Chapitre 43: A Eoval

Ils avaient marché la nuit entière pour s'éloigner des parages, s'arrêtant peu avant l'aube complètement épuisés. Sofia dit:
- On peut s'arrêter, enfin? Je vais mourir...
Pavel observa les environs:
- Je crois qu'on peut s'arrêter derrière ces arbres, ils nous cachent à peu près. Mais il va y'avoir un tour de garde. Qui se sent près à se
sacrifier.
- Je m'en occuperai, dit Ivan. Je suis trop énervé pour réussir à m'endormir...
Les autres acquiésérent et ils s'installèrent chacun dans un petit coin. Eléana, elle, malgré la fatigue, rejoignit Ivan au bout de cinq
minutes:
- Tu devrais te reposer, soupira-t-il.
Eléana haussa les épaules:
- Je n'y arriverai pas sans toi...
Il l'attira tendrement contre lui. Elle se lova amoureusement contre son épaule.
- Ils ont vraiment failli m'avoir, soupira-t-elle.
- Le plus inquiétant, c'est qu'Antinos connaisse apparement le secret de la poudre utilisée par les Naëks...
Eléana se serra davantage contre son aimé, tentant de réprimer un frisson d'angoisse. Elle dit enfin:
- Je sais que tu me protégeras. J'ai confiance en toi.
Ivan l'embrassa tendrement sur le front et dit enfin:
- Même si je dois veiller 24h/24, je ne les laisserai pas t'approcher. Ils devront me passer sur le corps!
- Vivement que l'on trouve l'arc, je serai déjà plus de taille à me défendre... Les armes marchent même sans psynergie.
- Mais par periode, aussi, ce ne seront jamais des coups aussi meurtriers que la psynergie peut en donner.
- Mais ca me sauvera peut-être réellement la vie.
Ivan sourit:
- Tu as repris espoir...
- Je n'arrive pas à m'en empêcher, fit-elle avec un petit rire.
- J'aime cette Eléana-là, murmura-t-il d'une voix douce.
- C'est grâce à toi qu'elle a ressurgi...
Avec tendresse, elle rapprocha son visage et effleura son nez du sien. Ivan répondit à cette petite caresse avec un léger sourire. C'était
tellement mignon, ce genre de petit geste... Eléana le charmait avec cette candeur... Aucune fille de son âge n'avait tant d'innocence, et
pourtant en même temps, tant de sensualité... N'y tenant plus, il l'embrassa langoureusement, caressant ses épaules nues. Eléana
sentit un brusque vertige la saisir, son souffle se coupa et elle lui rendit son baiser avec fougue. Ils tombèrent dans l'herbe.
- Oups!
Ivan se redressa sur les coudes en rougissant légérement:
- On devrait se calmer...
Eléana rit:
- Oh, moi, je peux me laisser aller, mon ange... Après tout, le plus âgé et le plus sage de nous deux, c'est sensé être toi...
Ivan eut un sourire malicieux:
- Avant d'être un adepte de Jupiter, je ne suis qu'un homme... Et un homme que tu prends un malin plaisir à torturer... Petite tentatrice!
Il se pencha vers elle et déposa des baisers dans son cou, la sentit frémir avec joie. Il lui murmura:
- Prends garde, je risquerais de te rendre la monnaie de ta pièce à la prochaine occasion...
- Je n'attends que ca, répliqua-t-elle avec malice.
Il se pencha vers elle et lui donna un long baiser, mais à cet instant:
- Ah bah d'accord, c'est comme ca que tu fais le guet?
Caleb venait de les rejoindre. Ivan se redressa, Eléana resta allongée dans l'herbe, un bras derrière la tête, d'un air provocant:
- Retourne te coucher, toi! lui lança-t-elle.
- Je n'ai pas sommeil, répliqua-t-il.
- Espèce de butor, dit Ivan. Avec Garett, je pensais avoir tout vu dans le genre emmerdeur professionnel, mais il ne t'arrive pas à la
cheville, là... Tu vas peut-être finalement venir à bout de ma patience...
Caleb ricana:
- Je sais, c'est normal, j'aime soigner mes rapports avec les gens...
Eléana se releva:
- Je vais aller dormir. Mais Caleb... Je veux vous retrouver tous les deux entiers demain matin. Si ce n'est pas le cas, je t'en tiendrai
pour responsable. Pigé, espèce de crétin?
