Chapitre 3

Steve avait perdu le compte des jours, ils avaient pourtant essayé avec Catherine et Jones, mais leurs ravisseurs ne semblaient pas leur donner des repas de manière régulière. Ils n'avaient aucune visibilité sur l'extérieur et n'entendaient pas l'appel à la prière de leur cellule. Les allers et venues des gardes devant leur porte ne semblaient pas régulières non plus. Le temps était long et les conversations laconiques, Steve avait eu beaucoup trop de temps pour penser. Sa famille, ses amis, mais surtout Danny lui manquaient. Il était terrorisé à l'idée de ne plus jamais les, le, revoir et était convaincu que ce serait le cas. Ces pensées le déprimaient, il avait donc fait de son mieux pour les éviter.

Jusqu'à présent, il avait analysé les mouvements de leurs ravisseurs, il savait que Catherine et Jones avaient fait pareil. Ils n'avaient pas encore eu l'occasion d'échanger sur leurs observations, trop concentrés sur soulager leurs collègues blessés comme ils le pouvaient. Steve, même s'il avait été peiné d'assister à leur mort, en avait aussi été soulagé, les deux hommes souffraient le martyr et n'avaient tenu si longtemps que grâce aux produits que les talibans leur avaient injectés.

Lorsque les trois prisonniers réintégrèrent leur cellule, ils s'assirent serrés les uns aux autres à côté du feu. Ils gardèrent le silence un moment, ils pensaient à leurs amis partis et à ce qui allait arriver ensuite. Il était clair pour eux qu'ils devaient agir et pour la première fois se mirent à discuter.

"Catherine, tu les comprends ?" demanda Steve dont le Pashto était moins bon que celui de son ex.

La jeune femme le parlait couramment et pouvait avoir compris leurs échanges quand lui n'y était pas parvenu.

"Partiellement, ils ont demandé de l'armement en échange de nos vies, autant considérer qu'ils nous laisseront mourir.

- Ca je m'y attendais, répondit Steve de manière sarcastique.

- Donc soit on sort par nous-même, soit ils nous tuent un par un." résuma Jones.

Les trois soldats se regardèrent, décidés à se battre. A voix basse, ils mirent en place un plan.

Pendant les jours qui suivirent, ils ramassèrent tous les petits morceaux métalliques, de bois ou de tissus qui traînaient au sol de leur cellule. Au fur et à mesure, ils purent commencer à fabriquer des outils et des petites armes blanches qu'ils gardaient cachées dans des recoins de la grotte ou dans leurs vêtements.

Lorsqu'une dizaine d'hommes vint les chercher pour la vidéo suivante, ils avaient tous un objet coupant sur eux. Ils attendirent d'être dans le couloir, juste avant la salle où ils devaient être filmés pour attaquer les gardes les plus proches, leurs coups eurent l'effet escompté : surprendre, immobiliser et tuer. Les trois gardes les plus proches d'eux tombèrent au sol avant que quiconque ne réagisse et les américains partirent en courant dans le couloir sans rencontrer de résistance. Cependant, des coups de feu retentirent rapidement derrière eux et des éclats de roches se mirent à voler dans tous les sens. L'étroitesse du couloir et ses virages les protégeaient d'une partie des tirs,mais de nombreuses balles passèrent près d'eux ou les touchèrent de manière superficielle. Ils arrivèrent à l'entrée de la grotte sans la voir venir. Catherine se fit mettre au sol par un violent coup de crosse de mitraillette au visage. Steve s'arrêta net, le canon d'un fusil sur le front et Jones fut mis au sol par une balle dans la jambe. C'étaient les hommes qui gardaient l'entrée de la grotte qui les avaient interceptés. Leurs poursuivants les rattrapèrent et leur lièrent les mains dans le dos avant de mettre aussi Steve au sol. Là, une pluie de coups s'abattit sur les trois américains. Steve se protégea comme il put en se roulant en boule dans une position fœtale. Les coups de pieds et de crosse ne cessaient de tomber sur lui. Il avait mal, mais s'interdisait de crier.

Soudain, l'orage passa et il fut remis sur ses pieds. Il sentait le sang couler sur sa peau dans son dos, sur son visage, sur ses bras, mais il n'avait pas l'impression d'être grièvement blessé. Il jeta un coup d'œil à Jones et Catherine. Tous deux étaient amochés, mais pas en danger de mort… si on ne prenait pas en compte leur situation. Un taliban attrapa Catherine par les cheveux, deux autres prirent Jones et Steve à la gorge avec des grandes pinces de préhension et ils furent traînés vers la salle de tournage. Steve haleta rapidement, sa trachée était écrasée par les mâchoires d'acier, l'air avait du mal à passer dans le canal rendu étroit. Dans un geste désespéré, il posa ses mains sur les bras métalliques et tenta de desserrer leur emprise, sans succès. Au contraire, celle-ci augmenta et il commença à haleter. Il perdit la notion de ce qui l'entourait pour se concentrer sur sa respiration, faire entrer les molécules d'air, presque une à une, dans ses poumons.

Il suffoquait lorsqu'il fut balancé au sol, sa chute fut amortie par le corps de Jones qui gémit sous le choc. Steve se décala pour laisser son co-détenu respirer, alors que lui-même prenait de grandes inspirations pour calmer la brûlure dans ses poumons.

"A genoux !" hurla un des talibans.

Steve se releva avec difficulté, son corps ne lui répondant pas encore tout à fait. Il ne dut pas aller assez vite au goût des gardes qui le saisirent à nouveau à la gorge avec la pince pour le forcer sur ses genoux. La prise n'était pas assez forte pour lui couper la respiration à nouveau, seulement pour le forcer dans la position qu'ils souhaitaient. Il vit du coin de l'œil qu'ils avaient fait pareil avec Jones, mais que Catherine s'était mise à genoux elle-même, entre eux deux.

"Tu sais quoi faire !" dit le taliban qui parlait quelques mots d'anglais.

Steve vit la lumière verte de la caméra se mettre à clignoter, mais ne dit rien. C'était inutile de supplier les États-Unis de faire quelque chose pour eux, il savait que trop bien que leur gouvernement ne négocierait pas.

"Parle ! s'énerva leur garde. Si tu parles pas, tu mort.

- Vous allez me tuer de toutes façons ! Vous n'aurez rien des États-Unis !" déclara-t-il la voix enrouée.

L'homme arma son pistolet et le pointa sur la tête de Steve. Ce dernier déglutit, mais il était prêt à mourir, il s'était résigné à cette issue. Il pensa à Marie, à Joan, à Danny, à ses proches…

"Parle."

L'image de Danny était tellement nette dans son esprit qu'il pouvait presque voir le blond face à lui le traiter d'homme de néandertal. Ce fut sûr de lui et serein qu'il répondit à son ravisseur en colère.

"Tuez-moi."