Chapitre 7
Au Founding Fathers, la soirée battait son plein. Tempérance regardait Seeley danser avec Padmé. Elle se sentait bien. Booth semblait vraiment détendu, elle était heureuse de le voir comme cela, c'était si rare.
Elle se remémora le toast qu'elle avait porté un peu plus tôt à la santé des futurs mariés. « Quand Booth et moi avons fait connaissance, je ne croyais pas en l'amour. J'affirmais que ce n'était que réaction chimique dans le cerveau. Mais peut-être que Booth a raison, peut-être que l'amour arrive en premier et crée cette réaction. Je n'en ai pas la preuve tangible, mais j'ai envie d'accepter son hypothèse. A l'amour… ». Ce petit discours n'avait pas été préparé, mais elle en était fière : elle avait saisi l'occasion de essayer de faire comprendre à son partenaire l'évolution de ses propres sentiments, comme l'y avaient poussée Max et Hank. Elle espérait qu'il avait lu en elle, comme il le faisait si bien d'habitude.
Elle sentit soudain un bras se poser sur ses épaules et entendit une voix masculine chuchoter à son oreille : « Tempe, tu peux m'accorder un instant ? ». Elle leva les yeux et rencontra le regard de Jared. Le jeune homme, penché vers elle la regardait d'un air grave. Elle fronça les sourcils « Bien sûr, Jared, que se passe-t-il ? »
Sortons s'il te plait, j'ai besoin d'air.
Jared, es-tu saoul ?
Il l'attrapa par la main, l'entrainant à l'extérieur du bar et jusqu'à sa voiture garée juste à côté. « Non, je t'assure que je n'ai bu que du Coca. Mais c'est important ». Il la poussa presque sur le siège passager, fit le tour du véhicule et s'installa derrière le volant, qu'il agrippa, ses phalanges blanchirent mais il ne disait rien. Brennan perdit patience « Jared, que veux-tu me dire ? Est-ce que cela concerne Padmé ? » Jared secoua la tête : « Non, c'est Seeley. Mais je ne sais pas comment présenter les choses ». « Sois direct alors, tu sais que je ne suis pas douée pour les subtilités. »
Jared soupira, la regarda en coin et d'un ton plat « Ce que tu as dit, tout à l'heure, pendant ton toast, ce n'est pas juste pour mon frère. » Tempérance ouvrit la bouche, mais aucun son ne sortit. Elle fit entendre une sorte de hoquet puis réussit à récupérer sa voix « Quoi, mais au contraire, j'ai admis qu'il m'avait ouvert les yeux, que j'avais changé grâce à lui »
Oui, mais tu ne veux pas lui dire que tu es amoureuse de lui, alors à quoi bon ?
Je ..…
Stop, Tempe, garde ça pour Seeley ou pour tes amis. Moi, je sais ce qu'il en est.
Mais, au…
Ca va, arrête ! Je dois te dire autre chose.
Jared prit une grande inspiration et poursuivit d'une voix étranglée : « Quand nous étions petits, notre père était violent. Il battait Seeley comme plâtre ». Brennan hocha la tête. « Je sais qu'il t'en a parlé mais je suppose qu'il ne t'a jamais donné de détails ». Il laissa échapper une sorte de ricanement désabusé « Il ne laisse jamais rien sortir, n'est-ce pas ? … Papa ne se contentait pas de le frapper. Il passait son temps à le rabaisser. Quoi que Seeley fasse, rien n'était jamais assez bien, assez rapide, assez intéressant. Il l'insultait sans arrêt, l'appelait raté, tapette ou bâtard » Sa voix se brisa. Tempérance sentait son cœur battre à toute vitesse, elle fixait la rue devant elle sans la voir, imaginant un jeune garçon, anxieux de plaire à son père et toujours déçu. « Seeley ne se plaignait jamais, il essayait toujours de faire plaisir à Papa, parce que c'était notre père et aussi pour nous protéger, Maman et moi, pour détourner son attention ». Tempérance avait de plus en plus de mal à respirer, elle ressentait de la compassion pour le jeune Seeley mais aussi de la colère contre son père, sa mère et même contre Jared qui avait laissé la situation perdurer. Elle entendit la voix de son partenaire « Si mon grand père n'avait pas été là, je me serais sûrement suicidé quand j'étais gosse».
Jared reprit d'un ton plus ferme mais toujours sans croiser son regard « Tu dois comprendre que mon frère a un image de lui-même totalement négative, même s'il joue au dur. Il pense qu'il ne te mérite pas. Il croit fermement que tu ne peux pas l'aimer, que tu as raison de ne pas répondre à ses sentiments parce qu'il n'en vaut pas la peine. »
Tempérance sentit une vague de nausée la submerger. Elle eut soudain l'impression qu'elle allait vomir, comme l'autre nuit après son cauchemar. Elle ouvrit la portière et sortit en courant de la voiture.
