Chapitre 31 : Clap de fin (d'année)

Le 29 juin, quelques jours avant que le départ du Poudlard Express ne vide l'école pour l'été, Albus fêtait ses douze ans.

Le matin même, nous étions allés au Ministère Albus et moi pour « mettre en ordre les affaires » de la Maison des Prince, selon l'expression du sorcier plein de componction qui nous avait reçu. Heureusement que rien n'était susceptible de me mettre de mauvaise humeur ce jour-là, car ce type réussissait la performance d'être plus agaçant que Percy Weasley. J'avais demandé à Harry de nous accompagner, mais celui-ci avait décliné : « C'est votre histoire à Albus et vous. » m'avait-il répondu. C'était aussi la sienne bien entendu, mais il avait du mal à intégrer cet aspect et il ne me semblait pas utile de le brusquer davantage. Je n'avais donc pas insisté. En moins d'une heure, le temps de faire le test de lignage et de signer quelques papiers, Albus Potter était devenu l'hériter de la Maison des Prince, dont je ne doutais pas qu'il souhaiterait un jour porter le nom. Ce serait plus facile pour lui qui n'avait pas connu l'insupportable Ferrucius Prince de son vivant, que pour moi.

L'après-midi, profitant du beau temps et de la fin des examens, Albus fêtait son anniversaire en pique-niquant avec ses amis au bord du lac. Le soir aucun des gamins probablement gavés de gâteau, de biereaubeurre et de sucreries n'apparût au dîner. Albus passa en revanche après celui-ci dans mon bureau pressé qu'il était de me montrer certains de ses cadeaux. J'en profitai pour me renseigner un peu sur le déroulement de la fête. J'appris avec soulagement que Rose Granger-Weasley et Teddy Lupin, accompagnés de Victoire Weasley, la fille de Fleur Delacour et de Bill Weasley, étaient passés lui souhaiter un bon anniversaire et lui apporter un gros paquet de Dragées Surprises de Bertie Crochue. Passés mais pas restés, ce qui n'était guère étonnant, car les deux griffondors et la serdaigle avaient dû trouver l'atmosphère de ce nid de serpents un peu inconfortable pour eux. N'empêche que c'était bon signe quant à l'apaisement de la relation entre Albus et ses cousines. Sur son frère en revanche pas un mot. Mais difficile de savoir qui était à blâmer, car je n'étais pas certain qu'Albus l'ait invité.

Albus était arrivé avec un gros livre sous le bras. Il s'agissait du cadeau de ses parents, un magnifique livre de « Soins magiques aux reptiles » qui semblait lui faire particulièrement plaisir :

« Terminé les livres sur le quidditch ! » commenta-t-il d'un ton réjoui

J'espérais qu'il apprécie à sa juste valeur l'effort de son père qui renonçait à amener son fils vers ses centres d'intérêt pour aller vers les siens. Une sage décision au demeurant car avec un caractère aussi peu souple que celui d'Albus, un caractère dans lequel je ne manquais pas de me reconnaître, le bras de fer aurait pu continuer longtemps.

« Le grand-père de Scorpius m'a envoyé aussi un cadeau pour mon anniversaire. » reprit le gamin en sortant une boîte noire de sa poche

Tous mes sens en alerte à ces mots, je m'attendis au pire. Et comme d'habitude, Lucius ne me déçut pas. Albus sortit de la boîte, ce qui ressemblait à une chaîne et un pendentif. A y regarder de plus près, la chaîne prenait la forme d'un serpent qui se mord la queue et le médaillon représentait deux serpents entremêlés. L'artefact semblait très ancien. Je m'en emparai avec une certaine appréhension quand le gamin me le tendit.

« Je ne vois pas comment l'ouvrir. » observai-je

Albus récupéra l'objet d'un geste prompt en expliquant :

« C'est parce que c'est fait pour un Fourchelang. »

Ce dont il me fit aussitôt la démonstration, en sifflant au serpent de la chaîne l'ordre de s'ouvrir, puis, avant que j'ai eu le temps de prévenir son geste, de se refermer après l'avoir passé autour de son cou. Immédiatement, les deux serpents du médaillon s'animèrent. Je manquai d'avoir une attaque, ce qui, grâce à mes années de guerre, ne m'empêcha pas d'établir un plan d'action clair et précis : d'abord, obtenir calmement qu'Albus enlève de son cou cet objet aux pouvoirs pour le moins inquiétants ensuite, transplaner jusqu'au manoir Malefoy pour aller trucider l'abruti qui avait trouvé intelligent de le lui offrir.

