Chapitre #8 – I tried to give you up, but I'm addicted
La pièce était beaucoup plus sombre que la précédente. Phoenix dut cligner des yeux plusieurs fois avant de distinguer une forme au bout de la salle. Peut-être même deux… Une vague de courage s'empara de lui lorsqu'il repensa à la confiance que Miles avait placée en lui, et il s'avança en criant :
« Montrez-vous ! »
Il y eut un bruit, un murmure étouffé, et ils virent deux ombres sortir par une porte dérobée, la laissant grande ouverte. Une lumière pâle emplit la pièce, et ils s'apprêtaient à poursuivre les fuyards lorsqu'ils virent ce qui était écrit sur les murs, avec une peinture marron, ou rouge. Miles s'approcha lentement d'une des tapisseries où étaient dessinés le mot RACHE un peu partout.
« Rache ? » murmura Phoenix.
Franziska se mit alors à trembler de haut en bas, le regard vide, et Phoenix ne l'avait jamais vu dans un tel état. Elle ne tenait même plus son « fouet », qui était tombé au sol sans qu'elle ne le ramasse, et ses lèvres essayaient de former des mots incompréhensibles. Elle leva les yeux vers Miles, qui s'approcha d'elle et souffla :
« Tu penses que… qu'il peut s'agir de… ? »
« C'est… impossible. »
« Wright, dit-il en se tournant vers lui. Rache signifie vengeance en allemand. Comprenez-vous ce que cela veut dire ? »
« Je… Je ne préfère pas l'imaginer. Comme l'a dit Franziska, c'est impossible. »
« Réfléchissez : les poupées… la vengeance… »
« Je ne veux pas le croire ! s'écria-t-il. Mais ce qu'il nous reste à faire est suivre les deux gars qui sont sortis. C'est tout. »
« Phoenix Wright, murmura Franziska. Vous avez dit quelque chose d'intelligent, pour une fois. Allons-y ! »
Ils se ruèrent à leur poursuite, et ne se perdirent pas car il n'y avait d'autre itinéraire que tout droit, tout droit, et tout droit. Pearl sacrément secouée sur ses épaules, Phoenix courait au ralenti, soufflant comme un bœuf. Ils arrivèrent finalement dans une pièce beaucoup mieux éclairée, constituée surtout d'une armoire et d'une porte blindée. Mais ils s'en moquaient un peu, car au milieu de la salle il y avait Larry recroquevillé par terre, et quelqu'un debout que Phoenix aurait espéré ne jamais revoir de toute sa vie.
« Phoenix Wright. Cela faisait longtemps. »
Il était paralysé de terreur, horrifié, c'était sans mot.
« Monsieur Nick ? chuchota Pearl. Qui est ce monsieur bien habillé ? »
« Je…, bafouilla Phoenix en se frottant les yeux. Pourquoi ? Pourquoi n'êtes-vous pas en prison ? »
Le vieil homme se mit à ricaner, et Miles s'accroupit près de Larry qui sanglotait, et dit d'une voix tendue :
« Manfred Von Karma. »
« Miles Edgeworth, mon très cher élève ! répondit-il avec un sourire carnassier. T'es-tu remis de ton traumatisme ? Faut-il que je te fasse entrer dans un ascenseur ? Peut-être même un jour de séisme… »
« Vous êtes un monstre. » déclara Phoenix, à sa grande surprise d'ailleurs.
