Wouhou, déjà des reviews, merci beaucoup ! J'espère que le reste de la fic sera à la hauteur de vos attentes…

Chapitre 1

_Alors, qu'est-ce qu'on a ?

_Jusque là, pas grand-chose, admit-elle à regret, lisant la déception sur les visages qui l'entouraient. Jane a passé la nuit ici, comme ça lui arrive souvent. Vers 5h30 du matin, il s'est réveillé…

_Comme ça lui arrive souvent aussi, devina Van Pelt.

Lisbon acquiesça sans faire de commentaire et continua :

_Il s'est levé pour aller préparer du café. Il estime être resté dans la cuisine moins de cinq minutes. Quand il est revenu, il a découvert le dessin sur le mur. Pas de trace d'effraction, pas d'empreintes non plus, les gardiens n'ont vu personne entrer ou sortir. Une équipe est en train de décortiquer les vidéos de surveillance, mais nous savons tous que ça ne va rien donner.

_Et même si ça donne quelque chose, ça sera quelque chose qu'il voulait qu'on trouve et qui nous mènera tout droit à un piège, compléta Rigsby.

Les autres membres de l'équipe, amputée de Jane, hochèrent la tête pensivement. Il y avait longtemps qu'ils ne se faisaient plus d'illusions : John Le Rouge ne commettait pas d'erreurs.

_Qu'est-ce qu'on fait ?

Lisbon retint un soupir. Elle avait travaillé dur pour accéder à la position qu'elle occupait aujourd'hui, mais parfois, elle aurait tout donné pour ne pas avoir à prendre les décisions.

_On commence par Kristina. Il faut qu'on sache ce qui lui est arrivé. John Le Rouge n'est peut-être pas arrivé à elle tout de suite. Il est possible qu'elle soit partie de son plein gré et qu'il l'ait retrouvée seulement après.

_Est-ce qu'on ne devrait pas attendre les résultats des analyses ? Il ne s'agit peut-être même pas de son sang, remarqua Rigsby.

_Possible, mais dans tous les cas, on doit savoir ce qu'elle est devenue.

_J'ai une question qui ne plairait pas à Jane.

Surpris par cette première intervention de Cho, les trois autres se contentèrent de le regarder, attendant qu'il développe. Fait rare, il sembla hésiter avant de se lancer :

_Si elle était complice ?

Sous le choc, ils ne répondirent pas. Lisbon s'apprêtait à protester quand une voix près de la porte de son bureau les fit tous sursauter.

_Ca n'a rien d'impossible. John Le Rouge a déjà eu des complices. Mais je confirme, la question ne me plaît pas.

_Jane, c'est…

Il balaya d'un insouciant geste de la main les excuses qu'il sentait venir de la part de sa supérieure. Accordant un signe de tête à Cho, il admit :

_Nous ne pouvons écarter aucune possibilité.

Alors, après une dernière hésitation et un regard plein de doutes sur le consultant, Lisbon ordonna :

_Van Pelt, fouille dans le passé de Kristina.

_Qu'est-ce que je cherche ?

_Des condamnations, des plaintes d'amis ou de connaissances, des liens avec le milieu criminel…

_Des traumatismes, ajouta Jane, semblant se reprendre à présent qu'ils avaient un but concret.

Il s'effondrerait quand il serait seul, c'était une certitude, mais pour l'instant, il y avait des témoins. S'il ne voulait pas être retiré de l'affaire, il devait convaincre tout le monde qu'il était capable d'affronter cette nouvelle épreuve sans tomber dans la dépression ou la violence. Peu importait qu'il s'agisse d'un mensonge : John Le Rouge était à lui, et il ne prendrait pas le risque de perdre cette opportunité. Le tueur en série n'avait encore jamais agi avec tant d'assurance, peut-être prenait-il un peu trop confiance en lui. C'était comme ça que commençait toujours la descente aux enfers pour des êtres tels que lui. Et Jane voulait être là pour porter le coup fatal.

_Des traumatismes ? demanda Rigsby, confus.

_Des parents violents, des viols répétés, la perte d'êtres chers dans des circonstances hors normes… Ce genre d'événement peut libérer quelque chose chez les personnes instables, déclencher des pulsions, faire basculer dans la folie.

Tous s'abstinrent de faire remarquer que la description pouvait très bien s'appliquer à lui, mais il les sentit le penser. Cho finit par objecter :

_Kristina ne me semble pas instable.

Pour la première fois depuis des lustres, Jane esquissa un sourire. Un sourire en coin sarcastique qui tenait plutôt de la grimace, mais un sourire tout de même.

_Tu veux dire si on oublie sa manie de prétendre qu'elle peut parler aux morts ?

Il vit Van Pelt rouler discrètement des yeux là-dessus, et tous quittèrent le bureau de Lisbon pour se remettre au travail. Alors qu'il s'apprêtait à les imiter, il entendit la voix ferme de sa supérieure derrière lui.

_Jane. Fermez la porte.

Il marqua une pause histoire de lui signifier qu'il n'était pas d'accord, mais il obéit malgré tout. Il n'avait pas le choix, s'il y avait un moment où il devait se plier aux règles et faire semblant de rentrer dans le rang, c'était celui-là.

_Vous allez tenir le coup ?

