Chapitre 17: "...est écrite la vengeance"
Le chemin paraissait long. Beaucoup trop long. Vlad, Pavel et Garett marchaient juste derrière Ivan qui courrait plus qu'il ne marchait.
Les filles essayaient de suivre le rythme, mais Sofia s'essouflait:
- Bon sang, Ivan est toqué!
- L'amour change un homme ricana Lina. Avec un peu de chance, il écrasera Nathos en un instant...
- Eh, minute Ivan, comment tu comptes enlever Eléana à Nathos? dit Vlad. Ton cerveau semble avoir cessé de fonctionner
convenablement, parole!
- Nathos, je me le fais! répliqua Ivan.
- Tu es fou! Tu vas te faire tuer, dit Pavel.
- Ne vous en faîtes pas, j'ai un plan!
- On peut l'entendre?
- On entre et on casse tout? demanda Garett.
- Non, j'ai mieux que ca.
Il ne paraissait pas cependant vouloir en dire plus, mais Vlad comprit pourquoi; il ne voulait pas se laisser freiner alors qu'Eléana était
peut-être entrain de mourir quelque part. Ils continuèrent donc leur folle allure. Ils étaient tous terriblement angoissés. Eléana était une
amie, malgré sa désertion, et ils ne voulaient pas la laisser là où elle était.
Enfin, au bout d'un moment qui leur parut interminable, le chemin fit un coude, et au bout de ce coude, ils virent le palais de Lord
Nathos.
- Voilà le piège à rats, fit Garett. Comment on entre?
- Camouflage, dit Ivan.
- Euh, Nathos peut détecter nos auras psynergiques... objecta Pavel.
- Pas ses gardes, qui eux, sont des humains sans pouvoir. De plus, vu l'aura que dégage la forteresse, notre aura sera comme un
parfum de rose au millieu d'une conduite d'égoût; indétectable!
- J'adore ton sens de la formule, pouffa Lina.
- Bon, au lieu de bavarder, on se grouille? répliqua le jeune mystique d'Air qui avait les nerfs à vifs.
Cependant, contrairement à ce que pensait Vlad, son cerveau semblait toujours fonctionner, ce qui était une chance, il était le plus
ingénieux de l'équipe.
Ils s'approchèrent donc des murailles, et parvinrent à se coller dans leur ombre sans être vu des gardes. Ivan exécuta un camouflage
impeccable, et ils furent tous dissimulés. Ils se faufilèrent ainsi dans la cour du palais. Mais il restait encore l'entrée à franchir:
- Comment on fait? chuchota Pavel.
Ivan ne répondit pas. Avisant le sol, il ramassa une pierre et la lança contre l'une des jattes qui se trouvaient en face d'eux, faisant un
"bling!" tout à fait perceptible.
- Tu as entendu? dit le garde. Je crois que quelqu'un cherche à escalader les murailles...
- C'est l'impression que j'ai aussi, allons voir.
- Sommeil, incanta Ivan.
Les deux gardes tombèrent d'un coup endormis avant même de comprendre ce qui leur arrivait. L'équipe fonça alors à la porte.
Là, ils eurent de la chance; l'endroit était lugubre, et éclairé uniquement par des torches, laissant de grandes zones d'ombre. Un
nouveau Camouflage et la voie était libre. Ils se faufilèrent donc à travers le long couloir, décidés à aller jusqu'à la grande salle. Ivan
avait le pressentiment que ce serait là qu'ils retrouveraient la jeune fille. Sa prémonition lui avait montré une salle assez grande, or, il
savait que même si la plupart des seigneurs avaient la manie des grandeurs, ils n'avaient pas toutes les salles en taille monumentale.
Rien qu'à cause de la limite de terrain. En réalité, ce ne fut pas très dûr de trouver la salle où était cachée la prisonnière; il suffisait de
suivre les hurlements...