- C'est mignon de te voir défendre ton chéri bec et ongle... Je vais finir par pleurer...
- Chiale, tu pisseras moins, répliqua Ivan.
Eléana eut l'air vaguement inquiet; elle connaissait le truc, quand Ivan devenait grossier(ce qui était vraiment rare à cause de son
éducation de noble reçu d'Hammet), c'était toujours un signe de colère... et là, un avertissement sans frais. Mais ca, Caleb l'ignorait.
Cependant, elle savait qu'Ivan pouvait se contenir, il avait bien réussi jusqu'ici. Elle s'éloigna, mais pas trop loin. Caleb eut un mauvais
sourire en la regardant s'éloigner:
- Te voilà tout seul...
- Quoi que tu essaie de faire, ca ne marchera pas, répliqua Ivan en croisant les bras.
- A force de la voir entre deux portes, tu vas en avoir marre...
Ivan comprit aussitôt; Caleb était décidé à les empêcher d'avoir la moindre intimité; intelligent... S'il avait été de son caractère et à la
place du prétendant frustré, il aurait opté pour cette solution, c'était très efficace. La frustration finissait par tuer la relation. Mais ca ne
marcherait pas avec Eléana et lui; comme elle l'avait dit, ce qui les unissait était beaucoup trop fort. Même en admettant que Caleb
parvienne seulement à réduire la puissance de leurs sentiments, il savait qu'il suffirait de pas grand-chose pour les souder à nouveau. Il
répliqua:
- Tu es stupide, tu ne fais que te faire du mal... En admettant que tu arrives à nous séparer, tu vas mettre combien de temps? Dix ans? Il
y'a un milliard de filles en ce monde qui seraient sûrement ravies qu'un bêllatre comme toi s'interesse à elles... En te focalisant sur
Eléana, tu te ruines les chances de trouver le bonheur bêtement...
- Pas du tout, répondit Caleb. Tu la connais depuis seulement un mois et demi. En plus, elle me croyait mort et il ne s'était rien passé
entre elle et moi. Mais je sais que j'avais mes chances avant qu'elle te connaisse. Si tu as lu son esprit, tu le sais tout comme moi.
- Qu'elle a refusé d'écouter son coeur déjà avec toi parce qu'elle avait cette prophétie en tête? répondit Ivan. Je le sais, mais je vais te
décevoir; dans son esprit, il y'avait plus de l'admiration qui transparaissait qu'un amour véritable. Rien de "dangereux" pour moi.
D'ailleurs, c'était un souvenir déjà bien enfoui sous d'autres.
Caleb se contenta de répondre:
- Je ne me voile pas la face non plus, je le vois bien qu'elle t'aime. Quand elle te regarde, elle a une expression sur son visage que je ne
lui ai encore jamais vue. Mais rappelle-toi tout de même la façon dont tu l'as rencontrée; elle venait à peine de quitter Erin, elle a cru
m'avoir perdu. Toi et tes amis vous étiez là. Elle s'est raccroché à toi, tu as su lui donner de l'espoir, tu as été là pour elle quand je n'ai
pas pu l'être. Un amour qui repose là-dessus, ca reste fragile. Je suis revenu maintenant, et tout peut changer.
- Ca aurait pu être ca, oui, mais ce n'est pas le cas. Si tu veux tout savoir, au début, ca s'est mal passé. Vraiment mal passé. Je l'ai vue,
je l'ai aimée tout de suite, mais elle, elle a aussitôt commencé à me fuir. Tantôt, elle se laissait approcher, tantôt elle me fuyait. J'ai
compris assez vite pourquoi elle agissait ainsi, mais crois-moi, ca n'a pas été simple de la convaincre de se laisser aller. Le poids de
la prophétie l'a terriblement meurtrie. Si tu savais ce qu'elle contenait, tu comprendrais mieux.
Il marqua une pause et ajouta:
- Caleb, ce n'est plus la Eléana que tu connais. Elle a évolué. Peut-être qu'à une époque, elle t' aurait préféré à moi, je ne peux pas le
dire. Mais je sais ce qu'il en est aujourd'hui. J'ai lu son esprit et je suis sûr d'elle. Ce que nous avons vécu ensemble a forgé un lien
impossible à briser.
