces derniers temps je paraissais plus heureux et que ce n'était pas grâce à elle. Elle a ensuite ajouté que je devrais retourner vers la personne qui m'avait rendu le sourire."

Kakashi avait peine à croire ce qu'il venait d'entendre. Il y eut un bref silence avant qu'Iruka poursuive.

"Je crois qu'en réalité, c'est elle qui a raison. Inconsciemment, je devais me dire qu'en restant avec elle, je pourrais revivre les années les plus heureuses de ma vie et reproduire le mariage de mes parents mais je me trompais. Pendant longtemps, j'ai cru que c'était Tsubaki qui mettait sa vie entre parenthèses à cause de Mizuki, alors qu'en réalité c'était moi qui attendait quelque chose d'irréalisable. C'est moi qui ait mit ma vie en suspens, tout seul. Je pensais que Tsubaki finirait par se tourner vers moi quand elle comprendrait que Mizuki ne pourrait jamais revenir mais, une fois encore, je me trompais. Elle l'avait toujours sut mais elle avait pris cette décision en connaissance de cause."

Ces dernières paroles eurent un effet de résonance chez Kakashi. N'avait-il pas proposé à Rin d'être son compagnon suite à la promesse qu'il avait faite à Obito ? Il l'avait fait par loyauté envers son ami défunt et non par amour pour la jeune fille. Parce que c'était son devoir de prendre soin d'elle.

D'un geste brusque le jônin poussa son visiteur contre le mur derrière lui.

"Pourquoi lui as-tu demandé de t'épouser alors ?"

Acculé contre le mur, le chûnin ne baissa pas pour autant les yeux. Malgré l'atmosphère pesante qui régnait, il n'hésitait pas à défier Kakashi du regard. Le contraire aurait déçu le jônin car il aimait la témérité du professeur et sa fougue.

"J'avais besoin de me prouver…," commença Iruka.

"Te prouver quoi ?" l'encouragea le ninja copieur.

"Que je l'aimais encore, comme lorsque nous étions des gamins."

Kakashi fronça son sourcil visible.

"Je ne comprends pas. Tu es bien allé la voir pour lui proposer de t'épouser ? C'est que tu dois l'aimer, non ?"

"C'est vrai, je l'ai fait mais pas seulement pour les raisons qu'elle a évoquée."

Kakashi pencha la tête sur le côté.

"Tu m'intrigues, sensei."

Iruka fit de son mieux pour garder ses yeux rivés dans celui du jônin.

"La vérité c'est que moi aussi j'ai failli aux termes de notre contrat."

Le ninja copieur mit un certain temps avant de comprendre le sous-entendu. Quand les mots du jeune homme le touchèrent enfin, il se rapprocha de celui-ci.

"Pourquoi m'as-tu fuis, alors ?"

"J'ai eu peur," murmura Iruka.

Peur ?

"Peur de moi ? Tu sais très bien que jamais je ne te ferais le moindre mal. Malgré ce que j'ai pu te dire, j'en suis incapable."

Finalement, Kakashi était déçu que le chûnin pense qu'il pourrait utiliser sa force contre lui.

"Non, Iruka secoua la tête, je n'ai pas peur de toi, je t'ai toujours fait confiance que ce soit en tant que shinobi, ou en tant qu'ami. J'ai peur… de te perdre."

"Me perdre ?" répéta le jônin.

Iruka hocha lentement la tête.

"Toi et moi, nous avons perdu tous ceux que nous aimions. Parents, amis, compagnons d'arme. Jamais je n'aurais pensé que tu te serais attaché à moi autrement que comme un simple ami. Tu peux imaginer ma stupeur quand tu m'as avoué que… que tu m'aimais ?"

Le jônin le dévisagea avec confusion.

"Mais Iruka, c'est toi qui m'a appris qu'il fallait savoir profiter du moment présent et être auprès de ceux que l'on aimait."

Le chûnin baissa les yeux un instant.

"Kakashi, je ne pourrais pas supporter l'idée de devoir renoncer à toi."

La confusion qu'avait éprouvée un peu plus tôt l'homme aux cheveux d'argent se changea aussitôt en incompréhension.

"Pourquoi devrais-tu faire une telle chose ?"

Iruka releva la tête et ses yeux d'ordinaire pétillant de malice, ne reflétait plus qu'une profonde tristesse.

