30. Confession
Saison 2. Références au final de la saison 3 de Doctor Who.
Ianto prit une profonde inspiration, avant de frapper avec fermeté à la porte du bureau. Sans surprise, seul un grognement lui répondit. Ianto roula des yeux, avant de pousser la porte et entrer. Assis derrière son bureau, Jack le dévisagea, son visage fatigué.
-Ianto ? Qu'est-ce qu'il y a ?
Vu de près, les choses étaient encore pires. Le teint de Jack virait sur le gris, les crevasses sous ses yeux semblant s'agrandir de jour en jour. Ses épaules légèrement affalées ne dissimulaient pas l'état d'épuisement évident auquel était soumis le capitaine.
Le jeune homme l'examina longuement, avant de se rapprocher, conforté dans sa décision. Il tira une chaise, s'installant en face de l'immortel qui le fixa, las.
-Avant que nous ne commencions, je tiens à préciser que mon constat est partagé par le reste de l'équipe. Ce n'est pas une attaque de ma part, ni une tentative de te mettre en porte-à-faux. Jack le dévisagea. Ianto se mordit la lèvre, avant de soupirer. Jack. Tu es épuisé.
-Je ..
Tu tiens à peine debout. C'est un miracle que tu parviennes à travailler, même simplement à te lever. Tu ne dors plus, murmura doucement le Gallois. Tu n'as pas dormi une seule fois, depuis ton retour. Je le sais, j'ai vérifié les caméras de sécurité : tu as pris tous les surveillances de nuit, et tu les passes à travailler.
Sans surprise, le capitaine le fusilla du regard.
-Est-ce que tu m'espionnes, Ianto ?
-Je m'inquiète pour toi, répliqua son employé. On s'inquiète tous. Jack laissa s'échapper un rire amer. Est-ce que c'est si choquant ? Nous sommes supposés être une équipe ! Pas la meilleure du monde, je l'admets, mais une équipe quand même.
-Une équipe.. Jack secoua la tête, avant de se lever, épuisé. Vous vous passez très bien de moi. Vous vous êtes passés de moi des mois, murmura-t-il en se trainant jusqu'à la fenêtre, épuisé.
Ianto se leva à son tour, le fixant.
-La faute à qui ? Tu penses que c'était si facile ? On ne s'en sortait pas, Jack. Sa voix s'affaiblit. On ne s'en sortira pas, si tu continues à jouer l'autruche.
Jack se tendit. Ianto se rapprocha, ses poings serrés. Il ne voulait pas se disputer avec Jack, pas si tôt après son retour, pas maintenant, alors que les choses semblaient enfin s'améliorer dans leur relation.
Mais il n'avait pas le choix. La sécurité du groupe était en jeu, son union, même. Jack ne semblait pas réaliser que son attitude avait des conséquences pour tous, et il semblait qu'une nouvelle fois, c'était sur lui que tombait la responsabilité de lui faire voir les choses.
-10 fois. C'est le nombre de fois où tu es mort cette semaine. L'immortel le dévisagea. Et ce sont seulement celles où on a des données pour le prouver. Deux fois avec Gwen, trois avec moi, une avec Tosh. Owen attend son tour. Il menace de t'empoisonner lui-même si tu continues à jouer au kamikaze.
-C'est comme ça que tu le vois ? siffla le capitaine. Tu penses que cela m'amuse ?
-Clairement oui, puisque tu continues ! s'exclama Ianto, furieux, avant de s'arrêter face à lui, lui faisant face. Combien de temps, Jack ? Combien de temps vas-tu continuer à te suicider ? Combien de temps jusqu'à ce que l'un de nous se fasse tuer ? Tu reviens peut-être à la vie, mais ce n'est pas notre cas ! Tu nous mets en danger, tous ! Ianto enfonça son doigt dans son torse, blême. Et cela ne change pas le fait que tu souffres à chaque fois, et que chaque fois pourrait être la dernière! Qu'est-ce qu'on fera si un jour tu ne reviens pas ? Hein ? Est-ce que tu y as seulement pensé ? Non, tu es trop occupé à essayer de te tuer pour de bon !
Il avait hurlé. Ianto n'hurlait jamais. La dernière fois dont Jack se souvenait …
Il ne voulait pas penser à cela.
Le souvenir de Lisa était toujours trop douloureux.
Le capitaine le dévisagea, pale. Les secondes s'égrenèrent, lentes et insupportables, alors que les deux hommes se dévisageaient.
Puis, au grand choc de Ianto, Jack baissa la tête, fixant le sol.
-Je suis désolé, murmura-t-il, et sa voix était si faible, si épuisée, que Ianto sentit une part de sa rage disparaitre.
