Chapitre 63: Aller plus vite que le feu...

Les huit mystiques étaient à présent en conseil de guerre. Ivan avait relaté le peu qu'il se rappellait de sa terrifiante vision et cela avait
suffit à les effrayer.
- Eléana périra si nous ne la retrouvons pas rapidement, avait dit Pavel.
- Ca, sans nulle doûte, avait répondu Ivan. Mais même si nous faisions demi-tour, nous n'aurions pas le temps de la sauver...
Cylia n'avait pas hésité:
- Notre seule chance, ce sont les oiseaux-rocs! s'exclama-t-elle. Leur vitesse de vol peut nous permettre de nous rendre sur n'importe
quelle partie du continent en moins de temps qu'il ne faut pour le dire!
- Mais les trouverons-nous à temps? dit Sofia.
Ivan s'était redressé:
- En tout cas, nous devons tout essayer, maintenant! Car sinon, Weyard sera condamné! Antinos a lâché des Chiens de l'Enfer sur
Gondowan et leurs feux vont ravager toute civilisation!
Garet s'exclama:
- Et Eléana va terminer en grillade? Par pitié, non!
Sofia objecta:
- Nous n'avons pratiquement plus de provisions, nous n'arriverons jamais au sommet à temps!
- On s'en fiche! s'exclama Piers qui n'avait encore jamais prit peur. Les visions d'Ivan se sont jusqu'ici réalisée en moins de
quarante-huit heures! Quarante-huit heures, les amis! La seule chose que je peux vous dire, c'est qu'il va falloir faire un miracle!
Vlad serra les poings:
- Dans ce cas, en avant! Nous devons aller plus vite qu'Antinos!
Lina répondit:
- Nous n'y parviendrons jamais! Le sommet est tellement haut, même avec la meilleure volonté du monde, on ne progressera jamais
assez vite!
Ivan répliqua:
- Et bien, il va falloir accomplir ce miracle, pourtant! Trop de choses dépendent de nous!
Ses prunelles d'améthyste brillaient d'un air déterminé. Les autres approuvèrent en silence. Ils se remirent en route en file indienne, et
marchèrent d'un pas plus rapide... Et finalement, ils atteignirent le bout des sentiers, là où l'escalade se faisait à la verticale. Vlad
décida de passer devant:
- A partir de maintenant, plus de haltes avant ce soir! Nous devons réussir à tout prix...
Ils commencèrent donc à escalader. Régulièrement, Pavel et Vlad trichèrent en faisant pousser des lianes qui transportaient les huit
mystiques de plus en plus haut, par seuil de cinq minutes. Cette technique, souvent répétée, leur fit gagner un temps précieux. Mais la
psynergie, ca s'épuisait, aussi ils ne pouvaient pas le faire trop souvent, et le reste du temps se passer à grimper. Sofia avait
complètement déchiré sa robe et ses bras étaient écorchés, mais elle ne s'en plaignait pas. Elle ne voulait qu'une chose, c'était sauver
Eléana, et pour cela, elle aurait tout enduré. Pour Lina, c'était pareil. Cylia, elle, avait beaucoup de difficultés, mais Pavel la soutenait et
elle le savait. Personne ne parlait, tous haletaient. Ils étaient entrain d'essayer de faire l'impossible. Pour sauver Eléana...
Ils eurent au moins la chance de ne pas se trouver face à des monstres. La seule difficulté était réellement dans l'endurance et dans le
vertige. Garet était loin d'être à l'aise, et il piqua une crise de trouille en millieu d'escalade:
- Aaaaaaaah! J'ai le vertige!
- Ne regarde pas en bas! répliqua Ivan.
- J'ai peur...
Vlad s'arrêta et se pencha légérement vers lui:
- Ne regarde que moi, Garet, tu me suis! Et puis... Pense à Eléana! Dis-toi que c'est pour elle qu'on fait tout ca. Pour vaincre Antinos!
Garet serra les poings, d'un coup guéri de sa trouillardise:
- Tu as raison... Je ne dois penser qu'à notre mission.
