[26 Novembre]
C'était la deuxième fois que je voyais l'Angleterre sous la neige. Tout était recouvert d'une mince couche de givre, et Poudlard se fit alors encore plus magnifique que quand j'étais arrivée. Il faisait très froid, mais les succulents plats du déjeuner nous aidaient à nous réchauffer un peu. Il le fallait bien, car, juste après, nous avions Soins Aux Créatures Magiques, dehors, sous la neige.
"On va rire, puisqu'Ombrage va inspecter ce gros balourd de Hagrid, dit Drago alors que nous quittions la table."
Hagrid n'avait d'ailleurs pas l'air en très grande forme. Beaucoup de griffures barraient son visage certaines saignaient, d'autres avaient une drôle de couleur verte. En plus, il semblait porter un cadavre de vache.
"Aujourd'hui, on va travailler là-bas ! lança-t-il d'un ton vif en désignant la lisière de la forêt. C'est plus abrité. D'ailleurs, ils préfèrent la l'obscurité."
Drago prit un air apeuré et s'écria :
"Qui est-ce qui préfère l'obscurité ? Qu'est-ce que c'est que ça, encore, vous avez entendu ? nous demanda-t-il."
Je me dirigeais vers les arbres et lui murmurais en passant devant lui :
"Le pauvre petit aurait-il été traumatisé par de pauvres arbres ?"
Il soupira et m'emboita le pas.
Depuis que je lui avais fait cette remarque sur le terrain de Quidditch, il avait un peu arrêté de charrier les Weasley et les Nés-Moldus. Par contre, il continuait toujours d'insulter ce qu'il appelait les « Sang De Bourbe » en compagnie de Blaise.
La neige craquait sous nos pas. Nous nous avançâmes à l'ombre des arbres.
"Prêts ? demanda Hagrid avec un grand sourire. Bon, alors, pour votre cinquième année, je vous ai réservé une petite excursion dans la forêt. Je pense qu'il vaut mieux voir ces créatures dans leur milieu naturel. Ce qu'on va étudier aujourd'hui est plutôt rare. Je crois bien que je suis la seule personne au Royaume-Uni à en avoir dressé, se vanta-t-il, toujours aussi heureux."
"Et vous êtes vraiment sûr qu'elles sont dressées, vos créatures ? paniqua Drago. Ce ne serait pas la première fois que vous nous amèneriez des bêtes sauvages."
Les Serpentards se mirent à chuchoter pour approuver, et même quelques Gryffondors hochèrent la tête en signe de confirmation.
"Bien sûr qu'elles sont dressées."
"Alors pourquoi vous avez la figure dans cet état ? demanda Drago."
Je lui donnais un coup de coude. Il me regarda et me murmura :
"Quoi ? C'est vrai !"
Hagrid nous emmena un peu plus loin, et je dus supporter pendant les dix minutes de marche les gémissements de Pansy, qui avait soi-disant mal aux pieds.
On s'arrêta là où les arbres étaient très proches les uns des autres, il faisait presque noir et il n'y avait même pas de neige par terre. Hagrid déposa le cadavre de vache et se tourna face à nous.
"Rapprochez-vous, rapprochez-vous, nous encouragea-t-il. Ils vont être attirés par l'odeur de la viande mais de toute façon, je vais les appeler parce qu'ils aiment bien savoir que je suis là."
Je m'avançai lentement, Drago caché derrière moi. Hagrid produit un son étrange deux fois de suite, sans que rien ne se passe. Il se prépara à le faire une troisième fois, mais ce ne fut pas nécessaire, car une créature s'avançait lentement à travers les arbres. Je voyais deux grands yeux blancs au regard vide qui luisaient dans l'ombre des arbres. La créature s'avança vers nous, balaya les élèves de ses yeux vides et commença à manger le cadavre de vache. Au moins, sur ce point-là, je n'avais pas d'hallucinations. Harry les voyait, et Hagrid aussi. Tout le monde semblait perplexe, j'avais l'impression qu'une grande majorité des élèves ne les voyait pas. Seuls Theodore et Neville avaient le regard fixé sur la créature.
"Ah, en voilà un autre ! s'écria Hagrid."
Une autre créature s'avança pour manger la viande de la vache.
"Et maintenant, levez la main, ceux qui arrivent à les voir."
Je mettais le bras en l'air, contente de savoir qu'il allait enfin nous expliquer ce qu'étaient ces créatures. Hagrid adressa à ceux qui avaient la main levée un signe de tête.
"Excusez-moi, lança Drago en interrompant Hagrid, mais qu'est-ce qu'on est censés voir, exactement ?"
Hagrid désigna le cadavre et une fille de Gryffondor poussa un petit cri.