"Tu vois, jamais je n'aurais pensé qu'un jour je développerais des sentiments amoureux pour un autre homme et encore moins pour un homme aussi extraordinaire que toi. Quand, je l'ai réalisé, j'ai paniqué. Tu sais, je suis quelqu'un de réaliste. Tu es le plus grand atout de notre village et un jour tu seras appelé à nous diriger, à devenir notre Hokage. A ce moment-là, tu ne pourras plus te permettre de t'embarrasser d'un chûnin comme moi."

Kakashi posa sa main droite sur la joue du professeur et celui-ci ne chercha même pas à éviter le contact.

"Iruka, je ne protège pas seulement ce village parce que c'est mon devoir de le faire mais parce que tu en fais partie, c'est pour toi que je rentre de mission, pour pouvoir te revoir. Si un jour, je suis amené à remplir les fonctions de Hokage, je ne m'y engagerais que si tu es à mes côtés."

Le jeune homme posa à son tour sa main sur celle de Kakashi.

"Tu ne devrais pas me dire de telles choses, je pourrais y croire."

"Qu'est-ce qui t'en empêche ?"

"La réalité, murmura le professeur, car chacun de nous peut mourir à tout moment."

"Ça ne doit pas nous empêcher d'aimer, ça aussi c'est toi qui me l'a appris, sensei."

Un sourire timide naquit sur les lèvres du chûnin.

"Je ne te savais pas aussi attentif."

Kakashi sentit un énorme poids quitter ses épaules. Le sourire d'Iruka avait des effets inattendus sur lui mais qui, étrangement, le rendait heureux pourtant, il n'avait pas envie qu'il s'en tire aussi facilement. Le jônin retira sa main brusquement de la joue du professeur et recula d'un pas.

"Effectivement, je suis quelqu'un de très attentif, répliqua froidement Kakashi. Tu reviens vers moi en espérant que je te pardonne. Est-ce que tu te rends compte, Iruka-sensei, que je ne peux pas faire comme si rien ne s'était passé ?"

S'il n'était pas adossé contre le mur de l'appartement, le chûnin se serait certainement effondré. Il ne comprenait pas ce brusque changement d'attitude, ni les paroles dures du ninja copieur. Il ne put que hocher la tête et tenter de refouler les larmes qui menaçaient de couler. Déstabilisé par ce revirement inattendu, il ne pensait plus qu'à une chose : s'enfuir. Il avait cru que Kakashi et lui venaient de faire la paix. Apparemment, ce n'était pas le cas.

"Je… je comprends parfaitement, tu as toutes les raisons d'être en colère. J'étais simplement venu demander ton pardon."

"Demander mon pardon ? Répéta le jônin sarcastiquement. Quelle arrogance, sensei ! As-tu idée de la manière cruelle que tu m'as traité ?"

"Ce n'était pas mon intention !" se défendit le jeune homme en se dirigeant vers la porte.

Le jônin s'empressa aussitôt de lui barrer le chemin.

"C'est bien là le problème. Tu es tellement gentil avec tout le monde que parfois certains pourraient croire qu'il y a plus qu'une simple amitié et quand tu remets les choses au clair, la désillusion est si grande que ça fait mal. Je suppose que tu as déjà été confronté à cette situation, n'est-ce pas ?"

Iruka détourna le regard. Son silence était des plus éloquents pour Kakashi.

"C'est bien ce qui me semblait. Tsubaki n'est qu'une excuse pour maintenir les gens à distance. Tu donnes sans compter mais lorsque quelqu'un tente d'être plus proche de toi bien plus que peut l'être un ami, tu t'éloignes aussitôt en reprenant par la même occasion ce que tu as donné. Est-ce que tu peux imaginer la souffrance que tes actes peuvent causer ?"

Le professeur fronça les sourcils.

"Je sais très bien ce que c'est de souffrir et je te répète que je n'ai jamais voulu cette situation."

"Tu as raison, moi non plus je ne l'ai jamais voulu mais pour moi c'est la première fois qu'une personne me rend aussi faible par sa seule présence."

"Faible ?" répéta Iruka incrédule.

"Oui, faible, reprit Kakashi d'une voix rauque. Je me sens faible dès que je te vois, dès que j'entends le son de ta voix, quand tu poses ton regard sur moi, quand tu me touches. Tu me rends faible parce que je n'arrive pas à me concentrer quand tu n'es pas là et que je ne peux pas penser à autre chose qu'à toi. Tout ce que j'ai envie de faire quand tu es près de moi, c'est de te prendre."

Iruka ferma les yeux un instant et tressaillit aux paroles du ninja copieur.

"J'ai envie de te sentir frémir sous mes doigts, poursuivit celui-ci, j'ai envie de sentir ta chaleur m'envelopper quand je serais enterré bien profondément en toi. Je veux t'entendre gémir sous mes caresses et prononcer mon nom lorsque tu jouies."