Eléana était renversée sur le sol, la jambe brisée, de longues lignes brûlantes lui couvrant le corps. C'était douloureux à souhait. Nathos
jouissait de sa déconvenue, tandis qu'il tenait le cristal de sa main droite:
- Voici donc Eléana, dont avait si peur notre grand Antinos! Tu vas mourir, ma belle, tu le sais, n'est-ce pas?
- Vous ne me faîtes pas peur, répliqua la fière jeune fille d'un ton furieux.
Eléana était désespérée. Elle avait tant voulu accomplir sa quête...
"Pourquoi me l'avoir confié à moi, Inexorable? Au final, l'un des guerriers qui m'ont protégée l'aurait beaucoup mieux exécutée... Sans
la peur de mourir, ou de voir mourir ses proches..."
Elle n'avait jamais autant réfléchi que maintenant.
"Je n'aurais jamais dû me montrer si lâche..."
Des larmes lui montèrent aux yeux, mais des larmes de tristesse:
"Ivan et ses amis sont bien plus courageux que moi... Ils ont accepté l'éventualité de la mort lorsque je ne l'assume pas..."
Ivan...
Sa dernière pensée était pour lui.
"Si seulement j'avais pu te dire je t'aime..."
Elle lâcha un soupir. Ca avait peut-être été ca, le plus dûr. Aimer sans pouvoir jamais l'exprimer... Car l'on savait très bien comment
cela finirait, même si cela arrivait plus vite qu'elle n'avait cru... Ce n'était pas comme cela qu'elle était sensée mourir... Pourtant, c'était
ainsi...
"La prophétie se réalise-t-elle déjà?"
Nathos la regarda:
- Je parie que tu vas me jurer que ton petit ami te vengera?
- Ca m'étonnerait, répliqua-t-elle. En tout cas, j'espère que non.
- Nous n'avons pas les mêmes espèrances, alors... Ecrabouiller les mystiques qui t'ont protégée serait le sumum de la victoire... Mais à
mon avis, lorsqu'ils verront ton cadavre ensanglanté, et lorsque ce jeune mystique Air qui a tout risqué pour te protéger verra combien tu
as souffert, je pense qu'il ne résistera pas à l'appel de la vengeance...
Il leva le bras et lança son puissant rayon pourpre. Mais celui-ci n'atteignit jamais sa cible.
Il rebondit brusquement, à quelques pas d'Eléana.
- Tu ne crois pas si bien dire, Nathos!
Ivan avait bondit devant la jeune fille, et sa psynergie formait à présent une grande barrière violette, infranchissable. La rage avait
décuplé le pouvoir du jeune homme. Ses yeux étincellaient et il semblait plus puissant que jamais. Le mage blond ricana:
- Incroyable! Tu as donc réussi à entrer ici avec tes amis? Tu m'épates presque!
Il ajouta:
- Je me disais bien... Tu es un garçon très intelligent... Trop même, pour survivre...
Il envoya un rayon d'une force phénoménale, mais Ivan le sentit à peine. Sa psynergie de résistance tenait très bien la route. Pendant ce
temps, Sofia s'était glissée auprès d'Eléana et les blessures de la jeune fille guérirent en moins d'une minute sous l'effet de ses
capacités de soin, car elles étaient relativement légéres, malgré la douleur qu'elles avaient causées à la jeune fille. De plus, la
guérisseuse savait qu'il était beaucoup plus facile de soigner les mystiques. Dans le même temps, Vlad, Pavel, Garett, Lina et Cylia
s'étaient approchés à leur tour, près à prêter main-forte à Ivan. Mais celui-ci refusa obstinément:
- Occupez-vous des gardes qui vont débarquer! Cette ordure est à moi!
- Ivan! s'exclama Cylia. Ne laisse pas ton désir de vengeance te dominer! Tu n'es pas assez fort pour le vaincre seul!
- C'est ce qu'on va voir!
