Chapitre 9

Le battosaï se sépara d'elle et entra dans le dojo.

Kaoru inspecta les alentours, il pleuvait toujours et la nuit était sombre. Elle distingua cependant, ce qu'elle pensait être le cadavre de son père étendu dans l'herbe. Elle ne pouvait pas se résoudre à le laisser là. Ses mains tremblaient alors qu'elle s'aventurait sous la pluie jusqu'à celui-ci. Le sang se mêlait à la pluie et la pluie se mêlait au sang. Elle s'accroupie lentement, insensible au froid et à la pluie en cet instant, son hakama blanc rougie alors qu'elle mit un genou à terre. Sa main tremblante caressa doucement la joue de son père adoré, alors que la manche de son kendo gi se tâchait elle aussi, il resta inerte. Elle ne pleura pas. Elle se releva, les poings serrés, c'était si injuste, qu'avait-elle elle bien put faire pour mériter pareille malédiction. Elle s'était condamnée à passer le reste de ses jours avec l'assassin de son père, et cela, qui plus est, de son propre chef. Elle se dégoûtait elle-même.

Le battosaï rejoignit Kaoru comme s'il avait été attentif au cour de ses pensées et arrivait au bon moment pour l'empêcher de faire quelque chose de stupide. Il tenait un sac, lequel contenait les quelques affaires de la jeune femme.

« Viens, suis-moi à présent. » ordonna le battosaï.

Son ton était rude mais dénué de méchanceté. Kaoru plongea son regard un peu hébété dans le sien dur, les traits inexpressifs.

« Où allons-nous ? » demanda-t-elle alors qu'il l'attendait.

Il lui sembla qu'un mince sourire s'étira sur ses lèvres pendant une fraction de seconde.

« Chez moi bien sur. » répondit-il patiemment.

Elle hocha la tête. Elle ne pourrait sans doute plus rester chez elle de toute façon après ce qui c'était passé. Ils se mirent en route dans un silence pesant pour la jeune fille. Il adapta sa marche à celle de la jeune femme de telle sorte qu'ils marchent côte à côte. Kaoru surprise par cette attention jeta un regard au jeune homme dont le visage montrait la même impassibilité qu'auparavant mais qui finit tout de même par tourner son attention sur elle à cause de l'intensité de son regard. Il tomba sur deux grands yeux ingénus qui le firent frissonner. Il lui retourna un regard vaguement interrogateur. Elle lui sourit. Il détourna la tête comme gêné. Son sourire se fana et elle baissa les yeux, il lui prit la main et lorsqu'elle releva des yeux étonnés sur un mince sourire en coin du battosaï, son sourire revint à ses lèvres.

Ils voyagèrent plusieurs heures ainsi et firent quelques posent pour permettre à Kaoru de se reposer. Soudain le battosaï se stoppa, Kaoru croyait qu'il s'agissait là d'une énième pause. Rien n'en fut, le battosaï se tourna vers elle.

« Regarde. » lui souffla-t-il.

Elle le fit, et elle vit. Elle vit une demeure immense, un palais de son point de vue.

« Allons-y. » ordonna le battosaï.

L'intérieur même de la demeure était à l'image de l'extérieur de celle-ci, racée et subtile.

Le battosaï la mena au travers de nombreux couloirs et vestibules de sorte qu'elle n'aurait put ressortir de la demeure sans se perdre quelque dizaine de fois en chemin jusqu'à une porte coulissante très différente de celle qu'elle avait aperçue jusqu'alors.

Le battosaï l'ouvrit, elle dissimulait une pièce immense et richement parée.

« Ta chambre, installe-toi, je vais faire venir Yuki, elle sera sous tes ordres à partir de maintenant. Tu dînes avec moi se soir.» annonça-t-il avant de quitter la pièce en coup de vent.

Kaoru se retrouva seule et mal à l'aise dans cet environnement inconnu. Elle se sentait secouée, déracinée, perdue. Elle eut tout juste le temps de laisser tomber son sac à ses pieds et de jeter un œil par la grande baie vitrée de sa chambre qu'elle entendit quelqu'un frapper à la porte.

Après avoir invitée la personne à entrée, une vielle dame apparue dans l'encadrement de la porte.

« Avez-vous fait bon voyage, ma dame ? Peut-être souhaitez-vous vous restaurer avant de vous reposer un moment avant le dîner de se soir ? » lui proposa-t-elle gentiment après c'être présenter à elle.

« Je… Non merci, je n'ai pas faim, ni sommeil. » répondit la jeune femme un peu gênée par tant d'attention.

La vieille dame parut quelque peu peinée soudain.

« Assez-vous quelques instant, ma dame, et prêtez attention à mes paroles. Vous n'avez aucune raison de vous montrer si dure envers vous-même. Je sens la confusion et la peur émanant de vous, vous êtes en sécurité ici.» expliqua doucement la vielle servante.

Kaoru obtempéra non sans hésiter puis se résolut à suivre son conseil.

« Est-ce mon maître qui vous tourmente de la sorte. » lui demanda-t-elle gentiment.

« Oui… Enfin non… Je ne sais pas. » bégaya-t-elle de confusion.

« Expliquez-moi, quel est la nature de ces tourments ? » murmura-t-elle amabilité.

« Je suis en colère. En colère contre moi, mais aussi contre lui. Je ne devrais pas être là, je ne sais même pas pourquoi je suis là exactement.» expliqua Kaoru un peu précipitamment.

« Vous êtes la première personne que mon maître ramène chez lui, ma dame. Je ne pourrais donc pas répondre à cette question. Cependant, si mon maître vous a causé un tort, quel qu'il soit, il a certainement l'intention de s'en racheter. » affirma-elle avec douceur.

Kaoru resta perplexe quand à cette affirmation mais elle attendrait le dîner du soir avant de s'en faire sa propre opinion. La vielle dame la laissa seule afin qu'elle puisse se reposer. Kaoru se défit de son hakama blanc tâché de sang séché avant de se glisser entre les draps de l'immense lit puis s'endormir aussitôt, épuisée.