Chapitre 16: Comme une désertion...

Ivan se réveilla deux heures après. Il cligna des paupières. Ses yeux, à force d'avoir tant pleuré hier au soir, lui faisait mal, le brûlaient.
Sa main se referma sur le bout de papier plié. Il se frotta les yeux, puis le déplia, intrigué.
La lettre lui fit l'effet d'une gifle.
"Eléana! Tu ne m'as pas fait ca!"
Il se leva d'un bond, toute fatigue oubliée et regarda autour:
- J'y crois pas! Elle s'est vraiment tirée! Traîtresse! Egoïste!
- Ivan! s'exclama Garett. T'es pas fou de gueuler comme ca dés le matin?
- Eléana est partie!
- Quoi? C'est quoi ce bordel?
Ivan lui montra la lettre. Garett se gratta la nuque:
- Oh, merde, ca craint... Vlad! Pavel! Cylia! Lina! Sofia! Debout!
Réveillés par les cris de Garett, les autres se redressérent:
- Hé quoi? Y'a le feu? demanda Lina.
- Eléana a déserté, dit Garett.
- C'est le mot! approuva Ivan.
Il était si furieux qu'il crut que son coeur allait exploser.
- Je la déteste!
Il piétinait sauvagement le sol, avec son air typique des plus mauvais jours. Pendant ce temps, Garett avait fait passer la lettre à Vlad,
et tout le monde lisait par-dessus son épaule.
- Elle nous a abandonnés! dit Lina, attristée.
- Elle doit avoir une bonne raison, dit Vlad. Eléana agit comme ca depuis le début, elle ne nous dit pas tout. Nous devons lui faire
confiance...
- C'est ca, tu as raison! explosa Ivan. Lui faire confiance, et puis quoi, encore? Elle ne nous a jamais fait confiance, elle! Elle a saisi la
première occasion pour se débarrasser de nous...
- Calme-toi Ivan, dit Sofia, je suis sûre qu'elle ne voulait pas te blesser...
- De toute façon, pour ce qu'elle en a à faire!
- Elle croyait bien faire, dit Pavel.
- Ca ne se fait pas! répliqua Ivan. On n'abandonne pas ses amis!
- Je suis d'accord avec Ivan, dit Lina qui avait les larmes aux yeux.
Vlad la prit dans ses bras. Elle dit alors d'une voix tremblante:
- Il ne faut... jamais laisser les gens qu'on aime... même si on a de bonnes raisons...
- Lina, murmura Pavel en lui caressant les cheveux.
- Elle n'a pas dû partir depuis très longtemps, fit Ivan. On devrait pouvoir la rattraper.
- C'est ce que tu veux? demanda Pavel.
- Elle ne peut s'en sortir seule, vous le savez! répliqua-t-il d'un ton furieux. On ne va pas laisser le cristal psynergique à Nathos parce
que Miss Eléana nous fait une crise d'égocentrisme!
- Ivan! s'exclama Cylia, choquée.
- Mais c'est vrai! Elle s'en fiche de nous, tout ce qu'elle veut, c'est les joyaux pour se battre contre Antinos, et l'on s'en tape du reste! Ses
amis peuvent s'inquiéter, tant pis, après tout, rien ne compte...
Il ne pouvait plus s'arrêter.
- Tu dis n'importe quoi, dit Cylia en s'approchant. Tu es très blessé, mais...
- Non! J'en ai rien à faire d'elle!
- Putain, Ivan, là, tu crains vraiment! s'exclama Garett.
- Fous-moi la paix, Garett!
- Attends, tu as la rage, tu veux que je te dise pourquoi mon vieux? Parce que t'es raide dingue de cette fille et qu'elle a osé te filer sous
le nez, voilà ce qui ne va pas!
- Non! Parce qu'elle risque de réduire le sacrifice de Maître Hammet à néant, voilà pourquoi!
- Ouais, bon, ca ca n'aide pas, mais je maintiens ce que j'ai dit, dit Garett.
- Tu te trompes complètement!
Vlad, qui connaissait le mieux Ivan, s'approcha à son tour:
- Ivan, Garett a raison. Tu es amoureux. Alors, il faut qu'on retrouve Eléana, et surtout, que tu prennes ton courage à deux mains pour lui
dire enfin ce que tu ressens. Sinon, tu le regretteras toute ta vie, poule mouillée!
- Là, il a pas tort, dit Lina.
Mais Ivan haussa les épaules:
- Elle s'en fiche de moi. Sinon, elle ne serait pas partie.
Pavel dit soudain:
- Hé! Ca reste à vérifier, gars!
- Tu sais, fit Lina d'un ton malicieux, rien ne t'empêchera de la disputer à mort et de lui dire tout ce que tu penses... Mais, tu lui devras
bien une déclaration derrière!