Et il attaqua à son tour. La fourdre violette frappa violement le mage blond qui se mit à hurler; la foudre était brûlante, et malgré sa force,
la douleur l'atteignait. Il riposta avec un autre rayon de feu, mais le jeune mystique d'air l'évita avec agilité. Car la colère qui habitait le
jeune homme était glacial et son esprit totalement calculateur; il avait compris que s'il voulait sortir vainqueur du combat, son ennemi ne
devrait pas le toucher une seule fois.
En revanche, lui l'abattrait. Lentement, mais sûrement.
Nathos n'avait cependant aucune idée des ressources de son adversaire. Ce frêle jouvenceau prétendait le battre? Il n'avait aucune
chance! Et il allait lui faire subir la défaite la plus cuisante de toutes, une mort humilliante. Il incanta et un rideau de flammes apparut,
prêt à carboniser le jeune homme. Mais une fois de plus, Ivan ne sentit rien. Alors, le mage sortit sa lame. Puisqu'Ivan savait si bien se
protéger des sortilèges, il ne pourrait pas se protéger des blessures physiques...
Mais le jeune homme était déchaîné, et il évita le coup sans mal.
Pendant ce temps, les autres se battaient contre la foule de soldats qui arrivaient. Il ne fut pas difficile de les jeter à terre, mais ils
étaient inquiets pour Ivan, jusqu'à ce que Pavel dise:
- Hum... Il se débrouille pas mal, mine de rien, regardez!
Nathos et Ivan étaient à présent en pleine action. Nathos attaquait comme un furieux, ses feux et sa lame tentant d'atteindre le jeune
homme qui esquivait les rayons pourpres en rafales, et échappait de peu à la lame.
- Il a pas l'air de faire grand chose à Nathos, fity Garett. On devrait l'aider avant que ca ne tourne mal!
Mais Vlad répliqua:
- C'est son combat! Nous devons avoir confiance en lui!
Et il attaqua d'autres gardes.
Cependant, Eléana avait repris assez de force et reprit le cristal psynergique, que Nathos avait abandonné en voulant attaquer Ivan;
- Il faut trouver mon bâton! dit-elle à Sofia. Sinon, nous serons dans la mouise!
- Il l'a mis où?
- Au fond de la salle, il va falloir traverser...
- Alors, on va attendre la fin du combat...
- On ne peut pas, Nathos va tous nous tuer...
Elle regardait inquiète le combat entre Ivan et Nathos. elle voyait qu'Ivan esquivait sans attaquer son ennemi et elle était surprise. "Mais
qu'est-ce qu'il cherche à faire?"
Nathos, quant à lui, narguait son adversaire:
- Je vais t'écraser comme le moucheron que tu es... Tu croyais vraiment pouvoir me battre! Regarde-toi, tu ne sais que fuir... Je suis
bien plus fort que toi...
Et à ce moment-là, Ivan se redressa. Et il eut un mauvais sourire:
- C'est cela, ton problème... Tu es plus fort que moi...
Et brusquement, sa psynergie frappa. D'un coup. Mais pas un coup violent. Une simple aura violette, qui surgit autour du mage aux
yeux de braise.
- Mais, moi, je suis le plus rusé...
Nathos eut un mauvais rire:
- Et tu crois vraiment que cela suffira, petit cafard? Je vais te réduire en poussière!
Il leva ses deux bras, mais rien ne sortit. Pas un rayon.
- Bon sang! Ma psynergie!
- Il ne te reste que ton épée, du coup? Alors, Nathos... Qu'est-ce que ca fait de savoir qu'on est faible?
- Je vais te tuer!
Il leva son arme à deux mains et se jeta sur Ivan... Et la minute d'après, il se retrouva au sol, prostré par la douleur; la foudre avait frappé
son arme, et la décharge lui avait pénétré dans les bras. Le jeune mage le regarda, effrayé; depuis qu'il avait perdu son maître, et
surtout, depuis qu'il connaissait Eléana, il savait très bien ce qui pouvait pousser quelqu'un à tuer...
- Ne le fais, pas Ivan, dit Vlad d'une voix tremblante.
