Chapitre 2: Une fuite éperdue.

Alors que Vlad et ses amis préparaient la fête du maire quelques semaines auparavant, d'autres événements se produisaient en effet sur
le continent voisin de Gondowan. Il y'avait plus de cinq ans, en réalité, un homme au sommet d'une organisation avait joué une fois de plus
avec les lois de l'alchimie et avait acquis une redoutable puissance. Il avait tenté de s'emparer de l'essence même de l'alchimie.
L'Inexorable était déjà intervenu.
Et comme auparavant, il avait divisé l'essence du pouvoir ultime du continent dans quatre autres étoiles élémentaires, moins puissantes
que celles de Sol... Mais plus faciles à maîtriser... Mais cette fois, ce n'était pas dans un temple qu'il avait choisi de les cacher.
Le pouvoir concentré des quatre éléments avait été caché dans un cristal. Un pendentif de cristal que portait une jeune mystique de Vénus
pas encore tout à fait entraînée; la jeune Eléana, du village d'Erin.
Si son choix s'était porté sur elle, c'était parce qu'elle avait le coeur pur, sans tâche, comme la plupart des enfants de son âge; elle venait
d'avoir ses dix ans. De plus, une prophétie prédisait déjà qu'elle serait une guerrière puissante, malgré un parcours très difficile.
La candidate idéale, de plus, le fait qu'elle habitât dans un endroit si isolé éviterait sûrement qu'elle ne se fasse capturer et que son secret
ne soit révélé.
Alors que sur Angara se produisait les événements que nous connaissons, un autre pouvoir, tout aussi redoutable que celui que renfermait
alors le temple de Sol, demeurait caché à Erin. Eléana était la seule à connaitre le secret de son pendentif, sauf une autre personne;
l'alchimiste Elios.
Ce dernier était un homme bon et il chérissait Eléana autant que si elle avait été sa propre fille. Aussi, faisait-il lui aussi de son mieux pour
préserver le terrible secret de la jeune fille.
Eléana vivait donc à Erin, après avoir reçu d'une voyante, mystique de Jupiter, une prophétie plus d'un an auparavant, qui ne la faisait se
faire guère d'illusion sur le déroulement de sa destinée. C'était une belle jeune fille au teint mat et aux longues boucles d'or brun. Ses yeux
étaient d'un vert d'eau étonnant et sa démarche était si grâcieuse que l'on ne pouvait que se retourner sur son passage. Toujours vêtue de
bleu ou de vert, elle passait ses journées à étudier auprès d'Elios, se préparant éventuellement à un combat inévitable tôt ou tard. Et un
soir, Elios vint la voir, soucieux. Ses sourcils broussailleux étaient plissés et il marmonnait dans sa barbe.
- Elios! Que venez-vous faire à cette heure?
- Je viens de recevoir de mauvaise nouvelle. Le continent est désormais dans sa totalité occupé par le Soleil Noir.
La jeune fille s'assit. C'était à prévoir, bien entendu. Mais qui aurait envie d'entendre une nouvelle pareille?
- Je devrais songer à filer d'ici, dit-elle enfin. Si vraiment le Soleil Noir est au pouvoir, ils doivent avoir accés à la plupart des ouvrages sur
l'alchimie, et ils apprendraient à la détecter. Il suffit d'un rien pour qu'ils nous localisent...
- Exact!
Il ajouta:
- Le Soleil Noir a malheureusement des espions partout. Vous devez vous hâter, certes, mais ne partez pas non plus immédiatement. De
plus, vos parents se poseraient des questions.
- Et le Soleil Noir viendrait leur poser des questions, dit-elle d'un air sombre. Je ne le souhaite pas!
