Chapitre 30: L'héritage de Brewen
- On aurait dû s'y attendre, fit Garett. Un ou deux monstres ne sont jamais de trop dans ce genre d'affaire!
Devant eux se tenait en effet un terrible cobra géant. Une bête telle qu'on n'en imaginait pas dans ses pires cauchemars. Il était d'un
noir de nuit, ses motifs d'un superbe violet foncé. Il avait le dos rayé, des crochets venimeux gigantesques suintant de venin verdâtre. Et
il mesurait une trentaine de mètres et sifflait l'air aussi menaçant que possible.
- Sympa, commenta Eléana. Je me demande jusqu'où il est capable de faire du mal...
A cet instant, le sol trembla.
- Ce monstre maîtrise la psynergie de Vénus! cria Piers.
- On avait remarqué, cria Garett qui venait de se retrouver les fesses par terre.
Ivan ripostait déjà:
- Je vais lui faire passer l'envie de nous casser les pieds...
Il tenta une constriction, mais cela échoua.
- Mince, il est encore trop fort pour ca!
Eléana leva son bâton:
- Lame d'Héphaïstos!
Son bâton se métamorphosa en épée de feu et elle trancha violemment le cou du monstre. Mais ils eurent une mauvaise surprise. La
tête du serpent, à peine tranchée, se recolla d'un coup de sec.
- Il est capable de se regénérer... Ca, c'est problématique, dit Ivan.
- C'est tout ce que tu trouves à dire? gémit Garett qui cherchait à éviter la queue du monstre.
Vlad et Pavel l'attaquèrent à coup d'épée, mais bien sûr, cela ne lui fit pas grand chose. Lina tenta des psynergies de feu, Piers et
Sofia envoyèrent des rayons glaçés. Mais rien ne semblait atteindre l'effroyable animal.
- On va essayer les invocations, dit Vlad. Apocalypse!
Une gigantesque explosion frappa donc le monstre, mais il réapparut. Et cette fois, il était furieux. Il donna plusieurs coups de
mâchoires, n'atteignit par chance que le vide. Cylia tentait toujours des Plasma, espérant trouver une partie vulnérable sur le corps de la
bête.
- Tu te fatigues pour rien, Cylia, dit Ivan. Il faut faire autrement!
- Oh, mais je suis ouverte à toute suggestion, cher collègue! L'un de nous va se faire tuer si on agit pas vite!
C'était la première fois qu'elle était aussi sarcastique, mais Ivan comprenait pourquoi. Lui-même était inquiet pour Eléana. Il ne voulait
pas qu'elle eût à affronter quelque chose d'aussi puissant. Cette dernière était entrain d'envoyer des racines s'enrouler autour du
monstre, espèrant l'immobiliser. Mais celui-ci brisait les lianes comme s'il s'était agi de simples fils de coton. Cette sale bête semblait
invincible...
Soudain, Ivan comprit pourquoi.
- Il tire sa force du sol, cria-t-il. Si nous parvenons à le soulever, il est fini!
- Et tu veux faire ca comment? cria Eléana. Je n'aurai jamais le temps de le soulever!
- Il faut l'isoler du sol!
Piers dit alors:
- Je m'en charge!
Il posa sa main au sol, et entreprit de geler la surface. Eléana comprit et lui prêta main-forte, recouvrant ainsi le sol de glace sur un
rayon de trente mètres. La bête se retrouva ainsi privée du contact direct avec la terre... Et encaissa mal les deux Plasma envoyés par
Ivan et Cylia.
Eléana incanta alors de nouveau:
- Lame d'Héphaïstos!
Cette fois, elle ne parvint pas à le frapper à la gorge, mais le cloua sur la surface glacée. Le reptile continua de bouger, furieux. Mais la
bête avait encore bien de la ressource.
Un séïsme fit voler la plaque de glace en éclat. Ivan lança un nouveau plasma, mais il trébucha et s'étala.
- IVAN, ATTENTION!
Trop tard. Le serpent s'était jeté sur lui, crochets dehors et le jeune homme sentit une violente douleur lui étreindre le dos, et une brulûre
se diffuser dans son corps...
