Chapitre 9: Dans le désert de Lamakan.

Ils arrivèrent au désert une heure après avoir quitté le temple. Ce n'était pas compliqué à deviner; la température sembla monter de
minute en minute. Eléana comprenait mieux pourquoi Ivan avait tant tenu à ce qu'elle se frotte son visage et ses épaules de baume
solaire; à cette minute, elle brûlait et transpirait. Fille du sud, elle avait l'habitude des fortes températures, mais là, sa bouche lui
paraissait déjà aussi sèche qu'une pierre au soleil. Les sept autres souffraient également. En plus, il n'y avait pas que la transpiration;
une brise soufflait régulièrement, et du sable s'infiltrait sous les vêtements, provoquant d'horribles démangaisons. Qu'est-ce que ca
pouvait gratter!
- Beurk, je suis trempée de sueur! s'exclama Sofia. C'est dégoûtant!
- Pareil pour moi, fit Lina, et en plus, j'ai soif!
- Ma robe est couverte de poussière, fit Eléana, un peu triste.
Les garçons se plaignaient également:
- Qu'est-ce qu'il fait chaud, gémit Pavel.
- Aussi chaud que la dernière fois, dit Vlad.
- J'ai bien envie d'ouvrir ma gourde, soupira Cylia.
- Attention, il faut faire durer l'eau jusqu'à ce qu'on trouve une oasis, fit Vlad.
- Je peux encore attendre, dans ce cas, fit la jeune mystique air.
- Moi aussi, dit Lina.
- Ca ira Eléana? demanda Ivan qui marchait près d'elle.
- Ca ira. Je suis forte.
- Quand je pense que c'est bientôt sensé être la saison des pluies, fit Sofia.
- On aurait pas pu attendre jusque là, soupira Garett. Pas avec des ennemis aux trousses.
- Puissent-ils crever de soif... gromella Ivan. Que nous ne soyons pas les seuls à souffrir... Il suffirait de leur percer leurs gourdes pour
les semer à tout jamais, je dis...
Au bout d'un moment, Eléana ne tint plus.
- Je crois que j'ai vraiment trop soif, maintenant, finit-elle par avouer en rougissant.
- Tu n'as pas à avoir honte, fit Cylia.
Eléana prit donc sa gourde et but une longue gorgée avant de la refermer.
- Ca ira?
Elle hôcha la tête:
- Ca ne me rassasiera pas, mais je tiendrai.
Ivan attendit d'être sûr que personne ne pouvait les entendre avant de dire:
- Si tu devais te sentir trop mal, sache que je te garde d'avance la moitié de la mienne...
Eléana le regarda d'un air grave:
- Tu as besoin de forces, toi aussi...
- Ne t'inquiètes pas pour moi, je suis plus fort que j'en ai l'air...
Elle baissa les yeux, très gênée. Pourquoi fallait-il qu'il soit aussi gentil? Il était entrain vraiment de devenir son ami, et elle avait peur de
cela. Elle ne voulait pas qu'on la ménage, elle ne voulait pas qu'on s'attache à elle, elle ne voulait pas qu'on soit aussi gentil avec elle.
Elle ne le méritait pas!
Elle se contenta donc de continuer de marcher, refusant de blesser son compagnon. Et se promit de tenir.
Malheureusement, elle n'y parvint pas, pas plus que les autres, et les gourdes furent vides au bout de deux heures.
- Il va falloir trouver rapidement une oasis, fit Vlad. Cette chaleur nous consumme!
- Je vais mal, gémit Eléana.
Ivan, quant à lui, se sentait également très mal, et en même temps, était fier de lui, car il avait tenu sa promesse; sa gourde était encore
à moitié pleine. Mais il sentait du sable crisser dans ses dents. "Saleté de désert!" pensa-t-il.
- Il y'a des cercles de pierres, plus loin. Ivan, essaie d'utiliser Vision, fit Pavel.
Le jeune homme obéit. Et enfin, ils virent apparaître...
- Une oasis!
- Tant mieux, on va pouvoir remplir nos gourdes!
Eléana était soulagée. Elle voulait éviter de boire de la gourde d'Ivan. Il aurait assez besoin d'eau lui-même sans qu'elle lui en enlève.