Et il repartit, grimpant aussi vite que les autres, le coeur battant, se défendant d'imaginer à combien de centaines de mètres du sol il se
trouvait. Eléana était en danger et ils étaient les seuls à pouvoir la sauver, c'était la seule chose dont il devait se rappeller. Elle était une
amie, et Garet n'avait jamais laissé tomber un ami. Au bout d'un moment, enfin, ils retrouvèrent un sentier praticable. Ils n'hésitèrent pas
et ils l'empruntèrent, en hâtant la marche, malgré la montée qui leur brûlait la cheville. Ivan, qui était l'un des plus rapides, prit rapidement
la tête avec Vlad. Il était couvert de bleus et d'écorchures également, mais il s'en fichait comme de sa première chemise. Sa vision
l'avait terrifié au plus haut point, et tout ce qu'il voulait, c'était empêcher coûte que coûte qu'elle se réalisât... Sinon, il n'était pas sûr de
pouvoir le supporter...
"Eléana..."
Pourquoi fallait-il qu'il pense autant à elle, et surtout, que ce soit cette pensée qui l'aide à tenir? Car il savait très bien que là, il ne
pensait malheureusement pas à elle en tant que compagne d'armes, mais bel et bien sous son jour romantique... Les sentiments qu'il
s'efforcait vainement d'étouffer se manifestaient malgré toutes ses résolutions et continuaient à lui hurler: "Aide-la de toutes tes forces,
protège-la... Car sans elle, ta vie ne vaut plus la peine d'être vécue..."
"Je ne veux pas penser à elle de cette façon, non!"
Il continuait de marcher, malgré les rudes protestations de ses jambes, et la sueur brûlante qu'il sentait couler sur son front et lui brûler
les paupières. La peur lui tordait le ventre au point que ca en était douloureux. Il se rendait maintenant compte à quel point Eléana lui
manquait. Si sa vision de cette nuit se réalisait, elle mourrait, il le savait... Cette pensée était tout simplement insupportable. Les larmes
faillirent lui serrer la gorge.
"Pourquoi faut-il que je continue de l'aimer autant?"
Il soupira. Il avait beau essayer de tourner la page, il venait de se rendre compte qu'une partie de lui ne s'y était pas résolue. Et que son
coeur continuait à lui chanter une tout autre chanson.
"Je l'aime encore assez pour être prêt à donner ma vie pour elle..."
A présent, ils venaient d'atteindre de nouveau les limites du sentier. Pavel incanta et ses lianes les firent monter à une bonne
cinquantaine de mètres.
- En avant! fit Vlad.
Et de nouveau, le calvaire recommenca. Des petits cailloux leur tombèrent dessus, et Piers se retrouva avec le front étoilé de sang. Il ne
poussa pas un seul cri de douleur. Il se contenta de se mordiller les lèvres et de continuer. Les psynergies de soin auraient pu venir
facilement à bout de ces divers désagréments, mais c'était une perte de temps et de psynergie inutile. Aussi, chacun prenait sur lui et
continuait. Ils ne devaient pas se laisser abattre. Mais cela restait plus facile à dire qu'à faire. Comme prévu, au bout de quatre longues
heures, Cylia cria grâce:
- Je n'en puis plus...
Les jambes tremblantes, elle tomba à genoux au millieu du sentier. Pavel s'agenouilla près d'elle:
- Cylia, je t'en prie...
Il ne savait que faire pour aider sa fiancée. Ils ne devaient pas perdre de temps, mais d'un autre côté, le rythme auquel ils avancaient
était inhumain. Ivan, quant à lui, sentit un profond énervement l'envahir, mais il ne dit rien. C'était bien normal qu'elle craque au bout de
quatre heures! Elle n'était pas aussi robuste que les autres. Lui-même ne savait pas comment il tenait. Ses jambes tremblaient
tellement qu'il avait l'impression qu'elles ne le porteraient bientôt plus, mais il refusait de l'admettre. Quant à Vlad, il osa dire tout haut ce
que son ami pensait tout bas:
- Cylia, nous ne pouvons nous arrêter! Le temps nous est compté.
La jeune mystique d'air serra les dents:
- Je le sais bien, haletait-elle. Mais mes jambes refusent de me porter...
Elle avait les larmes aux yeux. Elle tenta de se redresser, sans succés. La voix de Piers se fit entendre:
- Nous avons malheureusement tous une endurance différente, dit-il. Il y'en aura d'autres qui vont craquer, je pense.
A cet instant, Pavel avait regardé Sofia et Lina. Lina, elle fusilla son frère du regard:
- Si c'est pour moi que tu t'inquiètes, Pavel, n'oublie pas que je suis sûrement la plus endurante des filles de ta connaissance!