En voyant son ami se faire mordre, Eléana n'y tint plus et hurla:
- Gemme de Basalte!
Elle était persuadée que cela échouerait. Et elle eut la suprise.
Frappé par le poison, le monstre s'écroula avec des soubresauts. Il agonisa devant eux, lentement. Le combat était terminé.
- Ivan! Eléana se précipita vers lui, suivie par les autres. Le jeune homme avait déjà des plaques grisâtres sur le visage, son teint
terreux trahissant l'empoisonnement. Sofia se dépêcha d'appliquer une purification, qui fonctionna, par chance. Ivan se redressa:
- Pffiou... Ca fait mal!
- Tu as eu de la chance, fit Pavel. La purification aurait pu rater.
Eléana resta assise une bonne minute, tant son soulagement était grand. Elle avait cru mourir en voyant son ami ainsi en danger... Elle
se rudoya. Elle ne devait pas laisser ses sentiments s'exprimer autant...
Les surprises n'étaient pas finies pour autant. A peine furent-ils remis du combat qu'une lumière verte intense jaillit du monstre. La
minute d'après, une femme serpent se montra devant eux. Sa queue était de la même couleur que celle du monstre, elle avait de longs
cheveux noirs corbeau et des yeux vert éméraude, qui contrastaient avec son teint mat.
- Encore un monstre! hurla Vlad en se redressant.
"N'ayez crainte," dit une voix féminine. "Je n'ai pas l'intention de vous faire du mal."
- Qui êtes-vous? demanda Pavel.
"Je suis l'esprit gardien de la Cité de Gaïaé. Je me suis montré quand est mort mon serpent, car je me dois de voir qui emporte la
gemme de Basalte. Maintenant, je sais qu'elle est dans de bonnes mains."
Elle marqua une pause et dit:
"Seul un authentique héritier de Brewen aurait pu vaincre le serpent de Gaïaé."
- Je ne comprends pas... dit Eléana, stupéfaite.
"Eléana, princesse des quatre étoiles. Tu es la descendante directe de Brewen, et donc, la maîtresse de cette cité. Ce serpent n'aurait
pas pu te tuer, que tu l'aies vaincu ou non. La Gemme de Basalte est ta propriété."
Eléana était stupéfaite. Elle n'arrivait pas à y croire. Pourtant, cela expliquait beaucoup de choses. Revenu de sa surprise, Ivan disait
déjà:
- Je comprends pourquoi le choix de l'Inexorable s'est porté sur toi. Si tu es une des héritières, tu as un lien de sang avec les fondateurs
des quatre cités. Ce qui est indispensable pour contrôler pleinement le pouvoir des armes!
- Je ne l'aurais jamais cru... murmura la jeune fille, écrasée sous le poids de la révélation.
- La vache, tu es vraiment du sang bleu, souffla Garett.
Ivan, quant à lui, baissait la tête, chagrinée. Eléana était une vraie reine, c'était prouvé désormais. Et ce alors qu'il aurait tant voulu
balayer tout ce qui les séparait...
D'un autre côté, il aurait dû s'en doûter; son allure altière, sa manière d'être, tout en elle montrait quel sang coulait dans ses veines.
Comment avait-il pu ne pas comprendre plus vite?
Pendant ce temps, l'esprit gardien rappellait à Eléana le pouvoir de la gemme:
"Le poison le plus mortel et le plus puissant sort de soin. Cependant, l'antidote ne te sert que contre le poison de cette pierre. Contre
tout autre, il ne te sera d'aucun secours. Mais il pourra guérir n'importe quelle blessure physique. Donner la vie et la mort, telle est
l'attribut de ce pouvoir... Ne l'oublie jamais."
- Jamais, murmura Eléana.
L'esprit se volatilisa, les laissant songeurs.
- Je suis fatiguée, dit Lina. Vous croyez qu'on peut rester ici ce soir?
- Nous ne courrons plus aucun danger, dit Eléana. C'est moi qui maîtrise la cité, maintenant.