« Tu sais Albus qu'il ne vaut mieux ne pas porter un objet magique dont on ignore les pouvoirs. » m'obligeai-je à dire d'un ton assez tranquille, alors que c'est à peine si j'arrivai à garder le contrôle de ma magie « Tu devrais enlever cette chaîne maintenant et me laisser le temps de l'étudier avant de la remettre. »

Heureusement pour ma santé, le gamin s'exécuta sans discuter et réussit à retirer la chaîne sans problème. Je recommençais à respirer.

« En fait, je sais à quoi sert cet objet. » me raconta-t-il « Monsieur Malefoy a écrit un petit message qui accompagnait la boîte. Le médaillon est supposé renforcer les pouvoirs des Fourchelangs, mais uniquement quand ils utilisent des sortilèges en Fourchelang. »

Renforcer les pouvoirs ! Voilà qui semblait d'utile dans le cas d'Albus ! Soit Lucius était devenu fou, soit il subissait l'effet d'une malédiction qui lui liquéfiait le cerveau. Entre mon agacement face à ce manque criant de jugeote et la terrible peur que j'avais eu de voir le gamin avec cet objet autour du cou, je ne pus m'empêcher d'exprimer tout haut ma mauvaise humeur et mes soupçons :

« J'aimerais bien savoir où ce crétin s'est procuré ce truc ! Sûrement pas dans le bric-à-brac des Malefoy chez qui il n'y a jamais eu de Fourchelang. Je parierais pour la boutique Barjot et Beurk. Et comme il y a bien longtemps qu'il ne peut plus oser y mettre les pieds, j'aimerais bien savoir pour qui il l'avait acheté ! »

Je me mis à marcher pour arrêter de déblatérer de peur d'en dire trop. Malheureusement, il était trop tard, Albus avait parfaitement suivi le cours de mes pensées.

« A ma connaissance, il ne pratiquait pas la magie en Fourchelang. » dit-il d'un ton calme le visage impassible « Si vous avez raison, c'est peut-être pour ça que Monsieur Malefoy ne le lui a pas donné. »

Je sentis mon sang se glacer dans mes veines

« De qui parles-tu ? » demandai-je bien que la réponse me parut évidente

« De Voldemort, bien sûr. » répliqua-t-il sans s'émouvoir

C'est vrai que je n'avais pas le souvenir de l'avoir entendu lancer des sorts en Fourchelang, mais de nous deux, j'étais le seul à pouvoir m'en souvenir.

« Mais comment sais-tu qu'il ne pratiquait pas la magie en Fourchelang ? » lui demandai-je donc

« Salazar Serpentard me l'a dit. » répondit-il comme s'il s'agissait là du plus banal des interlocuteurs

« Et a-t-il poussé l'amabilité jusqu'à t'expliquer pourquoi il ne le lui a pas enseigné ? » m'interrogeai-je

« D'après lui, Voldemort, enfin Tom Jedusor, était trop prétentieux pour penser qu'il pouvait apprendre quoi que ce soit d'utile d'un portrait. » m'expliqua-il

Et c'était heureux ! S'il avait eu plus d'armes encore à sa disposition, il aurait peut-être été impossible de l'arrêter.

« Et ça ne te gêne pas de penser que Lucius aurait pu acheter cet objet pour l'offrir à … » commençai-je

« Non, pas vraiment. » trancha-t-il « Maintenant que nous en avons parlé ensemble, je sais que je ne suis pas comme lui, même si j'ai des pouvoirs en commun avec lui, comme le fait d'être un Fourchelang. C'est juste à cause du Fourchelang que Monsieur Malefoy a dû penser à m'offrir cette chaîne et ce médaillon. De toutes façons, ils ont l'air ancien, ils ont dû appartenir à bien d'autres sorciers auparavant. »

Au détour d'une phrase, Albus me révélait qu'il s'était bel et bien rassuré sur qui il était, et que j'avais été capable de l'aider à le faire, ce qui me procurait une vraie fierté. Finalement, j'étais peut-être bon à autre chose qu'à faire des potions ou à me battre.

