Chapitre #9 – Cold is Your Silence, Denying What is Real
Sa tête était beaucoup trop lourde. Phoenix clignait des yeux, mais aucune image ne parvenait à son cerveau : il était complètement sonné. Il ne savait même plus quel était son deuxième prénom, ni son âge, ni qui pouvait se trouver à côté de lui. Ah… si, il devait bien y avoir Miles, non ? Oh, Miles… Mais qu'est-ce qu'ils avaient fait depuis toutes ces heures ? L'île, la flèche dans le bras, le manoir, l'ours, et euh… La sorte de câlin de Miles, aussi, et puis le sourire de…
Oh non ! Von Karma !
Phoenix dut devenir vert ou bleu clair, car il entendit un rire grave tonitruant arriver pile dans ses oreilles endolories et bourdonnantes.
« Alors, on a fait une bonne sieste ? Misérable vermine, cafard, larve de… »
Von Karma parut chercher ses mots, ce qui lui arrivait rarement, mais en parvenant à ouvrir les yeux, Phoenix se rendit compte qu'il avait été interrompu par Miles. Celui-ci arborait un grand sourire.
Miles, c'est pas le moment de bluffer ! Ce mec est un fou, pas un témoin à cuisiner ! Enfin non, ça c'est mon travail à moi, mais quand même…
Phoenix tremblait comme une feuille, tandis que Von Karma fixait Miles avec une expression terrible, ressemblant comme deux gouttes d'eau à celle qu'il avait arborée devant lui lors de l'épisode du détecteur de métaux. Ou aussi lorsqu'on l'avait emmené vers sa nouvelle demeure, la prison. Son regard s'était gravé pour toujours dans sa mémoire, et Phoenix avait prié pour ne plus jamais le revoir un jour. Enfin, apparemment, il aurait dû prier avec plus d'assiduité…
Mais au fait, pourquoi était-il en position verticale alors que ses jambes étaient trop faibles pour le soutenir ? Il se rendit alors compte qu'il était attaché à une sorte de brancard, presque perpendiculaire au sol, et que Miles l'était également. L'avocat risqua un regard vers le procureur, qui continuait de sourire aux anges. Ou il bluffait, ou il avait complètement craqué. Phoenix espérait que Miles n'avait pas perdu l'esprit, car il était son seul espoir dans cette situation abominable, même si finalement il était attaché à une table verticale comme lui. Von Karma était vraiment prêt à tout. Allait-il les torturer ?
« Je ne vois pas ce qu'il y a d'amusant, Miles Edgeworth. Etre la honte de la profession ne t'autorise pas à te moquer d'un Von Karma. »
Miles sourit encore plus brillamment, et Phoenix pensa qu'il n'avait décidément aucune notion d'un vrai sourire sincère. Son visage faisait très peur lorsqu'il essayait d'avoir l'air heureux… L'avocat n'avait même pas envie de le voir lui faire ça à l'avenir, il préférait encore le voir froid et distant plutôt qu'aussi bizarre. En même temps, ce sourire était forcé, mais cela ne changeait rien : il était totalement effrayant. Il aurait dû lui faire ça au tribunal, il aurait sûrement remporté chaque procès.
« Manfred Von Karma, déclara Miles avec beaucoup trop d'assurance. Vous ne savez pas que nous ne sommes pas seuls, n'est-ce pas ? Nos amis vont vous aider. Ils vont bientôt arriver, le savez-vous ? »
Phoenix dut devenir livide.
Ah parce que savoir qu'il y a la propre fille de Von Karma et une petite fille de l'autre côté, ça te rassure ? T'as complètement craqué, ça y est, on est fichus ! Maya est trop loin, et puis… qui peut défoncer une porte blindée ? Pearl sait invoquer des morts, pas déglinguer des portes en métal ! Je ne pensais pas que tu sortirais un bluff aussi nullissime, où est passé le vrai Miles Edgeworth ? Rendez-moi le vrai Miles…
« Rendez-moi le vrai Miles ! »
Ah oui, en effet, il avait prononcé cette phrase à voix haute.