Le chûnin avait cessé de respirer. Sa température corporelle monta en flèche et l'idée de mourir par combustion spontanée lui traversa l'esprit.

"Parfois, quand je repense à la semaine que je viens de passer, la voix de Kakashi était devenue soudainement glaciale, je me dis que j'aurais préféré n'avoir jamais eu à te désirer comme je te désire en ce moment même. J'aurais voulu n'avoir jamais eu à jalouser un gamin de treize ans parce qu'il avait le droit de te toucher. J'aurais préféré que tu me rejettes dès le début, comme ça j'aurais pu me laisser couler tout doucement sans rien à quoi me raccrocher, ni pulsions, ni sentiments, ni souvenirs. Je… je t'aime et ça me tue parce que ce genre de chose n'a pas sa place dans notre monde."

Iruka le dévisagea en état de choc, pendant un long moment, avant de baisser le regard. Finalement, il s'écarta du mur et s'avança vers le jônin puis, il tendit ses mains et caressa tendrement les poings serrés de Kakashi. Les regards des deux ninjas étaient fixés sur leurs mains, ni l'un, ni l'autre n'osaient encore s'affronter les yeux dans les yeux.

"Tu as au moins raison pour une chose : l'amour n'a pas sa place dans notre monde. Tu es bien placé pour le savoir puisque tu as toujours refusé de t'attacher à qui que ce soit. Pourquoi est-ce que ça aurait été différent avec moi ? Si j'ai accepté ta proposition c'est parce que je savais que tu ne me demanderais rien d'autre que ce nous avions décidé au début de notre partenariat."

La voix du chûnin était douce mais pleine de cette gravité qui faisait de lui l'homme le plus sincère et franc que Kakashi n'ait jamais rencontré.

"Les règles que j'ai imposé étaient là aussi pour éviter que je m'attache trop à toi, parce que je savais que notre arrangement ne durerait pas éternellement et que tu finirais par y mettre un terme," ajouta-t-il avec un léger tremblement.

Kakashi releva la tête et regarda l'homme qui était face à lui.

"Tu ne peux pas nier qu'entretenir une relation avec toi peut engendrer des conséquences inattendues. J'ai eu peur. J'ai préféré fuir et oublier ce que je ressentais pour toi parce que c'était plus facile que d'y faire face. Tu avais raison, Tsubaki me servait de prétexte pour maintenir les gens à distance, car elle avait un côté rassurant et familier dans lequel je pouvais toujours me réfugier. Mais aimer c'est prendre des risques et ça c'est toi qui me l'a appris."

Kakashi sourit.

"Je t'aurais au moins appris quelque chose."

Avant que le ninja copieur puisse ajouter quoique ce soit d'autre, Iruka avait réduit l'espace qui les séparait pour l'embrasser sur ses lèvres encore masquées. Le ninja copieur n'attendit pas d'avantage pour emprisonner le chûnin dans ses bras.

"As-tu conscience que nous sommes tous les deux des ninjas et nous avons choisis de l'être. En devenant les outils de Konoha, nous nous sommes engagés à ne vivre que pour mourir... en son nom, murmura Iruka contre les lèvres du jônin, mais il ne tient qu'à nous de choisir la façon dont nous voulons mener notre existence."

"Qu'allons-nous faire alors ?" demanda Kakashi.

"Je ne sais pas," répondit sincèrement le chûnin.

Le ninja copieur sentit le sourire du jeune homme contre ses lèvres se faire plus doux.

"Mais je sais au moins une chose, c'est que j'ai besoin de toi, Kakashi, tu m'es devenu indispensable."

Le génie au Sharingan esquissa un sourire. C'était la plus belle chose qu'on lui ait jamais dite.

"Moi aussi, Iruka, j'ai besoin de toi," lui avoua-t-il.

Iruka s'écarta légèrement de Kakashi et ferma les yeux avant de poser ses doigts sur son masque.

"Je peux ?" demanda-t-il en effleurant du bout des doigts le tissu.

Pour toute réponse, il sentit les mains de Kakashi saisirent les siennes puis avec douceur, elles les guidèrent sur le rebord du masque. Les doigts du jônin emprisonnèrent ceux du jeune homme sous le ourlet du tissu et très lentement le tira vers le bas. Iruka retenait son souffle. Les yeux toujours fermés, il focalisa son attention sur la sensation de la peau de Kakashi sous ses doigts.

