Titre : Humain
Disclaimer : L'univers original appartient entièrement à son auteur Masami Kurumada et les personnes de Lost Canvas sont la propriétés de Shiori Teshirogi.
Note :
Nouveau chapitre ! Je serais brève aujourd'hui, j'ai pas trop d'inspiration pour une jolie mise en bouche donc... je n'ai qu'à vous souhaiter une très bonne lecture !
Reviews (ici seront mises les réponses aux revieweur(e)s anonymes)
Leia26 : Hehe ouais, mais je suis pas sûre que tous les chevalier s'amusent à se coiffer avec des tresses avant de partir au combat. j'imagine bien la réunion de tous les gold aux cheveux long (presque touts au final) pour se coiffer les uns les autres ça peut être rigolo ! xD
Ils tournèrent au détour d'une rue. Lancés dans leur élan, ils ne ralentirent pas. Ils continuèrent à courir, les muscles en feu et le souffle erratique. Ils entendaient toujours derrière eux le bruit de pas qui les poursuivaient. Kardia força l'allure, entrainant avec lui son ami qu'il tenait par le bras. Ce dernier laissa échapper un gémissement plaintif, mais suivit le pas.
Ils s'enfoncèrent dans les entrelacs de la ville, passant de ruelle en ruelle. Plus d'une fois, ils manquèrent de renverser un passant ou un étal, s'attirant les foudres d'un vendeur de fruits ou de tissus. D'autres regardaient simplement cette poursuite infernale d'un œil amusé ou réprobateur.
Couverts de poussière de la tête au pied, leurs vêtements salis, les cheveux en bataille, ils étaient le portrait craché de petit voleur de quartier.
Bon, peut-être était-ce vrai. Du moins pour l'un des deux enfants. Mais, aussi inséparables que les deux doigts d'une main, ils continuaient ensemble. Dans les bêtises comme dans les rires. L'un était l'autre. L'autre était l'un.
Enfin, ils s'arrêtèrent. Sortis de l'enceinte de la ville, leurs poursuivants avaient visiblement renoncé à les attraper. Ou les avait perdus en cours de route. Tant pis pour eux.
Dégel se laissa tomber au sol en toussant, à moitié étouffé, le cœur battant la chamade dans sa poitrine. Il se sentait fébrile, les muscles tremblant sans pouvoir s'en empêcher et de longs filets de sueur dégoulinant sur son visage rougi par le manque d'oxygène. Il ne comprenait pas comment il avait pu tenir aussi longtemps. Il voulut parler, mais les mots se transformèrent en une nouvelle toux dans sa gorge asséchée.
À côté de lui, Kardia n'était pas dans un meilleur état. Haletant, une main appuyée sur ses jambes pour tenir debout, il avait pourtant le sourire éblouissant de l'enfant qui a obtenu ce qu'il voulait malgré les interdictions. Dans son autre main, le fruit de son larcin. La raison qui les avait chassés de la ville à grands coups de course en travers des rues. D'un revers de manche, il s'essuya le visage, étalant un peu plus la poussière et la crasse et se redressa avec une grande inspiration.
Il se retourna vers Dégel pour l'observer quelques instants avant de lui tendre une main avec un petit rire. La grimace du garçon remplaça toutes les malédictions qu'il aurait pu lui lancer pour ce qu'il venait de lui faire vivre. Devant cet air mécontent, Kardia ne put faire autrement que d'éclater de rire. Il vint lui-même lui attraper le bras.
« Allez, viens ! On sera mieux un peu plus loin ! »
Il le tira vers lui, le forçant à se remettre debout. Incapable de prononcer le moindre mot, Dégel se retrouva sur ses pieds, la démarche incertaine et se demandant par quel miracle il arrivait encore à tenir debout. Comme un pantin, il se laissa guider sur le petit chemin de terre qui suivait le flanc d'une colline. Kardia ne s'arrêta qu'une fois en haut, se laissant tomber sur l'herbe et l'entrainant avec lui.
Dégel se laissa faire sans protester, heureux que cette boule de nerfs lui accorde un peu de repos. Il s'allongea dans l'herbe, la tête posée sur la jambe de son ami. Enfin, il pouvait respirer. Enfin, il pouvait laisser son corps se reposer. Un soupir de contentement franchit ses lèvres.
« Tiens, c'est pour toi ! »
Il eut à peine le temps de bouger qu'une pomme lui atterri entre les mains. Il haussa un sourcil en relevant les yeux vers Kardia qui avait déjà croqué dans la sienne avec enthousiaste. Il observa le fruit d'un air méfiant avec une légère moue.
« Tu n'aurais pas du faire ça, c'est mal. S'ils apprennent qu'on vient du Sanctuaire… »
Kardia haussa les épaules avec une insouciance prononcée qui fit soupirer le petit Verseau. Il craignait et admirait à la fois cette capacité qu'il semblait posséder à ne se préoccuper de rien. Comme si tout lui était indifférent, jusque dans ses actes. Ils étaient des Chevaliers. Enfin, ils le seraient, dans une dizaine d'années. Outre que s'enfuir du Sanctuaire pour aller voler des fruits n'était pas vraiment dans leurs champs d'action, si cela remontait jusqu'au Pope… Ou jusqu'à leurs maîtres. Une grimace se dessina sur les lèvres de Dégel à cette pensée.
« On s'en fiche ! Tu devrais la manger, c'est les meilleures pommes de Grèce. »
Toujours allongé, Dégel se tourna sur le ventre pour le regarder. Il ne put s'empêcher un léger sourire. Se disant que de toute façon, il ne pourrait rendre cette pomme, il croqua dedans, ravi de se mettre quelque chose sous la dent. Il fut même étonné de la saveur douce et sucrée qui assaillit ses papilles à la première bouchée. Kardia avait sans doute raison… Même s'il préférait de pas savoir par quel moyen il avait établi ses comparaisons.