Le jeune homme brun répliqua:
- Ne te vexe pas! Bon, à mon avis, la meilleure chose à faire, c'est de se scinder en deux groupes. Que ceux qui se sentent capables
de continuer se bougent. Les autres n'ont qu'à se reposer. Dans les pires des cas, une fois trouvé les oiseaux-rocs, ils reviendront les
reprendre...
Lina serra les dents et se placa près de Vlad et d'Ivan:
- Vous savez que vous pouvez compter sur moi les garçons!
Garet se joignit également à eux:
- Pas de problème!
Piers les rejoignit. Sofia répliqua:
- C'est discriminatoire à souhait! En clair, les faibles, allez vous faire voir? Et si on tombe sur des soldats?
- Les soldats sont des mauviettes, répliqua Garet.
Ivan, lui, soutenait le regard de Sofia:
- Il ne s'agit pas de faiblesse ou de quoi que ce soit, Sofia! Il s'agit simplement d'une question de bon sens! Il faut trouver les
oiseaux-rocs le plus rapidement possible! Or, tout le monde n'a pas le même rythme, nous n'y pouvons rien, bon sang!
La guérisseuse, qui pourtant s'entendait d'ordinaire très bien avec Ivan, lui répondit d'un ton glacial:
- Et tu serais prêt à laisser tomber une partie de tes amis juste pour pouvoir avancer plus vite? Incroyable!
Ivan parut choqué par sa remarque, mais il ne se démonta pas:
- Tu sais très bien que c'est faux, Sofia! Je suis désolé de ce qui arrive, mais si nous voulons avoir la moindre chance d'empêcher un
désastre...
- Peu importe! Si nous laissons l'un des nôtres en arrière, nous ne valons pas mieux que ceux que nous combattons!
Pavel répondit:
- Cylia ne risque rien si je suis prêt d'elle! Avancez, nous vous rejoindrons vite! C'est la meilleure solution!
Le mystique d'air hocha la tête. Sofia ne décolérait pas:
- Très bien! Faîtes comme vous voulez! Mais Ivan, à ta place, j'arrêterais de jouer la tête brûlée! Au cas où tu l'aurais oublié, tu n'es pas
non plus le plus résistant parmi nous...
Cette réplique était un abominable coup bas et Ivan sentit cette fois la colère monter:
- Je n'ai jamais prétendu l'être! Et ne passe pas tes nerfs sur moi! Si tu as la frousse, dis-le, mais ne m'insulte pas. Sauf si tu tiens à te
montrer encore plus faible que moi moralement...
Sofia allait jeter une réplique cinglante, mais Cylai intervint:
- Taisez-vous! Je m'excuse de vous avoir retardé, mais là, maintenant, ca va mieux. Je tiendrai le coup. Mais il est temps que nous
repartions...
- Tu es sûre? demanda Pavel.
Cylia hocha la tête. Piers dit à cet instant:
- Elle a bien raison, nous devons filer. Nous sommes entrain de perdre un temps précieux...

Ils continuèrent donc durant la journée entière. A la nuit tombée, ils furent forcés de s'arrêter; impossible d'escalader dans le noir. Aussi,
ils partagèrent un maigre repas, puis la plupart s'endormirent. Sofia en profita pour adresser un mot à Ivan:
- Je m'excuse pour tout à l'heure... Je n'aurais pas dû t'agresser ainsi, je sais que tu ne pensais pas à mal...
Le jeune homme lui fit un sourire loyal:
- Je ne t'en veux pas. Tu as les nerfs à vif, comme nous tous.
Sofia sourit à son tour timidement. Le bon caractère d'Ivan réduisait à néant toutes les disputes. C'était l'une des raisons pour
lesquelles elle avait du mal à comprendre pourquoi Eléana et lui s'étaient séparés... Bon, elle l'avait trahi, mais la rancune ressemblait
si peu à Ivan... Les épreuves les endurcissaient tous, il fallait croire.
- Tu es très inquiet pour Eléana, hein?
Ivan hocha la tête:
- Tu n'as pas idée à quel point.
- Es-tu donc sûr que ce soit terminé entre vous?
Le jeune homme fit un bref signe de tête et parut se renfermer sur lui-même. Sofia décida de le laisser tranquille, elle avait besoin de
repos et lui aussi. Ivan ne parvint guère à s'endormir. Il était beaucoup trop inquiet. Il savait que même s'ils repartaient dés l'aube, ils
avaient très peu de chances de rattraper leur retard...
