Titre : Douleur
Disclaimer : L'univers original appartient entièrement à son auteur Masami Kurumada et les personnes de Lost Canvas sont la propriétés de Shiori Teshirogi.

Note :
Ça y est, on est vendredi ! Pas que je m'exclame de joie à l'idée de poster (enfin si, un peu quand même), mais ça annonce surtout, bientôt le week-end ! Pour tout ceux qui auront passés des examens cette semaine, j'espère que tout s'est bien passé pour vous ! Un bon repos pour ces deux jours à venir, et un bon courage pour cette dernière journée de travail.

Déjà le douzième chapitre ! Dieu que le temps passe vite. Bientôt, j'aurais publié presque la moitié de mes textes !

Bonne lecture !


La douleur. Irradiante. Insoutenable. Chaque parcelle de son corps était en train de brûler de ce feu dévorant chaque goutte de son sang. Ses muscles tendus par la souffrance se contractaient dans de violentes torsions incontrôlables, lui arrachant des plaintes de plus en plus faibles alors que ses forces le quittaient un peu plus à chaque seconde passée dans cet enfer.

Lentement, il sentait son esprit s'engluer de plus en plus dans cette condition dont il ne pouvait s'extirper. Il aurait pu croire que ses nerfs, à force de trop de douleur, auraient lâché tôt ou tard. Il n'en était rien. Chaque vague ardente semblait lécher sa peau avec une délectation minutieusement cruelle pour être sûre de n'épargner aucune zone. De la pointe de son oreille jusqu'au bout des ongles, chaque soubresaut de conscience n'était que douleur à l'état pur.

Son corps lâcherait avant son esprit. Il le savait. Ce cœur défaillant finirait par s'arrêter, ou exploser, en l'emmenant avec lui. Et pourtant, il se forçait à s'accrocher. Malgré la douleur et la souffrance que cela lui procurait, ses lèvres étaient courbées en un sourire vicieux et animal illisible pour celui qui n'y prenait pas garde. Il ne laisserait pas ce corps crever ici. Pas comme ça. Devrait-il traverser l'enfer.

Il savait.

Quelques instants, sa carcasse ardente sembla se calmer. Il en profita pour reprendre sa respiration, se passant un bras tremblant sur le front pour en essuyer la sueur, ignorant l'élancement de son muscle épuisé à ce simple geste. Un bref regard autour de lui pour constater que la nuit était tombée. Il grimaça quand sa vue se troubla et ferma les yeux, en proie à un vertige désagréable. Les secondes s'égrenaient si lentement… Et si rapidement en même temps. Le temps s'était mêlé dans un amalgame vaseux et indéfini.

Un nouveau feu s'embrasa dans sa poitrine, lui arrachant un cri rauque alors qu'il plaquait ses mains sur la source de sa douleur, griffant sa peau comme pour arracher l'organe qui lui causait tant de peine. Son corps s'arqua, faisant craquer ses vertèbres jusqu'au point de rupture. Avec une lenteur cruelle, la chaleur se propagea le long de ses veines. Il la sentit s'emparer de son torse, le long de ses jambes. Remonter jusqu'à ses épaules pour s'étirer jusque dans ses bras.

Le spasme qui agita son corps s'étouffa de lui-même lorsqu'elle saisit sa gorge, à la conquête de nouveaux territoires. Sa main vint frapper le mur avec violence, faisant vibrer la pierre. Un filet de sang s'écoula le long de la façade, mais il ne ressentit pas la moindre once de douleur. Trop faible, trop éphémère. Non, rien ne pouvait aider ce corps porté à ébullition.

Il sentit la corde de son inconscience se tendre un peu plus, prête à se briser, au même titre que celle de sa vie. Avec une rage sourde, son poing frappa de nouveau le mur en faisant voler la poussière dans les rayons lunaires. Son corps lui hurlait de s'abandonner. Et malgré sa résistance, il savait qu'il avait atteint ses limites. Jamais il n'avait lutté aussi longtemps. Ni avec autant de hargne. Jamais il n'avait eu aussi mal. Mais il ne lâcherait pas la moindre seconde. Il était trop fier.

Il savait.

C'est quand il se sentit partir que la douleur régressa. Lentement, le feu commença à refluer, libérant son corps, lui faisant retrouver l'air qui lui avait tant manqué. Un froid bienfaiteur s'étendait dans ses membres, apaisait son mal. Il n'était même pas surpris. À travers les brumes de sa conscience, le sourire de loup sur ses lèvres s'élargit. Même si ça devait plus avoir l'air d'une grimace que d'un sourire. Sans le voir, il vint agripper d'une poigne de fer le bras qui s'était posé sur sa poitrine.

Il ouvrit difficilement les yeux pour se retrouver face au visage froid et concentré de son ami de toujours. Devant son air tellement sérieux, il aurait pu éclater de rire si un sursaut nerveux ne l'en avait pas empêché, transformant son éclat de voix en un râle plaintif. Il pouvait ressentir dans ses veines le feu et la glace mener leur combat pour la domination de cet hôte si agréable, refusant d'abandonner du terrain.

À chaque nouvel élancement, ses ongles se plantaient dans la peau du bras du Verseau, la lacérant sans remords. Mais il avait confiance. Il savait qu'il ne perdrait pas. Même si la glace était tout aussi douloureuse que le feu qui rongeait son cœur. Il fallait soigner le mal par le mal. Il savait que son compagnon détestait ça.

D'un geste rapide, il attrapa le second bras du Verseau, lui faisant perdre l'équilibre en l'attirant contre lui. Il se redressa sur un coude avec une légère grimace à la douleur de ce simple geste, mais n'y prêta pas attention. Ses lèvres rencontrèrent celles de son compagnon quelques secondes.

Assez longtemps pour profiter de leur douceur froide. Malgré la douleur dans sa poitrine suite au froid perçant qui déchira son corps tel un avertissement. Assez longtemps pour laisser une trace de son passage de ses dents sur ses lèvres avec un ricanement qui n'échappa pas à son camarade qui le repoussa sans ménagement.

Kardia n'avait pas cessé de sourire une seule seconde.

Il l'observa lécher le sang qui s'écoulait de sa lèvre alors que le combat reprenait dans son corps. Cette fois, il s'y abandonna complètement. Il n'avait plus le contrôle de rien. Mais il savait qui gagnerait cette bataille.

Quand, enfin, son cœur revint à la normale, les premiers rayons de l'astre solaire pointaient leur nez à travers la fenêtre de la chambre. Le corps en nage et épuisé, Kardia était incapable de bouger le moindre muscle. Son compagnon ne valait pas beaucoup mieux, après tant d'efforts, mais son état ne l'empêcha pas de se relever avec cette fierté froide et indomptable.

De longues secondes, ils se fixèrent dans un silence lourd. Une confrontation silencieuse. L'un comme l'autre conscient du jeu sans fin qui venait de se dérouler.

Le rire fatigué du gardien du huitième temple fut ce qui fendit finalement la lourdeur de l'atmosphère. D'un geste de la main à moitié tremblant, il salua son compagnon comme il l'aurait fait en toute circonstance, fidèle à lui-même. Quand Dégel se retourna pour sortir du temple, il ne put masquer le sourire qui vint soulever de quelques millimètres le coin de ses lèvres.

« Tu n'es qu'un imbécile. »

Satisfait, Kardia le regarda s'en aller avant de s'adonner à un sommeil sans rêves.