Titre : Pince
Disclaimer : L'univers original appartient entièrement à son auteur Masami Kurumada et les personnes de Lost Canvas sont la propriétés de Shiori Teshirogi.
Note :
Et nous revoila avec un nouveau chapitre encore un peu... spécial. Ah il faut bien rigoler un peu pour compenser les derniers qui arrivent. Pauvre Dégel. J'espère ne pas avoir laissé traîner trop de coquilles dans ce texte, je m'en excuse d'avance mais la semaine est très longue et mon sommeil très court, ça ne fait pas forcément bon ménage. Je vous souhaite quand une très bonne lecture, n'hésitez pas à laisser un mot !
Reviews (ici seront mises les réponses aux revieweur(e)s anonymes)
leia26: Les yeux doux marcheront pas non plus avec certains je pense... Ca leur donnera juste encore plus envie de te faire la peau :p
Il était réveillé depuis déjà plusieurs heures. Une habitude qu'il tenait de ses années d'entraînement. Il était rare qu'il dorme une nuit entière. Sauf quand il s'occupait agréablement de l'homme encore assoupi dans ses bras. Le jour ne se lèverait ^pas avant un bon moment. Mais ça ne le dérangeait pas. Il aurait pu le regarder dormir pendant des heures. Lui qui ne supportait pas de rester en place… C'était le seul moment où il arrivait à le supporter. Où il aimerait presque que cela puisse durer des jours entiers.
Il était tellement adorable quand il dormait. Il retrouvait les traits des petits enfants qu'il avait rencontrés plus de dix ans auparavant. Un être presque à la naïveté attachante et à un cœur plus gros qu'une montagne. Le tout saupoudré d'une couche de timidité maladroite. Kardia l'avait tout de suite aimé. On aurait pu croire que c'était parce qu'il voulait le remercier de l'avoir se sauver ce jour-là. Mais ce n'était pas le cas.
C'était cette étincelle dans ces pupilles parme, presque bleu à la lumière des étoiles. Une envie dévorante. Un désir qui ne sortait pas de son regard. Jamais. C'était ce qui l'avait intrigué au début. Il ne demandait jamais rien. Il faisait les choses pour les gens avec cette retenue calculée. Il avait voulu découvrir ce qui se cachait derrière ça. Et ce qu'il avait découvert derrière l'attitude posée et réservé lui avait plu encore plus.
Depuis, il ne l'avait pas lâché.
Il avait changé depuis toutes ces années. Son regard sur le monde avait perdu cette naïveté et avait gagné en dureté. Même dans son attitude. Ces années dans les plaines de Sibérie l'avaient rendu froid, distant. Dur. Cruel quand cela était nécessaire. Il avait même cru le perdre, certaines fois. Mais il avait toujours réussi à revenir se glisser dans les failles de ses défenses. Il n'avait jamais baissé les bras. Il avait été plus que récompensé. Il savait que seule la carapace s'était endurcie. L'homme dissimulé derrière était resté le même que ce petit enfant perdu dans un monde si lointain de l'idéal qu'il s'imaginait.
Le fait même de l'avoir dans ses bras à cet instant était un bonheur hors du commun. Il aimait pouvoir le regarder, humer la senteur de son corps, glisser ses doigts dans sa longue chevelure et le sentir frissonner contre lui. Il se serait damné pour une seule seconde de ces instants avec lui. C'était ces matins calmes qu'il se jurait, chaque fois, qu'il tuerait sans pitié la moindre personne qui oserait un jour blesser cet être. Qu'il se rendait compte que sans lui, sa vie serait vide et bien moins amusante.
Il ne se lasserait jamais de l'énerver, chaque jour. De ces airs faussement contrariés, juste pour sauver les apparences malgré un sourire sincère. Il l'avait dans la peau. Il coulait dans chaque goutte de son sang. D'une manière encore plus intense que ces pulsions destructrices qui le prenaient parfois.
D'un geste doux, il repoussa une mèche pour dégager son visage. Ses paupières tressautaient légèrement. Il se demanda un instant quel genre de rêve son compagnon pouvait faire. Agréable, sans doute. Comment en douter quand on voyait ce minuscule sourire qui étirait le coin de sa lèvre avec une plénitude palpable. Ses doigts s'aventurèrent sur la courbe de son épaule dénudée. Il les retira en le sentant frissonner, refusant de le réveiller.
