Chapitre 62: Sur le chemin des Chiens de l'enfer...

"Partout où ils passent, s'allument les flammes de l'enfer...
Partout où ils passent brûlent les flancs de la terre...
Créatures des Ténébres redoûtées...
Incarnations des âmes damnées...

Sous la lune rouge, leurs hurlements
Transperce le silence et glace le sang
Dans une mortelle danse, ils approchent...
Leur venin souille la plus pure des roches..."

- Assez!
Antinos fulminait. Les mystiques lui avaient échappé. Eléana continuait sa route. Il en avait assez! Plus qu'assez! Cette gamine devait
mourir, et vite. Aussi, ce matin, il avait décidé de frapper un grand coup.
- Eléana doit mourir! Mais avant, je vais la terroriser...
Il serra les poings et une gerbe de flammes crépita dans sa main.
- Je vais lui envoyer le pire des cauchemars... Elle ne s'en tirera pas, cette fois! J'ai tout pouvoir sur la psynergie de Mars! Elle s'en
rendra bien vite compte!
Il quitta la salle de son trône pour se rendre dans une pièce un peu plus éloignée. Elle était immense, soutenue par d'immenses pilliers
de marbre. Et au centre se trouvait une immense stelle couleur d'ébéne, illuminée de gravures enflammées. Tout un feu destructeur se
trouvait contenu là, enfermé par Antinos lui-même. Et ce pouvoir lui permettait de déchaîner bon nombre de cataclysmes...
Les démons du feu étaient tous à son service, il n'avait qu'à les appeller...
Et il n'allait pas s'en priver...
Il s'approcha de la stelle et la minute d'après, tendit le poing droit. Un rayon pourpre et fin en jaillit, frappa le monument en l'englobant
dans une lumière rouge. Celle-ci prit de plus en plus d'intensité, tandis qu'Antinos paraissait se nourrir de son énergie. Il se concentra,
sachant que s'il faisait ce qu'il décidait, il ne devait pas en perdre le contrôle...
Il allait déchaîner un véritable chaos sur Gondowan.
Lorsque la lumière pourpre fut devenue pratiquement aveuglante, il incanta et libéra son pouvoir:
- O, créatures des ténébres! Servantes des Enfers! Que sous votre feu destructeur brûle la terre! Que votre venin mortel attaque le sang
le plus pur! Que vos morsures soit fatales! Chiens de l'enfer, je vous invoque!
Un cercle rouge se dessina autour de la stelle. L'instant d'après, un rideau de flammes en émana, grossissant à chaque seconde. Et
enfin, il se dissipa, laissant apparaître les monstrueuses créatures. Elles avaient toutes des gueules bavantes de venin, et le feu qui
sortait de leur gueule était pratiquement bleuté, preuve de son immense chaleur. Elles étaient au nombre de neuf; un pour chaque
mystique à abattre. Mais leur priorité serait Eléana...
Et il n'en avait pas fini...
- Que le feu de vos gueules brûlent éternellement ses victimes! Que nul remède ne puisse jamais être accordé à qui en souffrira... Qu'à
jamais sa peau porte la marque du feu d'Antinos! Et maintenant, cherchez les neuf mystiques... Dispersez-vous et traquez-les!
Traquez-les et tuez-les!
Les chiens poussèrent leurs hurlements lugubres avant d'être lâchés sur Gondowan...
Et de provoquer leurs premiers carnages en cherchant leurs cibles...

Sur leur passage, le chaos fut semé.
Des maisons brûlèrent.
Des villageois baignèrent dans leur sang.
De nombreuses victimes connurent la mort...
D'autres survécurent, mais devaient porter jusqu'à la fin de leurs jours la trace de brûlures si douloureuses qu'elles préférérent pour la
plupart se tuer plutôt que de les supporter...