- Allons nous installer, dit Piers.
Ils allèrent donc à l'ombre d'un rocher, firent un feu et sortirent des provisions. Eléana s'isola vite et se glissa sous son duvet:
- Pffiou, je suis fatiguée...
Ivan la rejoignit deux minutes plus tard:
- Tu dors?
- Non...
- Ca fait une deuxième étape de franchie...
Eléana lâcha un soupir. Oui, ca faisait une deuxième étape de franchie et elle approchait de plus en plus du but... Son angoisse
montait. Elle savait ce qu'Ivan espèrait.
- Je ne te dirai rien ce soir, dit-elle brusquement.
- Je n'ai pas pensé à insister.
- Mais tu continues d'espèrer, fit-elle d'un ton accusateur.
- Je suis têtu!
- Hum, je vois ca...
Elle sourit franchement. L'attitude du jeune homme l'amusait. Elle demanda:
- Ca ne te fait pas trop mal? Tu dois être sacrément courbaturé...
- Non, ca va... Le venin a fait plus mal que la blessure en soi.
- Tu m'as fichu une de ses trouilles...
- Il faut bien inverser les rôles, de temps en temps, répondit le jeune homme d'un ton malicieux.
Eléana se mit à rire:
- D'accord. Je vais te poser des questions indiscrètes, moi aussi...
- Ce n'est pas fair-play, gémit Ivan.
- Ah, mais je suis aussi retorse que toi, tu sais...
Ils pouffèrent tous les deux de rire en continuant à se taquiner dans l'ombre. Au bout d'un moment, Eléana se calma et dit enfin:
- De quoi as-tu le plus peur?
Ivan réfléchit. La réponse à cette question était si évidente, mais il ne pouvait la formuler ainsi. Il se contenta de répondre:
- Honnêtement? De ne pas voir venir les coups assez vite. Et que cela coûte la vie à une personne que j'aime.
Puis il dit:
- Et toi?
Et là, Eléana le surprit:
- J'ai peur du temps, murmura-t-elle d'une voix tremblante. J'ai peur d'en manquer. De ne pas avoir le temps de comprendre les gens,
qui ils sont vraiment... De ne pas tout découvrir...
- Tu aiguises ma curiosité, là, fit Ivan. C'est la première fois que quelqu'un me sort une réponse pareille. Tu es... surprenante.
Eléana eut un sourire:
- J'aime quand tu te laisses surprendre...
- Parce que tu es la seule à pouvoir le faire? demanda Ivan d'un ton malicieux.
- Oui, je vois à quel point t'interdire de lire mes pensées change ton attitude envers moi...
Ivan rit. Eléana était une fille fascinante. Fascinante parce que secrète, en plus d'être belle... Même s'il n'avait pas pu lire son esprit, il
se doûtait qu'en le lisant, il aurait eu vraiment des surprises. A ce moment, il se rendit compte que la jeune fille venait de s'endormir. Il
eut un léger sourire. Puis il sentit une brûlure dans son coeur. Il l'aimait toujours autant... Voire même encore davantage... Il ne pouvait
s'en empêcher...
"J'ai peur du temps..."
Il redoûtait de plus en plus que la prophétie dont Eléana faisait l'objet fût terrible...
Le lendemain, ils se levèrent tôt et se firent un briefing en prenant un rapide petit-déjeuner.
- Bon, on a le deuxième joyau, dit Vlad. Donc, maintenant, on passe à la cité d'eau, c'est bien cela?
- Affirmatif, dit Piers. On va mettre un peu plus de dix jours pour rejoindre mon navire. Ensuite, il faudra trouver l'île des Fleurs de Lune.
- C'est vraiment un joli nom pour une île, fit Sofia d'un air rêveur.
- Malheureusement, on y va pas en vaccances, dit Pavel.
- Qui sait, si le coin est joli, on pourra noter l'adresse, dit Lina.
Tous rirent.
Un peu plus tard, ils se remirent tous en route. Ils devaient désormais tout retraverser dans l'autre sens...