Ils se firent face quelques instants, puis Pearl descendit des épaules de l'avocat pour s'occuper de Larry. Il avait l'air d'avoir reçu un coup de couteau au ventre, mais heureusement peu profond, il s'en sortirait avec un bandage. Miles s'était relevé et déclara d'une voix blanche :
« Pourquoi êtes-vous sorti de prison ? »
« J'ai des relations, même après un meurtre ou deux. Tu ne devrais pas t'inquiéter pour moi de la sorte, mon petit Miles. Ma vie n'a pas été un long fleuve tranquille : je suis sorti discrètement, et ai décidé de m'installer sur cette île délabrée. Un acolyte a soudoyé le capitaine de votre bateau, puis vous a assommés et transportés sur des bateaux pneumatiques jusqu'ici. Vous avez cru que ce n'était qu'un accident ? Erreur, vous étiez tous en mon pouvoir depuis le début. Le bateau n'a jamais coulé, tout n'était qu'une mise en scène : l'eau dans votre cabine n'était que factice, et le meuble qui vous est tombé sur la tête n'était qu'un coup de matraque de mon associé. Je me demande même comment vous avez pu imaginer que cela s'était passé autrement. »
Phoenix n'en menait pas large. Il détestait cette impression d'avoir été bloqué dans un coin, sans aucune échappatoire. Il n'avait pas de pièces à conviction à présenter, et il n'y avait pas de juge pour le protéger. Il était juste dans la mouise. Pour rappeler les faits, Manfred Von Karma avait il y a bien longtemps assassiné le père de Miles dans un ascenseur, durant un séisme, et Miles avait cru toute sa vie qu'il avait lui-même tué son père sans le vouloir. Phoenix avait creusé l'enquête au maximum, et avait rétabli la vérité, envoyant Von Karma en prison. Cet homme ne lui voulait absolument pas de bien…
« Toi, ma fille, tu m'as déçu. Tu me décevras toujours, car tu as perdu contre cet énergumène d'avocat ici présent. »
« Mais… papa ! s'écria Franziska. Je ne suis pas… Je n'ai pas… »
Franziska avait toujours tout fait pour faire honneur à son nom, et voilà que son père la reniait presque. Ce n'était pas spécialement sa journée. Manfred les regarda en silence, ignorant sa fille qui sanglotait sur Larry (qui sanglotait aussi), puis cria de sa voix théâtrale :
« Vous ne sortirez pas vivants d'ici ! Miles Edgeworth, Phoenix Wright, l'heure de ma vengeance a sonné ! »
Sans aucune délicatesse, il les saisit chacun par un bras, et jamais Phoenix n'aurait pu imaginer qu'il avait autant de force. Il les traîna violemment vers la porte blindée, les balança littéralement de l'autre côté, et referma la porte métallique dans un grand fracas. Phoenix était trop sonné pour réagir, mais il fut poussé sans ménagement vers le centre de la pièce beaucoup trop éclairée, complètement à-côté de ses pompes, déboussolé et perdu. Miles s'était relevé beaucoup plus vite que lui, et il toisait déjà Manfred Von Karma avec une lueur de défi dans les yeux.
« Vous n'irez nulle part, Von Karma ! »
Phoenix fut témoin d'une scène qu'il n'aurait jamais pu imaginer : Manfred gifla Miles tellement fort qu'il en tomba sur les genoux. Se tenant la joue à deux mains, il se mit à proférer des jurons que Phoenix était choqué d'entendre venant de lui, le roi du self-control. L'avocat tenta de se faire croire qu'il était courageux, et essaya d'empoigner Von Karma par le col, avant de se prendre une droite en pleine figure. Les deux avocats, tous deux se massant la mâchoire, avaient l'air plutôt idiot. Mais ils avaient surtout peur… Von Karma n'était pas un vieillard sénile, il allait leur faire du mal, et sans aucun doute les tuer. Ils pouvaient distinctement entendre Franziska et Pearl taper contre la porte en hurlant, mais elles n'arriveraient jamais à passer. Ils étaient cuits…
Phoenix ferma les yeux, avec l'impression persistante qu'il valait mieux qu'il ne les ouvre plus jamais. Il cacha sa tête entre ses genoux, comme s'il avait quatre ans, et Von Karma se mit à crier :
« Je le savais ! Vous n'êtes que des couards ! Un pathétique avocat de la défense – qui défend les meurtriers, les assassins – et la honte des procureurs… Je suis bien entouré, dites-moi ! Pourquoi ne répondez-vous pas quand je vous parle ? Il vaudrait mieux pour vous que vous REPONDIEZ ! »
Phoenix n'avait pas prévu de pousser un long hurlement paniqué, mais il le fit quand même.
« Ah ! On préfère m'attaquer les tympans plutôt que répondre à mes injonctions ! » brailla Manfred Von Karma.
Phoenix entendit ses pas s'approcher de lui, et il reçut un violent coup de pied dans la cuisse droite. Tombant et roulant sur le côté, il aperçut le regard de haine absolue de Von Karma, se demandant comment il était possible de se faire détester à ce point. Sa cuisse le lançait, il allait avoir un beau bleu, s'il ne mourait pas avant. Miles ne réagissait plus. Seuls les tambourinements à la porte et leurs souffles courts résonnaient dans la pièce.
Von Karma s'approcha à nouveau de Phoenix et lui mit un deuxième coup de pied en murmurant :
« Vous ne vous en sortirez pas vivants, je tenais à ce que vous le sachiez. Trop de souffrance. Trop de solitude. Trop de prison alors que je devrais régner sur le monde judiciaire. Je vous maudis à jamais, et ce jamais ne va pas être très long, ne vous inquiétez pas. »
Avec un hoquet choqué, Phoenix vit qu'il sortait de sa poche un Taser, comme il y a bien longtemps, dans la salle des archives, où Manfred les avait touchés, Maya et lui, avec cette arme terriblement efficace. Et il n'avait pas envie de s'en reprendre un coup, si possible.