- Bon sang, c'est quoi cette chienlit?
Floranna et ses soldats, ainsi qu'Eléana, venaient d'arriver au millieu des plaines. Là où aurait dû se trouver un village ne se trouvaient
que des ruines en flammes. Et l'horizon en était rougeâtre. Eléana pâlit:
- Antinos n'est pas loin...
La jeune Naëk réagit aussitôt:
- Bon bah il va falloir se planquer, et vite...
- Ou ca? fit un soldat. Y'a ni arbre ni rocher dans le coin! On est complètement à découvert!
Eléana avait toujours la sphère de camouflage d'Ivan, mais vu qu'il n'y avait pas non plus d'ombre et que malheureusement, ils étaient
en plein jour, elle ne serait d'aucune utilité. Ca allait mal. Ca allait même très mal...
Et les choses n'allaient que s'empirer.
Un hurlement lugubre déchira le silence.
- C'était quoi ca? s'exclama Eléana, blêmissante.
- Un ours qui s'étrangle? suggéra bêtement un soldat.
- La ferme, ce n'est pas l'heure de plaisanter! lanca Floranna.
La peur griffa le ventre d'Eléana. Elle ne savait pas pourquoi, mais elle avait un terrible pressentiment. Toutes les fois où le ciel s'était
couvert de rouge avaient été annonciatrices de catastrophes. Elle regarda en face, ne sachant quoi faire. Floranna, quant à elle, avait
déjà pris une décision:
- On va tenter de couper vers la droite, il y'a des bosquets à cet endroit!
Tout le monde la suivit à la hâte. Ils n'étaient qu'une vingtaine, largement pas suffisants pour faire le poids. Les deux femmes prirent la
tête du groupe. La jeune Naëk se tourna vers sa compagne:
- Ecoute ma belle, je sais pas si se planquer va marcher, mais en tout cas, je te rappelle qu'il est hors de question qu'ils te prennent.
Mes hommes et moi nous ferons tuer jusqu'au dernier s'il le faut, mais toi, tu dois vivre. Compris?
La jeune fille baissa les yeux:
- Je ne veux pas que tu te sacrifies pour moi...
- Pauvre cruche! répliqua la jeune Naëk. Ce n'est pas pour toi, c'est pour tous les peuples libres qu'Antinos est entrain d'asservir! Tu es
notre seul espoir et nous devons veiller dessus! Alors arrête de culpabiliser, compris?
Elle la regarda et ajouta:
- Tu ne dois jamais oublier que tant que tu seras la princesse des quatre étoiles, aucune vie n'est plus précieuse que la tienne.
Compris? Tes sentiments personnels ne devront jamais plus interférer.
La jeune mystique baissa la tête:
- Je sais...
Floranna eut un petit sourire:
- Laisse les autres se protéger eux-même. Et toi, veille sur toi...
Eléana n'était pas rassurée, mais elle savait qu'il était inutile de discuter, surtout avec la redoutable chef Naëk qui aurait été bien
capable de lui coller une gifle si elle avait eu le malheur de dire un mot de trop. Une fois que Floranna était décidée, il était
pratiquement impossible de l'arrêter. Ainsi, elles continuèrent leur course, ainsi que leur troupe jusqu'aux rochers mais eurent bientôt
une mauvaise suprise.
Il y'avait du danger.
Et pas un petit.
De nouveau, les étranges hurlements se firent entendre. Ils étaient littéralement à glacer le sang. Eléana se rappella d'un coup où elle
avait déjà entendu ce son, et soudain, elle blêmit:
- Floranna... Ils nous retrouverons dans un rien de temps, si c'est ce que je pense...
La jeune guerrière Naëk la regarda:
- Tu sais ce que c'est?
La jeune mystique eut un air affolé:
- Un seul animal au monde posséde un tel cri, facilement reconnaissable pour qui l'a déjà entendu... C'est le cri des chiens de l'Enfer!
A peine eut-elle prononcé ce nom que brusquement les hurlements s'intensifièrent. Eléana se redressa:
- Ils arrivent! Il faut fuir, car si jamais ils nous mordent, nous serons perdus! Leur venin ne posséde qu'un seul antidote, or, personne à
part Antinos ne le posséde!
Floranna fit une grimâce:
- Sympa... Mais je crois pas que nous arriverons à les distancer...
En effet, ils les virent surgir. Il y'en avait trois, mais leur taille était à faire peur et en plus, chacun d'eux avait trois gueules. Eléana
comprit que les combattre serait plus que difficile. Ils allaient bondir d'une minute à l'autre... Floranna ne dit qu'une seule chose:
- Ne vous faîtes pas mordre!
Et elle bondit.
L'une des bêtes lui avait également bondi dessus et les deux adversaires entrèrent en collision dans les airs. Floranna esquiva de peu
les crocs atroces de l'animal et ses flammes brûlantes, et ses dagues l'atteignirent de plein fouet, lui tailladant le poitrail. Pendant ce
temps, les deux autres bêtes s'étaient précipitées vers Eléana qui se défendit directement avec une pluie de stalactites de glace.
- Lame de Skadi!
L'épée de glace frappa, tua sur le coup l'un des deux attaquants. Un hurlement retentit à ce moment, poussé par plusieurs soldats; trois
d'entre eux venaient de se faire égorger. Un quatrième criait de toute sa douleur, prostré au sol et Eléana entrevit son visage,
horriblement brûlé, la chair totalement boursouflée, et la brûlure s'étendait jusqu'à son cou et son épaule et il hurlait. Il hurlait comme
jamais Eléana n'avait entendu hurler quelqu'un. Elle comprit que la bête l'avait brûlé jusqu'au plus profond degré.
