Chapitre 12: La traque...

- Incroyable! Vraiment incroyable! Je me laisse ridiculiser par des sales gamins! Eléana, tu ne m'échapperas pas!
Nathos était retourné dans sa forteresse, qu'il avait bâtie à côté de Kalay. Tout ce côté d'Angara lui appartenait, du moins, il l'espérait,
même si le seigneur de Kalay, Lord Hammet, s'obstinait depuis plusieurs mois à ne pas vouloir verser d'impôts à l'Empire du Soleil
Noir. Mais il n'avait pas le temps de s'occuper de cela. Trouver Eléana était une tâche bien plus importante. Le mage blond avait
horreur qu'on lui résiste. Il allait devoir trouver un moyen de la traquer...
Il réfléchit intensément. autour de lui, la salle aux draperies pourpres étaient vide. Sur les murs, les sculptures d'hydre paraissaient lui
lancer des regard de reproche. Eléana était accompagnée par sept mystiques, qui étaient puissants, malgré leur jeune âge, il l'avait vu,
il en avait été surpris. Mais il ne pouvait demander d'aide à Maître Antinos, ce fût reconnaitre sa défaite. Quel dommage que ce fût lui
qui eût récupéré le sale gamin qu'ils avaient attrapés sur la route! Pour attirer Eléana, ce fût l'idéal. Ce qu'il ignorait, c'était que tous ses
souhaits allaient être réalisés d'une autre façon.
Un garde frappa à la porte et entra dans la grande salle où il trônait.
- Maître, vous avez un visiteur... ou devrais-je dire, une visiteuse...
- Qu'elle entre!
La double porte de bois de chêne déploya alors ses battants sur une femme. Mais quelle femme! Elle était vêtue d'une très longue robe
noire, si noire qu'elle paraissait absorber la lumière et tranchait sur sa peau d'une pâleur d'albâtre et ses cheveux d'un blond platiné,
presque blanc. Ses yeux étaient d'une couleur pourpre intense comme la cape qu'elle portait. Sang et Ténébres, tels étaient visiblement
ses attributs. Nathos eut l'air surpris en la voyant, puis fit un sourire ravi:
- Quel plaisir de te voir ici, Igniata...
Elle le fusilla du regard et il comprit qu'elle était furieuse:
- Le pouvoir de la lame d'Héphaïstos a été volé! dit-elle brusquement.
- Comment peux-tu le savoir?
- Je suis l'héritière directe d'Edwin, Nathos! Même si je n'ai jamais retrouvé la cité Pourpre, cette nuit, j'ai eu une vision de sa
destruction. Or, si elle est détruite, c'est la preuve que le joyau n'est plus dans la cité!
- Je croyais que le don de prédire était réservé aux mystiques de Jupiter...
- Les héritiers des quatre cités sont liés télépathiquement aux armes qui leur sont destinées, Nathos! Jusqu'ici, je ne pouvais détecter
sa présence. Mais depuis cette nuit, je sais que l'arme a repris du service, et je veux m'en emparer!
- Antinos ne le souhaite pourtant pas, ma chère... il veut garder les armes des Cités Perdues pour lui...
La femme éclata d'un rire glacial:
- Lorsqu'il détiendra le cristal des quatre psynergies d'Eléana, tu crois vraiment qu'il aura besoin de ces petits artefacts? Mais en
revanche, dit-elle soudain d'un ton plein de colère, si Eléana détient la lame d'Héphaïstos, et je pense que c'est elle, puisque seul un
immense pouvoir psynergique peut venir à bout des pièges de la Cité Pourpre, alors, nous devons l'arrêter avant qu'elle ne s'empare
des trois autres! Sinon, Antinos aura tout à craindre de cette gamine!
- Je n'ai pas réussi jusqu'à présent à arrêter Eléana, répliqua-t-il. Sept mystiques veillent sur elle, Igniata! Sept! Et leur puissance est
bien grande, à croire que l'Inexorable lui-même les protège!
- Peut-être est-ce le cas, nous n'en savons rien. Mais cela ne doit pas nous arrêter. J'ai déjà un plan...
Elle sortit quelque chose d'un petit sac qu'elle portait sur le côté.
- Qu'est-ce donc, Igniata?
- Avant de venir ici, je suis passée discrètement au village d'Erin. La maison de la gamine était vide, mais par chance, sa mère n'avait
pas lavé tout son linge, j'ai découpé un carré de tissu d'une de ses robes... Tu sais que l'on peut réussir quantité d'invocations spéciales
avec un petit bout de tissu?
- Hum... Montre un peu...
Elle leva son bâton et invoqua:
- Chiens de l'enfer, par la psynergie de Mars, je vous invoque!