- J'ai déjà trouvé un excellent prétexte pour votre départ, dit-il enfin. A vous de l'utiliser quand vous le jugerez bon. Officiellement, vous
partirez à Val, voir mon cousin l'alchimiste Thélos pour étudier près de lui. C'est un homme de confiance, vous pourrez tout lui dire. Il ne
sera de plus pas surpris, j'ai entendu dire qu'il avait été impliqué dans les événements qui ont secoué Weyard, il y'a deux ans. Il saura quoi
faire pour vous protéger.
- Je ne peux pas partir d'ici seule, une jeune fille sur les routes, c'est suspect...
- Caleb n'a qu'à vous accompagner.
- Il le ferait sûrement, soupira-t-elle. Mais en même temps, cela risque d'être dangereux, et je ne voudrais pas l'entrainer dans cette
histoire...
Caleb était l'ami d'enfance d'Eléana. Grand brun aux yeux bleus, il était fou amoureux d'elle, mais elle avait repoussé ses avances. Déjà,
parce qu'elle ne l'aimait pas; ensuite, parce qu'elle savait que la tâche qu'elle avait à accomplir lui interdirait ce genre de relation. Elle
n'était pas très enthousiaste à l'idée qu'il l'accompagnât, mais en même temps, elle savait qu'elle pourrait compter sur sa loyauté.
- Je partirai avant le début de l'automne, d'ici quelques semaines, dit-elle enfin. Le temps d'expliquer ca à mes parents.
Tyler, le père d'Eléana, était forgeron. Lorsqu'il apprit la décision de sa fille, il dit enfin:
- J'aurais bien dû me doûter que je me trouverai tôt ou tard confronté à un truc de ce genre. Tu n'es pas faite pour rester à moisir ici,
n'est-ce pas?
Eléana soupira:
- Maman va avoir de la peine. Je ne serais pas partie si je ne savais pas à quel point c'était nécessaire. Elios m'a bien expliqué ce
qu'engendrerait ce choix.
- Tu as seize ans, tu sais être responsable. Ta mère devra accepter ton choix. Mais bien sûr, voir partir sa fille lui fera de la peine... Tu es
notre seule enfant, après tout.
- Caleb veillera bien sur moi.
La mère d'Eléana, Mary, eut plus de mal à accepter:
- Pourquoi si vite? Tu n'es donc pas heureuse ici?
- Si, maman, mais il paraît que Thélos connait tant de choses, j'aimerais étudier auprès de lui...
La femme regarda sa fille l'air soucieux. C'était d'elle qu'Eléana tenait ses beaux yeux verts d'eau.
- Quand comptes-tu partir? demanda-t-elle enfin.
- D'ici deux semaines, maman. On a encore du temps devant nous...
Les vagues turquoise de la mer crachaient leur fureur sur le sable. Caleb et Eléana s'étaient retrouvés là pour une balade matinale. La
jeune fille respirait à fond les embruns avant de dire:
- Tu te rends compte que dans à peine une semaine, nous voguerons sur les flots?
- C'est vrai, ca va être génial...
Caleb avait le goût de l'aventure également. Il maîtrisait également la psynergie de terre et l'idée d'aller étudier près d'un maître de
l'alchimie autre qu'Elios l'avait charmé. Il était donc tout à fait bien aise d'accompagner son amie jusque là-bas. Bien entendu, lui aussi
ignorait tout de son lourd secret.
Le soir, elle retournait chez Elios. Celui-ci lui dit:
- Je viens terminer de renforcer votre bâton. Ca risque de vous être utile.
- Merci Elios! Vous allez me manquer quand je partirai.
- Tout ira bien pour vous, vous verrez, ma chère princesse des étoiles...
Eléana lui fit un sourire radieux.

Tout devait très mal se passer.
Déjà, elle ne partit pas au bout d'une semaine.
Elle partit le soir-même.
Ensuite, toute sa couverture s'effondra avant même qu'elle ne se mit en route.
Enfin, ses parents dûrent connaitre la vérité.