Ainsi, ils s'approchèrent tous de la mare, burent à longs traits, remplirent les gourdes, puis babotèrent volontiers, heureux de se rafraîchir
le corps...
- Ah, ca fait un bien fou, dit Sofia en faisant la planche.
- Je me sens plus propre que tout à l'heure, fit Eléana.
Sa robe retrouvait sa jolie couleur verte et ses cheveux mouillés tombaient sur ses épaules. Avec l'eau jusqu'à la taille, elle ressemblait
à une nymphe sortit d'un lac... Ivan ne pouvait s'empêcher de l'admirer. Elle s'en rendit compte et le regardant d'un air malicieux, elle
l'éclaboussa brusquement.
- Hé!
Elle éclata de rire. C'était la première fois qu'Ivan l'entendait rire, d'ailleurs, il n'était pas le seul. Tout le monde se retourna:
- Vient-elle de rire? s'exclama Garett d'un air faussement surpris.
- Normal, elle est entrain de se payer ma tête, fit Ivan d'un ton mi-rieur, mi-fâché. Tiens, Eléana, puisque tu veux jouer à ca...
SPLASH!
La nymphe à la robe verte se retrouva toute éclaboussée.
- Attend un peu!
Elle riposta à nouveau. Les autres se mirent à rire... avant de les imiter. Ils jouèrent ainsi dans l'eau pendant plusieurs minutes avant que
Pavel ne retrouve son sérieux:
- Ce n'est pas pour vous embêter, mais on a une quête à accomplir.
- Dommage, c'était bon... fit Lina à regret.
Ivan, quant à lui, remontait sur le rivage avec Eléana:
- Je t'ai enfin vue rire et sourire pour de bon... J'aimerais tant que tu recommences...
- J'ai failli oublier où j'étais pendant un moment, fit-elle, peinée.
- Ce n'est pas si mal...
- Le retour à la réalité est terrible à chaque fois, dit-elle enfin.
Ivan sentit son coeur se serrer à la voir si triste. Il se demanda si le sourire qu'il avait vu briller sur son visage n'avait été qu'illusion. Mais
il n'eut pas le temps d'approfondir la question, on repartait déjà en file indienne. Plusieurs heures s'écoulèrent. On mangea des galettes
de riz soufflés, on but et l'on se rafraîchit dans les mares à de longues reprises. Puis la nuit tomba. Le groupe décida de se mettre près
d'une oasis. Ils en trouvèrent aisément une. A peine la nuit fut-elle tombée que la température baissa brutalement.
- Après la fournaise, la glacière, fit Garett d'un ton furieux.
- Te plaint pas, ca fait du bien, répliqua Lina.
- Installons le campement! ordonna Pavel.
On sortit les couvertures. Ivan fit une dernière vision:
- Aucun ennemi à signaler, les amis, dit-il.
- Tant mieux.
Ils mangèrent tous une galette de riz, puis harassés de fatigue, s'endormirent. Les couples se permirent d'ailleurs de se coller les uns
contre les autres pour avoir plus chaud. Garett et Sofia restèrent sagement dans leur coin. Eléana s'installa plus loin et s'enroula dans la
petite couverture blanche qu'elle avait emporté. Mais elle grellottait. Une brise glaciale soufflait, maintenant. Quant à Ivan, il avait
également froid, mais le supportait. Mais il voyait bien que la jeune fille tremblait de froid. Sa cape verte était suffisament chaude, mais
il se doûtait qu'elle n'accepterait jamais.
- Tu trembles, lui fit-il remarquer.
- Il fait froid, avoua-t-elle.
- Tu n'es pas assez couverte...
- Ca ira, je t'assure. Ne t'occupe pas de moi...
- Pourtant, c'est mon devoir, lui rappella-t-il d'un ton moqueur.
Il ne serait pas cru si audacieux, mais la voir trembler à ce point lui faisait vraiment de la peine. Il retira sa cape, et doucement,
s'approcha d'elle:
- Laisse-moi essayer quelque chose...
Eléana comprit instantanément ce qu'il allait faire.
- Tu ne devrais pas, lui dit-elle.
- On aurait plus chaud, comme ca, lui répondit-il.
