Chapitre 67: Poison mortel...
Ivan, à moitié sonné par le choc du combat, n'avait pas senti tout de suite le venin pénétrer son système sanguin. Brutalement, ce fut comme un feu furieux qui écorcha ses veines et il hurla.
- NON!
- Non!
-NON!
- IVAN!
Le cri d'Eléana, suraigu par dessus les voix des huit autres, ponctua le démarrage de la lourde agonie. Le venin tuait en dix minutes. La jeune mystique de Vénus se précipita vers l'être aimé, suivie par ses amis. Astréos poussait de longs cris de détresse, sentant la vie abandonner peu à peu son maître. Sofia lanca une psynergie de purification par réflexe, bien qu'elle sût que c'était d'une totale inutilité. Eléana, elle, avait les larmes aux yeux, et surtout, sentait une peur violente lui griffer le ventre.
- Ivan, non, je t'en supplie, pas toi! Par pitié, non, non, non!
Floranna, elle, avait pris sa dague et entaillait la plaie du jeune homme, tentant de faire sortir le venin, mais elle savait que cela ne servirait pas à grand chose. Mais il fallait toujours tout tenter, c'était la pensée de tous les membres du groupe.
Les sept mystiques avaient vécu tant de choses ensemble qu'ils étaient indivisibles. La perte d'Ivan serait une épreuve terrible pour tous. Quant à Eléana, elle sanglotait. Elle ne voulait pas l'admettre! Pas lui! Pas Ivan! Elle ne pourrait jamais le supporter...
Ivan, quant à lui, sentait l'acidité du venin le brûler de plus en plus et priait pour en finir vite. Il sentait une soif épouvantable le torturer, il sentait ses veines s'écorcher littéralement et son coeur battre à grands coups, tenter de résister à l'abominable infection, ses muscles se paralyser lentement... Il entendait Eléana pleurer et cela lui faisait encore plus mal... L'abandonner, elle, c'était impossible... Mais comment pourrait-il survivre au venin mortel qui le rongeait?
Eléana ne savait pas quoi faire, mais elle ne voulait pas qu'il meure. Elle refusait de l'accepter. Son instinct lui soufflait qu'une solution existait. Floranna semblait également déterminée à trouver un moyen. Ce fut alors qu'elle regarda la plaie entaillée et soudain l'idée jaillit:
- Je crois savoir quoi faire, dit-elle d'une voix tremblante.
- Qu'est-ce que tu proposes? demanda Sofia.
- La seule personne à n'avoir jamais été mordue et à avoir survécu, c'est moi. Ivan m'a administré un antidote à effet direct à l'époque. Il se peut donc que j'en porte encore des traces dans le sang... ou du moins les anticorps qui permettraient de lutter contre une nouvelle infection! Et dans ce cas, on a peut être une chance de le sauver.
- Tu veux utiliser ton sang comme sérum? dit Floranna. Pas bête, mais pas sûr que ca marche!
- Mais ca vaut toujours mieux que le laisser crever sans rien foutre! répliqua Garet. Vas-y Eléana, on tente!
Eléana n'hésita pas:
- Allez Floranna! Taillade mon bras!
La Naëk s'empressa de le faire. Le sang d'Eléana jaillit et la jeune fille placa son poignet au-dessus de la plaie d'Ivan, laissant couler un flot de sang. Elle ignorait complètement si ca allait marcher, mais au moins, elle aurait tenté quelque chose.
- Il se peut aussi que son corps rejette la transfusion! dit Piers d'un ton alarmé.
- Si mes souvenirs sont bons, mon groupe sanguin est compatible avec à peu près tout le monde, alors ce serait vraiment de la malchance, répliqua la jeune fille en appliquant un soin mineur sur son poignet.