Elle dormait tranquille dans son lit, quand un vacarme de tous les diables la réveilla; la moitié du village était debout et semblait en proie à
une très vive agitation. Elle passa sa robe vert d'eau et une ample cape noire et descendit dans la cuisine:
- Qu'est-ce qui se passe, Maman?
- Ton père vient d'aller aux nouvelles, j'allais monter te réveiller, ca a l'air grave!
L'agitation règnait en effet sur la place du village. Elios, en robe de chambre, expliqua enfin:
- On vient de trouver un homme du village de Nal, des cavaliers viennent de tout raser! Il voulait nous prévenir...
Eléana comprit en un éclair:
- Qu... Ils arrivent? Maintenant?
- Oui!
- Bon sang! Caleb? Il faut qu'on parte! Tout de suite!
- Quoi?
- C'est moi qu'ils cherchent, si on ne se barre pas, ils vont raser tout le village, il faut faire vite, on a que quelques minutes!
- Hé, minute, c'est quoi cette histoire? s'exclama Mary qui voulut retenir sa fille par le bras.
- Pas le temps de t'expliquer, maman, demande à Elios!
Le professeur soupira, tandis qu'Eléana filait dans la maison, paniquée, suivie de Caleb.
- Mary, votre fille est la princesse des quatre étoiles élémentaires, élue par l'Inexorable, il y'a cinq ans.
- Impossible...
- Elle controle les quatre psynergies. Si elle part d'ici, elle sera en sécurité, et le village ne sera pas rasé. Mais vous et votre mari,
suivez-moi, il faut vous mettre en sûreté!
Quant à Eléana, elle avait attrapé sa bandoulière dans laquelle se trouvait à peine quelques herbes. Mais elle savait qu'elle n'aurait pas le
temps d'emporter autre chose. Elle avait son bâton, c'était déjà bien, et également une petite bourse. Elle n'avait plus qu'à courir jusqu'au
cheval le plus proche.
Quand elle sortit de la maison, Elios avait déjà fait le nécéssaire:
- Tenez, Eléana, je vous ai amené Zéphyr. Son galop vous portera loin d'ici!
Quant à Caleb, il s'exclama:
- Moi aussi, je veux un cheval! Que je puisse la protéger!
Il ne mit pas plus de deux minutes à en trouver un et s'élança au galop derrière Eléana:
- Hé, attends-moi!
- Tu es fou! se contenta-t-elle de répondre avant de se coucher sur l'encolure.
Le ponton était juste devant, et en face d'elle, il y'avait un bâteau. Eléana savait que l'on pouvait contrôler un bâteau et le faire avancer très
vite avec une bonne psynergie d'eau. Mais les cavaliers étaient déjà derrière elle...
Des rayons rouges de psynergie de feu explosèrent autour d'elle. Elle gémit, effrayée. Caleb s'arrêta net:
- Continue, je vais les retenir!
- Je ne pars pas d'ici sans toi...
Mais à ce moment, un des rayons atteignit le jeune homme qui tomba de sa monture sous le choc:
- NON!
Elle aurait voulu l'aider, mais à ce moment-là, une voix d'airain retentit dans sa tête:
"Eléana! Echappe-toi! Tu ne peux rien pour ton ami! Tu dois vivre!"
- Inexorable...
Déjà, elle se remettait à galoper vers le bâteau le plus proche. Elle parvint à monter dessus en restant sur le cheval, un vrai exploit. Une
stalactite de terre trancha violement les amarres. La minute d'après, une énorme vague emporta le bâteau à une vitesse surnaturel.
Sur la berge, ses ennemis étaient dépités:
- C'était bien elle, pas de doûte! Maître Antinos nous pardonnera pas de l'avoir laissée filer!
- Nous la rattraperons aisément si nous passons par l'autre côté! La mer de Karagol est petite et Tolbi est à une heure d'ici à cheval!
- Très bien maître Arshe, fonçons!
Ils rebroussèrent donc chemin...