Titre : Fuite
Disclaimer : L'univers original appartient entièrement à son auteur Masami Kurumada et les personnes de Lost Canvas sont la propriétés de Shiori Teshirogi.
Note :
Bonjour à tous. j'espère que vous avez passé un bon week-end, le mien aura été exécrable... D'où mon léger retard, mais vous commencez à avoir l'habitude : moi et les dimanche matin ne font pas bons ménages. Nouveau chapitre donc, on repars dans quelque chose d'un peu moins amusant. Il fait parti de la petite gamme de chapitre que j'hésitez à vous offrir (ce qui est aussi le cas du prochain), mais comme il en reste peu et que ça serait dommage de couper court, je vous le met quand même. Plus que deux petits chapitres après celui-là ! Le temps passe, le temps passe...
Bonne lecture à vous !
Reviews (ici seront mises les réponses aux revieweur(e)s anonymes)
leia26: Tu choisis pas les meilleurs, tu prends ceux qui sont le plus haut dans les escaliers, faut quand même passer à travers tout le monde, j'espère que tu cours très vite.
Najoua : J'ai pas encore eu le temps de répondre à ta review (week-end trop chargé), je fais ça dès que j'ai cinq minutes au boulot, essaye de pas te refaire chopper en attendant ça serait dommage /o/
Il se sentait brûler. En permanence. Le jour aussi bien que la nuit. Dans la neige autant que dans les flammes. Ce feu qui le consumait chaque jour. Son corps. Son esprit. À chaque heure qui passait, il le sentait s'ancrer un peu plus dans chaque recoin de sa chair et de son âme, dévorant tout sur son passage.
Son cœur. Sa raison.
Il avait voulu s'en débarrasser. De nombreuses fois. Il n'avait jamais trouvé de solutions durables. Toujours, il revenait. Toujours, il s'emparait de lui avec une force contre laquelle il ne pouvait lutter. Toujours, il se laissait dominer. Toujours, quand il reprenait ses esprits il n'y avait que du rouge à perte de vue.
Le sang. Et la mort.
Son Maître avait toujours dit que c'était ce qui faisait de lui un être à part entière. Que c'était ce qui l'avait poussé à le prendre pour disciple. Quand ce feu prenait possession de lui, il ne restait plus rien. Son humanité disparaissait, engloutie par les flammes. Ami ou ennemis, il balayait tout sur son passage. Il se souvenait encore la première fois. La terreur qui s'était emparée de lui. Il s'était enfoui. Loin de son Maître, loin de la mort. Il avait voulu fuir cette chose et lui. Il était stupide. Comment pouvait-on se fuir soi-même ?
Ses pas l'avaient conduit dans le Temple du Verseau, contre sa propre volonté. Sans doute avait-il déjà compris qu'il était le seul à pouvoir l'aider, déjà à cet âge. C'est ce qu'on devait appeler l'instinct de survie.
Il regarda le sang couler de son bras avec un sourire torve. Lentement, il replia ses doigts, un à un, serrant sa paume. Le flux de sang se fit plus épais. Il se lécha les lèvres avec une délectation impatiente. D'un geste, il entailla sa peau. Il sentit la douleur de la chair se déchirant en deux. Le poison remontait dans ses veines, engourdissant son bras et son épaule. Cette douce sensation.
Un second filet de sang vint se joindre au premier.
Comme après avoir inhalé quelques drogues, un long soupir d'aise franchit ses lèvres alors que la tête commençait à lui tourner. La douleur. Sa douce amie. La seule chose qui l'apaisait. Ou qui faisait semblant de le faire. Ce n'était pas un apaisement complet. Juste une douleur plus forte pour oublier celle qui lui vrillait l'esprit. Il n'y avait qu'une chose qui le calmait vraiment.
Il s'affaissa sur son matelas, laissant son bras ouvert pendre lamentablement dans le vide. Il ferma les yeux. Il avait de plus en plus de mal. Les missions s'enchaînaient, les unes après les autres. Il se sentait inexorablement glisser sur une pente dont il ne pouvait remonter. Un jour, il sombrerait complètement. Plus rien ne pourrait le sauver. Il le savait. Il devait juste faire en sorte de tomber seul ce jour-là.
« Tu le fais encore. »
Kardia ouvrit les yeux dans un sursaut et se redressa sur le lit d'un geste. Se giflant mentalement pour ne pas l'avoir senti arrivé, il fixa le Saint qui avait franchi sa porte. Une main vint se poser sur son bras pour dissimuler sa blessure dans un réflexe inutile. La flaque de son sang qui imprégnait déjà le sol de la chambre était amplement suffisante.
Sans bruit, l'intrus s'avança vers lui pour s'agenouiller à ses côtés. Kardia le laissa retirer la main qui dissimulait la profonde entaille dans sa chair avec une douceur inquiète. À l'étincelle de déception qu'il lut dans les yeux de son camarade, il détourna la tête. Il n'eut pas le cœur de le repousser.