Le jeune homme brun soupira et dit enfin:
- Eléana et moi avons grandi ensemble, et je la connais mieux que personne. Je n'ai pas ta capacité à lire dans les esprits, mais cela
ne m'a jamais empêché de la comprendre. Je sais que tu es la première personne à qui elle a révélé son secret, mais ca ne change
rien. Je crois que tu sous-estime la place que j'ai dans son coeur.
Ivan le regarda avec une étincelle dans les yeux:
- Si je la sous-estimais, je t'aurais déjà foudroyé. Je sais qu'elle tient à toi, c'est la seule chose qui te protège de l'envie que j'ai de
t'étriper sur place. Je n'ai jamais laissé quelqu'un encore m'insulter comme tu l'as fait. Je hais la violence, mais j'ai moi aussi des
limites.
- Sérieux, la jalousie te dévore. Tu ne le montres pas, mais j'en suis sûr...
- Oui, elle fait exploser mon coeur. Mais je suis quand même en position de force par rapport à toi.
- Je te jure que ce ne sera pas pour longtemps.
Ivan eut un mauvais sourire:
- Très bien, fatigue-toi! Mais je peux te jurer que je me battrai de toutes mes forces.
- Je n'en attends pas moins de toi, merci.
- Que le meilleur gagne. Le meilleur homme, bien entendu...
- C'est cela, monsieur le télépathe...
- Butor... Si tu n'essayais pas de séduire la femme que j'aime, j'apprécierais presque ton style...
Et il s'éloigna, laissant à Caleb le tour de garde.
Le lendemain, ils atteignirent la grande ville d'Eoval. Ils apprirent pour commencer qu'elle contenait une bibliothèque très riche;
interessante pour eux qui cherchait des informations sur la fameuse cité de Zéphyro. Ils allèrent donc s'installer dans l'auberge en
prenant une chambre de quatre pour les filles, une chambre de trois et une chambre de deux que se partagèrent Garett et Ivan. La
bibliothèque contenait plus de livres qu'ils n'en avaient jamais vu et la ville chérissait ses légendes. Il ne fallut pas longtemps pour
trouver des livres racontant l'histoire des oiseaux-rocs; comment ils avaient fait leurs nids dans les montagnes et comment ils étaient
quasiment impossibles à apprivoiser; pour se faire, il fallait les combattre. Ils habitaient sur les chaînes les plus escarpées et rares
étaient ceux qui parvenaient à les trouver. La recherche les mobilisa durant deux jours, au bout de ce temps-là, Ivan, Eléana et Piers
avaient réussi en consultant des cartes de géographie de la région et en jouant aux devinettes sur les vieux textes à élaborer un
itinéraire souhaitable.
- Si nous nous sommes trompés, nous sommes dans le pétrin, avait dit Eléana. Nous pourrons emporter des provisions, mais pour les
faire durer le temps de trouver les oiseaux-rocs...
- Jusqu'ici, la chance nous a servi, répondit Ivan. Alors pourquoi pas encore une fois?
- La chance a la mauvaise habitude de tourner, comme du lait dans un pot avant l'orage, avait ricané Caleb.
- Elle est pas mal, celle-là, avait reconu le jeune mystique d'air.
- Je suis un comique de nature, avait lançé Caleb.
"Espèce de m'as-tu-vu" pensait Ivan, de plus en plus irrité.
D'ailleurs, il était loin d'en avoir fini avec les soucis de rivalité en amour! Caleb se débrouillait pour être toujours collé aux basques
d'Eléana, de manière à ne plus laisser le loisir à Ivan d'être seul avec elle. Et comme Eléana ne pouvait pas vraiment le repousser
parce qu'elle se sentait de plus coupable de le faire souffrir, ou encore était en plus trop heureuse de l'avoir retrouvé vivant, il en
profitait. Ca en devenait vraiment irritant.
- Je vais le tuer, confessa Ivan à Garett. S'il te plaît, promets-moi de me retenir si je pète les plombs!
Garett avait ri:
- Si tu veux, je ferai disparaître le cadavre après...
- Sérieusement, Garett... C'est ce qu'il veut, en plus!
- Tu veux que je le cogne à ta place? Comme ca, Eléana m'engueulera moi...
- Pff! C'est nul...