N'empêche que pour ma part, je n'étais pas totalement rassuré à propos de ce maudit artefact.

« C'est en effet probable qu'ils aient appartenu à d'autres sorciers et j'aimerais bien savoir à qui, avant que tu envisages de les porter. » relevai-je

« On pourrait demander à Salazar Serpentard, s'il connait ce médaillon et s'il a déjà vu quelqu'un le porter. » proposa le gamin « On pourrait aussi poser la question aux portraits des Fourchelangs du manoir. »

Ce serait bien une première que mes ancêtres, enfin nos ancêtres, se montrent d'une quelconque utilité …

« Quoi qu'il en soit, je préférerais garder ce médaillon jusqu'à ce que nous en sachions plus à son propos. » tentai-je

« D'accord, c'est peut-être mieux que vous l'emmeniez directement au manoir, plutôt que je l'ai avec moi en passant chez mes parents. Pas très sûr que ça plaise à mon père, s'il le voit. » admit-il

Je n'avais en effet pas de mal à imaginer qu'Harry puisse s'émouvoir de découvrir cet objet au cou de son fils ou même dans ses bagages. Au manoir, je laisserai l'objet dans un tiroir et retarderai notre enquête à son propos jusqu'à leur départ. LEUR départ, car dès le début des vacances, Harry et Ginny allaient venir passer cinq ou six jours au manoir des Prince avec Albus qui y resterait les deux semaines suivantes. Ensuite, il irait lui-même passer un peu de temps chez Molly et Arthur Weasley pendant qu'Harry et Ginny emmèneraient James assister à un tournoi de quidditch en Bulgarie. Après leur retour, Harry envisageait de pouvoir passer quelques jours au Terrier avec Albus et James ensemble, avant qu'Albus ne revienne au manoir des Prince. A ce moment-là nous irions peut-être tous les deux en Ecosse, car Albus désirait tester sa capacité à discuter avec les reptiles sur le monstre du Loch Ness ! Je n'avais pas refusé avec le secret espoir que le monstre n'existe pas même dans le monde sorcier, il n'y avait pas de certitude sur ce sujet. Mais ce projet était suspendu à ce qui risquait malheureusement de se passer au manoir Malefoy. Albus voulait être disponible pour soutenir Scorpius en cas de nécessité, comme je voulais l'être pour Drago.

Harry, et bien qu'il n'en ait pas connaissance, tentait de relever le défi de l'énigme posée par Firenze, en essayant de respecter les spécificités et les besoins de chacun de ses deux fils. Alors que de mon côté, j'avais encore échoué à le préserver lui. Naturellement, il m'en voulait une fois de plus, mais peut-être que l'amélioration de ses relations avec Albus finirait par atténuer son ressentiment à mon égard. Difficile d'espérer mieux. Je n'avais jamais été le père susceptible de lui convenir et j'avais peu de chance de le devenir. Cependant, cette année était là pour montrer que l'inespéré pouvait aussi se produire. Jamais, je n'avais imaginé pouvoir éprouver à nouveau autant d'inquiétude, d'énervement, de joie ou d'affection. Jamais, je n'avais espéré pouvoir revivre et pourtant c'était le cas.

FIN

Chères lectrices, chers lecteurs,

Merci d'avoir lu cette fic jusqu'au bout. J'espère qu'elle vous a plu.

J'ai en tête une suite (« Le journal de Severus Rogue 2 : La malédiction des Black ») qui retracerait la deuxième année d'Albus et Scorpius, avec le développement d'un certain nombre de relations et l'arrivée d'un personnage majeur.

Mais arrivé là, j'ai besoin de vos commentaires et éventuellement de vos encouragements pour me décider à poursuivre.

A vous lire !

. .Truth

PS : Merci beaucoup, Audrey, pour ton message. Je ne pouvais pas te répondre faute de compte !