Si un jour ses frères d'armes apprenaient que ce grand Chevalier des Glaces avait le sommeil plus lourd qu'une marmotte… Il retint un gloussement en imaginant leur tête. Une vision qui ne se réaliserait jamais ailleurs que dans son imagination. Il ne voulait pas qu'ils sachent. Il voulait garder ces moments pour lui. Cet homme lui appartenait.
Ses doigts bloquèrent dans un nœud entre deux longues mèches. Il s'attela à le défaire, plongé dans ses pensées. Alors qu'il s'apprêtait à relâcher ses longues mèches, une idée machiavélique germa dans son esprit. Ses lèvres s'étirèrent en un sourire de loup.
Centimètre par centimètre, il s'extirpa du lit dans un silence total. Il s'aventura jusqu'à la salle de bain sans prendre la peine de s'arrêter. Il fouilla quelques instants avant de mettre la main sur ce qu'il cherchait. Avec le regard brillant d'un gamin qui sait qu'il va faire une grosse bêtise, il attrapa le tout et revint dans la chambre se couler contre le corps de son compagnon encore profondément endormi. Il s'attela à la tâche sans tarder.
Ses gestes étaient précis et soignés. Alors qu'il jouait savamment avec les mèches aigue-marine de sa chevelure, il prenait garde à ne pas faire le moindre geste susceptible de le réveiller. Les lèvres pincées en une mimique de concentration extrême, il attrapa les pinces qu'il avait ramenées de la salle de bain. Les unes après les autres, il s'amusa à les accrocher dans les cheveux de son camarade. S'arrêtant de bouger lorsqu'il le sentait entre rêve et réveil, il reprenait son travail avec un acharnement et une précision presque cruelle.
Quand il ne resta plus une seule pince dans ce qu'il avait ramené, il observa son œuvre avec un sourire satisfait. Il s'extirpa à nouveau du lit. Le soleil se lèverait bientôt. Avec lui se réveillerait sa pauvre victime. Avant de déguerpir, comme tous les matins, il avait quelque chose à faire. Il attrapa ses vêtements pour s'habiller et fila dans la cuisine.
Ce rituel tous les matins. Parfois, il aimerait rester pour le voir ouvrir les yeux. Ces quelques secondes presque magiques où toutes ses barrières, toutes ses résistances n'existaient plus. Ne restait que l'homme. Entier et pur. Juste quelques secondes.
Quand ils étaient en missions tous les deux, ou, plus jeune, lorsqu'il lui rendait secrètement visite, il adorait le voir ainsi. Mais ici, au Sanctuaire, c'était différent. C'était son moyen de lui dire bonjour. Celui qui, il le savait, lui faisait bien commencer sa journée. C'était son cadeau pour affronter le monde. Et lui rappeler qu'il serait toujours là, quelque part. Jamais loin.
Il mit l'eau à chauffer en se plongeant dans une intense réflexion. Il avait le choix.
Il lui faudrait quelque chose de doux. Pour pallier le réveil difficile qu'il allait avoir en se rendant compte de ce qu'il avait fait à ses cheveux. D'un peu sucré aussi. Une petite note joyeuse pour se faire pardonner. Mais malgré tout garder une touche d'amère. Ce petit arrière-goût qui passait presque inaperçu, mais qu'il ne fallait jamais oublier.
Un mélange étrange. Qui s'accordait pourtant bien. Il versa l'eau chaude dans la tasse pour faire infuser. Il resta quelques minutes à observer le liquide prendre une couleur orangée, presque semblable à celle du ciel dehors. Il retira l'infusion pour la jeter. La température serait parfaite quand il se lèverait.
Satisfait, il sortit de la demeure du Verseau pour redescendre jusqu'à la sienne.
Il savait que dans une vingtaine de minutes, son compagnon se lèverait. Il pouvait presque imaginer son cri de colère quand il comprendrait.
Il savait qu'après avoir tout démêlé avec précaution, il trouverait la tasse fumante qui l'attendait, comme à chaque fois.
Il savait que lorsqu'il monterait le retrouver, une fois le soleil entièrement levé, il l'attendrait sur le parvis de son Temple. Il le regarderait monter les marches avec cette indifférence complète. Peut-être un brin de reproche dans le regard, aussi.
Il savait malgré tout qu'il lui sourirait quand il arriverait à sa hauteur. Brièvement, comme effrayé qu'un œil indiscret puisse le surprendre.
Et la journée commencerait bien. Comme toutes les autres.