Il sourit quand il perçut la barde naissante du ninja copieur et tressaillit quand les lèvres de l'autre homme se pressèrent contre la peau sensible de son poignet. Le jônin avait encore sous son contrôle les mains du professeur quand il les fit voyager sur l'ovale de son visage, puis sur l'arête de son nez, pour revenir une fois encore sur la rondeur de ses lèvres où se dessinait la courbure de son sourire et pour terminer la plissure de ses paupières à demi-fermées.

Iruka frissonna lorsque ses doigts frôlèrent la cicatrice verticale sur l'œil gauche. Le chûnin connaissait vaguement l'histoire du Sharingan de Kakashi pour avoir un jour écouté Asuma en parler mais il ignorait les détails, il ne connaissait que les conséquences. La plupart des gens ne voyait que le prestige que Kakashi avait réussi à forger grâce à cette pupille mais la plupart des gens ne se rendait pas compte du fardeau que cela représentait pour un homme qui ne faisait pas parti de la famille Uchiha. Chaque médaille avait son revers et le revers de celle-ci était particulièrement dramatique pour Kakashi.

Instinctivement, le professeur embrassa la paupière marquée comme pour en apaiser la blessure. Kakashi relâcha son souffle, jamais personne n'avait fait cela pour lui auparavant. Iruka continuait de déposer de légers baisers le long de la cicatrice, faisant ainsi battre le Sharingan lourdement derrière la paupière. Le ninja copieur resserra son étreinte sur le jeune homme, les mains de ce dernier étaient toujours sur son visage découverts et ses lèvres chaudes pressées sur sa cicatrice sensible.

C'était donc ça l'amour. Rien à voir avec ce que décrivait Jiraya dans ses romans. L'amour n'était pas aussi idyllique comme il se l'était imaginé. Pendant, longtemps il s'était abreuvé des écrits fantasmés de l'ermite, pensant que les rapports amoureux étaient tels qu'ils étaient relatés dans les pages de "Icha, Icha".

Kakashi devait se rendre à l'évidence que ce qu'il ressentait pour Iruka n'avait rien de romantique. Il avait cru que leur relation resterait platonique parce qu'il en avait été décidé ainsi dès le début de leur arrangement. Il n'aurait jamais pensé que la seule présence d'Iruka lui deviendrait indispensable, pas plus que le désir charnel qui s'était emparé de son corps et de son esprit deviendrait plus violent au fil du temps.

N'y tenant plus, il murmura d'une voix rauque.

"Regarde-moi," lui intima-t-il.

Lentement Iruka s'exécuta, il ouvrit les yeux et battit des paupières plusieurs fois car, face à lui, le Sharingan découvert tourbillonnait follement dans l'orbite gauche de son propriétaire. Mais plus encore, c'était le visage de l'homme aux cheveux d'argent qui lui était dévoilé.

Le jeune homme resta silencieux un moment, ses yeux parcouraient avec avidité les traits habituellement dissimulés derrière un masque.

"Qu'est-ce que tu veux de moi, Kakashi ?" demanda-t-il enfin.

"Je veux tout," répondit ce dernier en portant les mains du chûnin à ses lèvres démasquées.

Et comme la première fois où il lui avait posé la question, Iruka eut peur de lui demander.

"Tout quoi ?"

Le regard dépareillé le transperça de part en part.

"Ton corps et ton âme," murmura le ninja copieur.

Iruka le dévisagea avec une certaine appréhension.

"As-tu conscience que rien ne sera plus jamais comme avant ? Les choses vont forcément changer."

"Elles ont déjà changées, Iruka."

Frappé par la véracité des derniers propos du ninja copieur, le jeune homme hocha la tête avec gravité.

"C'est ce que tu veux vraiment ?"

"C'est ce que je veux," lui assura Kakashi.

Il sentit alors le professeur abandonner les unes après les autres ses dernières défenses pour finalement se laisser aller complètement dans ses bras.

"Et maintenant ?" murmura Iruka d'une voix tremblante.

"Maintenant quoi ? On s'est retrouvé non ? La suite n'en sera que meilleure. Tu ne crois pas ?" murmura le jônin d'une voix rauque.

Le jeune homme esquissa un sourire timide.

"J'aimerais voir ça."

Une lueur lubrique embrasa le regard du ninja copieur.

"Est-ce que c'est un défi, sensei ? Parce que si c'est le cas, j'adore relever les défis."

Le professeur ne put que déglutir, anticipant déjà la nuit qui s'annonçait car, pour une fois, il ne lui était pas difficile de deviner les pensées de Kakashi.

Fin