[ 18 Décembre ]

Il neigeait de plus en plus fort au fil des jours. Le sol se couvrit d'une épaisse couche de neige qui m'arrivait aux genoux. On ne pouvait presque plus sortir du château, mais tout était vraiment magnifique.

La voix ne s'était pas manifestée depuis quelques temps, je n'avais toujours pas de nouvelles de mon père, et toujours une bonne dizaine de devoirs à terminer. Nous passions à peu près toutes nos soirées libres à la bibliothèque, et ce jour-là, ça n'a pas raté. Nous parlions Tracey et moi de notre devoir de Métamorphose, pendant que Drago et Theodore discutaient à propos de leurs vacances de Noël. Nous étions presque seuls dans la bibliothèque, nos seuls compagnons étant trois filles de l'équipe de Quidditch de Gryffondor, et quelques garçons de Poufsouffle. Elles avaient attiré mon attention depuis que j'étais entrée, car il m'avait semblé les apercevoir à La Tête de Sanglier. Elles chuchotaient et, parfois, elles lançaient vers moi des coups d'œil indiscrets. Au bout de quelques minutes, elles se levèrent brusquement et se dirigèrent vers la sortie de la bibliothèque. En passant vers notre table, j'entendis Johnson dire :

- … rejoindre Harry pour la réunion…

« La réunion ? Quelle réunion ? Peut-être une réunion en rapport avec celle de La Tête de Sanglier ? Peut-être que je vais enfin découvrir ce qu'ils mijotent ? Peut-être que je devrais les suivre… »

Soudain, je me levai d'un bond, sous le regard interrogateur de mes amis.

- Je… Je reviens, affirmai-je avant de repousser ma chaise et de m'éclipser par la porte sous l'air soupçonneux de Madame Pince.

Si j'avais attendu quelques secondes de plus, je les aurais certainement perdues, mais heureusement, j'aperçus un pan de la robe d'une des filles flotter dans le tournant menant aux escaliers. Je les entendais parler, montant à grandes enjambées les escaliers, pendant que j'essayais de garder le rythme pour ne pas les perdre et d'être le plus discrète possible. J'arrivai au dernier et septième étage. Les filles pressèrent le pas, tandis que j'accélérais moi aussi afin de ne pas les perdre, tout en restant discrète. Au fur et à mesure de leurs pas, sur le mur du couloir jusqu'alors nu se dessina quelque chose. Une porte. Une porte était en train d'apparaître sur le mur. Les filles l'ouvrirent et entrèrent à l'intérieur. Rapidement, je m'engouffrai dans l'embrasure et me cachai derrière une colonne. Une des filles se retourna, elle avait du apercevoir une mèche de mes cheveux voler derrière moi. Cependant, elle ne me vit pas et continua à s'avancer dans la salle. C'était une salle gigantesque, avec deux rangées de colonnes, plusieurs étages de livres et un énorme sapin de Noël. D'abord, les trois filles et Harry parlèrent de Quidditch, lui annonçant qu'il avait été remplacé par Ginny Weasley, étant donné qu'il avait été interdit à vie par Ombrage.

- Bien, commença Harry, j'ai pensé que ce soir, nous devrions revoir tout ce que nous avons fait jusqu'à maintenant, puisque c'est notre dernière réunion avant les vacances et qu'il ne servirait à rien de commencer quelque chose de nouveau à la veille d'une interruption de trois semaines.

Un garçon se mit à râler et Fred Weasley lança une remarque qui fit rire toute la salle.

- Nous allons reformer des équipes de deux, reprit mon cousin. On commencera par le maléfice d'Entrave pendant dix minutes, ensuite, on remettra les coussins en place pour la Stupéfixion.

Maléfice d'Entrave ? Stupéfixion ? Mais qu'est-ce qu'ils faisaient ?

La réunion dura une bonne heure, et je regardai sans oser faire le moindre mouvement les élèves de Gryffondor, Serdaigle et Poufsouffle lancer des Impedimenta et des Stupéfix à travers la salle.

