[25 Décembre]

Noël.

Quelle fête débile.

Tout le monde s'offre des cadeaux débiles que l'on va jeter, oublier dans un tiroir ou revendre.

Tout le monde est heureux, tout le monde chante, tout le monde ci, tout le monde ça…

Pas moi.

Pour moi, Noël est plus que tout une fête ou tout le monde s'amuse sauf moi.

Et c'est aussi la source de tous mes problèmes.

- Où sont-ils, tous ? demandais-je.

Mon père s'écarta de la gazinière et se tourna vers moi.

- Bonjour chérie, dit-il avec un sourire forcé.

Je m'assis à table, asseyant de remettre mes cheveux en place.

- Il n'y a donc personne dans cette maison ? m'étonnai-je.

- Ils sont à l'hôpital. Voir Arthur, m'informa mon père. Tu as dormi tard, dis-moi !

Je n'ai pas vraiment dormi. Disons plutôt que je suis restée dans mon lit toute la matinée à déprimer.

Il s'assit en face de moi.

- Je sais que ce n'est pas le meilleur jour de l'année, mais ce n'est qu'un jour comme un autre, non ?

Je lui lançai un regard dur.

- Comment oses-tu me dire que c'est un jour normal ?! m'écriai-je. Maman est morte il y a aujourd'hui six ans ! Ce n'est pas un jour comme un autre ! hurlai-je avant de monter dans ma chambre en claquant la porte.

Je me jetai sur mon lit, enfouissant ma tête dans les oreillers, retenant mes larmes.

« Maman était forte… Maman n'aurait pas pleuré… »

La porte d'entrée claqua au rez-de-chaussée. Je relevai la tête, prête à l'enterrer à nouveau sous mes draps si quelqu'un entrait.

- Emy ? appela quelqu'un derrière la porte. Je peux entrer ?

Je laissai mon visage retomber et marmonner un vague :

- Vas-y.

J'entendis la porte grincer et des bruits de pas s'avançant vers mon lit.

- Je sais que tu ne vas pas vraiment bien aujourd'hui, dit Harry.

- Ah, ah, tu crois ? bafouillai-je, la voix étouffée par les oreillers.

- Est-ce que tu veux… En parler ?

Je tournai la tête vers lui. Je pouvais voir toute sa compassion dans ses yeux, ce qui me fit penser pendant un petit moment à Tracey.

- Non, marmonnai-je en retournant dans ma tanière improvisée.

- Très bien, je te laisse alors, s'excusa-t-il en se levant de mon lit et se dirigeant vers la porte.

Je le regardai partir puis avouai, quelques secondes avant qu'il ne prenne la poignée dans sa main :

- C'était il y a six ans…

{Le jour de Noël, je regardai l'habituel « Bêtisier de Noël » français, avachie sur le canapé, en compagnie de mon père. Un chien était en train de marcher habilement sur un ballon, sous les éclats de rire de ses maîtres. La sonnette retentit, je pensai tout de suite que Maman était enfin rentrée de sa longue journée à l'hôpital. Il neigeait, c'était la première fois que je voyais ça là où j'habitais. Je me levai du canapé bien avant mon père, toute excitée, prête à scander quand j'ouvrirai la porte à Maman un « Joyeux Noël ! ». Je m'élançai vers la porte, d'un pas léger un grand sourire sur le visage, puis, soudain, réalisant quelque chose, je m'arrêtai. Pourquoi Maman aurait-elle sonné ? La porte n'était pas fermée à clef, et quand bien même elle l'aurait été, je l'avais vue prendre son trousseau le matin-même. Puis, me disant que, peut-être qu'elle attendait derrière la porte déguisée en père Noël comme quand j'avais quatre ans, j'ouvris la porte d'entrée, hurlant à m'en essouffler :

- Joyeux No…

Qui était cette grande femme brune devant la porte ? Maman n'était pas brune, elle avait toujours eu les cheveux d'un joli blond doré que je lui jalousais.

- Bonjour, Emy. Ton papa est là ? me demanda la femme aux cheveux bruns.

J'hochai la tête, intimidée. Mon père s'avança, serra la main de la femme qui se tenait sur le palier.

- Monsieur Potter, j'aimerai vous parler. En privé, dit-elle en me désignant d'un signe de tête.

Je regardai mon père d'un air paniqué, les yeux écarquillés.

- Retourne dans le salon, Em, m'ordonna mon père.

J'acceptai d'un signe de tête et revenais devant la télé, mon regard fixé sur la porte vitrée de la cuisine, où mon père et la femme s'étaient installés à table. Elle parlait doucement, la main posée sur son avant-bras, cherchant son regard. Il fixait le sol, le regard vide, l'air bouleversé. Puis, soudain, chose à laquelle je ne crus pas tout d'abord, mais à laquelle je dus me résoudre, je vis, sous un regard ébahi, mon père, blotti dans les bras de la jeune femme, éclater en sanglots. Sans plus attendre, je me levai du canapé et courus dans la cuisine, ouvrant la porte qui claqua brusquement contre le mur. Mon père sortit des bras de la femme.

- Papa… murmurai-je en m'approchant de lui.

- Emy… balbutia-t-il, tournant ses yeux pleins de larmes vers moi.

- Papa…

Je posai ma main sur son épaule.

- Tu ne dois pas pleurer. Maman n'aurait pas voulu que tu pleures, lui chuchotai-je.

Il me prit la tête entre ses mains et annonça :

- Ta Maman t'aimait très fort, Emy. N'oublie jamais ça. Et moi aussi, je t'aime très fort.

J'hochai la tête et il me serra dans ses bras.

- Je vais y aller. Je suis vraiment désolée… dit la femme brune.

Mon père et moi la raccompagnâmes dans le hall d'entrée. Elle ouvrit la porte et nous souhaita :

- Joyeux Noël Monsieur Potter…}

J'essuyai une larme qui coulait le long de ma joue d'un revers de manche. Harry me prit dans ses bras, déposa un baiser sur ma joue.

- Je suis désolé… Je ne voulais pas t'obliger à…

Je m'engouffrai dans son cou.

- Je n'en avais jamais parlé à personne… Je devais le faire…

Le dîner était terminé, j'avais mangé la dinde de Madame Weasley sans grand appétit. J'étais affalée sur un des canapés du salon, essayant de me concentrer sur mon magasine. Quelqu'un s'assit à côté de moi. Ron.

- Salut Emy…

Je levai les yeux de mon magasine et lui fit un sourire gêné.

- Euh… Joyeux Noël, dit-il en me tendant un paquet de papier doré.

- Oh, merci… murmurai-je en prenant le paquet.

Il me fit un grand sourire tandis que je le déballais.

Je découvris une petite boîte verte, fermée par un joli verrou en or, avec mon prénom écrit en lettres dorées sur le couvercle.

- Euh… Qu'est-ce que c'est ? demandai-je.

- Une boîte à musique, m'informa-t-il.

Je l'ouvris. Une jolie musique s'échappa de la boîte, c'était une berceuse que ma mère me chantait avant pour m'endormir.

- Harry et moi avons fait la boîte, et c'est Hermione qui l'a ensorcelée pour la musique…

- Merci… dis-je, les larmes aux yeux.

Je le pris dans mes bras et lui déposai un baiser sur la joue. Il me regarda dans les yeux, puis m'avoua :

- Je t'aime beaucoup, Emy.