Un grand merci à toutes les personnes qui ont posté des reviews, ça motive vraiment, contente que ça vous plaise, j'espère ne pas vous décevoir ! :)
Chapitre 3
Tous les regards se tournèrent aussitôt vers Jane, qui ne montra évidemment aucune réaction. Le silence s'imposa avant que Lisbon ne prenne la parole d'un ton résolu.
_S'il prétend que vous pouvez deviner qui est la prochaine victime, c'est que vous le pouvez. C'est un bon point. Une idée ?
_Aucune, mentit-il sans la moindre hésitation.
Il y avait certaines informations qu'il ne pouvait pas partager avec toutes les personnes présentes dans la pièce et il devait les éloigner avant de dévoiler ce qu'il pouvait dévoiler. Reprenant la feuille des mains de Cho, il la donna à Van Pelt en suggérant :
_Amène ça à la police scientifique. Vois s'ils peuvent trouver quoi que ce soit.
La jolie rousse interrogea du regard sa supérieure, qui confirma l'ordre d'un hochement de tête, attendant de voir où le consultant voulait en venir. Van Pelt revêtit sa veste à la hâte et quitta le bureau, le document à la main, malgré l'inutilité d'une telle démarche. Ils savaient déjà qu'il n'y aurait rien à en tirer. Alors Jane continua :
_Rigsby, j'ai entendu Van Pelt dire qu'elle a trouvé un contact intéressant dans le passé de Kristina. Ca te dit quelque chose ?
_Oui, on en parlait tout à l'heure.
_Va le voir. Tout de suite.
L'agent dansa d'un pied sur l'autre quelques secondes avant d'objecter :
_Je ne peux pas y aller seul. La procédure…
_Amène un des gardes.
_Je n'ai pas l'habitude de…
_Je sais, mais j'ai besoin de Cho ici.
Lisbon sembla sur le point de protester, furieuse que Jane ignore une fois de plus le principe de commandement, mais son attitude autoritaire et froide lui interdisait toute remarque et elle se renfrogna. Elle réglerait ses comptes avec lui plus tard. Pour le moment, elle savait qu'elle ne gagnerait rien à se l'aliéner. Il était en mode obsession et quiconque se placerait sur son chemin serait ignoré ou manipulé. Alors elle invita Rigsby à obéir. Lorsqu'ils ne furent plus que trois dans les bureaux sombres, Jane porta son attention sur Cho. Celui-ci se tendit légèrement, attendant ses instructions. L'observant avec attention, le consultant réalisa que l'agent se doutait déjà de ce qu'il allait lui demander, comme une faveur personnelle plus que comme un ordre. Et il dirait oui, par loyauté et sens de la justice. Histoire d'être tout de même certain que les choses soient claires, Jane lança sans le quitter des yeux :
_Tu restes avec Lisbon. Tu la suis comme une ombre, tu ne la lâches pas d'une semelle, et à aucun moment tu ne ranges ton arme. C'est clair ?
_Quoi ?
Les deux hommes ignorèrent la stupéfaction de la principale intéressée, et en guise de réponse, Cho sortit son pistolet de son holster, vérifia qu'il était bien armé, et le garda à la main.
_Si tu échoues, je te conseille d'y rester, parce que sinon, c'est moi qui te tuerai.
Impossible de savoir si l'agent avait pris la menace au sérieux, mais il acquiesça pour marquer son accord. Alors Jane se leva et fit quelques pas en direction de la porte, mais avant qu'il ait pu l'atteindre, il sentit une main se poser sur son avant-bras et le retenir. Se retournant, il baissa les yeux sur la jeune femme qui l'avait empêché de partir. Elle semblait à la fois perdue et furieuse, comme il s'y était attendu. Il n'avait pas de temps à perdre avec ses questions, mais il savait qu'elle coopérerait davantage s'il répondait, aussi ne laissa-t-il pas transparaître son impatience. Il remarqua que Cho avait suivi Lisbon bien qu'elle n'ait pas parcouru cinq mètres et il en fut légèrement rassuré. Si une seule personne était capable d'assurer sa protection, c'était lui.
_Vous allez m'expliquer ?
Il n'avait pas l'habitude de tourner autour du pot quand l'urgence se faisait sentir, aussi répondit-il sans perdre une seconde :
_Vous êtes la prochaine victime.
