Chapitre 45: Dans l'imprenable forteresse...
Lorsqu'Eléana se réveilla, elle était complètement incapable de se souvenir de ce qui s'était passé. Puis elle se redressa et vit qu'il
y'avait quelque chose de bizarre.
Elle était couché au millieu d'un grand lit à baldaquin aux superbes draps d'un vert éméraude soyeux et brillant. Elle se trouvait dans la
chambre d'un palais, il n'y avait nul mystère. Mais bon sang, comment était-elle arrivée là?
Deuxième chose; elle se rendit compte qu'elle avait les mains enchaînées. Bon, c'est bien ce qui lui semblait, elle n'était pas arrivée là
de son plein gré.
Ensuite, chose encore plus préoccupante; son pendentif avait disparu.
Bon. C'était la cata.
Mais comment était-elle arrivée là?
Brusquement tout lui revint en mémoire. Le nuage de poudre qui avait bloqué les psynergies de ses compagnons, et toute la bataille. Ils
s'étaient fait littéralement écraser, sans comprendre pourquoi. Elle avait vu Ivan se battre pour la protéger, Caleb être submergé... Elle
eut d'un coup les larmes aux yeux. Elle savait qu'elle ne les reverrait probablement jamais. Celui qui l'avait capturée n'avait dû faire
qu'une bouchée d'eux...
Elle observa la chambre. Il y'avait une coiffeuse, et deux armoires d'ébéne. Sur l'une des chaises, une superbe robe vert d'eau. Et un
beau collier de perles... Drôle de façon d'accueillir une prisonnière...
Elle devait l'avouer, elle était un peu perdue... Ce ne pouvait pas être Antinos en personne qui l'avait capturée, il voulait la tuer! En tout
cas, celui qui l'avait amenée ici voulait la garder en vie. Bon. Après, elle se demandait bien pourquoi.
Elle se leva. Elle avait un peu mal à la tête, mais rien de grave. Son estomac gronda. Quelle heure pouvait-il bien être? Elle n'en savait
rien... Elle se demanda combien de temps elle était restée inconsciente... Et de nouveau, l'inquiétude lui griffa le coeur: Ivan... où
était-il? Etait-il mort? Elle se chassa immédiatement l'idée de la tête, ayant compris qu'elle ne la supporterait pas. S'il n'était plus de ce
monde, elle l'aurait senti, elle en était sûre! Elle serait amputée. Elle saignerait. Son coeur ne battrait plus comme il le fallait. Elle le
sentirait jusque dans sa chair.
"Ivan, mon amour, te reverrai-je?"
Elle n'eut pas le temps de se morfondre plus longtemps; la porte de la chambre s'ouvrit.
- Vous voilà enfin réveillée, belle princesse... C'est un honneur pour moi de vous accueillir dans ma modeste demeure...
Eléana fut stupéfaite. Devant elle se tenait un homme masqué. Un homme au masque et à la cape d'éméraude. Sa tunique était
également verte et le son de sa voix la fit frissonner. Elle comprit qu'elle connaissait cet homme. Seulement, elle était incapable de
mettre un nom sur lui, car il ne lui semblait pas que quelqu'un de son entourage ait jamais eu un tel raffinement... Sauf peut-être Caleb,
plus jeune, mais vu comment il semblait avoir tourné...
- Qui êtes-vous?
- Quelqu'un qui vous connait très bien, très chère...
- Je vous connais, répliqua-t-elle. Ca, j'avais deviné.
Elle ajouta:
- Alors pourquoi ce masque?
- Ce masque est ce que je suis, belle Eléana... La plupart des gens mettent un masque pour cacher leur identité... Moi, c'est le
contraire. Vous m'avez connu avec mon visage, mais vous n'avez vu que l'image que j'ai voulu vous donner... Ce masque d'éméraude
est devenu ma personnalité... Une personnalité qui doit vous surprendre, n'est-ce pas?
Ca, il n'avait pas tort. Un tel magnétisme, elle n'avait jamais vu cela. Au fond d'elle, une voix l'avertissait qu'il s'agissait d'un piège.
- Qu'est-ce que vous voulez de moi? lança-t-elle. Je suppose que vous détenez mon cristal d'étoiles... A quoi cela vous sert-il de me
garder vivante?
- Sacrifier une beauté telle que vous? Ce serait une hérésie... Je ne suis pas Antinos. Je suis son pire ennemi.
