Chapitre 4
La petite table se trouvait à l'angle de la salle à manger, d'un côté une fenêtre donnant sur le jardin derrière l'hôtel, de l'autre le mur du fond de la salle et une grande cheminée de pierre. Un feu était allumé et craquait doucement, répandant une douce chaleur dans la pièce. La petite lampe allumée sur la table se reflétait dans la vitre, empêchant le regard de se porter sur le jardin obscur.
Tempérance était assise, les yeux sur le feu mais sans vraiment le voir. Elle sentit la présence de son partenaire avant de le voir s'asseoir en face d'elle. Il lui adressa l'un de ses sourires éclatants qu'elle aimait tant.
Alors, Bones, à quoi pensez-vous ?
A rien de particulier.
Rien, ce n'est pas possible. Un cerveau aussi génial que le vôtre ne peut jamais rester inactif, lui rétorqua-t-il avec un demi-sourire.
Elle ouvrit la bouche pour lui expliquer qu'il était strictement impossible pour un cerveau d'être inactif, mais comprenant qu'il la provoquait, elle soupira et répondit : « Même les génies ont besoin d'un break et puis j'avais envie de savoir comment c'est pour les gens comme vous… ». Il eut l'air choqué, un peu vexé puis écarquilla les yeux et lança d'un air appréciateur « Hé, Bones, de l'ironie…. Les voyages à la campagne vous réussissent. ».
C'est votre compagnie qui me réussit.
Il se pencha vers elle, ses yeux sombres plongèrent dans les yeux clairs de la jeune femme, il souffla « Merci, Bones » Tempérance se morigéna aussitôt « Super, Brennan, heureusement que tu devais rester sur le plan de l'amitié ». Pour couper court, elle reprit : « Vous savez ce que j'ai remarqué à propos des corps ?... » et la discussion se centra pour un temps sur le terrain plus sûr des échanges professionnels.
-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o
Après le repas, Booth proposa à Tempérance d'aller prendre une bière dans un bar qu'il avait repéré deux rues plus loin. Prétextant la fatigue, elle commença par refuser. Mais il insistait, lui lança ce regard et ce sourire absolument craquants contre lesquels elle ne pouvait rien et ils se retrouvèrent bientôt dans le petit bar, perchés sur de grands tabourets, une bière devant eux.
Le niveau sonore plutôt élevé interdisait toute conversation suivie : l'endroit était plein, les consommateurs, qui semblaient être essentiellement des habitués, riaient et s'interpellaient d'un box à l'autre. Dans un coin, une petite piste de danse accueillait quelques couples au son d'un vieux juke box. Soudain Booth sauta sur ses pieds, prit le poignet de sa partenaire et l'entraina au milieu des danseurs. D'abord réticente, Tempérance se laissa rapidement gagner par l'atmosphère bon enfant. Un grand sourire aux lèvres, ils dansèrent sur quelques standards des années 80.
Puis la musique changea, un morceau plus lent commença. Booth enlaça sa partenaire, Tempérance glissa ses mains derrière le cou de Seeley et nicha sa tête au creux de l'épaule de son compagnon. Ils bougeaient à peine, totalement oublieux des autres, centrés sur eux-mêmes. Booth sentait le corps de Tempérance contre le sien, le léger poids de sa tête contre sa poitrine, son souffle doux dans son cou. Il ferma les yeux, profitant au maximum de cet instant. Il se pencha, pressa ses lèvres contre la chevelure soyeuse de la jeune femme et y déposa un baiser léger. Elle ne leva pas la tête, mais se blottit encore plus contre lui. Seeley sentait son propre cœur battre la chamade, c'était maintenant, il chuchota : « Bones, … ».
Mais à cet instant, la musique changea à nouveau et le son des guitares saturées d'AC/DC les fit sursauter et s'éloigner l'un de l'autre. Ils se sourirent d'un air gêné. Booth attrapa la main de Tempérance et la fit tournoyer. Les pas de rock s'enchainaient, le moment était passé.
-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o
Plus tard, dans son lit, Tempérance ne trouvait pas le sommeil. Elle se tournait et se retournait dans son lit, incapable de trouver une position confortable. Elle repassait inlassablement dans son esprit ce qui s'était passé sur la piste de danse. Elle avait senti l'étreinte de Seeley, ses lèvres sur ses cheveux. Un court instant, elle avait été sûre qu'il allait l'embrasser mais ensuite le bon vieux Booth avait réapparu, et elle n'avait plus été sûre de rien.
Ce n'était pas la première fois qu'ils partageaient un moment d'intimité comme celui-ci. A chaque fois, ses bonnes résolutions la fuyaient et elle trouvait de plus en plus difficile de rester sur le registre de la camaraderie. C'est dans ces moments qu'elle voulait être faible, céder à la tentation en se disant que, peut-être, Booth partageait ses sentiments et que, peut-être, elle pouvait ne pas être si nulle en amour, que… Mais à chaque fois, Booth s'arrêtait et Brennan se souvenait que ça n'était qu'un rêve romantique et ridicule de sa part et que son partenaire ne pouvait pas être amoureux d'elle. Au mieux, il était physiquement attiré par elle. Elle savait qu'elle plaisait aux hommes - enfin tant qu'elle ne leur parlait pas…. – et comprenait tout à fait qu'un homme normalement constitué comme Booth (aussi bien constitué….) ne pouvait pas travailler continuellement avec une femme sans éprouver des besoins. Mais elle savait aussi qu'il avait une trop haute idées des relations amoureuses pour céder à ses pulsions.
Comme c'était frustrant et compliqué ! C'est pour cela que la science était un refuge pour elle. Au moins là, elle comprenait quelle cause provoquait quel effet. A mène à B, qui produit C, tout est clair, simple et précis. Alors que les émotions restaient pour elle souvent incompréhensibles. Celui qui parvenait le mieux à les lui expliquer et à les rendre intelligibles, c'était Booth. Alors là, à qui demander des éclaircissements ?
Sachant que le sommeil ne viendrait pas cette nuit, Tempérance s'assit dans son lit, ouvrit son portable sur ses genoux et se plongea dans l'écriture de son prochain roman.
