Chapitre 46: Espoir...
Ivan avait mal à la tête... Il ouvrit les yeux et vit un ciel nuageux au-dessus de lui. Il se demanda ce qui s'était passé. Il ne parvenait pas
très bien à se rappeller... Il se redressa cependant, regarda autour de lui... et vit tout de suite qu'Eléana avait disparu:
- Oh non! Pitié, non!
Les autres se réveillèrent en même temps:
- On s'est fait avoir! s'exclama Ivan. Eléana a disparu!
- Qu... Et merde! fit Garett qui se releva d'un bond.
- Et t'as rien vu venir? dit Pavel.
- Pas assez vite, avoua Ivan. Saleté de don!
Il s'était redressé, et à présent, paraissait concentré, tout comme Cylia.
- Où peut-on l'avoir emmenée? demanda Lina.
- Caleb n'est pas là non plus, constata Vlad.
- Je suis sûr qu'il n'est pas étranger à sa disparition, dit Ivan d'un ton vif.
- Ca reste toi qui a merdé! lança Garett. Ca n'aurait même pas dû arriver!
- On en a pourtant envoyé pas mal au tapis, tempéra Piers.
- Ca ne change rien, elle a disparu! dit Ivan qui était au bord de la crise de nerfs.
- C'est pas ma faute, dit Garett.
Pavel dit:
- Bon, calmons-nous, maintenant. Ce qui est fait est fait, à présent, il faut essayer de la retrouver et au plus vite, sinon, je ne donne pas
cher de sa peau! Ivan, calme-toi et concentre-toi, si tu peux la capter, ce sera génial...
- C'est ce que j'essaie de faire, mais je n'y arrive pas...
Il poussa un juron, frustré. Eléana s'était faite enlever sous ses yeux et il se sentait responsable. Non, il ne se sentait pas, il était
responsable. Il savait qu'une chose comme ca pouvait se produire, et il avait manqué d'attention. Il s'était juré de la protéger et avait
failli à son serment. Cet idiot de Caleb avait peut-être raison sur un point; il n'était peut-être pas le bon choix pour Eléana...
"Ivan! Chasse tout de suite cette idée de ta tête, ne sois pas idiot!"
"Cylia! Sors de ma tête!"
"Vu ce que tu es entrain de t'imaginer, pas question! Il nous arrive à tous de commettre des erreurs. Tu es un homme de valeur, Ivan, et
si quelqu'un a mérité cette fille, c'est bien toi! Tu as risqué ta vie plus d'une fois pour sauver la sienne! Sans toi, elle ne serait même pas
arrivée jusqu'ici..."
Ivan se sentit d'un coup ragaillardi. Cylia n'avait pas tort. Il lui fit un petit sourire de reconnaissance et poursuivit sa route, tentant de
dénicher un indice. Vlad dit à cet instant:
- Franchement, les amis, moi, je pense qu'une troupe avec une prisonnière, ca n'a pas dû passer inaperçu. La meilleure chose à faire,
c'est de retourner au village.
- Il a raison, dit Garett.
Sofia dit à ce moment-là:
- Vous croyez qu'on a une chance de la retrouver... vivante?
A ces mots, Ivan se retourna, une lueur déterminée dans les yeux:
- Elle est toujours vivante! Si elle ne l'était plus, je le saurais, que mon don de prophétie fonctionne ou non! Je vous le garantis.
Il ne s'était en réalité même pas posé la question; si Eléana n'était plus, il savait qu'il l'aurait senti. La disparition de sa moitié n'était pas
quelque chose qui serait passé inaperçu pour lui. Il en était persuadé.
- Oh, bon sang! dit Cylia.
- Quoi?
- Je crois que la poudre qu'ils nous ont lançé nous affecte encore, dans ce cas, pas la peine de fatiguer, Ivan, je crois que nous allons
être aveugle encore un moment. Toi et moi arrivons encore à communiquer par l'esprit, mais je crois que pour le reste, ce n'est pas
encore revenu.
- Oh génial, commenta le jeune homme blond. En clair, tu es entrain de me dire que j'ai encore toutes mes chances de recevoir une
image d'Eléana morte? Super!
- Arrête, Ivan, répliqua Cylia. il ne faut pas perdre espoir!
- Si elle est tombée sur Antinos, elle est perdue! dit Lina. Il la tuera au plus vite, il la craint trop...
Ils continuèrent de marcher d'un pas plus rapide.
- Elle est vivante, dit Ivan avec énergie. Jusqu'à preuve du contraire, elle l'est!