Avec hésitation, il se rapprocha, posant sa main sur son bras. Jack laissa s'échapper une respiration tremblante, et il semblait si frêle, soudainement, si loin de l'homme dirigeant d'une poignée de fer Torchwood, que Ianto sentit son ventre se contracter.
Cet homme n'était pas celui qui s'était enfui sans explication, plusieurs mois auparavant.
Cet homme leur était revenu brisé, et, Ianto le réalisait pleinement à présent, sans une partie de lui-même.
Avec douceur, il le prit dans ses bras, l'attirant à lui. Jack ferma les yeux, se laissant tomber contre lui. Ianto caressa son dos, le geste familier lui revenant instinctivement malgré les mois passés séparés. Contre lui, Jack tremblait, sa respiration tremblante de plus en plus chaotique. Le Gallois se mordit la lèvre, avant de jeter un regard vers la fenêtre. Il tendit la main, abaissant le rideau d'un geste ferme, avant d'entrainer Jack vers le canapé. Le capitaine se laissa faire sans un mot, avant de se blottir contre lui, son visage niché sur son épaule.
Que t'est-il arrivé, Jack ?
Où était-il allé ? Qu'avait-il fait ? Etait-ce lié à la disparition d'Harold Saxon ? Le Docteur avait été présent, de cela, Ianto était certain. Il y avait aussi une jeune femme, magnifique..
Jack n'avait rien dit, rien expliqué.
Ianto avait forgé plusieurs hypothèses, émis silencieusement plusieurs idées. Toutes avaient le même point commun, cependant : quoi qu'il se soit passé, cela avait été suffisamment horrifique pour briser leur impitoyable capitaine.
-Je ne peux pas dormir.
Jack avait murmuré, sa voix lasse et épuisée. Ianto sentit sa gorge s'assécher. Jack prit une profonde inspiration, avant de saisir sa main, la caressant silencieusement.
-Ce que.. là où j'étais … Un tremblement terrible le traversa. Je ne peux pas dormir, Ianto. Si je.. ferme les yeux.. Un sanglot lui échappa. Je ne peux pas..
-Jack, murmura le jeune homme alors que d'autres larmes tombaient sur les joues creusées de l'immortel. Oh, Jack..
-Je ..
-Sssssh.. Ne parle pas.. Tu es là, maintenant, murmura Ianto en le serrant contre lui.
Jack laissa s'échapper un rire désespéré.
-C'est bien le problème, Ianto. C'est bien le problème. Vous êtes là..
Il secoua la tête, semblant se comprendre lui-même. Ianto le dévisagea, la gorge sèche.
Jack laissa s'échapper un long soupir, avant d'enfoncer son visage dans son torse, inspirant profondément son odeur. Ianto caressa ses cheveux, hésitant.
-J'ai vu tellement de choses, Ianto … Fait tellement de choses.. Mais jamais.. Jamais je n'aurai pensé.. Un long frisson d'horreur le traversa. Reste avec moi, murmura-t-il en enroulant ses bras autour de lui. Ne me..
Sa voix mourut dans sa gorge. Ianto le serra plus fort contre lui.
-Jamais, Jack, murmura-t-il finalement. Il ferma les yeux, tentant de repousser sa nausée. Jamais.
Le silence retomba, prégnant. La respiration du plus âgé s'était apaisée, ses yeux clos. Ianto se surprit à lui caresser les cheveux. Dans son sommeil, Jack semblait plus jeune de plusieurs années.
Loin, si loin de l'homme dirigeant l'Institut d'une main de fer depuis presque une décennie.
Depuis combien de temps exactement y travaillait-il ?
Il existait des traces, un peu partout dans les archives. Jack avait clairement tenté de les effacer, mais Ianto en possédait suffisamment pour réussir à reproduire une partie du puzzle.
Et ce qu'il avait réussi à lire ne lui plaisait pas du tout.
S'il en croyait ses investigations, alors Jack aurait déjà été présent au XIXème siècle.
C'était impossible. Ridicule, même. Personne ne pouvait vivre si longtemps.
N'est-ce pas ?
-Vivants.. Ils sont vivants..
Ianto cligna des yeux, avant de fixer Jack, blême. Le capitaine avait marmonné dans son sommeil, sa main agrippée fermement (désespérément ?) à sa chemise.
Le jeune homme ferma les yeux, sa respiration tremblante.
Il avait espéré obtenir des explications, une réaction.
Mais alors que l'immortel sombrait dans un demi-sommeil agité, Ianto se demanda s'il avait été réellement prêt pour les confessions du capitaine.