"Qu'est-ce qui fait ça ? demanda-t-elle d'un air terrifié en se cachant derrière un arbre. Qui est-ce qui mange ?"
"Des Sombrals, annonça Hagrid, très fier. Il y en a tout un troupeau, à Poudlard. Maintenant, qui peut me dire… ?"
"Mais ils portent malheur ! cria la fille de Gryffondor."
Hagrid argumenta pour lui assurer qu'ils ne lui feraient aucun mal et reprit :
"Maintenant, qui peut me dire pourquoi certains d'entre vous les voient et d'autres pas ? Je t'écoute, dit Hagrid en désignant Hermione qui levait la main."
"Les seules personnes qui peuvent voir les Sombrals, sont celles qui ont vu la mort."
Je fronçai les sourcils. Drago me demanda à voix basse :
"Qu'est-ce que tu vois ?"
"Imagine de grands chevaux noirs avec des ailes…"
Ombrage arriva alors derrière Harry. Ca faisait longtemps qu'elle n'avait pas inspecté un cours, celle-là. Hagrid essayait désespérément grâce à de grands gestes de lui expliquer ce que nous étions en train d'étudier. Chaque fois que le pauvre ouvrait la bouche, Ombrage ne pouvait s'empêcher de gribouiller sur son bloc-notes en nous informant à voix haute de ce qu'elle écrivait. Comme il l'avait fait pour la fille apeurée de Gryffondor, Hagrid essaya de la convaincre que les Sombrals n'étaient pas dangereux.
"S'il vous plaît, continuez à faire votre cours comme d'habitude, je vais me promener parmi les élèves et leur poser des questions, lui dit-elle en mimant chacune de ses actions."
Drago et Pansy étaient morts de rire, mais ils se calmèrent quand Ombrage s'avança vers eux.
"Parvenez-vous à comprendre facilement le professeur Hagrid quand il parle ? demanda Ombrage à Pansy."
Elle se mit à glousser et répondit difficilement, tant elle rigolait :
"Non… Parce que… Voilà… On dirait… Souvent, c'est comme s'il grognait."
Ombrage se mit à écrire sur son carnet.
"C'est faux ! hurlai-je."
Elle se tourna vers moi avec un air intrigué.
"Une remarque, Potter ?"
"Comme d'habitude, Parkinson dit n'importe quoi, affirmai-je."
"Qu'entendez-vous par là, Potter ?"
"Le professeur Hagrid parle très distinctement, c'est juste que Parkinson doit avoir quelques problèmes d'audition, certifiai-je en lui lançant à Pansy un regard mauvais."
Ombrage prit un air étonné, probablement déçue du fait que je qualifie Hagrid de bon professeur.
"Oui… Je vois… marmonna-t-elle."
Elle me tourna le dos avec son air dépité et partit voir Neville, intimidé face à cette folle à la cape verte. Malgré les réponses que ce dernier essayait d'affirmer, Ombrage écrivit qu'il était trop intimidé pour dire la vérité. Je le levais les yeux au ciel et fus soulagée quand la cloche sonna pour annoncer la fin du cours et des questions débiles d'Ombrage.
Nous nous mîmes en route vers le château pour nous réchauffer auprès du feu pendant la pause. Personnellement, je n'avais pas particulièrement froid, mais Tracey était totalement frigorifiée. Theodore lui prêta son manteau et il frissonna avant de continuer à marcher.
"Ca fait bizarre de sentir une présence juste à côté de soi sans savoir à quoi ressemble la créature qui t'observe, dit Daphné."
"En même temps, balbutia Tracey, s'il faut avoir vu la mort pour les voir, je suis bien contente de ne pas savoir… A quoi ils ressemblent."
Theodore et moi nous regardâmes et Daphné demanda :
"Comment sont-ils ?"
Theodore baissa les yeux et annonça :
"Ils sont… Grands, noirs avec des ailes et…"
"… de grands yeux blancs et vides, l'interrompis-je."
Les filles eurent un frisson. Puis Drago déclara, le regard perdu dans la neige :
"Ca doit être terrible de les voir… D'avoir vu la mort… Tout va bien, Nott ?"
Theodore était soudain devenu tout pâle, et il avait les yeux au bord des larmes.
"Je… Je repense à ma mère, c'est tout… Elle est morte quand j'avais six ans… marmonna-t-il."
Il y eut un silence pendant quelques mètres et Tracey me demanda, toute la compassion du monde dans ses yeux :
"Toi aussi, tu as vu ta mère, Em ?"
Je baissai le regard vers mes bottes et annonça :
"Non, non je n'ai pas vu ma mère mourir."
Le regard de mes compagnons se fit interrogateur.
"Alors… Qui as-tu vu…"
Je les regardai un à un avec un regard presque paniqué.
"J'en ai aucune idée…"
