Chapitre 5
Le surlendemain soir, Tempérance avait invité Max Keenan à diner. Depuis que ce dernier était sorti de prison, ils essayaient de se voir régulièrement. Max faisait son possible pour faire à nouveau partie de la vie de Tempérance, qui peu à peu s'autorisait à faire confiance à son père.
Le repas s'était déroulé calmement. La conversation avait porté sur Russ et sa famille, sur le labo, Max avait raconté quelques anecdotes sur ses nouveaux petits élèves et sur Parker Booth, à qui il donnait régulièrement des cours de sciences.
Tempérance servit à son père une part du pudding au chocolat qu'elle avait préparé pour lui. Soudain, elle souffla « Papa, j'ai une question à te poser. »
Je t'écoute, ma chérie
Comment… comment as-tu connu Maman ?
Max la regarda, un peu surpris. C'était si rare que Tempérance parle de sa mère.
Et bien, nous nous sommes rencontrés chez un ami commun. Un type avec qui j'étais allé au lycée m'avait invité avec d'autres gars à un barbecue chez lui. Sa sœur jumelle avait aussi fait venir quelques copines, parmi lesquelles se trouvait ta mère. Il ajouta, un sourire aux lèvres : Je l'ai tout de suite remarquée, elle était si belle, un peu en retrait des autres filles, mais, comment te dire… elle « rayonnait », oui, c'est ça, c'était comme un rayon de soleil au milieu de ce jardin.
Tempérance avait la gorge serrée, essayant d'imaginer la scène.
« Et comment as-tu su que tu l'aimais et qu'elle t'aimait en retour ? » Max cacha sa surprise et sa joie d'un sourire, sa Tempe, sa petite fille qui voulait comprendre l'amour, enfin !
C'est difficile à expliquer. Je ne pensais qu'à elle ou à travers elle.
La jeune femme fronça les sourcils : « Je ne comprends pas… »
Et bien, je me réveillais le matin en pensant à elle, je me couchais en l'imaginant. Lorsque je faisais quelque chose ou que je parlais à quelqu'un je me disais « Ruth penserait que… » ou « Ruth dirait que… ». Je me sentais capable de tout entreprendre et de tout réussir pour elle.
Tempérance écoutait attentivement son père, ne pouvant s'empêcher de faire le rapprochement avec ses propres pensées. Bien souvent, elle se demandait ce que Booth ferait ou penserait à sa place, quant à s'endormir en pensant à lui…., elle sentit ses joues rougir.
Elle regarda son père et ajouta : « Mais tu as su que c'était l'amour parce que c'était comme ça dès votre rencontre à ce barbecue ? »
- Non, ma chérie, tu sais l'amour au premier regard c'est un mythe. Lorsqu'on est attiré par quelqu'un au début, c'est surtout une question d'hormones. Le véritable amour, lui, se construit : on apprend à se connaître, à s'apprécier, à se faire confiance. Aimer quelqu'un, c'est pouvoir être soi-même avec cette personne, sans peur d'être rejeté ou jugé et en retour, accepter cette personne dans sa globalité, avec ses forces et ses faiblesses, ses qualités comme ses défauts.
Tempérance fronçait le front, essayant de toutes ses forces de comprendre ce que tentait de lui expliquer son père. Elle compara ce qu'il venait de lui exposer avec ce qu'elle ressentait. Elle connaissait et admirait les qualités de Booth, il était honnête, bon, courageux, c'était un excellent père… Elle n'avait aucune intention de le lui dire mais pour Tempérance, son partenaire était un véritable héros, au sens premier que lui donnait Homère, c'est à dire un homme qui se distingue par son grand courage, sa vertu et sa bravoure exceptionnelle. Cependant, elle savait qu'il avait aussi des failles : il lui avait parlé de son addiction au jeu, il était entêté, parfois borné, … mais c'est ce qui le rendait profondément humain. Elle avait totalement confiance en Seeley Booth, non seulement elle lui confierait sa vie sans réfléchir (d'ailleurs, elle l'avait déjà fait), mais d'un point de vue plus personnel, elle savait qu'il était toujours là pour elle, pour l'aider, la soutenir. Malgré leurs disputes incessantes, elle savait qu'il l'appréciait pour ce qu'elle était vraiment, elle pouvait être naturelle avec lui, jamais il ne jugeait ni ne condamnait.
Si elle se fiait à l'analyse de son père, elle pouvait confirmer son hypothèse : elle était bel et bien amoureuse de Booth, mais cela ne lui donnait pas d'indice concernant ses sentiments à lui.
Max observait sa fille. Elle avait cette expression concentrée qu'il avait appris à reconnaître depuis qu'elle était toute petite : son génie de fille analysait, comparait, déduisait. Soudain, elle sortit de son mutisme et le regarda dans les yeux. « Mais comment as-tu su qu'elle t'aimait aussi ? Je veux dire, tu peux éventuellement comprendre tes propres émotions, mais comment déterminer les pensées et les sentiments de l'autre ?, comment être sûr ? »
Max étouffa un rire : « En fait, ta mère avait une forte personnalité, et tu lui ressembles beaucoup par ce côté. Après quelques rencontres chez nos amis et une soirée au cinéma où nous étions allés en bande, elle est venue chez moi, m'a regardé dans les yeux et m'a demandé si j'étais amoureux d'elle. J'ai bredouillé comme un imbécile, tentant d'éviter une réponse franche par peur de la faire fuir ou de la faire rire, peut-être. Elle m'a attrapé par les épaules, a approché son visage du mien jusqu'à ce que nos nez se touchent presque et m'a dit « Dommage, parce que moi je t'aime vraiment beaucoup ». Alors j'ai pris mon courage à deux mains, je l'ai embrassée et … voilà. », finit-il d'une voix éraillée.
Tempérance avait les larmes aux yeux, elle se jeta dans les bras du vieil homme. Max serra sa fille contre lui un instant, puis il prit son visage entre ses mains. « Ma chérie, écoute ton cœur et ne laisse pas tes peurs gâcher tes chances de bonheur. Il est fait pour toi et il t'aime. Crois-en mon expérience, ce qui existe entre vous est rare et précieux, ne le laisse pas s'éteindre. »