La minute d'après, surgirent dans un grand cercle de flammes trois chiens à trois têtes; leur poil était noir comme la nuit, leurs yeux
étaient de braise, leurs griffes puissantes, et leur crocs suitants de bave... et de venin. La femme rit avant de lancer le carré de tissu au
millieu d'eux:
- Cherchez cette jeune fille par tous les monts et toutes les forêts... Cherchez-la... Traquez-la... Et tuez-la!
Les monstres poussèrent de longs grondements.
- Ils l'attaqueront directement, quelque soit le nombre de défenseurs qu'ils auront en face d'eux, dit Igniata. Ils périront de manière
suicidaire, mais ne cesseront pas de la harceler sans l'avoir mordue au moins une fois... Et s'ils la mordent, elle est condamnée, à
moins que je ne lui donne l'antidote... Que je lui échangerai contre le cristal psynergique. Ainsi, si la jeune Eléana survit, elle sera de
nouveau qu'une petite jeune fille sans défense... Rien de plus! Et Antinos s'accordera sûrement le plaisir de la foudroyer lui-même... Les
voilà déja excités par son odeur... Je n'ai qu'à les suivre, et ils me mèneront à elle... Mais n'oublie-pas d'envoyer toi même des
régiments, juste au cas où...
Nathos ricana:
- Tu as raison, elle n'a aucune chance de nous échapper!
- Je m'en vais suivre mes mignons...
Elle sortit de la pièce, suivant la meute qui hurlait déjà à la mort.

Trois jours s'étaient écoulés depuis la bataille à la Cité Pourpre. Eléana et ses gardiens étaient restés deux jours à l'oasis; durant tout
ce temps, elle s'était révélée incapable de marcher; le dragon lui avait fait beaucoup de mal.
Ainsi donc, le troisième matin, elle parvint enfin à se lever:
- Je n'arrive pas à croire que je sois restée affaiblie comme ca deux jours...
- Ca aurait pu être bien pire, dit Sofia d'un ton raide. J'espère que tu vas manger plus, ce matin, que tu ne t'évanouisses pas quand on
marchera.
Elle obéit donc, puis alla se tremper dans l'oasis avec les autres. Ivan était ravi de la voir rétablie, il avait craint le pire en la voyant
toujours alitée le lendemain du combat...
En même temps, le jeune homme était décidé à essayer de garder ses distances avec Eléana. Mais une fois de plus, cela se révéla
pratiquement impossible.
Une fois de plus, il fut frappé par l'éclat de ses yeux verts d'eau, sa silhouette fine, sa grâce aussi, et ses longs cheveux brun doré dans
lesquels il aurait rêvé de fourrager ses mains...
Eléana, quant à elle, évitait soigneusement le regard d'Ivan; elle avait mal joué, durant ces derniers jours. Elle l'avait laissé beaucoup
trop s'approcher, il fallait qu'elle remît la distance avant que l'irréparable ne se produise. Et pas qu'avec lui, d'ailleurs, avec tout le
monde. Ils ne pouvaient pas devenir amis, c'était impossible. Eléana n'avait pas d'amis. Eléana était seule, face à son destin qui n'allait
pas tarder à s'accomplir. Elle fut soulagée lorsque Vlad et Pavel donnèrent le signal du départ. Ils retraversèrent le passage sans
encombre et rebroussèrent chemin, malgré le soleil de plombs. Elle se mêla aux autres filles, laissant Ivan à l'arrière.
Celui-ci se sentit peiné. Elle remettait de nouveau la distance, il l'avait compris. Mais maintenant, il se posait des questions: Qu'est-ce
qui la poussait autant à refuser les relations, même amicales? Ce n'était plus de la timidité, à ce stade!
Il savait qu'elle avait commencé à apprécié tout le monde, il l'avait remarqué lorsqu'ils avaient joué dans les oasis. Elle commencait à
se sentir bien avec eux, ca se voyait. Pourtant, de nouveau, elle voulait s'éloigner. Et rien à faire, c'était frustrant.
"Qu'est-ce que tu nous caches?"
Il n'avait aucun moyen de le savoir; lire dans son esprit risquerait de la mettre en fureur, si elle s'en rendait compte. Or, la plupart des
mystiques sentaient les intrusions, et Eléana avait déjà très mal réagi lorsqu'il avait essayé.
Il remarqua qu'une fois de plus, elle fuyait également la conversation et ne desserrait pas les dents. Sofia parut mettre son attitude sur le
compte de la fatigue et ne s'en préoccupa pas plus. Ivan lâcha un soupir. Cette fille était froide comme de la glace, il était dingue de se
rapprocher d'elle, elle le rendrait fou.