Miles avait tourné ses yeux vers lui, sûrement alarmé par son ton angoissé et désespéré. Phoenix n'était pas prêt à poursuivre ce bluff idiot, même s'il s'agissait de la vérité, à la base. Pourquoi Miles ne pouvait-il pas utiliser son charisme légendaire ? Peut-être qu'en fait… il n'avait rien dans le cerveau. Oui, c'était ça, Miles Edgeworth était un idiot déguisé en avocat. Il n'avait aucune sorte d'intelligence, il l'avait séduit dans un but… euh, dans quel but, d'ailleurs ? Phoenix était complètement perdu, et ses yeux ne cessaient plus de lancer des éclairs à ceux du procureur, dont le sourire s'estompait peu à peu.
Ben ouais, je t'ai cerné, Miles. Seize ans d'illusions.
Pourquoi s'avouait-il à ce moment-là que depuis seize ans il…
« Hm ! l'interrompit Von Karma en fronçant les sourcils. A quel jeu jouez-vous ? Vous pensez peut-être que vos tentatives de me berner vont fonctionner ? Je suis Manfred Von Karma. Pas un simple témoin de l'une de vos ridicules affaires. Les procès d'aujourd'hui sont si aisés à mener… De mon temps, il fallait falsifier des preuves, en créer, torturer les témoins qui ne souhaitaient pas coopérer… C'était plus difficile. Et vous, vous vous prenez pour des durs, vous êtes des avocats, ça y est, vous avez tout compris ! Mais NON, le monde n'est pas comme ça ! Je… vous me donnez la nausée. Tous autant que vous êtes. »
Il leur tourna le dos, et Phoenix eut soudain très envie de prendre la main de Miles. Mais c'était sûrement la trouille, pas l'amour. C'était fini, tout ça. Enfin peut-être pas, non…
Même si ses poignets étaient assez libres pour qu'il puisse toucher les doigts de Miles, il ne savait plus s'il en avait envie. Leur dernière heure était peut-être arrivée, et il aurait voulu montrer au procureur ce qui se cachait au fond de sa tête, même s'il essayait de se persuader que c'était terminé. Cela faisait seize ans, jamais il ne pourrait oublier les nuits blanches, les questions sans réponse, la seule question qui importait, et dont il ne connaissait que trop la réponse, d'ailleurs… Son esprit était encore plus embrouillé que d'habitude, il avait l'impression d'être retombé du haut du pont au Temple. Là où Miles avait accepté de jouer le rôle d'avocat de la défense pour lui… Là où il avait subi un tremblement de terre, tout ça parce que Phoenix lui avait demandé de venir, et pourtant Miles était resté. Qui avait fait le plus pour l'autre ? Est-ce que Phoenix pouvait décemment insulter mentalement le procureur, alors qu'il avait si souvent été là pour lui ?
Mais, quelques années plus tôt, il était parti sans explications, laissant un mot laissant présager un suicide, ce qui avait ruiné le moral de Phoenix pendant une longue année. Et puis, un jour, il était revenu. Comme ça. Sans un mot d'excuse, sans lui dire qu'il lui avait manqué ou quoi que ce soit d'autre.
Miles ne l'aimait pas.
« Je n'ai pas l'intention d'y aller par quatre chemins, continuait Von Karma, coupant court à son abîme intérieur. Vous avez ruiné ma vie. Vous avez brisé ma parfaite carrière. Vous avez perverti ma fille en la faisant travailler à votre compte dans ce maudit Temple. Lui faire ouvrir des cadenas ! Quelle humiliation. »
C'est vrai, et elle nous a tous sauvés… Je ne l'ai jamais assez remerciée, et c'est maintenant que je m'en rends compte…
« Vos supplications n'y changeront rien… Vous allez mourir. Et lentement. »
Phoenix, à défaut de crier, poussa un gémissement désespéré. Il sentit que des doigts touchaient les siens, mais il ne voulait plus regarder Miles. Il se sentait si mal… La mort, les sentiments… l'amour ? Tout ça se mélangeait dans sa tête, il en avait presque la nausée. Malgré les efforts de Miles pour qu'il se tourne vers lui, il résista et fixa Von Karma dans les yeux.