Eléana eut un rire méchant:
- Vous voulez me faire croire que vous me gardez pour mes beaux yeux? Je crois plutôt que vous avez compris que je suis la seule à
pouvoir contrôler dans toute sa puissance le cristal psynergique, contrairement à Antinos et ses sbires, et que vous espérez que je me
joindrai à vous... N'y comptez pas!
- J'aime joindre l'utile à l'agréable... Mais soit. Je n'ai pas l'intention de vous obliger à me servir, ce serait une perte de temps,
connaissant votre caractère obstiné...
- Alors? A quoi puis-je encore vous servir? Vous devriez me tuer... J'imagine que c'est le sort qu'ont subi mes compagnons, dit-elle d'un
ton acide.
- Si vous vous inquiétez pour vos amis, sachez qu'ils sont en vie. Tous.
- Si vous les avez épargnés, c'est stupide de votre part, ils vont venir me chercher très vite!
- Je ne crois pas... Il faudrait déjà qu'ils sachent où vous trouver... Bon, après c'est sûr, j'imagine que votre amoureux qui a le don de
voyance va remuer ciel et terre pour vous retrouver... A moins qu'une vision l'ait déjà averti que vous étiez perdue à jamais pour lui...
- Il n'abandonnerait pas, même s'il avait une vision pareille! répliqua Eléana.
- Son aimée lui sera-t-elle fidèle?
Il se rapprocha de la jeune fille et sa main effleura ses cheveux. Eléana se dégagea, le coeur battant, prise d'une violente angoisse.
- Ne me touchez pas!
C'était plus une supplication qu'une véritable menace, car elle savait très bien que s'il décidait de la violer, elle serait sans défense.
L'homme parut deviner ses pensées:
- Encore une fois, n'ayez crainte, Eléana... Esméros ne fait pas de mal à ses invités...
- Quand vous comprendrez que vous n'obtiendrez rien de moi, vous me tuerez...
- Je suis patient, moi aussi. Un jour, vous viendrez de vous-même vous joindre à moi...
Il s'interrompit et dit:
- Cette quête insensée pour retrouver l'arc d'Atalanta! Cette prophétie qui vous promet la mort! Quel gâchis. Il y'a tant à faire, pour un
pouvoir tel que le vôtre... Ecoutez-moi, Eléana! Si vous demeurez ici, vous vivrez de longues années... Non seulement, je ne laisserai
pas Antinos vous approcher, mais en plus, je suis sûr de réussir à le tuer... J'ai perçé des secrets de l'alchimie, moi aussi, et je suis sûr
de parvenir à le vaincre... Je pourrai prendre sa place... et je vous offre la possibilité de régner à mes côtés!
- N'y comptez pas!
- Le mystique d'air qui vous accompagnait, qu'avait-il à vous offrir, honnêtement? A part peut-être un souffle d'espoir? Moi, je peux vous
offrir tout ce dont vous n'avez jamais rêvé...
- Quel âge avez-vous pour oser me conter fleurette? répliqua-t-elle.
Esméros parut amusé, même si sous son masque, on ne pouvait pas en être sûr. Il répondit:
- Je vois que vous ne m'avez pas reconnu... Il faut dire que ma voix a bien changé, avec toute cette puissance et ce masque... Je suis
beaucoup moins âgé que vous ne pouvez le penser... Pour une estimation, ne regardez en réalité pas à plus de cinq ans...
Eléana devint blême. Il avait la vingtaine tout au plus? Une personnalité pareille, c'était incompatible avec la jeunesse! Il lui faisait peur.
Elle le connaissait, elle en était sûre. Peut-être avait-il vécu dans son village... Il y'avait beaucoup de gamins, à Erin...
Elle tenta de savoir à qui il pouvait bien lui faire penser, mais nulle réponse ne convenait.
- Que me voulez-vous? murmura-t-elle d'une voix faible.
- Vous, se contenta-t-il de répondre.
- Vous êtes trop lâche pour oser montrer votre visage...
- Ce n'est pas cela... Je n'ôterai ce masque que le jour où vous m'aurez reconnu. Car à ce moment-là, vous comprendrez qu'il y'a
plusieurs facettes chez une personne. Et nous verrons aussi à ce moment-là si je vous laisse toujours aussi indifférente...
- Vous êtes fou, siffla-t-elle.
- Peut-être bien... ou juste tenace...
Elle tenta d'activer sa psynergie, mais celle-ci restait... bloquée.