« Non, Von Karma, non ! Qu'est-ce que… Que pourrions-nous faire pour vous ? »
« Vous taire. »
Il se jeta sur Phoenix et le plaqua au sol, sans qu'il ne puisse bouger d'un pouce. Il leva le Taser, l'alluma, et Phoenix sentit qu'il était réglé comme la dernière fois. Pourquoi vouloir les assommer, et pas les tuer directement ? Il voulait sûrement faire pire. Mais, en attendant, Phoenix avait envie de crier très fort, seulement aucun son ne sortait de sa gorge.
« Nooooooon ! »
Là, ce n'était pas lui.
Miles s'était jeté sur Von Karma avec une vitesse qui avait étonné l'avocat, et aurait pu le plaquer au sol si le vieux procureur n'avait pas été aussi solide. Avec un rugissement bestial, Von Karma lui mit un coup de Taser dans le ventre, sous les yeux horrifiés de Phoenix. Miles s'écroula sans un mot, assommé, le regard vide. L'avocat de la défense voulut se redresser et frapper Von Karma aussi fort qu'il le pouvait, même lui arracher les yeux en poussant des cris hystériques ! Ses pupilles étaient presque dilatées par la colère et la haine, mais il avait trop peur pour attaquer Von Karma… Il n'arrivait pas à croire qu'en une occasion pareille il ne puisse pas trouver un peu de courage au fond de son cœur de nouille, mais il n'arrivait pas à se faire une raison. Le temps qu'il tente de prendre une décision, il eut très mal et tout devint noir.
« Franziska ! Comment ouvrir la porte ? » cria Pearl, les larmes aux yeux.
« Elle ne s'ouvrira pas toute seule. » grommela la jeune femme en jetant son fouet par terre de dépit.
Il fallait qu'elle réfléchisse, qu'elle trouve une solution, que cette fichue porte blindée puisse céder et qu'enfin elles puissent aller aider Wright et Miles… Il était son petit frère, tout de même. Enfin, pas vraiment son petit frère, mais elle le considérait comme tel. Totalement désemparée par cette situation, où aucun policier ne pouvait l'aider, elle ne savait absolument pas quoi faire. Son esprit de déduction lui faisait défaut au moment le plus important, elle allait perdre sa perfection si cela continuait. Appuyée contre la porte, elle se demandait pourquoi son père faisait tout ça. Il n'avait jamais détesté Miles au point de vouloir sa mort, car c'était sans aucun doute ce qu'il voulait, et Franziska en avait la nausée.
Quand elle se tourna vers Pearl dans l'espoir qu'elle ait une idée, un début de solution, elle la vit allongée par terre, le regard vide et les yeux écarquillés. Paniquée, Franziska n'osa pas la toucher et se mit à crier :
« Pearl Fey ? Pearl ? Pearl ! Réveille-toi ! »
Mais elle était réveillée, seulement elle avait l'air d'être dans une sorte de transe, dans un état second. Tout comme Miles, Franziska ne croyait pas à ces choses-là, mais le procès du temple, avec ses histoires d'incarnations, lui avait fait se poser des questions sur l'existence du paranormal. Et là, Pearl Fey s'était toujours allongée avec un air de néant total, et elle commençait à avoir peur.
Soudain, la petite fille, qui n'était plus petite du tout, se redressa et s'adressa à Franziska avec une voix de femme :
« Je suis Mia Fey, invoquée par Pearl… Je vois que quelque chose cloche, elle ne m'aurait pas invoquée pour rien… »
Ne réfléchis pas. Elle n'est pas là, devant toi, tu vas juste répondre à ses questions en oubliant que cette femme est censée être morte…
« Miles Edgeworth et Phoenix Wright se trouvent de l'autre côté de cette porte blindée, avec mon père, Manfred Von Karma, qui a sans aucun doute l'intention de les tuer tous les deux pour se venger de son seul procès perdu par leur faute. »
« Connaissant Von Karma, cela ne m'étonne pas de lui. Il faut absolument trouver un moyen de défoncer cette porte, je pense que Pearl m'a appelée pour ça… »
Franziska la regarda avec espoir, et Mia conclut :
« Sauf que je ne sais vraiment pas quoi faire. »