Le jeune mystique d'air avait les nerfs à vif, plus que jamais. L'idée de ne pas revoir Eléana, c'était tout simplement insupportable. Il
savait qu'il en mourrait, s'il lui était arrivé quelque chose. Il était trop attaché à elle, à présent... Tout ce qu'ils avaient vécu lui revenait, et
plus que jamais, il réalisait la place qu'elle avait prise dans sa vie...
"Elle est devenue ma vie..."
Il se demanda où elle se trouvait à l'heure actuelle... Etait-elle en bonne santé? Avait-elle peur ou mal?
Ces pensées le terrifièrent.
Lorsqu'ils arrivèrent au village, ils trouvèrent des habitants en vive agitation.
- Avez-vous vu passer des cavaliers? demanda Pavel.
- Vous croyez que ce sont les termites qui ont fait ca? répliqua une femme.
Elle leur montra un tas de débris:
- Oui, ils sont passés, et par chance, ils étaient très pressés, alors ils ne se sont pas attardé, ils se sont juste contenté de dévaster cette
palissade pour sortir plus vite!
- Y'avait-il une jeune fille avec eux? demanda Ivan.
- Je confirme, dit un homme. Le chef de la troupe en portait une évanouie sur sa selle, si c'est cela que vous voulez dire.
- Décrivez-la nous, dit Ivan.
- Des cheveux bruns... Une robe violette... Elle avait l'air toute jeune, la môme... Pas méchante pour un sou, je ne sais pas ce qu'ils lui
veulent.
- C'est Eléana, pas de doûte, dit Ivan à ses compagnons.
- Où sont-ils partis? demanda Garett.
- Ils sont repartis vers le nord! Vous n'allez pas les poursuivre, tout de même?
- Si exactement, répliqua Vlad. Merci pour les renseignements.
Et ils se remirent en route.
- Nous ne serons jamais assez rapides, dit Sofia. Il nous faudrait des chevaux...
- Et avec quoi tu veux les payer? répliqua Lina.
Ivan eut un sourire sardonique:
- Je crois que j'ai mon idée... Où les soldats de la garnison de la frontière ont-ils installé leur campement?
- C'est du vol! s'exclama Cylia, choquée.
- Ce n'est pas un crime de voler les ennemis, répliqua Garett. Moi, je suis d'accord avec Ivan, c'est ce qu'il y'a de mieux à faire!
Tout le monde approuva. Ils se mirent donc en marche vers l'une des garnisons et ne tardèrent pas à croiser une patrouille d'une
vingtaine de soldats. Deux plasma et un bon giga-séïsme les jetèrent à terre.
- Attention à ne pas abîmer les chevaux, dit Ivan. S'ils ont une patte cassée...
Ils purent en récupérer dix en bon état, les autres avaient été tués par le séïsme. Un autre poussait des henissements plaintifs. Sofia
s'approcha et murmura une courte prière:
- Il a eu de la chance, dit-elle. Nous n'aurions pas été des mystiques, il aurait fallu l'abattre.
Le cheval s'enfut dés qu'il fut debout, l'air effrayé. Garett tenta de monter sur son cheval, mais celui-ci se mit à ruer:
- La sale bête, il ne veut pas me porter!
- Avec douceur, Garett, dit Ivan. Regarde!
Il caressa doucement l'encolure du sien. Celui-ci se calma.
- Tu triches, tu as pénétré son esprit pour l'apaiser, je parie...
- Je n'ai pas besoin de ca, répliqua Ivan. Les chevaux sont des animaux sensibles et intelligents. S'il sait que tu le respectes, il te
portera où tu veux.
Il montait déjà sur le sien:
- A présent, grouillez -vous vous autres! Sinon, Eléana n'aura vraiment aucune chance de survie!
Vlad fit de même, Piers n'eut aucun problème. Pavel les imita et dit:
- Ivan change de jour en jour... J'ai du mal à imaginer qu'il est le plus jeune d'entre nous...
Vlad acquiesca:
- Ses sentiments pour Eléana l'ont fait grandir. J'espère vraiment que l'on va la retrouver. Sinon, je crois qu'il ne va pas s'en remettre...
Eléana souffrait. Depuis trois jours, elle ne mangeait rien. Les serviteurs essayaient sans succés de la faire avaler du potage, mais elle
repoussait tout. Son ventre la taraudait au point que ca en était une véritable torture, mais elle ne cédait pas. Esméros ne la garderait
pas prisonnière, du moins, pas vivante; elle n'avait aucune possibilité de récupérer son cristal, avec sa psynergie bloquée en
permanence et ses chaînes, elle le savait. La seule chose qui lui restait à faire, c'était de se laisser mourir et d'emporter avec elle les
secrets de son pouvoir.
