Sans plus attendre, le second chapitre. j'essaierai de poster le troisième ce soir, car je n'ai aucune garantie d'avoir accès à internet pendant les dix jours qui suivent...

Bon, voilà.

Elise Mesarowicz : C'est mal la flatterie, mes chevilles enflent à vue d'oeil :) Sinon, merci beaucoup, je m'attendais pas à avoir une review aussi vite, et content que ça te plaise !


Chapitre 2 : Petit voyage

-…nant.

Anthony cligna des yeux plusieurs fois puis regarda autour de lui.

-Oh, merde, lâcha-t-il après quelques secondes. Non, non, non !

Ce n'était pas un reflet, ni une illusion, c'était réel ! Le jeune homme se laissa tomber sur le sol, dans les hautes herbes, et sentit les brins lui piquer le visage et le corps. Le vent soufflait, le soleil chauffait… tout était réel. Peter n'était plus là, tout comme sa maison, la ville, et sans doute le pays et le monde tout entier il était Là-Bas.

Après ces quelques secondes de travail intense, le cerveau d'Anthony, sous la pression, se déconnecta purement et simplement.

Lorsque le jeune homme revint à lui, rien n'avait changé. Il se mit lentement debout et fit quelques pas au hasard, avant de remarquer qu'il faisait étonnamment froid. Et pour cause, il était complètement nu. Le Transféré écarquilla les yeux et se baissa inutilement, histoire de cacher son anatomie aux quelques insectes qui passaient par là.

-C'était pas écrit, geignit-il en se recroquevillant sur lui-même. Qu'est-ce que je vais faire ? Qu'est-ce que je vais devenir ?

Il avait l'impression de régresser, assis dans l'herbe comme un enfant, et se mit à pleurer à chaudes larmes. Il voulait rentrer chez lui et oublier tout ça, absolument, mais savait que ça n'arriverait pas ce n'était jamais arrivé, et ce depuis des centaines d'années, depuis que le livre avait été commencé. Anthony resta donc là à pleurer toutes les larmes de son corps, et ce pendant un temps qui lui parut interminable. Lorsque ses glandes furent à sec, il se contenta de sangloter en pensant à tout ce qu'il laissait derrière lui, sans aucun espoir de les revoir un jour.

Cela dura longtemps, très longtemps. Le jeune homme se calma à la tombée de la nuit et resta étendu sur le sol, regardant le ciel où commençaient à apparaître des myriades d'étoiles. Qu'allait-il faire ? Il n'en savait rien pour l'instant, il voulait juste rester couché. Au final, il s'endormit.

Peter jeta un regard triste à son ami.

-Reviens…

Anthony lui tendit la main, mais une lame la sectionna d'un coup en éclaboussant la victime de son propre sang. Le jeune homme leva les yeux vers le monstre qu'Albert Westwood avait décrit. La créature avait trois têtes : une monstrueuses, celle de son père et celle de sa sœur.

Son père qui avait déjà été Transféré, sa sœur à qui cela arriverait un jour.

-Anthony ! cria Peter, désormais derrière lui. Reviens, je t'en supplie !

Avant de disparaître, tout comme le monstre tricéphale. Le brun se laissa tomber à genoux, ramassa sa main sanguinolente et la serra contre lui.

-…

Anthony se réveilla en sursaut au son de cette voix. C'était l'aube, et une forme sombre était penchée sur lui à contre-jour.

-… ?

Ca sonnait comme une interrogation, mais le jeune homme ne comprenait rien. Il se souvint subitement de sa nudité, se redressa et ramena ses jambes contre lui. L'inconnu, dont il ne pouvait distinguer le visage, mais qui parlait d'une voix masculine, émit un petit rire et lui jeta un grand morceau de fourrure.

-…Merci, murmura Anthony.

Il s'enveloppa dans l'ample étoffe, qui devait être une cape, se leva et resserra les pans devant lui. Il devait avoir l'air d'une poupée russe, mais s'en fichait. Au moins, il était plus présentable. L'homme face à lui était grand, au moins une tête de plus que lui. Il avait des cheveux bruns et longs, une barbe de quelques jours et des yeux noisette qui bougeaient sans cesse.

-… ?

Le Transféré baissa la tête. Il ne comprenait rien du tout… L'inconnu sembla saisir son désarroi et le prit par les épaules.

-Darren, dit-il en souriant et en se pointant du doigt.

Il insista plusieurs fois sur lui-même en prononçant le mot. Ce devait sans doute être son nom. Anthony hocha la tête en signe de compréhension et posa sa main sur sa poitrine.

-Anthony, souffla-t-il.

Il avait un peu de mal à parler, sans doute la déshydratation. Darren acquiesça lentement puis lui fit signe d'attendre et agita la main. Un bruit de sabot retentit derrière le jeune homme, qui n'avait pas encore remarqué le cheval stationné quelques mètres de lui seulement. Le cavalier s'approcha de sa monture et ouvrit un des sacs suspendus à la selle. Il en sortit des vêtements très sommaires et les lança à Anthony. Le jeune homme les laissa tomber à terre, ne voulant pas lâcher la seule chose qui cachait sa nudité, et attendit que l'homme se retourne en riant avant d'enfiler ses habits. C'était trop grand, ça grattait, mais c'était mieux que rien.