La question ne le prit pas au dépourvu, pas plus que l'éclair d'inquiétude et de compassion dans le regard de Lisbon. Il lui offrit l'un de ces sourires faciles qui lui venaient comme une seconde nature. Il savait de quelle manière cela éclairait son visage, savait que cela la rassurerait, savait aussi qu'il ne devait pas en faire trop. La jeune femme était trop perspicace pour son bien et elle allait d'autant plus le surveiller à présent, il lui faudrait doser les mensonges avec plus de prudence encore que d'ordinaire.

_Ca ira. Je ne me suis pas écroulé quand Kristina a disparu, je survivrai à la découverte de ce dessin.

_Je ne parlais pas que de ça.

Il hocha la tête. Cela non plus ne l'étonnait pas. Il y avait pile une semaine qu'il avait été enlevé par des accros de films gores et sauvé par l'homme qu'il détestait le plus au monde et il n'avait pas encore prononcé un mot là-dessus en dehors d'un résumé succin des événements. Voyant qu'il gardait le silence, Lisbon insista :

_Je veux dire… Vous culpabilisez bien assez comme ça. Devoir la vie à John Le Rouge…

_Est quelque chose que je peux gérer, la coupa-t-il sans trop de brusquerie. Faîtes-moi confiance, Lisbon. Il n'avait jamais frappé plusieurs fois en si peu de temps, pas plus qu'il n'avait pris le risque de s'introduire dans les bureaux du CBI. Je le coincerai, son arrogance le perdra.

_A moins que la vôtre ne vous rende fou d'abord.

Cette fois, elle avait réussi à le surprendre. C'était le genre de phrases qu'elle prononçait en principe avec une colère souvent justifiée, mais aujourd'hui, elle semblait… Défaite, fut le premier qualificatif qui lui vint à l'esprit. Résignée. Comme si elle commençait à réaliser qu'il n'y avait plus rien à faire pour lui, que malgré l'apparence qu'il maintenait si aisément, il avait dépassé le stade où l'on pourrait le raisonner. Il était temps qu'elle l'admette, songea-t-il en la défiant du regard. Il ne lui avait jamais caché ses intentions, et tout le monde savait que l'affaire John Le Rouge était la seule chose capable de l'atteindre aussi profondément.

_Lisbon…

Il s'interrompit. Il avait plusieurs choses à mettre au point et ne savait pas par quoi commencer. Finalement, il décida de la mettre à l'aise avant de lui asséner de nouveau une vérité cent fois répétée :

_Vous n'avez pas de souci à vous faire. Ni pour moi, ni pour l'équipe. Tant qu'il sera dans la nature, je resterai sain d'esprit. Parce qu'il le faut. C'est quand je l'aurai retrouvé que vous pourrez vous inquiéter. Je le tuerai, quoi qu'il en coûte.

Elle poussa un soupir en secouant la tête. C'était exactement ce qu'elle avait espéré ne pas entendre, mais elle s'était attendue à ce qu'il la déçoive.

_Nous avons déjà eu cette conversation, Jane.

_C'est vrai. Et il semblerait qu'aucun de nous deux ne soit prêt à céder du terrain.

_Sa mort ne les ramènera pas.

Il lui offrit un sourire, juste pour le plaisir de la faire sortir de ses gonds. Cette phrase cruelle, elle l'avait lancée dans l'espoir d'obtenir une réaction spontanée, il ne lui ferait pas le plaisir de se mettre en colère, ne lui offrirait pas le moindre prétexte pour le mettre à l'écart.

_Je sais.

Alors ce fut elle qui craqua. Il sursauta presque en la voyant frapper violemment son bureau du plat de la main et dut rassembler des trésors de contrôle pour rester impassible face à la fureur et à l'inquiétude contenues dans sa voix.

_Merde, Jane ! Qu'espérez-vous accomplir ? La vengeance ne va pas vous les rendre, et si vous pensez que ça va alléger votre conscience, vous commettez la plus belle erreur de votre vie.

_J'ai commis la plus belle erreur de ma vie il y a sept ans.

La douleur qu'il n'avait pour une fois pas pris la peine de dissimuler dans sa voix sembla la calmer légèrement et elle s'affala dans son fauteuil.

_Si vous faites le moindre faux-pas, je vous vire.

Une fois de plus, ce sourire qu'elle rêvait de lui arracher à coups de griffes.

_Hightower ne vous laissera pas faire.

Elle le fusilla du regard. Il avait raison et ils le savaient tous les deux. La nouvelle patronne faisait preuve d'une indulgence stupéfiante envers lui et si elle pensait qu'il y avait la moindre chance pour qu'il les aide à mettre la main sur le tueur, alors elle le couvrirait jusqu'au bout.

Lisbon continua à fixer la porte longtemps après le départ du consultant, mais ses réflexions ne la menèrent qu'à une conclusion à laquelle elle était parvenue depuis des mois : ils devaient retrouver John Le Rouge avant lui, ou au moins être présents lorsque les deux hommes finiraient par s'affronter. Pas parce qu'elle tenait à protéger le meurtrier, mais parce que si Jane parvenait à mettre ses plans à exécution, alors il serait perdu. Et il était trop utile pour qu'elle le laisse sombrer sans se battre.

A suivre…