Celui-ci lui rendit un sourire carnassier et partit chercher quelque chose dans une salle adjacente. Miles en profita pour murmurer :
« Ce n'était pas du bluff, Wright. »
« … »
« Regardez-moi. Ce n'était pas du bluff. »
Phoenix ne put s'empêcher de se mettre à pleurer, sans pouvoir s'arrêter, les épaules agitées de soubresauts. En sanglotant, il souffla :
« Si, c'était du bluff, et on va mourir ! Il va nous tuer, et personne ne viendra nous chercher ! Après, il ouvrira la porte blindée et massacrera tous les autres ! Rien ne nous sauvera, M… »
Non, ne dis plus jamais son prénom. Plus jamais.
« Pourquoi un bluff aussi ridicule, hein ? Pourquoi ? » demanda-t-il entre deux sanglots.
« Je… Wright… enfin, Phoenix, il y aura bien un moment où les autres s'apercevront que la porte blindée est ouverte et non verrouillée… »
Phoenix pâlit, incrédule.
« Non. Ils peuvent l'ouvrir comme ça ? Rien qu'en actionnant la poignée ? »
« Oui… Mais le réflexe devant une porte blindée est plutôt d'essayer de la défoncer. Et Franziska et Pearl n'ont toujours pas tenté de l'ouvrir normalement… Et si nous leur crions la solution, Von Karma refermera la porte car il nous entendra. »
« Elles n'y penseront pas, c'est trop… bête. Nous allons mourir. »
Il y eut un silence, durant lequel Phoenix se rendit compte que Miles ne touchait plus ses doigts, et il ajouta, penaud :
« Je suis désolé d'avoir douté de toi. J'ai l'impression de m'être trompé toute ma vie. »
« Ne dis pas ça, Phoenix, murmura-t-il, embarrassé. Tout le monde peut faire des erreurs. Mais il est trop tard pour les réparer… C'est… »
Sa voix se brisa, et il se tut.
Phoenix se remit à pleurer, en essayant de tourner la tête pour que Miles ne le voie pas, mais ses sanglots étaient bien trop bruyants pour passer inaperçus. Tout s'enchaînait. Le procureur le tutoyait, lui parlait gentiment, et ils allaient mourir. Pourquoi est-ce que tout devait arriver à ce moment-là ? Pourquoi ne pouvaient-ils pas être tranquillement assis sous un palmier et s'enlacer en riant ? Ils allaient mourir liés par l'esprit, et encore. Phoenix n'avait même pas réussi à ouvrir son cœur, il s'était juste excusé pour l'histoire du bluff.
« Phoenix, ne pleure pas comme ça… »
« Mais on va mourir, Miles, on va se faire tuer et on est juste là à attendre la mort, sans rien faire, on peut à peine se parler… Miles… »
Il n'arrivait presque plus à parler à cause de ses sanglots.
« Pourquoi ? Pourquoi est-ce que tout s'est passé si mal ? »
Il entendit le procureur soupirer, puis s'aperçut que ses yeux brillaient de larmes.
« J'ai raté ma vie, Phoenix. »
Estomaqué d'entendre une phrase pareille venir de son modèle, de celui qui l'avait poussé à devenir avocat, il arrêta instantanément de pleurer et murmura, après avoir jeté un regard à la porte par laquelle Von Karma était sorti :
« Mais non, Miles, c'est faux, tu ne peux pas dire une chose pareille. D'accord, tu as décidé de mettre un terme à ta carrière de procureur, mais… Tout ce que tu as fait avant avait tellement de sens, tellement de classe ! Au départ, je ne faisais pas de droit, et j'ai changé quand j'ai vu que tu en faisais… Même si ton choix s'est fait par une envie de vengeance, plus ou moins, je n'aurais pas honte de ce que tu as fait, si j'étais toi. »
« C'est très gentil à toi de me dire ça, mais ce n'est pas à ma carrière que je pensais. » répondit-il avec un maigre sourire.