_Quoi ? Qu'est-ce que… Qu'est-ce que vous en savez ?
Jetant un coup d'œil à Cho, Jane ne perçut pas la moindre surprise dans son expression ou son attitude. L'agent avait compris depuis longtemps, peut-être depuis plus longtemps que lui, et son respect pour lui augmenta d'un cran.
_Jane ?
Malgré lui, il marqua une hésitation en entendant la voix de Lisbon. Il savait qu'il ne se trompait pas, et elle serait plus efficace pour se défendre si elle savait à quoi s'attendre. Mais ce qu'il allait devoir lui expliquer là, dans la mesure du possible, il aurait préféré le taire.
_C'est… Personnel.
_Pardon ?
_John Le Rouge. Son intrusion ici, ce message, c'est personnel. Comme le soir où il est venu chez moi. Ce n'est pas uniquement par plaisir qu'il a tué ma femme et mon enfant, c'était pour me blesser. Le schéma est le même aujourd'hui. C'est à cause de moi qu'il a modifié ses habitudes. Il veut m'atteindre.
_Et alors ? Quel rapport ?
La confusion qui émanait encore d'elle le prit au dépourvu. Haussant les sourcils, il perçut presque de l'humour dans la situation et il demanda d'une voix incrédule :
_Sérieusement ? Vous ne comprenez pas ?
La voyant secouer la tête d'un mouvement lent, comme le croyant dingue, il reporta son regard sur Cho et le prit à partie :
_Elle ne comprend pas.
_Tu ne peux t'en prendre qu'à toi-même.
Jane acquiesça, admettant en silence ses torts dans l'histoire. Il était trop doué pour maintenir la façade, quelles que soient les informations qu'il cachait derrière, cela expliquait que Lisbon soit perdue et ne suive pas la logique implacable de son raisonnement. Posant une main sur son coude, il l'entraîna vers son bureau dans l'espoir d'y trouver un peu d'intimité, mais Cho les suivit aussitôt. Alors Jane se tourna vers lui.
_Tu veux bien nous laisser seuls une minute ?
L'autre secoua la tête.
_Ne pas la lâcher, ce sont tes instructions.
_Je n'ai pas l'intention de lui faire de mal.
_Non, mais s'il faut la défendre, tu ne vaudras rien.
Il ne pouvait pas vraiment contrer cet argument et il admira une fois de plus la loyauté de l'agent.
_Alors juste un peu de distance, tu permets ?
Cho acquiesça après un temps d'hésitation et Jane entreprit de mener Lisbon à l'autre bout de la pièce pour pouvoir lui parler tranquillement. Mais la petite brune ne l'entendait pas de cette oreille. Elle se dégagea de son emprise d'un geste vif et s'écarta, haussant la voix :
_Qu'est-ce qui se passe ? Qu'est-ce que je ne comprends pas ? Je n'ai pas besoin qu'on me protège ! Pourquoi je serais la prochaine cible de John Le Rouge ? Vous avez dit que vous ne saviez pas…
_J'ai menti.
_Il n'y a aucune piste dans ce message.
_Dans le message, non, dans ses actions, oui.
Il avait baissé la voix et comme il s'y était attendu, elle l'imita, pas vraiment calmée mais reconnaissant que les cris n'étaient pas un moyen de communication approprié.
_Expliquez-moi.
_Vous êtes une proie de choix pour lui, à cause de moi. Parce que vous avez trop d'importance.
_Comment ? Mais que…
Elle s'interrompit d'elle-même et le ton de sa voix changea soudain alors qu'elle écarquillait les yeux dans sa réalisation :
_Quoi ? Non… Non. Jane… Non.
Elle prit un pas de recul. Il haussa les épaules, aussi composé et à l'aise que d'habitude alors qu'elle était visiblement bouleversée. Elle n'aimait pas ne pas avoir le contrôle et il aurait préféré lui éviter cette situation, elle le voyait dans son regard. Et elle se rendit soudain compte du sérieux de ce qu'il venait de lui annoncer. Réalisa qu'elle avait bien compris, que les signes étaient là depuis des semaines, peut-être des mois, et qu'elle avait fermé les yeux volontairement. Pourtant elle secoua la tête, niant encore. Après la scène de ce midi, après qu'il lui ait clairement expliqué que le CBI ne représentait pour lui qu'un moyen de parvenir à ses fins, elle avait du mal à le croire. Légèrement agacé par son refus d'admettre ce qu'il disait, il s'exprima avec un débit plus rapide que d'ordinaire, sa voix un brin condescendante :
_Je vous en prie, Lisbon. Vous ne vous en doutiez pas ? Vraiment ? Vous êtes l'une des personnes qui comptent le plus dans ma vie et il le sait.