Elle aurait voulu le soigner, mais de son côté, elle voyait que Floranna avait des difficultés. Elle avait essayé de projeter des stalactites
de terre sur la bête, mais celle-ci les avait esquivé avec maëstria et elle cracha un long jet de flamme que la jeune Naëk eut peine à
esquiver. Pendant ce temps, la troisième bête harcelait déjà Eléana qui donnait des coups de lame du froid partout, mais sans arriver à
l'atteindre; le monstre était d'une grande agilité. Il cracha un long jet de flammes qu'Eléana freina par une nouvelle barrière de glace.
Elle avait immédiatement compris le risque; il ne fallait ni se faire mordre, ni brûler par l'une de ces mortelles créatures, ou ce serait la
fin. Les chiens de l'Enfer avaient une puissance démoniaque. La bestialité qui se lisait dans leurs yeux de braise aurait fait frémir le
plus courageux. Eléana savait qu'il était très difficile de tuer un monstre autant destiné à tuer...
Elle planta sa lame au sol, le transformant en patinoire. Cette ruse marcha et la bête glissa brusquement.
- !
Avec un féroce cri de guerre, Eléana bondit et lui planta l'épée de glace en plein dans l'échine, le transpercant de part en part. La bête
hurla de douleur, tandis que son sang immonde se répandait et gelait sous ce froid. Enfin, elle alla prêter main-forte à Floranna; le
molosse qu'elle combattait semblait souffrir de sa blessure au poitrail, mais il veillait bien à ne plus laisser l'occasion à son ennemie de
lui porter un seul coup, tandis qu'il cherchait à l'atteindre par son feu mortel. Mais Floranna respirait l'agilité et la vitesse et si Eléana
avait des coups de coeur en voyant les jets passer très près d'elle, elle voyait aussi que son amie ne se faisait pas toucher.
Néammoins, elle n'hésita pas:
- Lame de Skadi!
La lame frappa le monstre de plein fouet et le transforma en sculpture de glace. Eléana eut un ricanement:
- Voici un bel avertissement pour Antinos! Je lui ferai subir un sort encore pire...
Mais Floranna était furieuse:
- J'aurais pu me débrouiller seule...
- Je n'en doûte pas, répliqua Eléana. De rien, c'est tout naturel...
Les hurlements du soldat interrompit toute discussion. Les deux femmes se précipitèrent, alarmées. L'un des hommes valides dit:
- Il a été brûlé au visage et à la poitrine, chef, qu'est-ce qu'on va faire?
Floranna répondit:
- Eh bien, on va lui arranger ca en deux minutes...
Elle s'approcha et incanta:
- Soin!
Sur le coup, cela parut bien fonctionner. Les plaies se refermèrent et guérirent instantanément. Mais la minute d'après, l'homme poussa
un nouvel hurlement de souffrance, et brusquement, la brûlure réapparut, les chairs se rouvrirent violemment et il se remit à brûler, ses
cris d'agonie retentissant à travers la plaine.
- Oh bon sang, c'est quoi cette saloperie? s'exclama Floranna.
- Les flammes de l'enfer, dit Eléana. Je crains que ce pauvre homme ne soit condamné à brûler jusqu'à la fin de ses jours... Sauf si...
Elle saisit sa baguette et incanta:
- Gemme de Basalte! Rend la santé à ce guerrier!
De nouveau, le sort de soin, qui était de loin le plus puissant dont Eléana disposait, plus efficace même que les psynergies d'eau,
échoua, et l'homme hurla encore plus fort, si c'était possible, comme si les tentatives de soins amplifiaient son mal. La jeune mystique
comprit alors qu'il n'y avait plus rien à faire:
- Je suis désolée, Floranna, mais je crois bien qu'on ne peut plus l'aider...
La jeune Naëk répondit:
- Il y'a encore une chose que l'on peut faire pour lui...
Elle s'approcha du soldat à terre et d'une voix grave lui demanda:
- Veux-tu que je mette fin à ta souffrance?
Le soldat réussit à répondre:
- Oui, chef... Je vous en... supplie...
Floranna tira alors d'un geste vif une de ses dagues. La seconde d'après, elle la plongea d'un geste sûr et précis droit dans le coeur de
l'homme qui mourut instantanément. Eléana fut choquée:
- Tu n'hésite jamais, toi...
Floranna la fusilla du regard:
- Je viens de lui rendre un sacré service, je lui ai épargné une éternité de souffrance! A sa place, tu n'aurais pas souhaité la même
chose?
Eléana baissa les yeux. Floranna avait bien raison. Elle frissonna en se rendant compte de ce à quoi ils venaient d'échapper. Les
chiens de l'enfer étaient encore une bien pire menace que ce que l'on aurait pu pensé et elle se rendait compte maintenant à quel point
ils avaient eu de la chance d'y échapper la première fois, avec Ivan...
Ce fut à cet instant que le souvenir de la brûlure du venin lui revint en mémoire... Et le combat qu'Ivan avait mené pour la sauver. Elle
n'était pas prête d'oublier. Quand le venin avait été neutralisé et qu'elle avait compris qu'il avait vaincu Igniata à lui seul pour pouvoir la
guérir, elle avait senti ses sentiments exploser au fond de son coeur. Et pourtant, elle avait encore espéré les dissimuler à ce
moment-là... Mais maintenant, elle réalisait qu'en fait, elle ne l'aurait pas fait et que s'il n'avait pas été la rejoindre sur la plage, elle aurait
sûrement pas pu s'empêcher de lui avouer à la prochaine occasion...