Eléana se sentait triste également. Elle était consciente que son attitude blessait ses compagnons, mais elle ne pouvait vraiment pas
faire autrement. Si cette maudite prophétie n'eût pas existé, tout aurait été différent; elle n'aurait pas eu peur de se lier et se serait
laissée à exprimer ses émotions et ses sentiments. Elle aurait tant aimé pouvoir leur dire à tous à quel point elle appréciait leurs efforts
pour veiller sur elle, à quel point elle les trouvait gentils et généreux, mais cela lui était défendu. A part Ivan, seule Cylia, qui en tant que
mystique de Jupiter, était très intuitive, semblait avoir compris son attitude. Mais elle ne voulait pas l'obliger à révéler le secret qu'elle
leur cachait. Elle espèrait plutôt que le temps ferait son oeuvre en ce sens...
Vers le soir, ils trouvèrent de nouveau une oasis et s'y arrêtèrent.
- Bon, il serait temps de voir la suite du programme, dit Pavel alors qu'ils étaient assis près du feu. Il nous reste encore trois cités à
trouver.
- Nous sommes pas très loin de la mer orientale, alors pourquoi ne pas commencer par la cité d'eau? demanda Sofia.
- Qu'en penses-tu, Eléana? demanda Vlad.
- C'est une bonne idée, fit Eléana. De toute façon, je n'ai pas de préférence, vous savez...
Tout le monde rit. Ivan prit la parole:
- Dans ce cas, je crois que j'ai une bonne idée...
- Du genre? fit Garett.
- Que diriez-vous de passer par Kalay, visiter Maître Hammet? Il est marchand, je sais qu'il a beaucoup voyagé, peut-être aurait-il des
informations interessantes sur les Cités dans ses archives. Sans parler du fait que comme nous devons voyager discrètement, si nous
prenions la route avec un de ses bâteaux, nous risquerons nettement moins d'avoir des ennuis avec le Soleil Noir!
Tout le monde le regarda, bluffé.
- Qui soupçonnera un innocent navire marchand? dit Ivan avec un mauvais sourire.
- Ce mec est diablolique, pouffa Garett.
Vlad tapota la tête du jeune homme:
- Et bien! Y'en a, là-dedans!
- Et tu crois qu'il acceptera de nous aider? demanda Pavel.
Ivan hôcha la tête:
- Bien sûr que oui! Je ne lui ai jamais rien demandé jusqu'à aujourd'hui. Je suis sûr qu'il nous aidera.
- Alors, c'est d'accord.
Eléana sourit et s'éloigna. A présent, ils étaient tous de nouveau d'accord et ils allaient vers une nouvelle étape de leur voyage...
"Et après celle-là, si nous arrivons jusqu'à la cité d'eau, ca ne fera déjà plus que deux, songea-t-elle."
Elle s'efforca de ne pas penser que plus elle marchait vers les quatre cités, plus elle marchait vers sa confrontation avec Antinos, le chef
du Soleil Noir et de ce qui devait s'en suivre. Car alors, l'angoisse risquerait de la saisir et de la paralyser. Mais elle avait tant de
regrets derrière elle...
"Papa, Maman, j'aurais tant voulu vous dire au revoir..."
Les larmes roulaient sur ses joues. Elle entoura ses genoux de ses bras. Elle pleurait pour faire de la place. Il y'avait trop plein
d'émotions en elle ce soir-là...
- Je ne te demanderai pas ce qui te chagrine, fit Ivan en s'asseyant près d'elle.
Il avait vu la lueur de tristesse qui brillait dans ses yeux quand elle s'était éloignée et l'avait suivie.
- Va-t'en!
Elle avait eu une voix dure, mais fêlée par les larmes.
- Non.
Sa réponse était claire.
- S'il te plait...
- Je ne veux pas te laisser seule dans cet état, c'est mal.
- Je te le demande!
Ivan lâcha un soupir avant de dire:
- Est-ce vraiment ce que tu souhaites?
Eléana aurait voulu qu'il reste, mais était décidée à résister:
- Si tu ne me laisses pas, je changerai de place!
Ivan sentit la colère l'envahir en même temps que la tristesse. Il répliqua cyniquement:
- Très bien, je vais te laisser... Je ferai même comme si je n'en avais rien à faire de toi, tiens! Après tout, c'est ce que tu souhaites...
Il s'éloigna d'un pas raide, tandis qu'Eléana sentait son coeur se déchirer sous le coup de ces mots blessants. Elle enfouit son visage
sur ses genoux et se remit à pleurer, encore plus triste qu'avant.
"Pourquoi? Pourquoi moi?"