Chapitre 8

Tempérance courut d'abord à l'aveuglette dans les rues de Washington, la vue brouillée par les larmes. Après s'être calmée, elle s'aperçut que ses pas l'avaient amenée jusqu'au Mémorial d'Abraham Lincoln. Elle aimait venir s'asseoir sur les marches blanches du monument ou au bord de la pièce d'eau qui s'étendait devant. Les lignes pures et classiques du bâtiment et du parc avaient sur elle un effet apaisant.

Elle grimpa l'escalier monumental et s'assit sur l'avant-dernière marche. Encore une fois, ses pensées revinrent vers son partenaire. Ils étaient venus ici ensemble de nombreuses fois, après une affaire, pour boire un café et discuter tranquillement. Elle pensa à l'ironie du sort, une expression qu'elle avait eu du mal à comprendre. Mais c'en était une illustration parfaite : Seeley et elle venaient trouver ici du réconfort, aux pieds de la statue représentant le président même que l'ancêtre de son partenaire avait assassiné, alors que la simple mention de John Wilkes Booth était une douleur pour l'agent du FBI.

Soudain lui revint en mémoire une soirée particulière : Booth avait bu un peu plus que de raison avec son ancien collègue et mentor, elle était allée voir son père en prison pour la première fois et avait joué à la bataille avec lui. Ce soir là, elle avait expliqué à son partenaire qu'elle avait accepté que son père l'aime, malgré tout.

Elle leva les yeux vers le ciel, tentant de distinguer les étoiles malgré les lumières de la ville. Elle se surprit à sourire. Se levant d'un bond, elle se dirigea vers la chaussée, levant déjà la main pour héler un taxi. Elle savait où se trouvait Booth et elle avait hâte de le rejoindre.

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Tempe sortit de l'ascenseur et ne put s'empêcher de sourire : Booth était assis par terre, devant la porte de son appartement, comme elle s'y attendait. Elle s'approcha. Il se leva d'un bond : « Bones ! Où étiez-vous ? »

J'avais besoin de réfléchir je suis allée marcher.

J'étais inquiet. J'ai essayé de vous appeler mais vous aviez laissé votre sac avec votre téléphone au Founding Fathers. Je me suis un peu énervé contre Jared…

Elle leva un sourcil : « Un peu, c'est à dire ? »

Heu, je ne suis pas sûr qu'il veuille toujours de moi comme témoin…

Booth, vous devez absolument vous réconcilier avec votre frère !

Mais que vous a-t-il dit pour vous faire fuir comme cela ?

C'est entre lui et moi, Booth. Mais je vous assure que tout va bien. Appelez-le.

Pendant ce temps, elle avait ouvert la porte de son appartement, fait entrer son partenaire et s'était dirigée vers la cuisine. « Que diriez-vous d'une bière ? ». Tout en composant le numéro de téléphone de Jared, il hocha la tête pour accepter la boisson. Elle ouvrit le frigo, prit deux bouteilles et les décapsula. Booth s'était éloigné et discutait avec son frère. Tempérance alla se rafraichir dans la salle de bain. Lorsqu'elle en sortit, elle vit Booth sourire largement et refermer son téléphone.

- Tout va bien ?

- Oui, merci. Jared a accepté mes excuses. Il a semblé soulagé de savoir que vous étiez bien rentrée et il vous embrasse.

Elle alla récupérer les bières dans la cuisine, revint au salon et se laissa tomber dans le canapé. Elle soupira. « Booth, je dois vous poser quelques questions. »

Booth s'assit à côté d'elle, prit une gorgée de bière et s'adossa confortablement au dossier du canapé.

«Je vous écoute, Bones. »

- Pensez-vous que lorsqu'on aime quelqu'un, on accepte les défauts, les côtés négatifs ou peu reluisants de cette personne ?

- Oui, bien sûr. Il fronça les sourcils. Vous pensez à Padmée ? Je crois que Jared l'aime suffisamment pour accepter son passé, sans la juger et qu'il lui fait confiance pour l'avenir. Et réciproquement, d'ailleurs.