_Comment ? demanda-t-elle aussitôt. Comment le sait-il ? Comment savez-vous qu'il le sait ?
_Si Cho l'a remarqué, lui aussi, croyez-moi. Et je ne prendrai pas le moindre risque. Une armée a échoué à aider Kristina, mais je sais que Cho sera plus efficace qu'eux. Ce qu'il me faut, c'est une promesse. Votre promesse, Lisbon. Jurez-moi que vous serez plus prudente qu'elle.
_Jane, je…
Il l'interrompit d'un geste de la main en devinant qu'elle allait aborder le sujet qui la troublait le plus, son aveu, au lieu de se focaliser sur John Le Rouge et sur la protection dont elle avait besoin.
_Oubliez ça. Ce n'est ni le lieu, ni le moment. Occupez-vous de votre sécurité. Ne le laissez pas gagner.
Elle acquiesça lentement et il la remercia d'un sourire avant de s'éloigner. Il avait des choses à faire. Il atteignait la porte quand elle le rappela une fois de plus :
_Attendez !
Il s'interrompit mais ne se retourna pas. Alors elle lança dans son dos :
_Vous ne m'avez pas hypnotisée.
Une affirmation, pas une question. Il lui fit face.
_Non, en effet.
_Pourquoi ?
Un nouveau sourire. La question était légitime. Il aurait obtenu sa coopération bien plus vite en l'hypnotisant et elle aurait été incapable de briser sa promesse, utiliser cette technique de persuasion aurait été plus sûr. Mais il voulait lui faire confiance, et il n'avait aucune envie de la manipuler de cette façon. S'il avait pu s'assurer qu'elle fasse exactement ce qu'il souhaitait chaque fois qu'il le pouvait, alors elle n'aurait plus vraiment été elle-même.
_J'ai mes raisons.
Et il s'éclipsa.
Après le départ du consultant, Lisbon resta un long moment à fixer Cho, cherchant à le mettre mal à l'aise pour qu'il parle. Elle aurait dû s'attendre à ne pas y parvenir. La grande force de l'agent, c'était sa capacité à résister sous la pression. Elle était même à peu près persuadée qu'aucune forme de stress ne l'atteignait. Et puis il était un interrogateur hors paire, il maîtrisait trop ce genre de techniques pour céder. Alors elle finit par prendre la parole, s'essayant à un ton détaché.
_Donc John Le Rouge risque de vouloir me tuer.
Un unique hochement de tête. Frustrée par son silence, elle décida de formuler une question :
_Comment savoir si Jane a raison ?
Elle crut presque voir un bref sourire en coin étirer sa bouche, mais elle ne l'aurait pas parié.
_Il a raison. John Le Rouge a décidé de changer la donne, de s'attaquer directement à lui. C'est pour ça qu'il s'en est pris à Kristina et c'est pour ça qu'il s'en prendra à vous.
_Ecoute, Cho, nous savons tous que Jane et Kristina avaient décidé de tenter quelque chose, il est donc logique que John Le Rouge l'ait prise pour cible, mais moi…
_Sans vouloir vous vexer, patron, vous êtes aveugle.
Choquée d'entendre l'agent si réservé s'exprimer aussi librement, elle ouvrit la bouche, mais aucun son n'en sortit. Alors il continua :
_Jane et Kristina, c'est un couple qui ne tient pas la route et il le savait depuis le début. Mais c'était un premier pas pour lui. Vous, c'est autre chose. Il ne fera jamais rien parce qu'il sait dans quelle situation cela vous mettrait, et il sait que vos désaccords sur John Le Rouge sont un obstacle insurmontable. Mais les sentiments sont là.
Elle secoua la tête, refusant d'accepter la vérité. Que Jane lui avoue qu'elle tenait une place importante dans sa vie l'avait déjà bien assez déstabilisée, entendre parler de sentiments, c'était… Incongru. Elle était toujours partie du principe que le consultant ne ressentait plus grand-chose en dehors de la culpabilité et de la douleur, peut-être parfois une pointe d'amusement condescendant. Mais Cho n'avait pas terminé.