-Merci, répéta-t-il en rendant sa cape à son propriétaire.

-…

Le Transféré sourit malgré lui. Darren monta en selle et lui tendit la main le jeune homme hésita quelques secondes, se retourna vers l'endroit où il avait atterri la veille puis accepta la proposition et laissa son… sauveur le hisser derrière lui. L'homme lui montra comment se tenir puis frappa les flancs de son cheval qui partit au galop vers l'inconnu.

Anthony n'avait jamais fait de cheval de sa vie et eut rapidement mal aux cuisses. Il tenait Darren du mieux qu'il pouvait, mais c'était quand même très inconfortable. Pourtant, le cavalier avait l'air très à l'aise et lâchait parfois les rênes pour mettre sa main en visière ou raffermir la prise de son protégé.

Niveau paysage, c'était assez désolant. La plaine succéda à la plaine pendant longtemps, jusqu'à ce que de lointaines montagnes commencent à apparaître à l'horizon. Ils passèrent plusieurs fois à la lisière de forêts luxuriantes et Anthony crut même distinguer quelques maisons sur sa gauche, sans pouvoir le confirmer. Cependant, Darren semblait savoir où il allait, et son cheval ne faiblissait pas malgré la distance et son chargement.

Une bonne demi-heure plus tard, à moins que ce ne soit une heure, ou même deux… Bref, plus tard, Darren rejoignit une énorme route pavée, qui faisait irrésistiblement penser à une voie romaine. Elle faisait au moins dix mètres de large, et les pierres blanches qui la composaient contrastaient avec le paysage. Ils la suivirent pendant quelques kilomètres, jusqu'à une sorte de caserne construite dans la même pierre.

-…

Darren descendit du cheval et fit signe à Anthony de rester en selle. Ensuite, il disparut à l'intérieur de la garnison. Les quelques soldats en faction à l'extérieur dévisagèrent le jeune homme qui, pour la première fois, prit conscience de la vétusté de leur équipement. Il savait qu'ils en étaient encore au Moyen-âge, mais quand même… leurs armures, leurs épées et leurs lances, tout ça était assez déroutant.

Darren réapparut après quelques minutes et l'aida à descendre de la selle avant de l'emmener à l'intérieur. C'était assez vide : une table, quelques tabourets et des caisses empilées un peu partout. Il y avait aussi un escalier menant à un étage, et qui permettait sûrement d'atteindre l'arche qui culminait au-dessus de la voie. Darren désigna un siège de la tête puis déposa du pain, de l'eau et de la viande séchée sur la table. Anthony hésita mais, poussé par une faim et une soif qu'il avait jusque là ignorées, mangea et but rapidement. Ce n'était ni bon ni mauvais, juste un peu salé.

-…

L'homme souriait en le regardant.

-Je ne comprends pas, soupira le jeune homme. Désolé.

Darren sembla saisir son abattement et sourit de plus belle. Il se leva, le prit par le bras et l'entraîna à l'extérieur. Il s'approcha du cheval, lui murmura quelques mots puis prit les sacs et les installa sur une autre monture. Les deux… compagnons repartirent en suivant la voie, vers une direction que le Transféré identifia comme étant l'est, à condition que la Terre tourne dans le même sens dans ce monde-là. Enfin, la Terre… elle devait sûrement avoir un autre nom il se demanda lequel et se tourna vers le soleil qui commençait sa lente descente dans la ciel. Des larmes qu'il croyait taries se mirent à couler sur ses joues, mais il ne songea même pas à les arrêter.

La chevauchée se poursuivit toute la journée. La route dérivait vaguement vers le sud-est, et Darren la suivait sans hésitations. Lorsque le soleil se coucha, ils s'arrêtèrent quelques minutes, le temps de boire à une rivière, puis remontèrent en selle. Cette fois, Anthony passa devant le cavalier le tenait d'une main et dirigeait sa monture de l'autre. Malgré la douleur et le ballottement du voyage, il finit par s'endormir.

Le réveil fut brutal. Le jeune homme chuta du cheval et s'écrasa sur la voie. Il hurla de douleur lorsque son corps toucha le sol trop dur et, incapable de reprendre son souffle, paniqua. Une gerbe de sang l'atteignit au visage, puis le cheval s'écroula à moins de deux mètres de lui. Il entendit des cris ceux de Darren et d'autres, complètement inhumains. Sa panique ne fit qu'empirer lorsqu'il se rappela des monstres écrits par son ancêtre. Il tenta de se relever mais son bras droit, sans doute cassé, ne pouvait pas supporter son poids. La douleur redoubla et le fit presque tourner de l'oeil, mais il réussit à rester conscient et tourna difficilement la tête vers l'origine des cris. Darren, épée en main, se battait contre cinq monstres ignobles, pires que ce qu'il avait imaginé. L'un d'entre eux, en évitant un coup mortel, recula de plusieurs pas et lui marcha sur le bras.

Anthony n'eut même plus la force de crier et s'évanouit.