Ils attendirent, ne virent aucun changement. Puis au bout de quelques minutes, Ivan cria... et la vie revint brutalement en lui. Son teint reprit des couleurs et ils comprirent que cela avait fonctionné. Eléana poussa un profond soupir de soulagement et éclata à nouveau en sanglots. La pression l'avait rendu à moitié folle. Lina l'entoura de ses bras. Sofia soigna alors la plaie d'Ivan. Le jeune homme ouvrit les yeux:
- J'ai nettement moins mal... Vous avez réussi à me guérir? s'étonna-t-il.
Pavel eut un rire:
- Tu es un petit chanceux, oui Ivan... Remercie Eléana, c'est grâce à elle!
Ivan se redressa. Eléana avait presqu'envie de le serrer dans ses bras mais se retint tandis qu'il lui demandait:
- Comment as-tu fait?
Eléana eut un petit sourire:
- Tu m'as sauvée par le passé et l'antidote que tu m'as administrée m'imunisait encore. Je t'ai donné de mon sang afin que les anticorps que j'avais développés contre la morsure que j'ai reçue combattent le venin...
Le jeune mystique d'air sourit doucement:
- Visiblement, c'était une bonne idée. Je te remercie...
Ils se regardèrent longuement, mais à cet instant, Garet dit:
- Tu nous as fait une super peur, tu sais, mec? Sois plus prudent, la prochaine fois, hein?
Les autres approuvèrent. Sofia le serra dans ses bras et Eléana se mordilla les lèvres. Elle savait que c'était une amitié sincère et de longue date qui unissait Ivan et Sofia sans aucune ambiguité, mais elle n'en ressentit pas moins une pointe de jalousie. Ivan parut un peu gêné et lui tapota maladroitement le dos, et elle desserra sa prise:
- Tu aurais pu vraiment mourir, ce coup-là...
Ivan se leva:
- Mais je suis bien vivant, les amis! Allons, remettez-vous, parce que ce n'est pas la première fois tout de même que vous me voyez en danger...
- C'est la première fois que tu passes aussi près! s'exclama Vlad. Si Eléana n'avait pas eu cette présence d'esprit, on t'enterrait, à l'heure qu'il est!
Le jeune mystique d'air lâcha un soupir. Bon, il leur avait vraiment fichu la frousse. En même temps, pas suprenant. Si Vlad ou un autre de l'équipe s'était retrouvé dans cet état... Mais il leur rappella cependant qu'il était pour tout le monde de retrouver son sang-froid, car ils avaient intérêt à aller s'installer ailleurs, visiblement. Tout le monde grimpa de nouveau sur le dos d'Astréos et ils allèrent trouver un autre coin pour camper.
Lorsque deux heures après, ils eurent enfin trouvé un coin tranquille, il était plus de minuit, et ils étaient tous fatigués, surtout Ivan; il avait beau être guéri du venin, il sentait encore une grande fatigue dans ses muscles. Il resta près de son roc qui somnellait, ses ailes repliés, ses pattes fléchis, son ventre reposant dans l'herbe. Eléana vint le rejoindre deux minutes après:
- Comment te sens-tu? lui demanda-t-elle. Pas trop épuisé?
- Un peu...
- Tu aurais dû être plus prudent.
Ivan répliqua:
- Cette sale bête allait te mordre, Eléana! Ta vie est plus importante que la mienne, ne l'oublie jamais...
Eléana le fusilla du regard:
- Je ne l'oublie pas, non! Mais si je sens mon ventre se tordre chaque fois que tu risques ta peau, ce n'est pas ma faute! Tu oserais me reprocher d'avoir des sentiments, toi?
- Non, je te reproche simplement de ne pas me faciliter la tâche lorsqu'il s'agit de te protéger, répliqua-t-il. Si tu te mettais moins souvent dans des situations dangereuses, je ne serais pas forcé de te sauver la mise à la dernière minute...
- Ce clebard m'a foncée dessus, Ivan, ce n'est pas ma faute!
- Pour aujourd'hui, non. Je te rappelle juste ton attitude en général. Ca me semble essentiel, vu que nous avons encore une cité à trouver, et qu'il faut qu'on te garde en vie jusque là.