_Combien de fois vous a-t-il soutenue ? Combien de fois a-t-il tout fait pour vous protéger ?
_Combien de fois m'a-t-il mise dans l'embarras ? répliqua-t-elle aussitôt en se souvenant de toutes ces affaires dans lesquelles il avait enfreint les règles, la laissant ensuite endosser la responsabilité de ses actions et se débattre avec la hiérarchie.
_Des détails. Les affaires ont été résolues et c'est tout ce qui compte, c'est sa garantie qu'on ne peut pas vous reprocher de lui laisser une certaine latitude.
Elle garda le silence quelques secondes avant de secouer de nouveau la tête.
_Tu extrapoles, Cho. Il a beau s'en défendre, Jane tient à nous tous dans l'équipe. Je n'ai rien de particulier.
_Je vais laisser passer ça parce que je sais qu'il est plus facile pour vous de vous en convaincre que de vous poser des questions sur vos propres sentiments. Mais quand tout cela sera fini, vous devrez vous pencher sur le problème.
_Patrick. Il est tard pour une visite de courtoisie. Tu as eu de la chance de réussir à me joindre.
Le consultant hocha simplement la tête avec un sourire plaisant. Le vieil homme lui fit signe de s'assoir et lui donna une tasse de thé qu'il avait préparée pour son arrivée. Il sourit, touché par l'attention. Il ne l'avait pas contacté depuis des années, pourtant cet ancien professeur de littérature se souvenait de ses goûts et faisait de son mieux pour prendre soin de lui, dans la mesure de ses moyens. Il le soupçonnait de s'en douter, mais il précisa tout de même :
_Il ne s'agit pas de courtoisie. J'en suis désolé. Je devrais… Je devrais sans doute prendre de vos nouvelles plus souvent.
_Ou au moins m'envoyer une carte pour Noël, confirma l'homme avec un sourire. Mais je sais à quel point cette période te pèse.
Une fois de plus, Jane se contenta d'acquiescer. Quand on avait connu des Noël encombrés de paquets, de rires et de chocolat chaud, une maison vide pouvait être légèrement déprimante. Une autre preuve que le vieil homme le connaissait bien, malgré les années.
_Alors, qu'est-ce qui t'amène ?
Jane posa sa tasse sur la table de bois et détailla un instant le décor. La petite librairie résistait face aux géants de l'industrie du livre, sans doute grâce à l'atmosphère intime et presque religieuse que le propriétaire avait su y créer. Les bibliothèques occupaient la majorité de l'espace, à l'exception d'une petite mezzanine aménagée de façon à ce que les lecteurs puissent parcourir les ouvrages à leur guise.
_J'ai besoin de votre aide. On m'a récité le passage d'un poème il y a quelques jours et j'aimerais savoir si vous avez une idée de ce que cela signifie.
_Je t'écoute ?
Il ferma les yeux le temps de se remémorer les vers que lui avait soufflés John Le Rouge lorsqu'il lui avait sauvé la vie. Il ne voulait pas se tromper d'une virgule, car connaissant le tueur, tout pouvait être important. Finalement, il rouvrit les yeux et cita :
_« Tigre, Tigre ! Feu et flamme, dans les forêts de la nuit. Quelle main ou quel œil immortel put façonner ta formidable symétrie ? »
_William Blake, identifia aussitôt l'ancien professeur d'université.
_Je sais. J'ai tapé ces vers dans un moteur de recherches et trouvé le poème au complet. Je sais que cet auteur ne vous est pas inconnu.
Euphémisme s'il en était. Charles Julliam avait rédigé sa thèse sur Blake des décennies plus tôt et il n'avait pas cessé de l'étudier depuis. Le vieil homme hocha la tête avec un sourire indulgent aux lèvres.
_As-tu compris de quoi parle le texte ?
_Il a été publié dans les Chants d'expérience. Il y est question de création, de Dieu, de perte de l'innocence. Je vous avoue ne pas avoir cherché plus loin. J'ai préféré venir vous demander votre avis.
Julliam se leva alors et se dirigea vers l'une des bibliothèques tout en parlant :
_Blake a toujours associé l'innocence à l'expérience. L'une ne peut exister sans l'autre.