Ivan fit la grimâce en disant:
- Mouais, je crois que je vais lui toucher deux mots sur son attitude quand je la verrai... après, je verrai si je suis d'humeur à lui
pardonner!
- Tu lui pardonneras, dit Vlad d'un ton malicieux. La rancune n'est pas ton fort...
- On verra!

Alors que ses amis trouvaient la missive, Eléana filait comme le vent. Ses larmes avaient séchés, mais elle se sentait triste. Voire
même, elle avait le coeur déchiré.
Elle était seule à nouveau, et cette fois, définitivement. Elle devait donc être prudente. Elle continua de marcher au gré du chemin. Elle
allait tenter de chercher la vallée secrète. Cependant, il était vrai que ca allait moins être facile que si ses amis étaient à ses côtés,
notament pour les pièges; la vision d'Ivan avait été un allié précieux.
Elle se chassa cette idée de la tête. Elle ne voulait surtout pas penser à Ivan. C'était trop douloureux. Sa décision n'avait pas été facile
à prendre et elle la regrettait presque.
S'estimant assez loin du camp des sept, elle décida de prendre une pause et s'assit au bord de la route. Elle n'avait pas l'habitude de
marcher autant, et elle n'aurait pas été contre un cheval. Elle eut soudain un sourire sardonique; qu'est-ce qui l'empêchait d'en voler un
aux soldats du Soleil Noir? Ce serait quand même beaucoup plus pratique...
Pour l'instant, elle n'aurait sans doûte pas l'occasion de mettre son idée à exécution, mais en s'approchant de la prochaine ville, il
pourrait y'avoir des possibilités. Il lui faudrait également des provisions. Et peut-être aussi de nouveaux vêtements, sa robe était
toujours couverte de sang, heureusement qu'elle portait son manteau noir au-dessus. Plus loin, elle vit un pommier. Il était couvert de
fruits, et certains étaient déjà murs. Elle n'hésita pas et s'en approcha. Les pommes se conservaient bien si l'on savait comment s'y
prendre. Elle cueillit donc une demi-douzaine de fruits et s'apprêtait à repartir, lorsqu'un bruit de galop lui parvint aux oreilles. Sans
hésiter, elle se dissimula derrière un arbre. Qui cela pouvait-il être?
C'était Nathos.
Reparti en chasse depuis l'aube, sa psynergie n'était plus entravée par le sortilège d'Ivan, et maintenant, il n'avait plus qu'une idée,
rattraper la jeune fille. Il pouvait détecter une aura psynergique avec une facilité enfantine...
Aussi, il sentit près d'un arbre la source d'un pouvoir. D'un grand pouvoir.
Eléana était à sa portée.
Il allait s'amuser un peu avec elle, avant de la tuer... Puis il se rappella d'un détail; il ne pouvait pas la tuer comme ca. Ses compagnons
devaient être à la recherche des autres artefacts. Il fallait les découvrir avant eux. Donc, il devait la capturer vivante.
Quant à Eléana, elle avait compris qu'il l'avait répérée, vu qu'il s'était arrêté. Elle choisit d'attaquer.
Des lianes sortirent donc brusquement du sol, s'enroulant du cavalier et de sa monture, les faisant tomber à terre. Elle pouvait utiliser
les quatre psynergies, alors autant ne pas s'en priver! Mais bien sûr, le mage blond ne se laissa pas arrêter; il projeta des flammes sur
la jeune fille qui les esquiva habilement. Elle savait se battre. Elle allait lui montrer...
Elle tenta de le noyer sur des trombes d'eau, mais son terrible adversaire parvint à la faire s'évaporer:
- Eléana, je suis trop fort, pour toi... Tu as eu tort de laisser tes compagnons derrière toi...
- Je vais te tuer, siffla-t-elle.
- Il y'a vouloir et pouvoir...
Elle lui expédia des rayons de glace, il riposta par des rayons enflammés. Au bout d'un moment, deux rayons rentrèrent en contact, et
explosèrent, créant un effet de lumière impressionnant. Nathos augementa la pression, Eléana fit pareil. Lequel des deux allait céder en
premier:
- Je te vaincrai, Eléana, ricanna le mage. Tu n'es encore qu'une gamine, malgré ta puissance...
- Je vais te faire ravaler tes insultes, répliqua-t-elle.
Elle était décidée à vaincre. Elle augmenta la force de son attaque, refusant de céder à son mortel ennemi. Elle voulait vaincre. C'était
son combat. Nathos devait mourir. Cela porterait un terrible coup au Soleil Noir...