- Vous devenez excellents, assura mon cousin avec un sourire. Au retour des vacances, nous pourrons attaquer des choses plus difficiles – peut-être même les Patronus.

Les élèves se regardèrent d'un air ravi puis quittèrent la salle en souhaitant un « joyeux Noël » aux autres. Harry, Hermione et Ron se mirent à ranger les coussins. Puis les deux Gryffondor s'éclipsèrent et il ne resta plus qu'Harry, Cho et… moi.

Cho pleurait. Elle se plaignit du garçon qui était mort et je vis bien que ce n'était pas ce que mon cousin attendait. Il la réconforta, elle le complimenta. Puis tous les deux remarquèrent une branche de gui juste de leurs têtes.

- Je t'aime beaucoup, Harry, tu sais.

« Attends !? C'est la fille qui vient de dire ça ?! »

Harry était totalement paralysé, et Cho s'approchait, de plus en plus… J'étais là, ébahie, en train de regarder mon cousin embrasser une fille ! Et, oubliant le livre que j'avais dans les mains, je les portai à mon front pour relever mes cheveux. Mon livre tomba, et, avec une telle vitesse que je ne m'en suis rendue compte qu'une minute plus tard, Harry et Cho sortirent leur baguette et la pointèrent en direction de la colonne derrière laquelle j'étais cachée.

- Qui est là ? demanda Harry.

Je ramassais mon livre et sortais de derrière ma cachette.

- Coucou… ai-je murmuré.

Ils ont abaissé leur baguette.

- Je suis vraiment, vraiment désolée ! Mais…

Harry m'a regardée d'un air accusateur.

- Je sais que tu n'es pas désolée du tout, affirma-t-il.

J'ai fait un sourire coupable.

- Pardon… Désolée de ne pas être… désolée, ai-je dit.

Il s'est mis à sourire lui aussi.

- Excuse-moi, Cho, mais je dois m'expliquer avec cette petite… curieuse, annonça Harry.

Mon sourire s'est agrandit. Finalement, j'étais assez fière de moi. Harry et moi sortîmes de la salle et Cho partit de son côté, tandis que la porte s'effaçait peu à peu du mur du couloir.

- Tu l'as embrassée ! m'écriai-je. Alors, raconte, c'était comment ?!

Il me lança un regard furieux puis rétorqua :

- Ne change pas de sujet ! Comment es-tu entrée ?

- Comme je vous ai vus à La Tête de Sanglier, que j'ai entendu Johnson, Bell et Spinnet en parler et que je les ai suivies jusqu'ici, trouver votre planque n'a pas été très difficile, l'informai-je d'un presqu'ironique.

- Tu vas nous dénoncer à Ombrage ?

Comment pouvait-il me demander ça ?

- Non mais tu te rends compte de ce que tu me dis ?! me suis-je exclamée.

Il baissa le regard vers le sol.

- Est-ce que… Tu n'aurais pas confiance en moi ? ai-je murmuré, les larmes aux yeux.

Il dit d'un ton à peine audible :

- Bien sûr que si, mais… Tu es à Serpentard… Alors…

Je fronçai les sourcils.

- Comment je dois comprendre ça ?

- Euh…

- Je te rappelle que tu as failli y être, à Serpentard, répliquai-je.

Il s'arrêta, se tourna pour soutenir mon regard presque plein de colère et me certifia :

- Je suis désolé, mais… Le jour où Ombrage va tout découvrir, ça sera… Horrible pour nous tous.

Il me prit dans ses bras et je lui murmurai :

- Sache que je ne te trahirai jamais.

Une demi-heure plus tard, de retour dans la Salle Commune, je me laissais tomber lourdement dans mon habituel fauteuil gris à côté de la cheminée. Tracey et Theodore étaient sur le canapé vert, collés l'un à l'autre, penchés sur une bande dessinée de la Gazette du Sorcier. Millicent et Pansy travaillaient à une table un peu plus loin, Blaise bécotait une fille qui n'était pas de Serpentard sur le fauteuil en face du mien. Je sortis mon livre de sous un oreiller et me mis à réviser mon Histoire de la Magie.