- Inutile, tout à fait inutile... Toutes les trois heures, un serviteur viendra vous administrer la poudre d'analchimie... Ainsi, je serai sûr que
vous ne tenterez pas de vous échapper... Vous menotter m'a fait bien de la peine, mais je n'avais guère le choix...
- Vous êtes répugnant! s'exclama-t-elle. Je suis sûre que vous avez le sang de nombre d'innocents sur les mains!
- Il faut savoir faire des sacrifices... Aucune vie n'est plus précieuse que la vôtre, désormais...
- Alors, je me tuerai!
Esméros ricana:
- Je me demandais quand vous me la sortiriez, celle-là. Vous ne vous tuerez pas, non... En le faisant, vous tueriez l'homme qui ne
respire que par vous, et cela, je sais que vous ne le voulez pas!
Eléana se sentit désespérée. Elle n'avait aucun recours. Les larmes lui montèrent aux yeux, mais elle se mordit les lèvres violemment,
bien décidée à ne pas les laisser couler.
- Réfléchissez un peu, Eléana. Votre situation est loin d'être désagréable... Vous n'avez plus aucun danger à craindre. Personne ne
vous fera de mal ici. De plus, dés que vous montrerez un peu de bonne volonté, je vous ôterai vos menottes et vous serez libre de
circuler dans le domaine... Je ne suis pas votre ennemi. Un jour, vous comprendrez que ce que je fais là est pour votre bien...
- Aucune chance, répliqua-t-elle.
- Essayez un peu de prendre votre parti... Vous verrez que vous ne serez pas malheureuse... Et pour information, tout ce qui se trouve
dans cette chambre vous appartient... Vous devriez y jeter un oeil... Vous vous rendriez compte que je prépare votre venue depuis
longtemps...
- Je m'en fiche!
- Vous êtes vraiment obstinée...
- Je vous hais...
- Vous dîtes cela aujourd'hui, mais pas sûr que vous direz la même chose demain.
- Je me demande bien ce que les hommes me trouvent, vous êtes déjà le second que j'éconduis cette semaine... Je n'aime qu'un seul
homme, et malheureusement il est loin d'ici!
Esméros lâcha un soupir. Heureusement, il était déjà prêt à subir les paroles blessantes qu'elle pourrait prononcer. Eléana était la pire
faiblesse qu'il aurait jamais, il le craignait. Et c'était complètement stupide... Il dit enfin:
- Le temps fera son oeuvre, à présent. Vous ne le reverrez pas. C'est une verité que vous devriez accepter dés maintenant, cela sera
moins douloureux...
- Je le reverrai, répliqua-t-elle. Je le veux.
- J'ai déjà fait beaucoup en l'épargnant... N'en demandez pas trop...
- Je vous hais!
- Je sais.
Il avait prononcé ces mots avec une nuance de... tristesse. Mais la jeune fille était beaucoup trop en colère pour en ressentir la moindre
compassion. Il dit enfin:
- Au revoir, belle Eléana... et ne vous enfermez pas dans le chagrin, cela ne convient pas... Vous êtes faite pour rayonner...
Il sortit de la pièce.
Une fois seule, Eléana se mit à pleurer. Elle était prisonnière. Elle était dans une sale situation. Bon, au moins, il n'allait pas la tuer, elle
l'avait compris. Tout comme elle avait compris qu'il la connaissait... et il l'aimait.
Ca, ca la rendait malade. Les mégalos dans le genre de ce type n'avaient pas de sentiments, nom de non! C'était impossible! Elle
avait presque envie de vomir, rien que d'y penser.
"Ivan..."
Elle aurait tant voulu qu'il soit là... Il lui manquait... Il lui manquait tellement...
"Ivan, je t'aime tellement..."
Elle ne voulait pas être séparée de lui, elle savait qu'elle ne pourrait y survivre.
Un peu plus tard, une servante brune, l'air assez paniquée, entra dans la chambre et déposa un plateau sur le lit. Eléana s'approcha;
l'odeur était malheureusement trop alléchante. Des raviolis à la vaapeur et divers légumes... Mais elle était décidée à ne rien avaler.
Esméros ne ferait pas d'elle son esclave, et c'était la meilleure manière de lui faire comprendre. Mais en revanche, elle but de l'eau. Ca
éviterait que les crampes de son estomac ne soient trop douloureuses et la fasse succomber. Elle avait une volonté de fer, et elle allait
lui montrer!