Mais elle avait du mal à mourir. Son corps se révoltait, elle le sentait. Il se cramponnait à la vie. Elle regretta de n'avoir rien pour lui
permettre d'en finir rapidement. De toute manière, Esméros était décidé à ne pas la laisser faire; il lui fit carrément la becquée,
humilliation suprême.
- Vous êtes d'une obstination vraiment remarquable, lui dit-il. J'admire. Mais que voulez-vous, vous êtes ici, il n'y a pas de remède.
- Vous ne voulez pas me faire au moins la grâce de me tuer? répliqua-t-elle. Que j'en finisse avec tout ca?
- Allons, vous pouvez faire bien mieux de votre vie, Eléana...
- Je ne serai jamais à vous...
- Ne jamais dire jamais... Vous voudriez vous échapper, mais vous ne le pourrez pas non plus...
Ca, elle le savait. Les servantes qui s'occupaient de la laver la surveillait également. Elle avait détesté qu'on l'oblige à aller au bain. Tout
comme elle avait détesté qu'on la revêtisse en vert éméraude. Elle avait l'impression que l'on se servait d'elle comme d'une poupée!
C'était détestable!
Aussi, au bout d'un moment, elle en eut assez; elle était décidée à s'enfuir. Tant pis, si elle n'avait pas l'aide de sa psynergie et tant pis
si ses menottes lui permettaient peu de mouvements. Elle pouvait encore être inventive. Par exemple, essayer de sortir, déjà. Ensuite,
pour les menottes, on verrait.
La fenêtre de sa chambre comportait des barreaux, l'on ne pouvait faire le mur. Elle allait donc forcément devoir traverser le château.
Mais cela, elle y était prête. Ne restait qu'à pouvoir sortir de sa chambre, ce qui était à priori impossible avec un verrou qui s'ouvrait et
se fermait de l'extérieur. Donc, sa seule possibilité restait avec les serviteurs. Une servante venait tous les matins pour nettoyer;
Esméros devait croire qu'Eléana était inoffensive, privée de sa psynergie...
Grave erreur...
La jeune fille détestait faire du mal aux autres civils, mais cette fois, elle n'avait pas le choix. Elle était décidée à se battre pour sa
liberté.
Aussi, un matin, elle se cacha derrière la tenture de son lit et vit l'air stupéfait de la servante en entrant. Celle-ci semblait penser que la
jeune femme s'était échappée, et elle parut toute paniquée. Alors, Eléana bondit sur elle, surgissant par derrière.
Le duel fut aisé. La jeune fille lui avait passé la chaine qui retenait ses poignets autour du cou, en un geste meurtrier qu'elle connaissait
en théorie, mais n'avait jamais pratiqué.
- Inutile de te défendre, lui chuchota-t-elle. Tu ne feras que te faire du mal inutilement...
Elle ajouta:
- Tu as de la chance... Je ne suis pas une méchante fille... Tout ce que je vais faire, c'est comprimer comme ca ta carotide pendant
deux minutes... Privée d'oxygène, tu vas t'évanouir... tu te réveilleras avec un sacré mal de tête, mais sois rassurée, je te laisse la vie...
La servante se débattait. Elle était incapable de crier, Eléana lui avait coupé le sifflet. Enfin au bout d'un moment, Eléana la sentit se
détendre et comprit qu'elle perdait connaissance. Elle tint sa promesse et desserra aussitôt sa prise, sentit que sa victime
recommencait à respirer; elle avait d'abominables hématomes sur le cou, à présent. Eléana avait presque pitié d'elle, mais elle n'avait
pas eu le choix.
Elle sortit aussitôt de la chambre. Il y'avait des gardes dans les parages, mais elle esperait les éviter. Ca ne devait pas être si
compliquée, elle était douée pour les sorties en catimini... Se plaquant contre les murs, elle progressa en lenteur à travers les couloirs
éclairés par la lumière de l'aube des lucarnes. Enfin, elle parvint à se dissimuler dans une jarre; elle voulait retrouver l'usage de sa
psynergie et savait que cela ne serait pas difficile. Si elle attendait durant deux bonnes heures, la poudre rosée cesserait de faire
effet... Et à ce moment-là, plus rien ne l'arrêterait. Bon, elle n'avait pas encore retrouvé ni son bâton, ni son cristal. Le mieux à faire
serait de les récupérer avec l'aide de ses amis quand elle les aurait retrouvés. Le plus important, c'était de sortir d'ici...
Elle resta là durant un bon moment, cherchant à se concentrer, cherchant la source de son pouvoir... Il fallait qu'elle s'évade... Qu'elle y
parvienne...