Eléana se sentit blessée par ces paroles. Elle osa donc poser la question qui lui trottait dans la tête:
- C'était donc à ca que tu pensais quand tu as fait ce geste téméraire?
Ivan baissa vivement les yeux, comprenant tout à fait le sens de la question et de nouveau, la souffrance lui irradia la poitrine. Non, évidemment, la seule chose qu'il avait pensé, c'était "Pas elle". Mais il était hors de question de l'admettre.
- En quelque sorte, rétorqua-t-il.
- Sans blague... Tu arrives à réfléchir aussi vite, toi?
Ivan sentit une bouffée de colère l'envahir et se leva d'un bond:
- D'accord! C'était un réflexe! C'est bien ca que tu voulais savoir?
- Ne t'énerve pas, soupira Eléana.
- Et toi, à quoi tu pensais quand tu as tout tenté pour me sauver?
La jeune fille se leva à son tour et se rapprocha en le regardant dans les yeux. Ivan sentit son coeur cogner à tout rompre. Elle murmura:
- Sûrement à la même chose que toi, Ivan...
Elle soutint son regard couleur d'améthyste. Eléana savait qu'ils se comprenaient encore parfaitement malgré tout ce qui avait pu se passer. Ivan quant à lui, se sentait déchiré entre plusieurs émotions. Une part de lui était empli d'une rage sans nom. L'autre partie de tristesse. Une autre encore, tremblait devant ces magnifiques yeux verts qui l'avaient tant de fois envoûté, ces magnifiques boucles brunes dans lesquelles il avait tant aimé fourrager ses mains, et surtout, ces lèvres si douces, si gourmandes qu'il avait tant de fois embrassé sans jamais s'en lasser...
Ils étaient tout près l'un de l'autre et le jeune homme sentait son souffle devenir haletant et ses jambes se paralyser. Il n'y avait pas à dire, l'attraction était toujours là, on aurait même dit qu'elle s'était décuplée. Eléana, quant à elle, ne savait que faire. Timidement, elle glissa ses mains entre les siennes. Incapable de se contrôler, Ivan les attrappa et l'attira contre lui. Lorsque leurs deux corps entrèrent en contact, il laissa échapper une violente expiration. Eléana, elle, retenait déjà son souffle et leva les yeux vers lui. Il avait fermé les siens et son visage se rapprocha de celui de la jeune fille. Leurs nez se frôlèrent en une caresse furtive, ils sentirent tous deux leurs souffles se mêler... Eléana n'hésita plus et doucement, rapprocha ses lèvres de celles du jeune homme. Juste au moment où elles allaient se frôler, Ivan repris brutalement ses esprits, la douleur qui menacait d'éclater dans sa poitrine éclata tout à fait:
- Non!
Il se recula vivement, les yeux enflammés, les poings serrés, cherchant à reprendre le contrôle de sa respiration. Eléana sentit son coeur se fendre d'un coup. Elle aurait dû savoir qu'il la repousserait... Quelle idiote...
- Je ne voulais pas te brusquer, dit-elle en baissant les yeux. Je suis désolée...
- Non, répondit Ivan d'un ton brusque. C'est à moi de m'excuser, sur ce coup-là. Je t'ai laissé de l'espoir, j'ai eu un moment de faiblesse, je n'aurais pas dû. Eléana...
Il tremblait de tous ses membres. La jeune fille le regarda, pétrifiée.
- Eléana, dit-il enfin, notre rupture a été très dûre pour moi. J'ai souffert durant des jours et là, je commence tout juste à remonter la pente. Alors, si tu as encore un peu de respect pour moi... Ne refais plus ca!
La jeune fille sentit des larmes rouler sur ses joues. Elle avait beau s'y attendre, ca restait encore plus douloureux qu'elle aurait pu penser.
- Je ne voulais pas te faire souffrir, dit-elle d'une voix tremblante. Je suis désolée...
Ivan la regarda avec tristesse:
- Alors, s'il te plait... Laisse-moi...