Mais elle n'était pas à la hauteur, malgré sa fierté et son courage, et ce qui devait arriver arriva. Soudain, son rayon bleuté s'interrompit
brusquement, et elle tomba au sol... Tandis que Nathos la foudroyait d'une boule de feu. Pas assez puissante pour la tuer, mais la
blessure sur sa poitrine la ferait affreusement souffrir... Il ricanna. Elle était à lui. Le mage blond descendit de sa monture avec une
corde et lui lia les poignets. Et bien sûr, il prit le cristal qu'elle avait autour de son cou.
- Fillette stupide et fragile...
Il la mit sur sa monture, et rebroussa chemin. Il n'avait plus qu'à retourner dans sa forteresse, et là, il l'interrogerait à sa façon..

Quant aux autres, ils étaient entrain de marcher, à un rythme assez rapide.
- Je me demande par où elle est partie, dit Garett. Elle ne serait pas allée sur la mer...
- Non, mais elle doit être partie vers le sud, chercher la vallée, dit Ivan. C'était sur cette cité-là qu'on avait trouvé de bonnes informations,
en plus, elle ne peut pas prendre le bâteau, tout est contrôlé...
Il réfléchissait à cent à l'heure. Il voulait trouver Eléana plus que tout au monde. Pourquoi son don de prophétie ne se manifestait-il pas
maintenant? C'était complètement stupide, il prévoyait les catastrophes, mais il était incapable de prédire lorsqu'il en avait besoin!
D'un autre côté, c'était peut-être le signe qu'Eléana allait bien...
Il n'en revenait pas que cette pensée puisse le soulager à ce point. Vu comment elle se comportait, elle aurait presque mérité qu'il la
laissât dans la mouise! Seulement, voilà, il était incapable de faire ca. Il avait trop d'honneur. Mais il était vraiment blessé. Elle l'avait
abandonné quand plus que jamais, il aurait eu besoin d'elle... De son réconfort...
La perte d'Hammet l'avait anéanti. Quelque chose en lui s'était brisé cette nuit. Il ne se reconnaissait plus. Il ne se sentait plus le même
Ivan.
Et il en avait peur.
Il se demandait encore où pouvait être Eléana, quand soudain, il sentit ses tempes devenir douloureuses; sachant maintenant ce que
ca signifiait, il accueillit la douleur avec joie et ferma les yeux pour se laisser porter en mode prophétie.

Une salle sombre... Eléana prostrée au sol... Au dessus d'elle, Nathos:
- Alors, dis-moi tout... Où sont les trois autres cités?
- Je ne te dirai rien, sale porc!
Du bout de l'index du mage jaillit un tout petit rayon enflammé qu'il promena sur le corps déjà ensanglanté de la jeune fille qui hurla de
douleur sous le choc.
- Tu es sûre?
- Va te faire voir!
A nouveau, il la torturait. Et il ricannait, d'un rire glacial, jouissant de sa souffrance... Eléana hurlait de douleur, prostrée sur le sol,
incapable de se relever...
- Veux-tu en finir plus vite?
- Tue-moi! répliqua-t-elle.
- Trop facile...
Il s'approcha d'elle et lui donna un violent coup dans la jambe droite. Il y'eut un craquement et un hurlement retentit. Il venait de briser
l'une des jambes de sa captive:
- Tu es sûre de ne pas vouloir parler?
- Jamais!
Le mage blond la regarda:
- De toute manière, j'ai le joyau de Mars, c'est le seul qui nous interesse vraiment... Oui, je vais te tuer... J'ai déjà tout ce qu'il me faut,
après tout...
Il leva son bras et un rayon pourpre foudroya littéralement la jeune fille. Elle hurla, hurla... Et enfin, ce fut fini, elle tomba au sol, son sang
se répandant sous son corps, fragile vierge sacrifiée... Et le mage blond riait, riait...
- Ainsi finit la belle et fragile Eléana que redoûtait tant Antinos... Quel pathétisme... HA, HA, HA, HA!
- NON!
Ivan revint brusquement à la réalité. Les larmes roulaient sur ses joues. Enfin, il se redressa et dit d'une voix calme:
- Nous devons rebrousser chemin, et vite.
- Qu'as-tu vu? demanda Cylia.
- Eléana est entre les mains de Nathos. Il est entrain de la torturer, et si on n'agit pas vite, il va la tuer. La forteresse doit être à moins
d'une heure d'ici.
Lina se couvrit la main de sa bouche, Vlad, Pavel et Garett regardaient leur ami d'un air horrifié. Sofia devint blême:
- Et si nous arrivions trop tard?
Mais Ivan avait dans les yeux un air farouche, un air déterminé que ses amis ne lui avaient pas vu souvent prendre. Ses yeux violets
étincellaient.
- Nous arriverons à temps. Je vous le garantis!