- Qu'est ce que vous voulez dire par «il l'aime suffisamment ». Y a-t-il des degrés dans l'amour ?

- Euh, non… Je me suis mal exprimé. Lorsqu'on aime quelqu'un, c'est inconditionnel. C'est ça, la définition de l'amour : c'est accepter la personne telle qu'elle est, sans « choisir » telle ou telle facette de sa personnalité.

- Cependant, il y a plusieurs sortes d'amour, n'est-ce pas ? On peut aimer ses enfants, ses frères et sœurs, son amant…

- Mais c'est toujours la même chose, Bones C'est toujours l'acceptation de la personne aimée dans sa globalité.

- Alors,… Elle le regardait intensément et il commençait à se sentir gêné sous son regard perçant. Quelle différence faites-vous entre l'amour qui existe entre un homme et une femme et aimer quelqu'un comme une copine ?

Il sentit ses joues devenir cramoisies. Il ne l'avait pas vu venir…. Il avala sa salive. « Et bien, essentiellement la différence est que l'un est platonique et l'autre non. »

Tempérance se pencha vers lui : « Vous voulez dire qu'entre nous, c'est exactement comme l'amour dans un couple, mais sans le sexe. » Il hocha la tête sans oser parler. Elle eut un petit sourire en coin, se rapprocha encore un peu et lui chuchota à l'oreille : « S'il ne s'agit que de cela, ça peut s'arranger… »

Il tourna brusquement la tête, la regarda dans les yeux : « Ne plaisantez pas avec ça, Bones ! ». Elle se recula un peu mais prit la main de Seeley entre les siennes. « Vous connaissez mes insuffisances et mes défauts, Booth. Pensez-vous pouvoir les accepter ? ». Il la dévisagea sans répondre. Dans son esprit, une seule pensée tournait en boucle : »Est-elle en train de dire ce que je crois qu'elle est en train de dire ? » Tempérance se crispa et lâcha la main de son partenaire. « Oubliez ça. » marmonna-t-elle en détournant le regard. Il glissa son index replié sous le menton de la jeune femme, la forçant doucement à le regarder : « Vous savez bien que je vous connais, Tempérance. J'en sais beaucoup sur vous et tout ce que je sais me plait. » Elle ouvrit la bouche pour répliquer mais il ajouta « Mais vous… me connaissez-vous ? »

Elle répondit d'un ton détaché : « Vous pensez à votre addiction au jeu, à votre QI qui est sensiblement inférieur au mien ou au fait que vous avez tué tant de gens ? » Elle sentit Seeley se raidir, le vit fermer les yeux et faire une grimace comme s'il venait de recevoir une gifle. « Oh ! Je suis désolée, Booth. J'ai été trop brutale, n'est-ce pas ? »

- Ce n'est que la vérité, mais formulé comme ça…

- Je ne voulais pas vous faire de la peine, mais simplement vous montrer que moi aussi, je suis au courant de votre côté obscur.

- Whoua, Bones, une référence cinématographique… Bravo !

Elle fronça les sourcils, haussa la voix et répondit : « Ne changez pas de sujet, Booth. Ce que je m'efforce de vous dire, c'est que je suis amoureuse de vous. Alors répondez-moi que vous m'aimez aussi et embrassez-moi, parce que je n'en peux plus d'attendre ! »

Booth éclata d'un rire joyeux et la prit dans ses bras. « Bones, puisque vous le demandez si gentiment… qui suis-je pour vous refuser ce baiser. » Il se pencha vers elle et posa ses lèvres sur les siennes. Elle glissa ses mains dans les cheveux et sur la nuque de Seeley, il l'enlaça tendrement. Puis il rompit le baiser, posa son front contre celui de Tempérance et lui chuchota : « Je vous aime, Bones. » Elle répondit de la même manière : « Je vous aime, Booth ».

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