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Mia Fey était en galère. Cette porte blindée ne pourrait jamais être défoncée à deux, et elle se demandait comment parvenir de l'autre côté. Franziska lui avait dressé un portrait apocalyptique de la situation, et l'ancienne avocate en était presque verte. Pour un fois, elle n'arrivait pas à prendre le problème calmement, et son sourire légendaire était plutôt… invisible.
« Franziska, nous allons devoir trouver Gumshoe, Maya et Larry. »
« Larry est déjà ici, murmura Franziska en montrant un garçon recroquevillé dans un coin de la pièce. Il est blessé, et il passe son temps à pleurer. »
« Von Karma l'a blessé… Ah, saleté de procureur ! »
Franziska détourna les yeux, envahie par un sentiment de culpabilité et de honte.
Soudain, un grand fracas retentit au loin, et Larry se redressa légèrement.
« Eh, dit-il, c'était quoi ce bruit ? »
Puis il grimaça et se rabougrit à nouveau. Mia et Franziska se regardèrent puis se tournèrent vers la porte non blindée de la pièce.
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« A quoi pensais-tu, Miles ? » demanda Phoenix en souriant faiblement.
Le sourire du condamné.
« Je voulais dire que…, commença-t-il avec hésitation. J'ai passé ma vie à ne penser qu'à moi, mes problèmes, ma vie. Et jamais dans un autre but que celui de ma tranquillité. J'ai toujours cherché à rester au calme, à ne pas trop réfléchir sur ce que je ressentais, à essayer d'oublier tout ce qui pouvait me mettre en colère. »
Et à te réveiller chaque nuit en larmes.
« J'ai oublié d'être heureux, j'ai toujours été trop froid, et surtout avec toi… Je regrette. C'est quelque chose que je n'ai jamais osé me dire, mais tout ce que je n'ai pas fait me pèse tellement ! Je n'ai pas été capable de dire la vérité, j'étais nul. Nul, Phoenix, complètement nul. »
« Je ne crois pas, non, puisque tu arrives à en prendre conscience aujourd'hui… »
En réalité, il était d'accord avec Miles : il était un peu tard pour dire la vérité… Lui aussi se sentait atrocement mal de ne pas avoir tout avoué à Miles plus tôt, et ses regrets étaient immenses. Incommensurables, même. Phoenix soupira et des larmes vinrent à nouveau à ses yeux.
« On va vraiment mourir… »
« Je sais, Phoenix, il faut garder la tête haute. » murmura le procureur d'un ton décidé.
« Je ne serai pas capable de mourir sans regrets si je ne te dis pas ce que j'ai… (Non, ne dis pas « sur le cœur », ce serait ridicule) ce que j'ai à dire. Miles, je pense que c'est déjà évident, que tu le sais déjà, et j'espère sincèrement que c'est réciproque parce que je ne veux pas mourir comme ça, malheureux, mais… »
Von Karma venait de revenir dans la pièce. Le cœur de Phoenix se mit à battre la chamade, et il se demanda s'il devait terminer sa phrase ou non. C'était trop tard, de toute façon. Manfred Von Karma était revenu avec une sorte de grosse scie très aiguisée, et ses intentions étaient évidentes.
« Ah ah ! s'écria-t-il avec un sourire effrayant. C'est terminé, messieurs ! Vous avez voulu jouer avec Manfred Von Karma ? Vous avez perdu. »
« Miles… Miiiiles…, sanglota Phoenix en cherchant sa main. Je ne veux pas mourir ! »
« Personne ne t'a proposé de survivre, vermine ! » brailla Von Karma en brandissant sa scie.