_Le Yin et le yang, murmura Jane, son esprit faisant aussitôt le lien avec la notion philosophique.
_C'est exact.
Le vieil homme finit par trouver le livre qu'il cherchait et vint reprendre sa position face au consultant, qui attendit qu'il repère le bon passage et lui tende le bouquin. Il fronça les sourcils en remarquant que si sur la page de gauche s'étalait le poème qu'il connaissait à présent par cœur, un autre recouvrait la page de droite. Il se contenta de lever un regard interrogateur sur l'expert, qui expliqua :
_Le Tigre fait partie des Chants d'expérience, c'est vrai. Mais il est indissociable de l'Agneau, dans les Chants d'innocence.
En parcourant les deux textes, il commençait à discerner une logique tordue dans les paroles que John Le Rouge avaient prononcées après l'avoir sauvé. Le Tigre, l'expérience, c'était le tueur, a n'en pas douter. L'Agneau sans défense, c'était lui, qui lui devait à présent la vie et n'aurait pu exister si le Tigre n'avait pas été là ce soir-là. Il y avait des incohérences, bien sûr. Tout d'abord, John Le Rouge ne le considérait pas comme un innocent, et il ne se considérait pas non plus comme le Mal absolu. Mais dans l'ensemble, le parallèle était facile à établir. D'autant que l'inverse était vrai aussi : sans l'Agneau, le Tigre n'était rien, comme le tueur n'était rien sans un ennemi à narguer.
Frustré, Jane reposa l'ouvrage, le visage soucieux. En venant ici, il avait espéré repérer un véritable indice. Comme une adresse ou un numéro de sécurité sociale. Tout cela ne lui apprenait rien, il savait déjà que John Le Rouge avait le sens de la mise en scène. En revanche, il ne le soupçonnait pas si érudit, et cela pouvait être une piste, réalisa-t-il soudain.
_Charles, ces poèmes, sont-ils très connus ? Du grand public, je veux dire. Leur signification est-elle évidente ?
_Le Tigre est l'une des œuvres les plus connues, diffusées et analysées de Blake. N'importe quel étudiant en lettres l'a décortiqué au moins une fois. L'Agneau est un peu plus confidentiel.
Une piste ? Pour la première fois en sept ans, une piste ?
_A quel point ? pressa-t-il, conscient de beaucoup pousser le vieil homme mais incapable de lâcher le minuscule espoir qui commençait à s'insinuer en lui.
_Au point qu'il n'est abordé que dans les cursus les plus spécialisés et les ouvrages très sélectifs. Littérature anglaise du XVIIIème siècle, opposition des forces de l'univers dans la poésie, les auteurs britanniques inspirés par le Christianisme… Je dirais qu'il permet de réduire considérablement le champ de recherches. Car tu cherches bien quelqu'un, n'est-ce pas ?
Jane poussa un soupir et se passa une main dans les cheveux dans une rare marque de détresse. Avec lui, il pouvait se le permettre. Trois mots lui suffirent pour répondre :
_John Le Rouge.
Pas de surprise dans les yeux du libraire, juste une certaine résignation.
_Patrick, même s'il s'agit peut-être là d'une indication, tu ne peux être sûr de rien. A-t-il cité l'Agneau ?
_Non. Uniquement le Tigre.
_Alors il est possible qu'il ne connaisse pas le poème jumeau.
Il en doutait. La comparaison était trop parfaite pour qu'il ne s'agisse que d'une coïncidence. Se pouvait-il… Se pouvait-il que John Le Rouge l'ait sous-estimé ? Qu'il ait cru qu'il n'identifierait pas le poème, n'en comprendrait pas le sens, ne creuserait pas de ce côté-là ? Ou s'agissait-il d'un nouveau piège destiné à l'entraîner plus profondément encore dans la folie ? Il était clair que le meurtrier n'avait pas l'intention de le voir mourir, il l'appréciait trop en tant qu'adversaire et tirait trop de satisfaction de sa capacité à toujours le devancer. Il ne l'aurait pas sauvé dans le cas contraire, Jane ne se faisait aucun souci pour sa propre vie. En revanche, s'il mettait le CBI au courant et qu'ils suivaient cette piste avec lui, les personnes à qui il tenait seraient en danger, plus encore qu'elles ne l'étaient à l'heure actuelle… Il allait donc devoir faire cavalier seul.
A suivre…