- Je ne le ferai pas, répondit-il enfin. On ne frappe pas un ennemi à terre. Il ajouta:
- Mais... S'il se relève, je le ferai!
Nathos avait encore de la force et il n'hésita pas:
- Je t'égorgerai!
Il leva de nouveau son arme pour la jeter sur son ennemi, mais cette fois, Ivan déchaîna la psynergie qui lui restait. Nathos fut foudroyé. Il
hurla de douleur avant de tomber au sol pour y mourir misérablement, crachant son sang:
- Sois... maudit...
Il s'écroula.
Ivan s'éloigna, dégoûté. Il n'avait obéi qu'à sa rage et à son désir de protéger Eléana, mais il n'aimait pas ca.
"Il a mérité cent fois ce qui lui est arrivé, mais j'ai l'impression de m'être sali avec son sang..."
- Tu t'es battu comme un chef, dit Pavel gravement. Comment as-tu su?
- Déjà la dernière fois que nous nous sommes affrontés, j'avais compris ses faiblesses... Je ne fais pas deux fois les mêmes erreurs. Il
n'avait pas la moindre chance tant que je ne me faisais pas toucher.
Quant à Eléana, elle était allée chercher son bâton dans le fond de la salle. Sofia la regarda:
- Eléana... Tu comptes pour moi, tu sais?
La jeune fille trembla légérement, puis sans comprendre comment, elle se retrouva entre les bras de la jeune adepte de Mercure. Quant
aux autres, ils restèrent un peu à l'écart, sauf Garett qui s'approcha:
- Tu ne déserteras plus comme ca, à l'avenir?
Eléana le regarda:
- Non. Je ne le referai pas.
Pendant ce temps, Ivan était revenu du choc du combat et d'un coup, la colère remonta en lui. Vlad s'approcha d'Eléana et lui dit:
- J'espère que tu as récupéré de la... correction que t'a offerte Nathos.
- Oui, je me sens bien, pourquoi?
- Parce que... Tu vas encore avoir un petit ennui...
Ouille! Eléana comprit immédiatement, rien que lorsqu'elle vit l'air hyper-furibond d'Ivan. Il se planta brusquement devant en criant:
- Eléana! Espèce de parfaite... Idiote!
- Ivan, je...
- Tu es sûre que ta mère n'a pas oublié de te donner un cerveau à la naissance? Je n'ai jamais vu quelqu'un se comporter de façon
aussi débile que toi et...
Eléana baissa les yeux et subit l'orage qui avait menacé d'éclater sur sa tête, s'entendant traiter de crétine, d'idiote, d'imbécile
irresponsable et décrire dans tous les termes possibles à quelle point son cerveau était déficient et son égoïsme énorme; qu'il fallait
être d'un crétinisme immense pour agir comme elle l'avait fait et avoir des ancêtres bien butés.
- Je ne l'ai encore jamais entendu prononcer autant de mots... ricana Garett.
Quant à Eléana, elle bafouilla un "désolée" à moitié étouffé alors qu'Ivan s'arrêtait pour reprendre son souffle. Elle rajouta:
- Je ne voulais pas ca... enfin je veux dire... je suis vraiment désolée...
- Oh, tu peux l'être! répliqua-t-il d'un ton furieux.
- Je suis désolée!
- Ca ne suffit pas!
- Ivan...
- Laisse tomber!
Eléana baissa les yeux. Lina soupira:
- Bon, pour ma part, moi, je te pardonne, tu en as eu pour ton compte, je crois.
Eléana regarda du côté où Ivan était parti:
- Ouille, je crois qu'il m'en veut vraiment pour le coup...
Vlad eut un petit rire et lui dit à voix basse:
- Ne t'en fais pas. Il était mort de trouille pour toi, laisse-lui le temps de digérer et il viendra te voir lui-même... Je connais Ivan, il est très
susceptible, mais pas rancunier.
- Sortons d'ici, fit Lina, cette endroit me donne la chair de poule...
Ils sortirent donc, respirant enfin l'air pur.