« Tu sais…, reprit Dégel en mastiquant son fruit, bientôt, tu ne pourras plus faire ce genre de choses.
- Justement. On va être Chevalier toute notre vie… Autant passer quelques journées en être humain libre, non ? »
Dégel fronça légèrement les sourcils en laissant de côté son trognon de pomme. Passant ses deux bras autour de la cuisse de Kardia comme autour d'un oreiller, il y reposa la tête pour se plonger dans ses réflexions.
Être un chevalier et être un homme… L'un était libre et pas l'autre ? Jamais personne ne lui avait présenté les choses de cette façon. Pourquoi un homme se priverait-il volontairement de sa liberté pour un Dieu ? Ça voulait dire que Kardia n'était pas libre ? Il fit la moue. De toutes les personnes qu'il connaissait, bien que cela soit en nombre très limité, son ami avait toujours représenté la vie, dans sa plus grande ampleur. Une chose que rien ne peut arrêter. Sans limites. Il ne comprenait pas de quoi il pouvait se sentir prisonnier, lui qui se permettait toujours tout.
« Pourquoi ? finit-il par demander après un temps de silence.
- Pourquoi quoi ?
- Je ne comprends pas. Tu es libre. Moi aussi. »
Kardia baissa les yeux pour le regarder. Son visage était encore celui d'un garçon en train de s'attacher à comprendre un raisonnement dont la clé de voûte lui échappait. Comme s'il essayait désespérément d'y trouver une logique quelconque, même bien loin de son regard d'enfant.
« Si j'étais libre, je passerais mes journées avec toi. Mais je ne peux pas. Alors tant pis si pour une journée, je ne suis pas Chevalier, tant ça me permet de rester avec toi, déclara-t-il en haussant les épaules, mais avec une voix dépourvue du moindre doute. J'ai pas le droit de prendre une pomme, mais je voulais te la faire goûter. Elle était bonne, non ? »
Son sourire éclatant embrouilla encore plus l'esprit du petit Verseau qui s'empêtra d'un cran plus profond dans ses raisonnements. En voyant sa tête complètement perdue, Kardia éclata d'un rire joyeux et vint lui passer une main dans les cheveux avec une douceur surprenante.
« Tu penses trop, c'est pas drôle ! Un jour, tu me diras ce que tu veux vraiment ? »
Dégel, perdu, hocha positivement la tête sans être vraiment certain de savoir s'il s'agissait de la bonne réponse ou pas. Mais son ami sembla satisfait et se replongea dans la contemplation du ciel qui commençait à prendre une teinte orangée au dessus d'eux.
« Allez, viens ! Je veux encore m'amuser avant de rentrer ! »
Sans prévenir, il se releva, manquant d'envoyer balader Dégel, encore accroché à sa jambe, mais qui retrouva son équilibre de justesse. Il le regarda se relever avant d'hésiter une seconde et de faire de même. Dans la bouche de Kardia, le mot amusement rimait souvent avec le mot bêtise, et il n'était pas sûr d'être prêt à une nouvelle course à travers la ville. Son regard plongea en bas du talus sur lequel ils étaient grimpés. Ils avaient une vue parfaite sur les ruines entourant le Sanctuaire. Un peu plus loin, on pouvait apercevoir le début des marches qui disparaissaient dans les roches. Il soupira. Il n'avait pas envie de rentrer. La journée était passée trop vite.
« Dis, Kardia…, murmura soudainement le petit Verseau alors que son regard se perdait dans les hauteurs du Sanctuaire à la recherche du onzième Temple.
- Mh ?
- Moi aussi, j'aimerais bien pouvoir passer plus de temps avec toi… »
Comme un aimant attiré par son opposé, il revint trouver sa place dans les bras du petit Grec. Peut-être pouvait-il comprendre, un petit peu. Aujourd'hui, il pouvait encore être avec lui. D'ici quelques jours… Quelques mois si la chance était avec eux, il partirait avec son Maître pour commencer son vrai entrainement. Les choses changeraient, tous les deux grandiraient. Peut-être même que Kardia finirait par l'oublier, avec les années.
Il s'accrocha à lui avec plus de force, comme si le simple fait d'avoir une telle pensée pouvait la rendre vraie sur l'instant. Il n'avait pas envie de ça. Mais il devait continuer sur sa voie. Il n'abandonnerait pas son ami. Et Kardia ne l'abandonnerait pas. De nouveau, il sentit ses pensées s'empêtrer dans les infinis chemins de possibles que lui réservait l'avenir. Il ferma les yeux.
« Viens ! On va chercher une nouvelle pomme. On ne s'en lasse pas, hein ? »
Une brève seconde, Kardia le serra contre lui avec une force sans doute aussi grande que celle de ses sentiments avant de le lâcher pour s'élancer vers le chemin d'où ils étaient arrivés un peu plus tôt. Dégel le regarda partir en restant immobile. Derrière lui se trouvait son avenir. Son devoir, ses craintes. Devant lui s'enfuyait son présent. Son échappatoire, ses rires. Il jeta un coup d'œil par-dessus son épaule. Les colonnes presque détruites se détachaient dans le ciel crépusculaire.
Il avait bien un peu de temps avant de rentrer, non ?
Retrouvant un sourire discret, il se mit à courir pour rejoindre Kardia qui l'attendait en bas de la colline. Ensemble, ils disparurent dans les rues tel un courant d'air.