Ivan se réfugia donc dans le mutisme complet. C'était la seule chose qu'il pouvait faire pour exprimer sa rage. Sa seule consolation,
c'était le soir venu, lorsque tout le monde dormait et qu'Eléana et lui en profitaient pour se retrouver sur le balcon de l'auberge... pour à
peine un ou deux baisers dans une étreinte nerveuse. Et Caleb n'oubliait jamais d'aller les déranger une ou deux fois.
Eléana elle aussi souffrait de la situation et avait du mal à la gérer. Elle aimait Ivan plus que tout, oui. Mais Caleb était son meilleur ami,
et elle voulait l'avoir également dans sa vie. Elle avait trop souffert en l'ayant cru mort. Elle espèrait trouver une solution, mais n'en voyait
guère. Et une nouvelle crise éclata.
Le lendemain, alors qu'ils faisaient par petits groupes une balade dans le village, Caleb s'éloigna avec la jeune fille et lui dit:
- Tu veux bien me révéler ta prophétie? Je suis le seul apparement à ne pas être au courant.
La jeune fille s'était empressée de le faire; il devait savoir, c'était évident. Caleb avait réagi violemment:
- Donc, quand on aura trouvé l'arc, ton espèrance de vie se comptera en heures? Bon sang!
- Ou peut-être pas, puisqu'entre temps, des détails ont changé.
- Il n'empêche! Si j'avais su ca plutôt...
Il était furieux. Il dit enfin:
- Je ne te laisserai pas mourir!
- Tu n'es pas le seul...
Elle ajouta:
- J'espère que tu vas me faire la vie un peu moins dûre, maintenant? Tu peux me laisser le seul bonheur qui me reste? J'apprécie ta
compagnie, mais j'ai besoin d'Ivan encore plus et tu te débrouilles pour ne plus nous laisser seuls ensemble parce que tu es jaloux! S'il
m'arrive quelque chose, je regretterai toute ma vie le temps que je n'aurai pas passé avec lui, d'autant plus que j'en ai déjà gaspillé par
ma peur...
Caleb se contenta de répliquer:
- Au contraire! Là, maintenant, je vais jouer encore plus franc-jeu que ca! Si il faut que tu périsses, ce ne sera pas sans que j'aie fait au
moins ceci...
Et il plaqua ses lèvres contre celles de la jeune fille. Eléana fut prise au dépourvu une courte seconde, puis tenta de le repousser, mais
il la tenait fermement. Elle se débattit et il la lâcha. Furieuse, elle lui expédia un violent coup de poing qui rata sa cible et tapa dans un
mur:
- Espèce de goujat! Comment as-tu osé... Ouille!
Caleb pouffa:
- Tu as vraiment un caractère de...
Il n'eut pas le temps d'en dire plus: brusquement, une espèce de tourbillon lui fonca dessus et le projeta violemment dans les airs avant
de le plaquer contre le mur de la maison qui se trouvait derrière eux et l'on vit surgir un Ivan plus que furibond; il était tellement en colère
que ses prunelles étaient devenue totalement violette et que son aura psynergique l'entourait d'une espèce aura couleur violet vif:
- Tu es allé trop loin, dit-il d'un ton glacial.
Pas de mystère, il les avait vus. Eléana se couvrit la main de sa bouche. Caleb retomba, mais ce fut pour se faire accueillir par un
violent coup de poing qui le jeta à nouveau à terre. La jeune fille trembla, ne sachant comment réagir. Mais le jeune homme paraissait
d'un coup se calmer:
- Ne crains rien, je ne vais pas te tuer maintenant, lança-t-il d'un ton acide. Pas devant Eléana. Ca va ta main? lui demanda-t-il en se
tournant vers elle.
- Je crois que je me suis cassé les jointures, fit-elle en serrant les dents sous le coup de la douleur.
- Et TOI, lanca-t-il d'un ton venimeux vers Caleb qui était encore sonné, si jamais tu me la ramènes encore blessée et je me fous
éperduement de savoir comment c'est arrivé, je te jure que tu te retrouveras avec quelques dents en moins! Compris, espèce de
bellâtre sans cervelle?
- Tu m'impressionne pas...
Un nouveau coup d'air le cloua au mur:
- Tu as compris?
Caleb fit un geste pour tenter de se défendre, mais il s'exclama:
- Qu... ma psynergie...
- Bloquée, répliqua Ivan. Alors, tu as compris?
Il hocha la tête en le fusillant du regard.