Il s'approcha de Miles et Phoenix poussa un hurlement abominable, mais Von Karma baissa son arme et déclara :
« Non. Je vais d'abord utiliser cette jolie pince… Je reviens. »
Von Karma retourna dans la pièce adjacente.
Génial, en plus de mourir, on va souffrir. Il va nous arracher des trucs…
Miles lui toucha les doigts, et Phoenix se tourna vers lui. Peut-être que le destin lui avait accordé quelques secondes de plus pour lui dire la chose la plus importante du monde, à la fois le cauchemar et le rêve de sa vie, tout ce qui avait fait de lui ce qu'il était aujourd'hui, et qui l'avait mené à la mort, peut-être.
« C'est si bête de le dire à un moment pareil… Miles… Je l'ai toujours su, mais je ne voulais pas te le dire. Je ne voulais même pas me le dire à moi-même… Miles, j'en ai pleuré la nuit, j'ai écrit des lettres que je ne t'ai jamais envoyées, j'ai écrit des choses insensées dans mes dossiers de tribunal, j'ai effacé tout ça quand je m'en suis aperçu, j'ai pris ma tête dans mes mains et j'ai encore pleuré, tout le temps, il n'y a rien de plus horrible que… »
« Phoenix ! s'écria Miles, les larmes aux yeux. Si tu crois que je ne le sais pas ! C'est exactement ce dont je parlais ! »
« Miles… si tu savais comme je t'aime… »
Est-ce que je peux mourir tranquille ?
Un silence s'installa, et Phoenix crut qu'il allait se remettre à pleurer.
« Phoenix, chuchota Miles. Je suis heureux de mourir avec toi… Mais j'aurais préféré t'avouer mon amour à un autre endroit que celui-ci. Je t'aime aussi, sûrement plus que tu ne peux l'imaginer. »
« Ah non, je t'aime beaucoup plus. »
C'était étrange de le lui dire plusieurs fois, sachant qu'il avait mis seize ans à oser y penser.
« Non Phoenix, c'est moi. »
« C'est plutôt moi, Miles, j'ai bien dit que j'avais pleuré, non ? »
« Wright, ne dites pas n'importe quoi ! »
« Ah, parce quand tu es énervé tu me vouvoies ? dit Phoenix avec un petit rire. Tu as dû être en colère pendant très longtemps, alors. »
« Je me détestais, Wri… Phoenix. Je n'ai jamais accepté mes sentiments. Mais maintenant je me sens… plus calme. Mais pourquoi fallait-il que cela arrive si tard ? »
« Pourquoi, tu voulais qu'on aille dans une chambre et qu'on… »
« Wright ! »
Ils se regardèrent en chiens de faïence, puis éclatèrent de rire.
Si la mort arrive juste après avoir vécu ça, ce n'est finalement pas si grave.
Leur rire s'évanouit lorsque Von Karma revint avec son énorme pince. Le visage de Phoenix dut prendre une couleur inédite, car le vieux procureur lui sourit méchamment et souffla :
« Ah, on a peur ? Je finirai par toi, pour que tu puisses voir ce qui t'attend. »
Il se tourna vers Miles, qui lui décocha un regard de glace, parfaitement calme en apparence.
Comment fait-il pour avoir autant de classe ?