"Il faut que nous puissions arriver au sommet rapidement..."
Ce fut alors qu'une idée lui vint à l'esprit. Il n'avait pas encore chercher à l'expérimenter. Mais là, il savait qu'il était temps. Pour avoir la
même chance de revenir à Inil à temps, il n'y avait en réalité qu'une seule solution...*
Il se leva. Cette nuit, il ne dormirait pas. Il allait faire bien autre chose.
Une fois de plus, ce serait à lui que tiendrait la réussite des autres.
Il s'éloigna du campement et s'approcha du précipice. Là, il avait peu de chance de faire du dégât. Mais lui, il lui fallait la concentration
maximale.
Il ferma les yeux. Il avait déjà tenté l'expérience et il savait qu'il n'aurait aucun mal à la refaire. En fait, ce qu'il devait faire, c'était de la
maintenir dans la durée. Et ca, ca n'allait pas être facile, mais il était prêt à tout pour y parvenir. Doucement, il se laissa emporter dans
le flot de la méditation, et sentit les courants d'air autour de lui...
L'air était partout, et son énergie aussi...
Des dizaines, des centaines, des milliers de petites molécules tout autour de lui...
De l'oxygène, de l'électricité statique...
Toute la source du pouvoir de Jupiter, dans ces petites particules... Et la psynergie, c'était l'art de savoir les manipuler.
L'alchimie, c'était l'art de savoir se mêler à elles. Ne faire qu'un avec elles. C'était l'art de pouvoir sentir chaque courant électrique dans
sa peau. C'était l'art de pouvoir sentir chaque frottement d'air, chaque molécule dans ses poumons.
Et le pouvoir qui en résultait était gigantesque. Effrayant.
S'il l'avait voulu, il savait qu'il aurait pu faire mourir n'importe quel être vivant près de lui juste en l'étouffant avec l'air qu'il respirait.
Tout comme inversement, il pourrait redonner vie à quelqu'un qui ne parvenait plus à s'oxygéner...
Juste avec un petit claquement de doigt...
Il pouvait comprimer l'air pour en faire le plus dûr des boucliers, le plus infranchissable...
Ou le comprimer autour d'un caillou pour le faire voler en éclat sous la pression...
Et il aurait pu déchainer le plus terrifiant tonnerre, avec toutes ces particules chargées autour de lui... Ca n'aurait pas été difficile. Un
orage si destructeur que sur des kilomètres, les arbres auraient été tous foudroyés.
Et enfin, il pourrait défier la gravité...
C'était cela qui l'interessait. Il l'avait déjà fait lors du combat contre le golem, mais là, ce qu'il voulait, c'était s'en servir pour se propulser
au sommet de la montagne.
Mais il n'oubliait pas le prix qu'il lui en coûterait.
Au delà de la psynergie, c'était l'énergie de votre propre corps que ce pouvoir réclamait pour fonctionner. Si l'on en abusait, la mort
était le châtiment de l'imprudent...
Un équilibre devait être respecté, qu'Antinos ne respectait pas...
Et Ivan arrivait à comprendre pourquoi. La sensation de domination qu'il ressentait était en effet une chose ennivrante... mais surtout,
effrayante.
"En un murmure, je pourrais tuer tout ce qui vit dans cette vallée... Je ne dois jamais l'oublier. Moi, je ne veux faire de mal à personne.
Jamais!"
Il ouvrit les yeux et son coeur battit plus vite:
"Ce pouvoir est si accessible qu'il est tentant d'en user et d'en abuser, oui. Mais je refuse de devenir comme Antinos! Je veux sauver
Eléana, je ne veux rien d'autre..."
Il se leva et posa une main sur son coeur:
"Que les dieux me soient témoins que jamais, je n'utiliserai l'alchimie pour mon propre compte. Si Antinos est vaincu, ce pouvoir sera
de nouveau rendu à la nature. Je ne fais que l'emprunter, comme le poignard de Némésis... Pour rétablir l'équilibre! Puisse mon coeur
et mes intentions rester purs... Je vous en prie!"