- Et si tu essaies encore de l'embrasser, je te jure que je te brise les os d'une seule main.
- Et si elle en a envie? répliqua le jeune homme d'un ton narquois. On ne sait jamais...
- Ne prend pas tes fantasmes pour la réalité! s'exclama la jeune fille.
- Et bien tu feras comme moi, tu attendras qu'elle te le demande, répliqua Ivan. Mais n'y compte pas!
Caleb se releva. Il jeta un regard noir à son ennemi et s'en alla, une main sur son nez pour arrêter le saignement. Ivan poussa un
profond soupir:
- Pffiou! Cette fois, j'ai cru que je ne pourrais pas me retenir de le tuer...
Puis il alla vers Eléana qui paraissait encore sous le choc:
- Je n'en reviens pas qu'il ait fait ca...
- Montre-moi ta main...
Il avait parlé d'une voix douce, malgré une certaine fureur qui transparaissait encore.
- Tu n'es pas en colère contre moi? s'étonna-t-elle.
- Quoi? En quel honneur?
- J'aurais peut-être pu éviter...
- Tu n'as rien à te reprocher... Vu ta réaction... ajouta-t-il avec un sourire
- Je m'en veux de l'avoir raté...
- Ce n'est pas grave, ce n'est pas gracieux pour une jeune fille de se servir de ses poings... je t'ai arrangé ca, après tout!
Elle éclata de rire. Ivan l'imita, sa colère venait de retomber d'un coup.
A cet instant, les autres les rejoignirent:
- Par ici la monnaie, ricana Garett.
- Tu lui as mis un putain d'uppercut, rit Vlad. Et moi qui t'ai toujours pris pour un gringalet...
Quant à Pavel, il dit:
- Tu as vraiment du sang-froid, Ivan... Quand j'ai compris ce qui se passait et que je t'ai vu courir vers eux, j'ai cru qu'il se ramasserait un
plasma dans la face...
- J'ai dû quand même lui casser le nez, dit Ivan d'un ton fier.
Sofia arriva:
- Je viens de soigner le coupable. Qu'as-tu, Eléana?
- Un dommage collatéral, répondit-t-elle.
La jeune fille aux cheveux bleus sourit avant de soigner les jointures de la jeune fille en une minute. Puis Eléana dit:
- Sofia? Passe-moi ta gourde!
Celle-ci accepta. Eléana prit une gorgée et la recracha dans l'herbe:
- Histoire de laver l'affront... Tu n'aurais pas voulu que je t'embrasse en portant encore les traces, non? dit-elle d'un ton taquin à Ivan.
- Non, ca m'aurait déplu...
Tout le monde pouffa, en particulier Vlad et Lina.
- Il est où, maintenant? demanda Garett.
- Je crois qu'il est allé cacher sa honte, dit Cylia.
- Il peut, dit Eléana, furieuse.
- Faut quand même que quelqu'un aille le prévenir qu'on va se mettre en route, dit Pavel.
- Bon, je vais le faire, répliqua Eléana.
Elle trouva Caleb deux rues plus loin. Il s'était assis sur un talus et cachait son visage sur ses genoux. Il leva les yeux vers elle:
- Pff! T'es contente maintenant?
- Je t'avais dit de ne pas pousser Ivan à bout, répliqua-t-elle d'un ton froid. Tu avais mérité ce gnon...
- Il est meilleur que je croyais... Je ne pensais pas qu'il s'en tiendrait à ca.
- Parce qu'il sait que ca me ferait de la peine s'il te faisait du mal. Parce qu'il m'aime. Sûrement plus que tu ne m'aimeras jamais, se
contenta-t-elle de répondre.
Elle dit:
- Je suis venue te voir pour te prévenir qu'on repart. Et tu as intérêt à garder tes distances. Je sais qu'Ivan n'est pas encore tout à fait
calmé... Et je te jure que je le laisserai faire, s'il a à nouveau envie de te taper dessus...
Une fois le groupe réuni, ils achetèrent des provisions, puis repartirent à la hâte.
- On dort à la belle étoile encore ce soir, dit Pavel. Avec vos salades, on a une heure de retard...
- Génial, fit Garett avec un rire.
Ce soir-là, Ivan dormit avec Eléana. Mais elle était préoccupée. L'air triste de Caleb l'attristait également... Comment faire pour qu'il
cesse de la poursuivre?