Il la recouvrit et se colla tout contre son dos. Eléana sentit immédiatement son corps se réchauffer, mais aussi son coeur battre à très
grands coups. Le feu lui monta aux joues. Mais elle savait qu'il n'avait aucune mauvaise intention, il voulait vraiment juste la protéger du
froid... C'était si gentil...
- Merci, Ivan... murmura-t-elle d'une voix émue.
Elle lui attrapa les mais, et les placa autour d'elle, avant de se blottir davantage contre lui. Le jeune homme sentit son coeur palpiter de
bonheur, et rougit. Mais il sentait qu'elle avait encore froid, et avec une grande tendresse, il lui frotta doucement les épaules:
- Ca va mieux?
- Beaucoup mieux...
Mais d'un coup, elle n'arrivait plus à s'endormir:
- Regarde ce ciel, Ivan... il est magnifique...
- C'est vrai...
Les étoiles s'étaient toutes allumées.
- Je vais avoir du mal à m'endormir avec cette immensité devant moi...
- Tout a l'air si serein...
Ils parlèrent encore quelques minutes, puis enfin, sombrèrent dans le sommeil.
Le lendemain, ils se levèrent et mangèrent encore quelques galettes, burent de l'eau, se rafraîchirent dans la mare, avant de repartir
toute la journée en veillant à s'hydrater régulièrement aux oasis, qui étaient maintenant plus nombreuses. Personne n'avait fait attention
à Ivan et Eléana, par chance. Entre temps, Ivan et Cylia "scannèrent" le reste du paysage à coup de vision, jusqu'à ce qu'à un moment,
un passage caché apparut dans une roche:
- Il y'a un passage! s'exclama Ivan. Cylia, tu crois que c'est celui que mentionnent les livres?
- Le meilleur moyen de s'en assurer, c'est de vérifier, répondit-elle.
Ainsi fut fait. Ils partirent en avant, et passèrent une caverne. Garett et Lina passèrent devant pour éclairer. Enfin, ils arrivèrent de l'autre
côté.
Et de l'autre côté, le désert était encore plus aride. Et cette fois, nul oasis n'apparut nulle part, malgré les efforts d'Ivan; ils étaient dans
la mouise.
- Bon sang, qu'est-ce qu'on a foutu, gémit Garett. On va crever de soif!
- Tais-toi Garett, lança Vlad. Il ne faut pas se laisser abattre!
- De nous tous, c'est Eléana qui craquera la première, dit Sofia. Personne n'a gardé de l'eau en réserve? Il me reste un fond, mais ce
n'est pas suffisant...
- J'en ai gardé, dit Ivan. Essayons de trouver une oasis, je m'occuperai d'elle.
Eléana rougit violement et baissa la tête. Ses protecteurs prenaient vraiment leur rôle au sérieux! Elios en aurait été ravi. Ils
continuèrent de marcher, sous le soleil de plomb qui leur tapait sur le dos.
- Arrêtons-nous cinq minutes, implora Cylia. Marcher devient de plus en plus pénible...
Le reste du groupe approuva. Ivan en profita pour donner un peu d'eau à Eléana. Celle-ci voulut d'abord refuser mais il dit:
- Ca nous ferait une belle jambe, si tu devais t'évanouir, non?
Elle eut un pâle sourire et finit par boire une petite gorgée.
- Tu te sens mieux?
Eléana hôcha la tête.
- Je suis forte aussi.
- Je ne parie pas là-dessus.
- Tu es têtu! lança-t-elle.
- Autant que toi! répliqua-t-il.
Voyant la mine qu'elle tirait, il rit. La minute d'après, le groupe se remit en route. Et là, enfin, il ne trouvèrent pas d'oasis... Mais un
passage souterrain.
- Entrons, dit Vlad. De toute manière, ca vaut toujours mieux que de crever au soleil.
- Tu as bien raison, approuva Lina.
- Il faut aller jusqu'au bout, approuva Cylia.
Ils suivirent donc le conduit rocheux, toujours assoiffés. La traversée leur parut durer une éternité. Enfin, ils atteignirent la sortie.
Et là, ce fut l'incroyable qui se dressa devant eux...