- Ah, tu es là, dit une voix derrière moi.

Je me retournai, Drago se tenait là, l'air malicieux.

Il se calla sur l'accoudoir de mon fauteuil, comme à son habitude.

- Tu m'as manqué, tu sais, affirma-t-il en me regardant dans les yeux.

Je le toisai d'un air interrogateur.

- Je ne suis partie qu'une heure et demie… m'étonnai-je.

Il fit encore son sourire en coin.

- Je t'ai manqué à cause du devoir de Métamorphose auquel je devais réfléchir ?

- Non…

- De Potions ?

Il nia d'un signe de tête.

- D'Astronomie alors ?

- Non plus.

- Alors quoi !? m'exclamai-je.

- Tu m'as manqué, c'est tout, affirma-t-il en posant sa main sur mon bras.

Je tournai la tête vers ses magnifiques yeux gris. Sa main remonta le long de mon bras, il se mit à me caresser les cheveux. Je le regardais, les yeux écarquillés, tandis qu'il s'approchait, de plus en plus, encore un peu…

- Hum, hum… toussota quelqu'un devant moi – devant nous.

Je tournai la tête presqu'immédiatement. Qui se permettait de…

- Drago, on devrait faire une ronde dans les cachots, l'informa Pansy. Seuls, ajouta-t-elle avec un regard méchant à mon égard.

Il se leva, s'approcha d'elle et lui cracha :

- Tu te fous de moi ? On n'a aucune ronde à faire.

- Tu peux y aller, lui dis-je en me levant. Je monte me coucher de toute façon.

Il se tourna vers moi puis regarda à nouveau Pansy.

- Je n'ai pas envie d'y aller, affirma-t-il.

Je m'avançai vers lui, lui l'embrassai sur la joue comme à mon habitude pour lui dire bonne nuit et montai dans le dortoir. Daphné était toujours en bas, Tracey, quant à elle, dessinait, assise sur mon lit. Je mettais mon pull et mon short, et m'asseyais en face d'elle.

- Tu as fini de bécoter ton Drago ? me demanda-t-elle d'un air malicieux.

- … Quoi ?! Moi ?! Bécoter Drago ?! N'importe quoi ! m'exclamai-je.

- Quand je suis montée, sa main était dans tes cheveux et il se penchait vers toi…

Je rougissais et portais mon attention sur son dessin. C'était une représentation du terrain de Quidditch, toujours aussi bien faite. Tracey releva la tête d'un regard interrogateur.

- Bon, je vais m'arrêter là, on est toutes les deux crevées je pense… m'annonça-t-elle.

Elle sauta de mon lit d'un air léger, déposa ses affaires sur sa table de chevet et s'enfoui sous ses couvertures.

- Je n'ai pas embrassé Drago si tu veux tout savoir, dis-je.

Elle sortit la tête de sous son oreiller.

- Pansy nous a… interrompus.

Elle a pris son regard vraiment désolé.

- C'est tellement dommage… Vous êtes trop mignons tous les deux ! me dit-elle.

Je rougis encore une fois. Tracey remit ses oreillers sur sa tête et me marmonna :

- Bonne nuit Em.

J'éteignais et murmurai un vague :

- Bonne nuit…

{J'étais lisse, puissante, flexible… Je me tortillais entre les barreaux, sur le sol froid et sombre… Je rampais, rampais… Il faisait noir, mais je pouvais voir tous les objets qui se trouvaient autour de moi. Le couloir était vide… Non, non, il y avait quelqu'un… Un homme, assis, dormait, la tête sur sa poitrine… Je sifflais… Il sentait si bon, cet homme… Il était vivant, il ne faisait que dormir… Là, devant cette porte au bout du couloir… J'avais envie de le mordre… Mais je ne pouvais pas… Je devais faire… autre chose. Il se releva d'un bond, brandissant une baguette sur moi. Je n'avais pas le choix… Je levai la tête le plus haut possible et frappai, une, deux, trois fois, plantant mes crocs dans la peau de l'homme. Son sang coulait, tiède, sur moi… L'homme hurla, puis se tut, s'effondra contre le mur…}

Ma tête allait exploser, le sang battait sur mes tempes. Ca avait recommencé.