Lorsqu'ils repartirent, ils passèrent devant les ruines en flammes et virent également des cadavres partout, égorgés à coups de crocs,
et surtout, le sang qui ruissellait en flaques... Et avec ca, l'odeur était pratiquement insupportable. Le mélange de cuivre et de sel du
sang, mêlé à l'odeur de brûlé. C'était épouvantable.
- Antinos, sale fils de pute! pesta Floranna.
Eléana avait les larmes aux yeux. Ce n'était que la seconde fois qu'elle voyait pareil massacre. Elle dit enfin:
- Je dois l'anéantir, rien que pour ca...
- Et je ferai tout pour que tu le fasses, répondit la jeune Naëk, les dents serrés.
Eléana vit sur le visage de sa compagne que celle-ci paraissait également impressionée. Voire même, elle vit qu'elle avait les yeux
étrangement brillants... Mais Floranna ne pleurait jamais et elle se hâta de tourner la tête, empêchant Eléana d'être sûre de ce qu'elle
avait vu.

Au loin dans la nuit tombée retentirent des cris de bêtes sauvages. La meute était réduite à six, mais elle commettrait encore bon
nombre de carnage... Elle était avide de sang... de sang... Le sang sucré des mystiques leur donnerait de la puissance... Déchirer...
Ecorcher... Tuer...
- Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah!
Ivan se redressa violemment sur sa couverture. La vision qu'il venait d'avoir était la plus horrible de toutes, en réalité, elle l'était tellement
qu'il en délirait encore.
- Ivan!
Cylia, folle d'inquiétude, s'était précipitée, ayant compris de quoi il s'agissait. Pavel et Vlad avaient suivi, effrayés. Les prunelles d'Ivan
étaient totalement violettes et il était secoué de spasmes.
- Bon sang qu'est-ce qu'il a? gémit Vlad.
Cylia répondit précipitament:
- Il vient sûrement de voir quelque chose qui a anéantit son esprit, s'exclama-t-elle. Il faut le faire revenir parmi nous, vite! Ivan! Arrête!
Elle tenta de pénétrer son esprit, mais se fit violemment rejeter. Ne sachant que faire, elle employa une méthode magistrale; elle lui
administra une violente paire de gifles. Ce fut salutaire. Ivan se calma brutalement, tandis qu'une sueur froide apparaissait sur son front.
L'instant d'après, il avait enfoui son visage dans ses mains. Il était incapable de parler.
- Ivan, ca va? demanda Vlad.
Le jeune mystique d'air se contenta de secouer la tête. Cylia demanda doucement:
- Qu'est-ce que tu as vu?
Le jeune homme blond essayait encore de reprendre le contrôle. Il eut enfin la force de parler:
- Tout le continent... Va finir sous les flammes... Il est trop tard... pour l'arrêter...