« C'est vraiment plus fort que toi, hein… »
Il entendit son ami soupirer, égaré quelque part entre tristesse et résignation. Il baissa la tête, incapable de lui répondre. À quoi bon ? Dégel avait raison. Comme toujours. Lui qui faisait tout pour qu'il ne le voie jamais dans cet état. C'était risible.
Il frissonna en sentant un courant froid la peau de son bras. Le bruit régulier de son sang gouttant sur le sol s'arrêta. Lentement, la blessure dans son bras reflua. Il pouvait sentir ce cosmos familier agir sur ses muscles, leur donnant l'énergie nécessaire à leur régénération. Il ne suffit que de quelques minutes pour qu'il ne reste de ses plaies que de fines lignes blanches sur sa peau tannée qui disparaîtraient aussi bien assez vite.
« Tu sais que je n'aime pas quand tu fais ça. »
Lui rendant sa liberté, le Saint des Glaces s'assit sur le lit à côté de lui. Les yeux du Scorpion restèrent rivés sur la flaque rouge sur le sol. Son sang. Celui qu'il sentait encore bouillir, malgré la douleur. Malgré le froid. Y avait-il vraiment quelque chose dans ce monde capable de le calmer ? Où n'était-il réellement qu'un simple monstre qui finirait par se détruire lui-même en essayant de ne pas détruire ce qui l'entourait ?
Deux mains vinrent attraper son visage pour l'obliger à relever la tête. Il se retrouva face à ces deux orbes indigo posés sur lui avec ce calme imperturbable. Un océan de pureté. Il frémit à nouveau. Il se sentait faible. Vulnérable. Ça l'énervait encore plus. Il détestait ça.
« Kardia… Y'a-t-il eu une seule fois où je n'ai pas été là pour toi ?
- Non. »
Sa voix parut faible et tremblante à ses propres oreilles. Il voulut détourner les yeux une nouvelle fois ,mais son camarade ne le laissa pas faire. Il était prisonnier de son regard, incapable de s'en détacher. Il se mordit la lèvre. Le goût métallique du sang ne tarda pas à envahir sa bouche.
« Alors, viens me voir, murmura le Verseau avec une note de supplique dans la voix. Je ne te laisserais pas partir. Tu le sais. »
Deux bras passèrent autour de son cou. Fermant les yeux, Kardia se crispa quelques instants avant d'abandonner. Il lui rendit son étreinte avec une force désespérée. Il vint enfouir son visage dans la masse de cheveux émeraude de son compagnon comme un enfant recherchant la protection d'un parent.
« Si je viens, c'est toi que je vais blesser.
- J'ai déjà connu pire, tu ne crois pas ? questionna Dégel avec un mince rire en le serrant contre lui. Je t'ai promis qu'il ne m'arriverait rien, non ? Je tiens toujours mes promesses. »
Sa prise se resserra autour du Saint des Glaces comme un naufragé à sa bouée. Il n'avait jamais voulu de cette promesse, tout comme elle était la seule chose qui l'empêchait de sombrer définitivement dans sa folie sanglante. La promesse d'un enfant qui avait promis une chose qu'il ne comprenait pas. Il avait été égoïste. Il avait été lui. Même si aujourd'hui il regrettait ce que cela impliquait.
Combien de fois l'avait-il blessé ? Combien de fois le ferait-il ? Un jour, il finirait par dépasser cette barrière infime qu'il redoutait. Il avait beau prier les Dieux, ils restaient sourds à ses demandes. Il faisait un Chevalier bien grotesque, dans le fond.
Il ferma les yeux, respirant le parfum presque sucré qui se dégageait de son camarade. Cette odeur si particulière. Comme l'effluve d'un océan un jour de pluie. Si reconnaissable. Il expira longuement. Un à un, ses muscles se calmèrent sous la caresse douce d'une main bienveillante. Une fois de plus, il continuerait à prier les Dieux. Qu'ils soient bons ou mauvais lui importait peu. Ce tourbillon de mort et de sang qui imprégnait son être ne disparaîtrait qu'avec sa mort. En attendant, il devrait faire son possible pour le maîtriser et essayer de sauver ce qui pouvait l'être.
Il devait garder l'espoir. Son humanité était entre de bonnes mains après tout. Celle du seul homme capable d'apaiser ses tourments et de le libérer de son fardeau.
Se forçant à retrouver son sourire, il s'installa plus confortablement entre ses bras. Demain, il jouerait à nouveau. Il partirait pour une nouvelle mission. Il se perdrait un peu plus sur des chemins de plus en plus périlleux. Il reviendrait.
Et comme chaque fois, une lumière l'attendrait pour venir le guider hors des ténèbres menaçant son âme.