Il s'approcha du précipice. Maintenant, il allait faire le test, le vrai. Un vertige le saisit; il n'avait pas peur de l'acte en lui-même qu'il allait
accomplir, mais il avait peur de la perte de contrôle. La connaissance à laquelle il aspirait était un vrai corrupteur d'âme! Il prit une
profonde inspiration et eut une dernière pensée:
"Pour Eléana!"
Il sauta.
Le vertige de la chute faillit le surprendre. Mais presqu'aussitôt, il sentit les frottements de l'air contre sa peau et créa instantanément un
tourbillon avec les légers courants d'air qui se trouvaient près de lui. Et sa chute stoppa brusquement, tandis qu'autour de lui, l'air
tourbillonnait...
Il flottait à présent, bras ballants dans un état de semi-conscience. Il ouvrit les yeux, et se concentra pour que la tornade le fasse
remonter sur la berge. Et il se vit remonter. A une vitesse très lente, mais cela fonctionnait. Maintenant, il devait amplifier cette vitesse.
Et cela ne serait pas difficile...
Il attendit quelques minutes une fois remonté, histoire que son énergie vitale se reconstitue; il fallait maintenant être très prudent. Il
ressauta une nouvelle fois, et gagna légérement en vitesse, mais c'était toujours aussi lent. Il pesta, continua de nouveau.
Le dixième fut le bon.
La tornade le propulsa aisément bien au-dessus de la berge, et il faillit s'écraser au sol. Il réussit à freiner sa chute au dernier moment.
OUI! Cette fois, ca y'était, il maîtrisait son pouvoir de manipuler les vents à la perfection...
Mais il était épuisé. Terriblement épuisé. Il comprit qu'il devait maintenant s'endormir, au moins deux bonnes heures et se fut ce qu'il fit.
Il se réveilla peu avant l'aube. Quelque chose le tracassait, qu'il n'arrivait pas à saisir. Puis enfin, il comprit.
Malgré l'étendue de son pouvoir, il ne pourrait pas porter huit personnes avec lui. Ce serait trop difficile, et il y risquerait sa vie. Donc...
"Je vais être obligé de finir seul."
Cela ne l'effrayait pas, en réalité. Les oiseaux-rocs étaient des créatures de l'air, de Jupiter. Et la légende disait bien que seul un
authentique mystique de Jupiter aurait le pouvoir de soumettre à lui le seigneur des quatre vents...
Mais il pensait à ses amis. Il n'aimait pas faire cavalier seul sans eux. Mais d'un autre côté, il savait depuis longtemps qu'il y'avait des
règles qui ne s'expliquait pas. Il avait réussi à utiliser l'alchimie de l'air. Or, pour soumettre un oiseau-roc, cela nécessitait un immense
pouvoir. Il ne pouvait pas expliquer d'où venait cette certitude, mais il avait compris que cette fois, ce serait à lui d'ouvrir le chemin pour
les autres et de les guider. Et tant pis s'ils le prenaient mal. Il y'avait des choses qui devaient être faites dans un certain ordre, le fait
d'avoir voyagé avec Eléana le lui avait démontré, notamment lorsqu'elle avait escaladé seule les quatre pyramides de Gaïaé alors que
ses amis auraient pu l'aider; elle l'avait fait seule parce que tous avaient compris que c'était à elle d'allumer les faisceaux et à personne
d'autre.
Et là, c'était exactement pareil. C'était à Ivan d'affronter les oiseaux-rocs, puisqu'Eléana ne pouvait pas le faire. Tout comme il avait été
obligé de porter la lame de Némésis.
Il s'approcha donc du flanc de la montagne. Il n'avait nulle crainte, il savait qu'il allait atteindre le sommet de celle-ci en moins de deux
minutes. Il n'avait aucun doûte sur le succès de cette opération.
Il ferma les yeux...
Et se propulsa au sommet de la montagne, dans une gigantesque tornade qui souffla un long moment, le faisant monter à une vitesse
hallucinante, sans qu'il n'eût à avoir peur. Et enfin, il se retrouva projeté contre un sol plein de graviers. Bon. l'atterissage, ce n'était pas
encore ca. Ses mains saignèrent un peu, mais cela n'avait aucune importance.
Un cri particulier, semblable à celui d'un faucon, se fit entendre. Mais ce n'était pas un faucon. Ce cri avait sonné comme un tintement
de cloche clair et majestueux. Ivan se redressa face au soleil levant.
- Et maintenant, Seigneur des quatre vents, à nous deux...