- Comme tu veux...
Elle se hâta de disparaître de sa vue et retourna près de son sac. La minute d'après, elle s'isola et là, elle pleura pour de bon, tandis que son coeur se brisait dans sa poitrine. Elle le savait bien, qu'il la repousserait. Comment aurait-il pu en être autrement? Et pourtant, folle comme elle était, elle avait l'impression qu'elle ne faisait que l'aimer davantage chaque jour...
"Pourquoi a-t-il fallu que je sois aussi stupide?"
Elle avait mal à un point que ca en était surprenant. Peut-être parce qu'elle venait de réaliser pour de bon qu'il avait tourné la page. Ou du moins, qu'il ne désirait que ca.
En tout cas, comme l'avait dit Floranna, à partir de maintenant, la seule chose qu'elle devait faire, c'était accéder à sa requête; il lui avait clairement dit qu'il souhaitait qu'elle le laisse tranquille. Qu'il puisse se remettre complètement de la crasse qu'elle lui avait faite. Que son coeur à lui puisse cesser de saigner. Et elle, par son attitude, elle lui faisait encore plus mal.
Et bien, elle le ferait. Elle l'aimait trop pour supporter que lui, souffre. Si elle le blessait par ses avances, elle ne lui en ferait plus. Elle ne lui ferait pas plus de mal en l'obligeant à la repousser. Avec difficulté, elle renferma la douleur au fond de son coeur qui explosait. C'était à elle et à elle seule de la gérer. Elle continua de pleurer jusqu'à ce que l'épuisement la fasse s'endormir...
Ivan, une fois demeuré seul, avait eu du mal aussi, mais il était surtout furieux contre lui-même. Il avait bien failli succomber à la tentation! Il s'était rendu compte d'une chose, c'était que ses sentiments pour Eléana étaient très loin d'être contrôlables. Ce n'était que le rappel de la souffrance endurée qui lui avait permis de la tenir à distance. Elle était comme une sorte de drogue dans laquelle il pouvait replonger et se détruire à nouveau. Son coeur brisé implorait qu'il arrête de se faire souffrir, mais de l'autre, tout son être réagissait à la présence d'Eléana, ne désirant que s'abreuver de ses lèvres, caresser ses boucles brunes, savourer le contact de sa peau, la toucher, la posséder...
-Rha!
Il serra de nouveau les poings, furieux contre cette obsession qui le ravageait.
"Cette fille va me tuer, c'est clair! Et c'est sensé être CA, l'amour?"
Il faisait les cent pas, à présent, tentait de se calmer:
"C'est ca, l'amour? C'est cette espèce d'obsession? Bon sang! C'est que je pourrais presque la haïr!"
Il sentit le calme revenir et comprit qu'il avait mis le doigt sur ce qu'il ressentait réellement.
"Oui, je la hais... Une partie de moi la hait pour ce qu'elle m'a fait... Et l'autre partie de moi veut toujours autant la protéger, toujours autant son bonheur... et en même temps surtout, n'a pas oublié notre relation et voudrait la renouer..."
Il avait les larmes aux yeux, à présent.
"Et à cause de cela, son invitation de ce soir a failli me rendre à moitié fou..."
Il sentit qu'il se calmait enfin. Analyser la situation l'aidait à en reprendre le contrôle.
"Si j'avais cédé à mon impulsion, je sais très bien ce qui se serait passé... Et je crois que quelque part, j'en aurais perdu le respect pour moi-même. Je me serais laissé aller à me rendre à nouveau faible en face d'elle, à lui donner de nouveau la possibilité de trahir ma confiance..."
Il sentit qu'il était à présent parfaitement calme. Ouf, il arrivait encore à conserver la tête froide. Il savait qu'il n'aurait pas eu autant de mal à se contrôler s'il n'avait pas senti l'espèrance d'Eléana. Elle ressentait toujours quelque chose pour lui et lui avait fait comprendre. Et cela le faisait souffrir plus que tout le reste...