« Regarde-moi bien, honte des tribunaux, ricana Von Karma en approchant la pince de son visage. A quoi ressembleront tes sermons sans tes dents ? Hum, commençons par celle du dessus… »
« Arrêtez ça ! s'écria Phoenix en se débattant dans son brancard. Vous n'avez pas le droit de… »
« Phoenix, c'est inutile, murmura Miles, toujours aussi froid. Adieu, je… je t'aime. S'il y a une vie après la mort, je t'y attendrai à l'entrée, je ne veux pas passer l'éternité sans toi. »
« N'importe quoi, cria Von Karma en lui donnant un coup de pince sur le front. A quel jeu jouez-vous ? On dirait un couple, sauf que deux hommes n'ont rien à faire ensemble. Vous êtes la honte absolue des tribunaux, je ne devrais plus m'étonner de rien, mais tout de même ! »
Miles fronça les sourcils, mais Phoenix pensa que ce n'était pas le moment de se plaindre de l'évidente homophobie de Von Karma. Il valait mieux ne pas l'énerver, sinon ils mourraient plus lentement…
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Le bruit s'accentuait. Larry se redressa réellement et cria :
« Qu'est-ce qui arrive ? Quelque chose court vers nous ! »
Franziska haussa lentement les épaules, en position de combat devant la porte, prête à se battre si quelque chose de dangereux arrivait. Soudain, la porte s'ouvrit avec fracas, comme démolie, et Maya et Gumshoe jaillirent dans la pièce comme des furies. Le détective avait l'air de sortir d'un décharge publique, recouvert de poussière et de détritus collectés dans les différentes pièces du manoir, et Maya avait l'air hystérique. Enfin, beaucoup plus que d'habitude, en tout cas.
« Où ils sont, Nick et Edgeworth ? J'ai vu un… »
« Maya ! l'interrompit Franziska en s'avançant vers elle. Où étais-tu pass… »
« Où ils sont ? J'ai vu Manfred Von Karma ! Ils sont en danger ! »
« Là-dedans, lui dit Franziska en montrant du doigt la porte blindée. »
« Ok ! » s'écria Maya en fonçant vers elle.
Elle se précipita sur la porte métallique, appuya comme une folle sur la poignée, et entra dans la pièce, sous le regard éberlué de Mia, Larry et Franziska. Gumshoe souriait aux anges.
« On a retrouvé tout le monde ! »
Franziska se gratta la tête, l'air perdue.
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Phoenix se serait remis à crier si Maya n'était pas entrée dans la pièce à toute vitesse, sans prévenir, et n'avait pas foncé sur Von Karma en poussant un cri de guerre. Elle l'avait plaqué au sol en le poussant de toutes ses forces, et le vieux procureur était tombé par terre sans avoir le temps d'émettre un seul grognement.
« Qu'est-ce que tu faisais à mes amis, hein ? » lui hurla-t-elle dans les oreilles.
Phoenix, trop en état de choc pour se réjouir de la situation, vit que Franziska était entrée à son tour, un revolver à la main. Celui de Gumshoe ? Qu'est-ce qu'elle veut faire avec ça ?
Elle s'approcha de son père, le tenant en joue, et murmura d'un ton acide :
« Papa, tu me fais honte. »
« Ah…, bafouilla Von Karma en tentant de se relever. Lâche donc cette arme et reste avec moi… »
« Jamais ! cria-t-elle en reculant d'un pas. Ne bouge pas ! Sinon je tire ! »
« Franziska, murmura Maya. Que ferait-on de lui, si tu ne le tuais pas ? »
« Maya, ce que tu dis est affreux ! dit Phoenix d'un ton réprobateur. Seule Franziska peut prendre cette décision. »
La jeune procureur soupira longuement.
« Eh, dit son père en se traînant lentement vers elle. Tu fais déjà assez honte aux Von Karma comme ça, ma fille. Donne-moi cette arme, et je t'aiderai à comprendre comment devenir… parfaite… »
« Je suis assez contente que Pearl ait invoqué Mia Fey, murmura Franziska en penchant la tête sur le côté. Au moins, elle n'aura pas à voir ça. »
Elle ferma un œil et abattit son père en deux tirs précis. Phoenix n'aurait jamais cru qu'elle en serait capable.
Après avoir détaché les deux avocats, Mia disparut avec un grand sourire, laissant place à Pearl qui s'endormit après avoir constaté que Phoenix et Miles étaient en bonne santé. Heureusement qu'elle n'a pas regardé vers le cadavre. Miles réconforta Franziska, qui malgré son courage tremblait sans cesse comme une feuille. Ils étaient tous serrés les uns contre les autres, lorsque Larry gémit :
« Eh, les gars, j'ai mal, je veux partir de cette île… »