- Em ! Réveille-toi !

J'ouvrai les yeux. Je tremblais, le front brûlant, les draps collés à moi.

- Emy !

Qui étaient ces gens ? Tracey ? Et Daphné peut être. Je ne voyais qu'une éclatante lumière blanche. Je pris ma tête entre mes mains et me retins de vomir.

- Elle n'a vraiment pas l'air bien, dit la voix de Daphné.

- Monsieur Weasley… haletai-je.

- Em, tais-toi, redresse-toi doucement, m'ordonna la voix douce de Tracey.

Je sentais une main, me tenir sous le dos, m'aider à me redresser, tout en luttant contre l'horrible envie de vomir.

- Monsieur Weasley… Mordre… Sang partout… Partout ! hurlai-je en fondant en larmes.

- Emy, ce n'était qu'un rêve… balbutia Daphné.

- Il faut l'amener à l'infirmerie ! s'exclama Tracey d'une voix qui avait perdue toute son assurance.

- Je vais très bien ! m'écriai-je en me mettant à trembler de plus en plus.

« Ce n'était qu'un rêve… Un rêve… Les rêves viennent de ton imagination. Les rêves ne sont pas réels… »

- Emy, viens à l'infirmerie ! m'ordonnèrent Tracey et Daphné d'une seule voix.

- Je ne suis pas folle ! Je… Je vais bien ! m'exclamai-je tandis qu'une me prenait par les jambes et l'autre par les bras.

Elles me reposèrent vite sur mon lit. Mon plan avait-il marché ?

- On ne va pas y arriver en la portant comme ça, je vais chercher Drago, annonça Tracey.

- Mais puisque je vous dis que tout va bien ! hurlai-je de plus belle.

Trop tard. Tracey était déjà sortie du dortoir, tandis que Daphné essayait désespérément de me faire tenir en place sur mon lit.

- Je suis là, annonça la voix de Drago. Qu'est-ce qu'elle a ?

- Aucune idée, dit la voix paniquée de Daphné. Elle est totalement hystérique !

- Laissez-moi ! hurlai-je.

Drago me prit dans ses bras et, accompagné des filles, il sortit de la Salle Commune. J'essayai désespérément de me débattre, mais ça ne servait à rien. Il monta les escaliers, poussa la porte de l'infirmerie. Je tremblais encore de tout mon corps, des sueurs froides passant sur mon visage. Une petite femme en pantoufles s'avança vers nous, les yeux bouffis.

- Qu'est-ce que vous voulez ? demanda-t-elle d'une voix endormie.

- Elle est malade, dit Daphné en me désignant.

Pomfresh fit signe à mes compagnons de me déposer sur un lit.

- Qu'est-ce que vous avez, Mademoiselle ?

- Rien ! Je vais bien ! Laissez-moi ! Je veux…

L'infirmière me donna une sorte de sirop au goût acide qui me fit grimacer.

- Mademoiselle, calmez-vous, répondez-moi, dit doucement Pomfresh. Qu'est-ce qui vous arrive ?

- Je… J'ai…

Ma vision se brouillait, tout devenait flou autour de moi.

- Laissez-la, jeunes gens, ordonna l'infirmière qui me redonna du sirop. Elle a grand besoin de dormir.

Une main lâcha la mienne et je vis vaguement mes trois amis sortir de l'infirmerie.

- Mais, je… Monsieur Weasley… Attaqué… Du sang… Partout…

La lumière s'éteignit. Pomfresh sortit. Et tout devint noir.